La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°450 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut National de Prévention et d'Éducation pour la Santé

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : prévention et interventions.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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6 La prévention du suicide est une priorité majeure de la politique de santé mentale mise en œuvre en France. « Implanter sur le territoire des outils efficaces en prévention du suicide » Entretien avec Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie. La Santé en action  : Quel est le rôle de cette délégation ministérielle à la santé mentale et à la psychiatrie que vous dirigez depuis 2019 ? Franck Bellivier  : Je reste chef du service de psychiatrie et de médecine addictologique de l’hôpital Lariboisière que j’ai rejoint en 2012 pour développer un nouveau projet hospitalier ; il s’agissait de rassembler des compétences pluridisciplinaires pour traiter les cas complexes de troubles de l’humeur et d’addictions. Je dirige une unité de recherche de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur l’optimisation thérapeutique des traitements psychotropes. Notre projet sur le développement de marqueurs biologiques pour prédire la réponse au lithium, en collaboration avec neuf pays, a été lauréat du programme européen Horizon 2020 Research and Innovation 1. La santé mentale est une priorité qui s’incarne dans la feuille de route de juin 2018. Pour crédibiliser la démarche, une équipe dédiée est chargée de la mettre en œuvre sous ma responsabilité. Elle est composée d’un secrétaire général qui apporte son expertise technique et administrative, et d’un cadre dédié à la veille sur les leviers et les méthodes de conduite du changement, notamment à l’étranger ; un second cadre aura vocation à accompagner les projets territoriaux de santé mentale, en appui aux agences régionales de santé, puisque la déclinaison de la feuille de route sur le terrain revient aux acteurs locaux. S. A.  : Quels sont les points novateurs de la feuille de route « Santé mentale et Psychiatrie » dans le champ de l’action publique ? F. B.  : Ce document programmatique défend une approche holistique de la santé mentale, c’est son côté novateur. L’objectif est de réorganiser le schéma classique de la prise en charge des patients, dont les actions principales – la prévention, l’offre de soin et la réinsertion – fonctionnaient jusqu’à présent en silo. Il s’agit de construire des parcours de soin en santé mentale qui mobilisent, en même temps et sur le long terme, ces trois ressources. Par exemple, ce n’est pas parce qu’une personne bénéficie d’un suivi psychiatrique qu’il faut arrêter l’accompagnement sur la prévention des addictions ; de même, les ressources visant à lutter contre la désinsertion (sociale, affective, professionnelle) doivent s’exercer dès le début du parcours de prise en charge. C’est à l’échelle préférentielle des départements que la mise en œuvre de cette nouvelle organisation sera pertinente, dans l’élaboration des projets territoriaux de santé mentale (PTSM) qui visent à intégrer l’ensemble des ressources (prévention, sanitaires, médico‐sociales et sociales) pour l’élaboration de ces parcours. Ces projets devront tenir compte d’une démographie médicale qui va rester difficile pendant encore une dizaine d’années. Leur conception doit impliquer les usagers, selon le principe « rien pour nous sans nous ». Ils doivent soutenir le développement de pratiques plus respectueuses des droits des malades, selon des recommandations en vigueur depuis déjà plusieurs années. S. A.  : Quelles sont les actions de prévention du suicide mises en place dans le cadre de la politique de santé mentale ? F. B.  : La prévention du suicide est une priorité depuis vingt ans et les chiffres des décès par suicide en France demeurent préoccupants. Il y a une volonté politique ainsi qu’une mobilisation de la communauté soignante pour implanter sur le territoire des outils efficaces en matière de prévention, tel le dispositif VigilanS en cours de déploiement, qui prévient la récidive en organisant un maintien du contact et un suivi des personnes ayant commis une tentative de suicide ; la dynamique est bonne puisque celui‐ci est réalisé à 50%. Papageno est L’ESSENTIEL ÇÇ En 2018, la France s’est dotée d’une feuille de route « Santé mentale et Psychiatrie », au sein de laquelle la prévention du suicide occupe une place première. Les outils efficaces en matière de prévention ont été identifiés, l’enjeu est désormais leur mise en œuvre. un programme pédagogique auprès des médias pour les sensibiliser à une façon de communiquer sur le suicide permettant de lutter contre la contagion suicidaire. La formation de « sentinelles » est également une initiative essentielle pour – dans la vie quotidienne, dans le milieu professionnel ou autre – repérer et orienter les personnes en souffrance. S’y ajoute un programme supplémentaire, portant sur les premiers secours en santé mentale dans le milieu étudiant, fondé sur le même principe ; des volontaires sont formés pour repérer leurs camarades qui ne vont pas bien et jouer le rôle de médiateur vers les soins. Voilà un ensemble de mesures complémentaires au service d’un projet sociétal qui implique un changement de regard de tous sur le suicide et sur la maladie psychiatrique. Propos recueillis par Nathalie Quéruel, journaliste. 1. Recherche et Innovation (NDLR). LA PERSONNE INTERVIEWÉE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Face à la complexité de la prévention des conduites suicidaires, une stratégie de prévention combinée est requise. Prévention du suicide  : intérêt d’une approche multimodale Dr Vincent Jardon, responsable Hauts‐de‐France du dispositif VigilanS, hôpital Fontan, centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille. La prévention des conduites suicidaires est une priorité de santé publique, la mort par suicide représentant la troisième cause d’années de vie perdues pour la population française [1]. Le nombre total des décès dus à cette cause a diminué ces dernières années ; cependant, la France reste parmi les pays d’Europe qui enregistrent les taux les plus élevés [2]. Les modèles de prévention s’appuyant sur un découpage en prévention primaire – actions visant à réduire la fréquence d’une maladie –, secondaire – actions visant à la détection et au traitement précoce d’une maladie – et tertiaire – actions visant à réduire la progression et les complications de la maladie –, issus de la fin des années 1950, ont semblé peu adaptés au contexte particulier de l’épidémiologie du suicide [3] et ont amené à plutôt s’appuyer sur le modèle proposé par Gordon [4] et repris par l’Institute of Medicine de Washington [3]. Ce modèle propose une approche par populations et se décline  : en prévention universelle (à destination de la population générale) ; en prévention sélective (centrée sur des groupes à risque identifiés) ; en prévention ciblée ou indiquée (qui vise les personnes ayant déjà manifesté un ou des comportements associés à la problématique). Ces concepts se réfèrent ainsi aux groupes sur lesquels on peut agir plutôt que directement sur l’événement à prévenir. Une des grandes difficultés dans la recherche sur le suicide est d’arriver à produire un résultat statistiquement significatif sur la baisse de la mortalité, au vu des effectifs qu’il serait nécessaire d’inclure dans ces recherches, l’événement « mort par suicide » étant relativement rare (on estime par exemple entre 1 et 2% le nombre de patients qui vont décéder par suicide l’année qui suit une tentative de suicide [5]). Nombre de résultats sont à peine significatifs et seules des méta‐analyses cumulant un nombre suffisant d’études arrivent à faire ressortir un effet positif des dispositifs et des interventions sur la mortalité [6]. Ainsi, selon Elizabeth Ballard [7], dans le cadre de la prévention du suicide, un modèle de causalités multiples requiert une approche multimodale, que ce soit dans le domaine de la recherche ou dans le domaine des interventions à proposer. L’intérêt des interventions à composantes multiples L’Organisation mondiale de la santé (OMS), en 2014, dans son rapport Prévention du suicide  : l’état d’urgence mondial [8], fait état de l’intérêt de proposer des interventions « à composantes multiples » et rapporte que des études montrent que l’intégration d’interventions multiples produit des effets cumulés et synergiques. Qu’on appelle ces stratégies combinées multiniveaux, multimodales, multisectorielles ou à composantes multiples, l’approche qu’elles proposent gagne du terrain, montre un réel progrès dans l’effort actuel de prévention du suicide et s’intègre au mieux dans les stratégies nationales de prévention. Quelques expériences à l’étranger ont tenté de mettre en application ces principes. Deux expériences ont à ce titre été marquantes  : un programme de l’US Air Force de 1996, combinant 11 approches, dont la formation de sentinelles, l’amélioration du rôle de prévention des professionnels de santé mentale, la mise en place d’un système complet de services psychosociaux, avec une baisse des suicides de 33% [9] ; à Nuremberg en 2000, avec un programme alliant formation des médecins généralistes au repérage, au traitement et à l’intervention de crise, une campagne d’information vers le grand public et les médias, sensibilisation des facilitateurs communautaires, soutien des groupes à risque (déprimés, suicidants et proches), qui obtient une baisse des tentatives de suicide de 26% à deux ans [10]. Du Connecticut Plus récemment, dans le Connecticut aux États‐Unis, un programme appelé Signs Of Suicide 1 (SOS) [11] a été mis en place au sein d’établissements scolaires de type lycées techniques depuis le début des années 2000, à destination des élèves de 15 ans. Il contient  : un volet éducation à la santé formant ces élèves à mieux reconnaître et à mieux comprendre chez un proche les signes de dépression, de vulnérabilité suicidaire et à savoir quelle conduite adopter ; il s’agit donc d’un programme de formation de « pairs‐sentinelles » ; un volet qui propose aux élèves une auto‐évaluation de la dépression, des idées suicidaires et qui explique comment rechercher de l’aide dans ces situations (savoir à qui s’adresser, mieux connaître les conditions d’accès aux soins…). Une évaluation a été effectuée sur 650 élèves répartis dans 17 établissements durant les années 2007 à 2009, qui a permis de conclure à  : une efficacité de ce programme avec une baisse importante du nombre de tentatives de suicide des élèves dans les trois mois qui ont suivi l’implantation de ce programme ; une meilleure connaissance sur le repérage ; leur capacité à intervenir auprès d’autres élèves. Au Québec En 2000, un programme québécois, Ensemble pour la vie, s’est lui centré sur la question de la prévention du suicide auprès des forces de police de la région de Montréal, en proposant de combiner quatre approches  : une formation d’une demi‐journée destinée à tout le personnel de police, sur la thématique du suicide, sa prévention et sur la façon d’aider un collègue en difficulté ; la création d’une ligne téléphonique pour les officiers de police en demande d’aide sur différents sujets – problème au travail, orientation sexuelle, exposition à une situation traumatique, problème de dépendance (alcool, jeu…), problème de couple ou relationnel – ; une formation d’un jour auprès des supérieurs par des psychologues pour mieux identifier les personnes à risque et mieux les aider ; une campagne de publicité pour informer les policiers sur le programme en cours (articles dans les journaux professionnels, affiches dans les commissariats, distribution d’une 7 Dossier Prévenir le suicide  : connaissances et interventions LA SANTÉ EN ACTION – N o 450 – DÉCEmbre 2019



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