La Terrasse n°145 février 2007
La Terrasse n°145 février 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°145 de février 2007

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (200 x 287) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 8,8 Mo

  • Dans ce numéro : le retour sur les planches de Charlotte Rampling.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 16 - 17  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
16 17
16/Théâtre Région rencontre Irène Bonnaud et François Chattot « Faire vivre un CDN comme une compagnie » Music-hall 56, de John Osborne, pièce inédite en France malgré son immense succès international, raconte l’irruption de l’Histoire dans la vie d’une famille d’artistes de music-hall. Savant mélange entre la tragédie et la farce, cette œuvre, mise en scène par Irène Bonnaud, est à l’image du projet qui guide François Chattot et son équipe dans leurs nouvelles fonctions au Théâtre Dijon Bourgogne : poétique et politique à la fois. Comment votre envie de travailler ensemble est-elle née ? Irène Bonnaud : Nous nous connaissons depuis une dizaine d’années ; nous nous sommes rencontrés en 1995, alors que j’étais assistante de Jacques Nichet. Très vite, nous avons fait un spectacle ensemble, Tracteur, et nous avons eu très envie de retravailler ensemble. Voilà deux ans que nous songeons à cette pièce mais j’attendais que François sorte de la Comédie-Française ! François avait envie d’un lieu où rassembler les membres d’une famille qui ne se connaissent pas forcément entre eux. Au printemps dernier, nous avons préparé le dossier de candidature au Théâtre Dijon Bourgogne avec Mireille Brunet. Ce projet s’appelle « Ensemble » : ce qui dit bien la volonté de réunir des gens différents. Mais c’est aussi une référence au terme allemand qui désigne la troupe : il s’agit de parvenir à fédérer les énergies dans un centre dramatique comme on le fait dans une troupe. François Chattot : Et de faire vivre un CDN comme une compagnie et pas comme une institution. Ainsi, on a créé une cantine où tout le monde vient : l’administration, les techniciens, les acteurs. Ça peut sembler anodin mais c’est important ce lieu où les choses se disent et se règlent parfois plus vite qu’en réunion ! Que mettez-vous « ensemble » dans votre projet d’installation au Théâtre Dijon Bourgogne ? F.C. : Le premier texte de candidature que j’avais entretien envoyé au Ministère et aux différentes tutelles s’intitulait « N’oublier personne » : aucun auteur, aucun théâtre, aucun spectateur. Selon l’utopie du théâtre grec qui s’est inventé en même temps que la démocratie, il s’agit de faire en sorte que les deux continuent ensemble et que le théâtre rassemble la communauté et lui montre ce qui reste à faire. Le théâtre est un forum à la fois politique et poétique. A une échelle infinitésimale, dans notre projet d’installation, nous voulons montrer cet esprit et ce désir d’être « comme un ». Comment comptez-vous faire essaimer le théâtre dans la région ? F.C. : Notre désir est d’inventer de nouvelles formes de décentralisation, à la fois à l’intérieur de la ville, dans les quartiers, où il faut peut-être proposer des formes théâtrales inédites, et dans toute Khalid Tamer Festival au Féminin : la Goutte d’Or célèbre les artistes femmes Pour sa quatrième édition, le Festival au Féminin, qui s’enracine dans le quartier parisien de la Goutte d’Or, « éclaire (…) les relations qui se créent entre des femmes et des guerres – gagnées ou perdues, collectives ou personnelles ». Directeur artistique de cette semaine culturelle et militante, Khalid Tamer offre un espace de parole aux femmes en révélant un monde vivant et bigarré. Comment est né le Festival au Féminin ? Khalid Tamer : Suite à un voyage au Mali au cours duquel j’ai fait la connaissance de plasticiennes dont le travail m’a énormément touché. Il m’a semblé totalement incroyable que de telles artistes n’aient pas de visibilité en France. J’ai donc décidé de créer un événement autour d’elles pour faire connaître leurs œuvres et entendre leurs voix. Suite à cela, je me suis dit que j’allais continuer à m’engager pour tenter de porter haut la parole des femmes que d’autres souhaitent faire taire. Des femmes qui souffrent et des femmes qui créent. Ceci sans misérabilisme, en tentant simplement de montrer la beauté qui existe partout dans le monde. L’idée est donc de présenter la parole de ces femmes à travers leur parole artistique… Pour recevoir La Terrasse par internet, envoyez un mail à : la.terrasse@wanadoo.fr En objet : Recevoir La Terrasse Kh. T. : C’est ça. Ce qui m’interroge, c’est la femme dans l’art. Bien sûr, je suis un homme engagé et les artistes qui participent au Festival au Féminin le sont également. Cette semaine s’attache à dénoncer le manque de place faite aux femmes dans de nombreuses sociétés, ainsi que les violences dont elles sont victimes. Mais nous essayons de ne pas nous enfermer dans notre militantisme. Car notre engagement vise avant tout à placer la culture au centre de tout. Nous essayons de faire se rencontrer le militantisme et le culturel pour donner un sens à l’art. Pour moi, l’art est avant tout un acte politique. Pourquoi avez-vous choisi, pour cette quatrième édition, de creuser les relations entre les femmes et les guerres ? Photo : V. Arbelet
la région, qui compte quatre départements et est presque aussi grande que la Belgique ! Ainsi, partir dans la région avec des tréteaux, comme a pu le faire Copeau, qui lança la décentralisation de Pernand-Vergelesses, c’est-à-dire de Bourgogne, jouer sur le parvis du théâtre des farces médiévales avec des acteurs de la Comédie-Française et permettre ainsi à la Comédie-Française de jouer hors de ses murs et de tourner sur les parvis des églises romanes de la région. Nous cherchons en fait à irriguer dans la maison et hors de la maison. Pourquoi avoir choisi cette pièce ? I. B. : Cette pièce est emblématique de ce qu’on aime bien au théâtre avec François. Elle charrie des éléments historiques importants, en l’occurrence l’intervention franco-anglaise de Suez en 56, et parle d’une petite famille de music-hall. Elle interroge la façon dont l’Histoire peut traverser la vie intime des individus et mêle les batailles des chambres à coucher et celles de l’Histoire. Le chef de famille est un acteur de music-hall. Cet élément résonne avec le projet d’installation à Dijon : pour François, c’est très important de faire accepter qu’un acteur puisse être directeur d’un CDN. F.C. : Didier Bezace à Aubervilliers et quelques autres exceptions font que je ne suis pas le seul ! Quand on s’amuse à regarder l’acte de constitution des CDN, on s’aperçoit que le législateur a voulu que leurs directeurs soient des « artistes proches de la scène ». A priori, l’acteur est relativement bien placé pour correspondre à cette définition ! Au bout de vingt-cinq ans à bourlinguer sur les divers plateaux de France et Kh. T. : Parce que les femmes sont souvent les victimes impuissantes des guerres, et les premières touchées. Que ce soit en Irak, au Darfour…, elles sont violentées de façon intolérable. C’est quelque chose qui me met terriblement en colère. J’ai envie de dénoncer cela de toutes mes forces, de rendre hommage à toutes ces femmes qui souffrent en silence, de donner une visibilité à leurs combats. Mais au-delà des conflits armés, c’est bien de toutes les guerres, de tous les combats dont il s’agit : ailleurs et ici, en France, où la lutte pour la parité et contre les violences quotidiennes est malheureusement loin d’être gagnée… Théâtre/17 de Navarre, j’avais le désir imprécis et tenace de trouver un endroit. Autrefois, les troupes, c’était des acteurs entre eux avec parfois un meneur de jeu. L’invention du metteur en scène comme l’apparition du chef d’orchestre d’ailleurs, date du XIX e siècle. Auparavant, on dirigeait en jouant. Ce qui est cocasse effectivement, c’est que dans Music-hall 56, c’est l’acteur qui mène la troupe. « Notre désir est d’inventer de nouvelles formes de décentralisation. » Comment faites-vous tenir ensemble la comédie et le drame à l’œuvre dans cette pièce ? F.C. : L’école du music-hall nous fait gagner en légèreté : la danse et la musique empêchent les scènes d’être lourdes et Irène a un tact incroyable pour nous faire passer de la farce à la tragédie. I. B. : La mise en scène essaie de suivre l’indication préliminaire de Osborne remarquant qu’il aurait pu écrire une pièce naturaliste mais que le cadre de la famille de saltimbanques lui permet de casser les conventions naturalistes et de les tirer vers les conventions du music-hall. La pièce réunit deux traditions du théâtre anglais : la tendance du réalisme social, acéré et cruel, et celle de l’absurde du music-hall, de Chaplin aux Monty Pythons. Ce mélange est assez typique de la dramaturgie anglo-saxonne : ni une tragédie ni une comédie pures. Comme chez Shakespeare, les blagues idiotes se mêlent à des drames terribles. Il s’agit d’un théâtre où on rit et pleure dans la même scène, comme dans la vie. Propos recueillis par Catherine Robert Music-hall 56, de John Osborne ; mise en scène d’Irène Bonnaud. Du 20 au 25 février 2007. Les 20 et 23 à 20h30 ; les 21 et 22 à 19h30, les 24 et 25 à 17h. Théâtre Dijon Bourgogne – Centre Dramatique National. Parvis Saint-Jean, rue Danton. Réservations au 03 80 30 12 12. Reprise au Centre Dramatique National de Montreuil du 7 au 31 mars 2007 et au TNT-Théâtre National de Toulouse Midi- Pyrénées du 18 au 28 avril 2007. Quels seront les points forts de ce festival 2007 ? Kh. T. : J’espère surtout qu’il n’y aura pas de points faibles ! La programmation est vraiment très diverse. Toutes sortes de disciplines et d’univers créatifs se côtoient. Cela va d’une exposition « Pour moi, l’art est avant tout un acte politique. » sur l’art du henné à de nombreuses performances théâtrales, en passant par de la danse, du clown, des lectures, des projections de films, des concerts de jazz, de fado, de tango… Nous avons essayé de faire en sorte qu’une grande variété de paroles et de propositions artistiques se fasse entendre. Cela afin de créer des liens et des espaces de partage avec un public que l’on souhaite le plus mêlé possible. Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat Festival au Féminin. Du 1er au 8 mars 2007. En partenariat avec le Lavoir Moderne Parisien, l’Olympic Café et l’Institut des Cultures Musulmanes. Informations et réservations au 01 46 06 08 05. Programme complet des manifestations sur www.grainesdesoleil.com Charlotte Rampling Bernard Verley la danse de mort de August Strindberg Texte français de Terje Sinding et Marie Dolléans Mise en scène Hans Peter Cloos Avec Ophélia Kolb et Matthias Bensa Décors Jean Haas, Costumes Marie Pawlotsky, Lumières Jean Kalman, Musique Peter Ludwig, Vidéo Pierre Nouvel Ne sortez plus sans votre carte Club Bouche à Oreille : 1 place achetée = 1 place offerte à chaque sortie. Voir page 36. Didier Sandre Avec le soutien de la Fondation Jacques Toja



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :