La Terrasse n°143 décembre 2006
La Terrasse n°143 décembre 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°143 de décembre 2006

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (206 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 8,7 Mo

  • Dans ce numéro : gros plan sur les créations contemporaines à la Comédie de Béthune.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 6 - 7  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
6 7
Le balcon De Jean Genet Mise en scène Sébastien Rajon Par la troupe Acte 6 En compagnie de Michel Fau Mercredi 13 décembre 20h30 Tarifs : de 7 à 20 € Théâtre de Cachan 21, av. Louis-Georgeon 94230 Cachan Renseignements-réservations : 01 45 47 72 41 6/Théâtre/Critiques Un Grand Singe à l’Académie Depuis la formation de la Compagnie du Singe Debout, en 2002, Jade Duviquet et Cyril Cazmèze (ancien membre du Cirque Archaos et du Cirque Plume) interrogent sur scène le « rapport animalité/humanité dans ses différences, ses similitudes », tentant ainsi « de mieux comprendre l’homme, de créer des « fables » pour voir autrement ». Après Animalité et Unplusun (spectacle mis en scène par Jean-Yves Ruf), ils réalisent ensemble une version scénique de Rapport pour une Académie de Franz Kafka, adaptation théâtrale associant la nouvelle de l’auteur tchèque à une mosaïque de contrepoints sonores et visuels. Vidéos, projections fixes, voix off dévoilant des textes additifs de Kafka, jeux multiples de miroirs, présence d’une marionnettiste (Mélanie Mazoyer), rumeurs de jungle, apparitions fantomatiques, manifestations térébrantes d’une nature et d’une mémoire simiesques qui voudraient ressurgir… L’univers obscur et énigmatique d’Un Grand Singe à l’Académie, imaginé par Jade Duviquet – metteuse en scène et adaptatrice –, ouvre grand les portes aux questionnements ontologiques qu’éveille le témoignage du narrateur (Cyril Cazmèze) : un primate blessé, capturé, encellulé, dressé à imiter les hommes, astreint à franchir la barrière des espèces pour trouver une issue à sa capture et échapper aux barreaux qui l’enserrent. Placé devant l’alternative du cabaret ou du jardin zoologique, celui que l’on surnomme Pierre CRITIQUE Jade Duviquet et Cyril Cazmèze s’emparent de la nouvelle de Franz Kafka, Rapport pour une Académie. Un spectacle polymorphe menant à la confluence de l’animalité et de l’humanité. le Rouge a choisi de se plier à l’humain pour épouser une carrière d’artiste de music-hall. Ainsi devenu mondialement célèbre, il rend compte de sa singulière expérience. Une troublante performance du comédien zoomorphe Cyril Cazmèze Car s’il n’a plus aucun souvenir de son passé d’animal, il décrypte avec la plus grande acuité chacune des étapes de son « évolution ». Faisant appel à son étonnante présence d’artiste zoomorphe, Cyril Cazmèze investit la peau de ce nouveau venu dans l’humanité de façon non seulement convaincante, mais réellement touchante. A mi-chemin entre l’homme et le primate, le comédien compose un personnage hybride, à la fois brut et policé, un être lézardé par les rémanences de son passé originel. Quels sont les éléments constitutifs de notre espèce ? Que révèle l’étrange facilité avec laquelle cet animal est parvenu à se fondre dans l’humanité ? Un Grand Singe à l’Académie, par-delà le texte de Kafka, pointe du doigt les notions de Gaff Aff double, de gémellité, d’abîmes introspectifs, et rend hommage aux grands singes menacés par l’expansionnisme et l’indifférence des sociétés contemporaines. Certes, les respirations méditatives et « marionnettiques » qui viennent, à de nombreuses reprises, interrompre le monologue de Cyril Cazmèze manquent parfois d’originalité, de pertinence. Mais le charisme insolite du comédien impose, à l’inverse, la marque d’une sincérité sans artifice, faisant de cette représentation toute en clairs-obscurs un moment de réflexion très troublant sur l’humain. Manuel Piolat Soleymat Un Grand Singe à l’Académie, d’après Franz Kafka ; adaptation et mise en scène de Jade Duviquet. Du 7 novembre au 10 décembre 2006. Du mardi au samedi à 21h00, le dimanche à 16h00. Théâtre Nanterre- Amandiers, 7, avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre. Réservations au 01 46 14 70 00 ou sur www.nanterre-amandiers.com Les ratés splendides de l’existence sous les facéties tendres de l’illusionniste Martin Zimmermannet du compositeur converti à l’art brut de la platine, Dimitri de Perrot. Un duo d’enfer. Fini le papier collé, papier de riz ou d’Arménie, tout n’est que carton creux, carton gonflé d’emballage pour paquets dérisoires. Ainsi crisse l’hymne frelaté de nos sociétés de toc, et le platiniste Dimitri de Perrot, adepte des musiques expérimentales mixées « live » sur le plateau, exprime avec une intensité rare, la teneur douce-amère ressentie par l’homme étrangement isolé dans cet encombrement heurté de cartonnages simili rigides. Ce sont des restes inutiles, souvent non recyclables, des faux trésors de nos temps post-modernes chaplinesques, des cadeaux tronqués à la valeur inversement proportionnelle à leur empaquetage envahissant, une enveloppe fallacieuse sur la nudité de l’être social étouffé. L’ère est aux volumes jetés aussitôt que déballés sur la montagne toujours plus menaçante des détritus d’une planète exsangue. Mais là s’arrêtent les dérives d’un discours un peu réactionnaire aux relents écologiques. Il faudrait parler du chaos des emballages et de la chose emballée – écrans TV, ordinateurs, appareils ménagers –, mais aussi des objets quotidiens concepteurs fermés d’un monde en soi, i-pod, téléphones mobiles et jeux électroniques, une panoplie moderne aliénante, si l’usage en est abusif. Il faudrait évoquer aussi la standardisation urbaine des identités, businessmen en costume cravate et attaché-case, des figures interchangeables pour qui l’intimité de la CRITIQUE A la fois brut et policé, un être lézardé par les rémanences de son passé originel. Martin Zimmermannet Dimitri de Perrot, deux amuseurs inspirés par une modernité de carton. personne ne s’autorise que la part du pauvre. La créativité militante de l’homme aux prises quotidiennes avec son théâtre d’objets Le duo Zimmermannet de Perrot a choisi de retourner en humour tendre l’âcreté d’une réalité absurde. L’homme peut renverser la situation en s’appropriant les qualités souples de ce matériau provisoire dont la fragilité est soumise au temps qui passe. Sur un manège inventé, un plateau de platine, un tourne-disque serti d’un Pour recevoir La Terrasse par internet, envoyez un mail à : la.terrasse@wanadoo.fr En objet : Recevoir La Terrasse
Bête de style Théâtre/Critiques/7 Véritable manifeste poétique, politique et autobiographique, Bête de style fait s’entrelacer le destin de l’étudiant tchèque Jan Palach (qui protesta à l’intervention soviétique de 1968 en s’immolant par le feu) aux pensées et au propre parcours de Pasolini. Une parole éclatée que Charlie Windelschmidt et la compagnie Dérézo offrent en partage au public. « Et que je veux mourir d’humiliation, en signe de protestation./Je veux qu’on me retrouve mort, le sexe à l’air,/le pantalon tâché de semence blanche, parmi/les sorghos laqués de liquide rouge sang./Je suis convaincu que même les actes extrêmes/dont je suis le seul témoin, et l’acteur,/sur un fleuve oublié de tous –/finiront par prendre leur sens. » Ils sont cinq sur scène, s’emparant à tour de rôle de la parole de Jan, CRITIQUE Photo : Sébastien Durand Un théâtre militant lyrique et subversif. poète suspendu dans le vide dont la voix sans cesse réinventée fait face à celle d’un chœur populaire quadripartite. Cinq comédiens de la compagnie bretonne Dérézo. Farid Bouzenad, Laurent Fernandez, Béatrice Roué, Nicolas Sarrasin, Valéry Warnotte. Cinq à porter, à endosser, à investir la beauté sombre et vive, ciselée, déconcertante, du poème dramatique de Pasolini. Car bras de carton mobile manipulé par son complice musicien et bruitiste, le chorégraphe Martin Zimmermanns’essaie, figure mélancolique de cirque aussi bien qu’animal de foire, à toutes les clowneries distinguées. Une mimique façon Buster Keaton ou une gestuelle insolite, comme se tenir assis sans le moindre siège et mimer les présentateurs mièvres de journaux télévisuels ineptes. Une scénographie savante et ludique s’anime avec un panache surréaliste, à partir de plaques prédécoupées de carton. Magiquement, des panneaux esquissés prennent vie, puis des portes et des paravents grâce à l’art concret de la pliure et du pliage, avec des chaises, des tables, une lampe de bureau jusqu’à des pièces de monnaie… en carton et une souris domestique. Arts plastiques, danse, cirque, musique, tous les arts sont conviés pour ce rendez-vous poétique avec l’inventivité furibonde et la créativité militante de l’homme aux prises avec son théâtre d’objets. Afin de s’amuser en laissant vivre la part libre et libertaire de rêve humain à jamais irréductible à toute volonté de reproductibilité industrielle. Un pari audacieux gagné. Véronique Hotte Gaff Aff, une pièce de et avec Martin Zimmermannet Dimitri de Perrot, mise en scène Martin Zimmermannet Dimitri de Perrot, mardi 20h, mercredi, jeudi 19h, vendredi, samedi 20h30, dimanche 16h, relâche lundi et le 30 novembre exceptionnellement, du 28 novembre au 30 décembre 2006, au Théâtre Artistic Athévains 45, rue Richard Lenoir 75011 Paris Tél. 01 43 56 38 32. Spectacle vu au Théâtre Vidy-Lausanne. Bête de style n’est pas de ces œuvres lisses et univoques, de ces textes à l’élégance polie, au lustre blême. C’est toute la puissance lyrique et subversive de l’artiste italien qui se trouve contenue dans cette marqueterie de monologues parfois abscons, souvent contradictoires ou ambigus, toujours empreints d’une grâce sauvage, d’une singulière vigueur poétique et politique. Mettre en scène une telle œuvre artistique revient nécessairement à se poser la question du sens, de l’accès aux propos éclatés ayant pour vocation de naître sur un plateau de théâtre. Une question à laquelle Charlie Windelschmidt répond avec générosité. La parole d’un poète « ivre d’herbe et de ténèbres » « Le texte n’est pas à la portée de tous, a priori, mais notre travail sera de le rendre préhensible. C’est aussi par la forme proposée dans la mise en scène que le texte sera perçu par chacun », s’engage le metteur en scène. Une forme, comme la pièce elle-même, éclatée. Indices didactiques (panneaux, projections de fragments textuels, de noms de protagonistes…), perméabilité de la séparation scène/salle (les comédiens viennent du public, le chœur questionne les spectateurs de longs et silencieux regards), transversalité artistique (vidéos, sculpture monumentale, tableaux lumineux — la scénographie est signée par la plasticienne Céline Lyaudet)… Mesurée et pertinente, hors de toute démesure accrocheuse, cette composition n’oublie pas de placer la parole du poète au cœur de son dispositif. Parole qui se perd parfois, malgré toute la bonne volonté de la compagnie Dérézo, dans une certaine obscurité. Cette forme de voile laisse cependant percevoir au loin la lueur d’une pensée, d’un « esprit enragé » interrogeant l’engagement politique de l’artiste, la capacité de résistance de la société, la façon d’appréhender puis de dire la réalité. Parties intégrantes du charme énigmatique se dégageant du texte comme de la représentation, ces moments de flou poétique, d’émotions brutes, viennent eux aussi « dire des vérités impossibles (mais des vérités), jouer avec l’Antipathie comme avant on avait joué avec la sympathie, préparer avec une sourde ironie l’ultime Refus ». Manuel Piolat Soleymat Bête de style, de Pier Paolo Pasolini ; mise en scène de Charlie Windelschmidt. Du 7 au 20 décembre 2006. Du lundi au samedi à 20h00. Théâtre des Quartiers d’Ivry, Studio Casanova, 69, av. Danielle Casanova, 94200 Ivry. Réservations au 01 43 90 11 11. Ne sortez plus sans votre carte Club Bouche à Oreille : 1 place achetée = 1 place offerte à chaque sortie. Voir page 28.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :