La Terrasse n°144 janvier 2007
La Terrasse n°144 janvier 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°144 de janvier 2007

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (199 x 287) mm

  • Nombre de pages : 70

  • Taille du fichier PDF : 10,7 Mo

  • Dans ce numéro : 4e édition du Standard Idéal à la MC93.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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26/Théâtre/Critiques Les Solitaires intempestifs Le 14 février 2007, Lagarce aurait eu cinquante ans. Happé par la maladie en 1995, avant l’avènement de son imposante reconnaissance, l’auteur de Juste la fin du monde, Derniers remords avant l’oubli, Le Pays lointain, est aujourd’hui célébré à travers « L’année (…) Lagarce », série de manifestations initiée en août 2006*. Prenant part à cet hommage, Josanne Rousseau présente Les Solitaires intempestifs, un montage d’extraits de textes et de répliques aboutés, de micro-fragments de pièces ou de romans, par le biais duquel la metteuse en scène souhaite « toucher au drame des vies », « [atteindre] le moment où tout peut lâcher, où tout lâche, le moment fragile que l’acteur nourrit de ses propres failles », « laisser affleurer sur le plateau sa fragilité, c’est-à-dire la question de son échec personnel autant que celle du bonheur ». S’épousant, se heurtant, se cherchant, se déchirant, se marginalisant, les hommes et les femmes réunis par Lagarce – forme de « tribu sous la lune » – se voient immanquablement renvoyés au désenchantement de quêtes et d’aspirations humaines infructueuses. Un herbier littéraire « [à la] désinvolture et [au] kitsch avoués » CRITIQUE D’apartés digressifs en joutes contradictoires, d’airs de clarinette en projections amoureuses, de romances fredonnées en doléances ressassées, Josanne Rousseau confectionne un camaïeu de situations à la mélancolie vaporeuse, un fondu enchaîné de perspectives douces-amères, volontairement désuètes. Se dégage de tout cela une impression de vague à l’âme dont l’éclat et les possibles encoignures restent parfois en suspens, entre langueur et mélancolie. De Belle du Seigneur à Hedda Gabler ou La Dame aux camélias, la distribution réunie par la metteuse en scène a parfois du mal à ciseler les enjeux intimes, les contrastes et les mises à distance entretien Cendre Chassanne Le Triomphe de l’amour : de la sécheresse à l’efflorescence Vous envisagez Le Triomphe de l’amour comme « une pièce totalement à part » dans l’œuvre de Marivaux. En quoi réside cette singularité ? Cendre Chassanne : Contrairement à d’autres textes de Marivaux, Le Triomphe de l’amour ne rend pas compte d’une expérimentation, mais défend un projet. Un projet amoureux et politique mené par une princesse, Léonide, qui élabore un stratagème afin de restituer son trône à Agis, l’homme qu’elle aime. Tout cela s’opère au cœur d’un jardin et non dans des salons. La jeunesse prend le pouvoir comme si elle était accompagnée par la nature, comme si, à travers elle, la nature reprenait ses droits… Il y a dans cette aventure quelque chose d’extrêmement hédoniste. Et c’est en ce sens que cette pièce conduit à un autre endroit que Les Fausses confidences ou Le Jeu de l’amour et du hasard par exemple, qui sont des comédies plus sociales. Bien sûr, les frottements sociaux existent également dans Ne sortez plus sans votre carte Club Bouche à Oreille : 1 place achetée = 1 place offerte à chaque sortie. Voir page 42. Kafka, Guibert, Tchekhov, Handke, Ibsen, Cohen, Strindberg… A travers un collage sur le couple et ses désillusions, Jean-Luc Lagarce dessine le panthéon de ses affinités littéraires. existentielles qui souhaiteraient sourdre de la représentation. Néanmoins, revigorés par la sincérité d’un comédien, la vivacité d’un échange, l’étrangeté d’un regard, ces Solitaires intempestifs (titre tiré de Par les Villages d’Handke, qui donne également son nom à la maison d’édi- Des noces, des rires, avant des lendemains qui déchantent. tion que Lagarce fonda avec François Berreur en 1992) portent l’empreinte d’un spectacle franc et sans chichis qui offre au tombeau de Lagarce la nostalgie d’un hommage en fragments. Manuel Piolat Soleymat * Programme complet sur www.lagarce.net Les Solitaires intempestifs, collage de Jean-Luc Lagarce ; mise en scène de Josanne Rousseau. Du 15 au 26 janvier 2007 à 20h, le dimanche à 16h. Théâtre du Chaudron, Cartoucherie de Vincennes, Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris. Réservations au 01 43 28 97 04. Spectacle vu à l’Apostrophe, scène nationale Cergy-Pontoise. Le Triomphe de l’amour, mais je ne pense pas qu’ils représentent le centre de cette pièce. Quel en est donc le centre ? C. Ch. : La guerre d’amour – qui est également une guerre politique – que Léonide mène contre le vieil « establishment », contre un monde ancien figé dans des règles de violence et d’austérité. Selon ces règles, la restitution du pouvoir à Agis ne peut passer que par le complot et le coup d’état. Or, le nouveau monde caractérisé par Léonide ne situe son combat qu’à l’endroit de l’amour : sa guerre n’engage que les cœurs. Et puis ce que je trouve très beau, c’est qu’à travers le jeu de travestissements et de miroirs que Marivaux met en place, se crée quelque chose d’absolument merveilleux, de presque irréel. D’une certaine façon Le Triomphe de l’amour me fait penser au Songe d’une nuit d’été… Il y a du philtre d’amour dans cette pièce-là, beaucoup de féerie. Cupidontraverse le ciel, des charmes opèrent…
Les Barbares Après la Cour d’honneur du Palais des Papes au Festival d’Avignon cet été, Les Barbares s’installent en salle, sur la scène du Théâtre national de la Colline. Au tréfonds de la Russie, une petite ville « douillettement enveloppée dans la verdure des champs », avec ses notables étriqués, ses gens de peu, ses intellectuels déclassés, ses pochards imbibés de vodka, ses jeunes filles en mal de liberté… Une petite société qui macère tranquillement dans la médiocrité. Immuablement. Jusqu’à ce que débarquent deux ingénieurs chargés de construire un chemin de fer. « Agissant comme des révélateurs, ils vont agiter les vagues de la vulgarité de l’âme humaine. Les intrigues se nouent, se côtoient, se croisent, progressent, se perdent, et parfois se résolvent, toutes teintées de pouvoir, de passion, de pulsions, sombres souvent », explique Eric Lacascade, qui axe son adaptation des Barbares, pièce rarement jouée de Gorki, moins sur le propos politique que sur les difficultés de l’existence. « Le travail difficile, subtil, consiste à restituer la multitude des motifs et des actions qui s’entrecroisent, à capter l’énergie et l’urgence qui traversent cette fresque foisonnante pour esquisser avec chacun un chemin personnel et avec le groupe un itinéraire collectif », poursuit-il. Retrouvant sa troupe d’acteurs fidèles, Eric Lacascade met en scène la fresque cruelle d’un monde soudain bouleversé. Gw. David Les Barbares, de Gorki, adaptation et mise en scène d’Eric Lacascade, à partir du 10 janvier 2007, 20h30, sauf mardi à 19h30, dimanche à 15h30, relâche lundi, au Théâtre national de la Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris. Rens. 01 44 62 52 00 et www.colline.fr I cani di Bancata Emma Dante poursuit sa saga palermitaine. Du théâtre brut, touchant et dérangeant. « Mon théâtre est un animal rôti au four, un cochon, une pièce de viande qui doit être découpée soigneusement et servie avec un bon vin rouge », prévient Emma Dante. L’auteur C’est la raison pour laquelle vous avez imaginé une forme de jardin « extra ordinaire » ? C. Ch. : Oui, une serre, un jardin tout d’abord complètement sec, totalement stérile, à l’image de la maison dans laquelle l’action prend place. Car, au début, il n’y a aucun amour dans cet endroit-là, rien n’y fleurit avant que Léonide, par la puissance de son projet, ne parvienne à faire bouger tout cela, à réveiller les forces de la nature. Ainsi, au fur et à mesure que les scènes et les actes passent, du végétal se met à pousser, du vert, de la pelouse… Et pour finir, à la fin de la pièce, c’est comme si on aboutissait à un Théâtre/Agenda/27 Le théâtre d’Emma Dante parle d’histoires de fratrie, de pouvoir et de vengeance, de pactes inaliénables… noués par l’enfermement communautaire, l’honneur, la mort. et metteuse en scène sicilienne plonge le couteau d’une langue brute, vorace, dans le ventre de la culture palermitaine et découpe avec amour les rites de vies infectées par la pauvreté et le poison mafieux. Tenus par les rivets de la tradition, ses personnages, perdants éternels, se plient fièrement aux règles ancestrales de la pieuvre, qui sèche le sang du malheur dans le silence et le secret. « La mafia est une chienne qui montre les dents avant d’ouvrir les cuisses » dit Emma Dante. I cani di Bancata (chiens de rue), sa dernière pièce, entre dans l’intimité d’une famille où la « mamma » toute puissante s’apprête à adouber ses fils soumis « au nom du Père, du Fils, de la Mère et du Saint Esprit ». Très physique, ce théâtre-là dépèce d’âpres histoires de fratrie, de pouvoir et de vengeance, de pactes inaliénables… noués par l’enfermement communautaire, l’honneur, la mort. Gw. David I cani di Bancata, texte et mise en scène d’Emma Dante, du 25 au 27 janvier 2007, à 20h30, à la Maison des Arts de Créteil, 1 Place Salvador Allende, 94000 Créteil. Rens. 01 45 13 19 19 et www.maccreteil.com plateau entièrement baroque ayant accompagné la mise en jeu des comédiens. Car au-delà de l’image, ce qui m’intéresse, c’est de livrer la scène « Il y a du philtre d’amour dans cette pièce-là, beaucoup de féerie. » aux acteurs, à leurs corps, afin qu’ils investissent concrètement et physiquement tous les désirs, toutes les pulsions et tous les empêchements qui constituent le théâtre de Marivaux. Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat Le Triomphe de l’amour, de Marivaux ; mise en scène de Cendre Chassanne. Du 16 au 28 janvier 2007. Le mardi, le mercredi, le vendredi et le samedi à 20h30 ; le jeudi à 19h30 ; le dimanche à 16h00. Relâche le lundi 22 janvier. Au Théâtre Jean-Arp, 22, rue Paul Vaillant- Couturier, 92140 Clamart. Réservations au 01 41 90 17 02. Reprise au Centre culturel de Chevilly-Larue, le 9 février 2007 ; au Centre culturel des Portes de l’Essonne, le 10 février 2007 ; au Théâtre Romain-Rolland de Villejuif, le 9 mars 2007. Pour recevoir La Terrasse par internet, envoyez un mail à : la.terrasse@wanadoo.fr En objet : Recevoir La Terrasse



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