La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°450 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut National de Prévention et d'Éducation pour la Santé

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : prévention et interventions.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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8 brochure à chacun des membres de la police). Là encore, une évaluation [12] menée sur 4 178 policiers, couvrant douze années, a permis de montrer qu’ils avaient une bonne connaissance du programme – qu’ils trouvaient par ailleurs utile. Surtout, il a été constaté une baisse importante du nombre de suicides dans la population ciblée (‐ 79%) en comparaison aux autres forces de police du Québec (+ 11%). Un article scientifique récent de Hofstra [5] a fait le point sur les différentes stratégies de prévention évaluées lors de ces dernières années. À nouveau, ces deux programmes (présentés ci‐avant  : Connecticut et Québec) qui combinent plusieurs approches ressortent particulièrement de cette analyse, puisque leur efficacité apparaît supérieure à celle des autres programmes. Il semble même que plus un programme fait le choix de combiner différents niveaux d’action, plus son niveau d’efficacité est important. En effet, l’efficacité totale du programme apparaît supérieure à la somme des effets imputables à chacune des parties du programme. Ainsi, un programme multimodal de prévention du suicide permet de retirer un bénéfice maximal de ses différentes composantes en permettant une synergie. De plus, un article récent de Matsubayashi [13] montre que les pays qui ont fait l’effort de se RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES [1] Mouquet M.‐C., Bellamy V. Suicides et tentatives de suicide en France. Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) Études et Résultats, mai 2006, n o 488. En ligne  : https://drees. solidarites‐sante.gouv.fr/IMG/pdf/er488.pdf [2] Suicide rate estimates, age‐standardized. Estimates by country. Observatoire de la santé mondiale – Organisation mondiale de la santé (OMS). En ligne  : http://apps.who.int/gho/data/view.main. MHSUICIDEASDRREGv ? lang=fr [3] Committee on Prevention of Mental Disorders Division of Biobehavioral Sciences and Mental Disorders, Institute of Medicine Washington, Mrazek P.J., Haggerty R. J. (éds.) Reducing Risks for Mental Disorders  : Frontiers for Preventive Intervention Research. 1994. En ligne  : https://www.nap. edu/catalog/2139/reducing‐risks‐for‐mentaldisorders‐frontiers‐for‐preventive‐interventionresearch [4] Gordon R.S. An operational classification of disease prevention. Public Health Reports, 1983, vol. 98, n o 2  : p.107‐109. En ligne  : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1424415/pdf/pubhealthrep00112‐0005.pdf doter d’un programme national de prévention du suicide ont eu de meilleurs résultats sur la mortalité que les pays comparables sans plan national. En France  : VigilanS En France, un programme de veille [14] auprès de patients ayant réalisé une tentative de suicide (VigilanS) a été implanté dans les départements du Nord et du Pas‐de‐Calais depuis 2015. Ce type de prévention apparaît pleinement s’inscrire dans cette démarche en déclinant plusieurs actions au fur et à mesure de son implantation  : en plus de la veille par appel téléphonique et/ou par carte postale s’est ajoutée une dimension de mise en réseau puisque les médecins traitants, les services d’urgences, les psychiatres ont aujourd’hui identifié ce dispositif sur lequel ils s’appuient plus volontiers. Ce réseau s’étend encore davantage aujourd’hui, en y incluant tous les dispositifs médico‐sociaux et le milieu associatif. En parallèle a émergé le besoin de mieux se former à l’évaluation du risque suicidaire et à l’intervention en situation de crise auprès des différents intervenants de ce réseau nouvellement constitué. Ce programme est en cours d’extension à l’ensemble du territoire national (voir les autres articles sur VigilanS dans ce même dossier). [5] Hofstra E., van NieuwenhuizenC., Bakker M., Özgül D., Elfeddali I., de Jong S. J. et al. Effectiveness of suicide prevention interventions  : A systematic review and meta‐analysis. General Hospital Psychiatry, 8 mai 2019 pii  : S0163‐8343(18)30509‐7. En ligne  : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31078311 [6] Vuagnat A. Recurrence and mortality 1 year after hospital admission for non‐fatal self‐harm  : a nationwide population‐based study. Epidemiology and Psychiatric Science, février 2019, n o 18  : p.1‐10. [7] Ballard E. D., ZarateC.A. Jr. Preventing suicide  : A multicausal model requires multimodal research and intervention. Bipolar Disorders, septembre 2018, vol. 20, n o 6  : p.558‐559. En ligne  : https://www.ncbi.nlm.nih. gov/pmc/articles/PMC6175633/pdf/nihms960112.pdf [8] Organisation mondiale de la santé (OMS). Prévention du suicide. L’état d’urgence mondial. OMS, 2014  : 89 p.En ligne  : https://www.who.int/mental_health/suicide‐prevention/world_report_2014/fr/[9] Knox K.L., Litts D. A., Talcott G. W., Feig J.C., Caine E. D. Risk of suicide and related adverse outcomes after exposure to a suicide prevention programme in the US Air Force  : cohort study. British Medical Journal, 13 décembre 2003, vol. 327, n o 7428  : 1376. En ligne  : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC292986/[10] Hegerl U., Althaus D., Schmidtke A., Nikiewski G. The alliance against depression  : 2‐year evaluation of a community‐based intervention to reduce L’AUTEUR DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE. En complément, un programme multimodal de prévention du suicide en commun avec nos amis québécois est prévu pour 2020 sur les deux territoires (France et Québec). Coopération Québec‐France sur la dépression et l’isolement (CQFDi) [15] combine les trois approches  : universelle avec un site Internet visant à améliorer la « littératie 2 » sociale en population générale ; sélective avec la formation des médecins généralistes et des travailleurs sociaux au dépistage, à l’évaluation et à l’orientation des personnes présentant des facteurs de risque tels que la dépression et l’isolement ; ciblée avec le maintien d’un lien (suivi et recontact téléphonique) des suicidants et des personnes isolées. En conclusion, il apparaît assez nettement que la complexité que nous propose la prévention des conduites suicidaires doit nous amener à prévoir une stratégie de prévention multimodale, combinée, couvrant l’ensemble de la population tout en s’adaptant à certaines spécificités, dans un cadre d’action de prévention national. 1. Signes de suicide (NDLR). 2. Aptitude à lire, à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie quotidienne (NDLR). suicidality. Psychological Medicine, septembre 2006, vol. 36, n o 9  : p.1225‐1233. En ligne  : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16707028 [11] Schilling E. A., Aseltine R. H. Jr., James A. The SOS Suicide Prevention Program  : Further Evidence of Efficacy and Effectiveness. Prevention Sciences, février 2016, vol. 17, n o 2  : p.157‐166. En ligne  : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26314868 [12] Mishara B.L., Martin N. Effects of a comprehensive police suicide prevention program. Crisis, janvier 2012, vol. 33, n o 3  : p.162‐168. En ligne  : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3380405/[13] Matsubayashi T., Ueda M. The effect of national suicide prevention programs on suicide rates in 21 OECD nations. Social Science & Medicine, novembre 2011, vol. 73, n o 9  : p.1395‐400. En ligne  : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21940085 [14] Jardon V., DebienC., Duhem S., Morgiève M., Ducrocq F., Vaiva G. Un exemple de système de veille post‐hospitalière des suicidants. L’Encéphale, 2019, n o 45, Suppl. 1  : S13‐S21. En ligne  : https://www.em‐consulte.com/es/article/1268135/un‐exemplede‐systeme‐de‐veille‐post‐hospitaliere‐ [15] Kopp‐BigaultC., Walter M. Prévention du suicide des personnes âgées en France. Vers une stratégie multimodale de lutte contre la dépression et l’isolement  : CQFDi. L’Encéphale, 2019, vol. 45, Suppl 1  : S35‐S37. En ligne  : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0013700618302057
Un nouveau dispositif de formation en prévention du suicide est mis en place en France. Former en prévention du suicide Michel Walter, chef de service, professeur des universitéspraticien hospitalier (PU‐PH) de psychiatrie, service hospitalo‐universitaire de psychiatrie générale et de réhabilitation psychosociale 29G01 et 29G02, hôpital de Bohars, centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Brest, (Bohars), EA CAPHI CARE 7463, université de Bretagne occidentale, Cécile Omnès, cheffe de pôle, pôle 78G16, centre hospitalier de Plaisir (Plaisir). En dehors des essais cliniques portant sur des médicaments et de l’évaluation des psychothérapies, les interventions évaluées dans le champ de la prévention du suicide sont relativement rares. Plusieurs revues de la littérature [1 ; 2 ; 3 ; 4] mentionnent la formation des professionnels, la formation des acteurs de premier recours (dont les médecins généralistes) et celle des sentinelles comme des interventions efficaces – certaines sous conditions – au sens où elles entraînent une diminution des conduites suicidaires (idées, tentative ou décès). Par ailleurs, la formation – des sentinelles, des professionnels de santé primaire et de santé mentale – est citée comme l’une des 11 recommandations du dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2014. Former pour intervenir en cas de crise suicidaire En France, les formations à l’intervention de crise suicidaire ont été largement déclinées sur le territoire national autour des professeurs Jean‐Louis Terra et Monique Seguin à la suite de la conférence de consensus d’octobre 2000. Elles ont permis une indispensable acculturation des acteurs professionnels et non professionnels impliqués dans la prévention du suicide en alliant information, sensibilisation, repérage, évaluation du risque suicidaire et en favorisant la dynamique des réseaux territoriaux. Toutefois, l’évolution des connaissances depuis une vingtaine d’années et les conclusions de l’évaluation par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP [5]) du Plan national d’actions contre le suicide (2011‐2014) ont recommandé entre autres de cibler les populations à risque élevé, de recourir à des interventions efficaces et que les réseaux de prise en charge et de soins bénéficient de cette formation. Ceci a conduit le Bureau de la santé mentale de la Direction générale de la santé (DGS) à rénover ces formations afin  : d’en actualiser le contenu en fonction des dernières données de la science ; de développer une formation spécifique à l’intervention de crise, répondant en cela à la recommandation du HCSP ; de diffuser ces formations de façon homogène et graduée au niveau national ; d’intégrer la formation aux autres stratégies de prévention dans le cadre d’une stratégie globale multimodale [6]. Le Groupement d’études et de prévention du suicide (Geps), société savante francophone de suicidologie, s’est ainsi engagé conventionnellement depuis 2017 à concrétiser cette adaptation à partir des travaux récents de la professeure Monique Seguin au sein du Réseau québécois pour le suicide, les troubles de l’humeur et troubles associés (RQSHA)  : le contenu de la formation a été adapté aux missions assurées par les acteurs français dans la crise suicidaire ; trois rôles ont été identifiés  : sentinelle, évaluateur du potentiel suicidaire et intervenant de crise ; le déploiement de la formation des acteurs repose sur la formation de formateurs ; des engagements de qualité ont été pris (rédaction d’une charte nationale des formateurs, remise d’une attestation de compétences cliniques et pédagogiques, organisation d’une formation continue des formateurs). Le contenu de la formation rénovée En adéquation avec les trois rôles identifiés (sentinelle, évaluateur et intervenant) impliquant fonctions et responsabilités distinctes, trois formations ont été construites  : une formation Sentinelles aux fonctions de repérage et d’orientation ; une formation Évaluation aux fonctions d’évaluation et d’orientation ; une formation Intervention de crise aux fonctions d’évaluation et d’intervention. La formation Sentinelles 1 vise à renforcer les habiletés et les motivations de citoyens ou de professionnels non soignants repérés dans leur communauté de vie comme présentant une disposition spontanée au souci de l’autre [7]. D’une durée d’une journée, elle doit faciliter, à l’échelle d’un territoire, le repérage et l’accès aux soins des personnes suicidaires qui n’y auraient pas spontanément eu recours. Cette formation ne peut être dispensée qu’à la condition de la mise en place d’un dispositif qui permette, après avoir identifié les sentinelles potentielles  : d’orienter systématiquement et rapidement chaque personne repérée vers des ressources sanitaires capables au minimum d’une fonction d’évaluation ; d’accompagner les sentinelles sur la durée et de leur offrir un interlocuteur de recours en cas d’urgence ; qu’elles soient intégrées dans un réseau opérationnel afin de pouvoir collaborer avec les autres intervenants. La formation Évaluation 2, d’une durée de deux jours, vise à former des professionnels en contact de populations à risque suicidaire ou à renforcer 9 Dossier Prévenir le suicide  : connaissances et interventions LA SANTÉ EN ACTION – N o 450 – DÉCEmbre 2019



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