La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°450 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut National de Prévention et d'Éducation pour la Santé

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : prévention et interventions.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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48 Programme de prévention des violences et de promotion des compétences positives dans les relations amoureuses entre jeunes. En Suisse, un programme de prévention des violences dans les relations amoureuses Entretien avec Josefin De Pietro, coordinatrice du projet national de diffusion du programme « Sortir ensemble et se respecter », fondation Radix. La Santé en action  : Pour quelles raisons ce programme « Sortir ensemble et se respecter » a‐t‐il été conçu ? Josefin De Pietro  : Au début des années 2000, deux chercheuses 1 de Genève se sont intéressées à la violence au sein des jeunes couples, considérant qu’il y avait un manque de données scientifiques et d’analyses observationnelles sur le sujet. Si la violence domestique est en effet relativement bien documentée chez les adultes, la période charnière de l’adolescence où se jouent les premières relations amoureuses était peu abordée. Elles ont alors découvert un programme de prévention des violences et des comportements abusifs auprès des jeunes, dénommé Safe Dates et développé aux États‐Unis dans une université de Caroline du Nord au milieu des années 1990. Ce programme ayant démontré son efficacité aux États‐Unis, reconnue par plusieurs évaluations, elles en ont réalisé une adaptation pour le contexte socio‐culturel romand. C’est ainsi qu’est né le programme de prévention des violences et de promotion des compétences positives dans les relations amoureuses entre jeunes, appelé « Sortir ensemble et se respecter » (SE&SR) ; elles l’ont théorisé en 2009 [1]. Entre 2013 et 2015, une première implantation a été menée dans le canton de Vaud, après une enquête de faisabilité effectuée en 2012‐2013 en Suisse romande. S. A.  : Comment ce programme est‐il mis en œuvre ? J. D. P.  : Il s’adresse à des petits groupes mixtes d’adolescents, âgés entre 12 et 18 ans, avec une cible qui privilégie la tranche des 13‐15 ans. Dans les lycées professionnels, il atteint des jeunes de plus de 16 ans. Travailler avec cette population est assez difficile  : elle est très diverse, entre ceux qui n’ont jamais embrassé et ceux qui ont eu des rapports sexuels ; entre les filles et les garçons qui n’ont pas le même niveau de maturité. Le programme comporte en théorie neuf séances d’1 h 15 chacune, à un rythme hebdomadaire. Elles sont animées par un binôme, femme‐homme de préférence, spécifiquement formé sur cette thématique. La première séance se situe dans une perspective positive, en précisant ce qu’est une relation harmonieuse. Les deux rencontres suivantes permettent d’approfondir la notion de respect, d’identifier les comportements abusifs et de reconnaître les signaux d’alarme. Les séances 4 et 5 sont centrées sur l’aide aux amis en difficultés. La sixième séance aborde les représentations de soi, de l’autre et met en évidence les stéréotypes de genre pour dépasser les clichés. La septième rencontre est centrée sur la question des agressions sexuelles. Et les deux dernières séances apportent des éléments pour partager le pouvoir, pour apprendre à gérer ses sentiments et ses réactions afin de pouvoir communiquer. Il est important de souligner que ce déroulement suit une logique progressive. L’ensemble est fondé sur des histoires inventées, des scènes de la vie quotidienne, des jeux de rôle afin que les jeunes échangent et inter‐réagissent, sans qu’ils aient besoin de partager leur propre expérience, même si les témoignages du L’ESSENTIEL ÇÇ En Suisse, un programme novateur principalement destiné aux adolescents de 13‐15 ans les aide à acquérir de nouvelles compétences relationnelles, en développant les notions positives de respect, de compréhension, d’écoute, d’empathie et les encourage à changer d’attitude, en étant davantage conscients de ce qu’ils souhaitent dans une relation amoureuse. Selon l’évaluation, le programme répond aux attentes de 60% des jeunes en matière de relations de couple. vécu des uns ou des autres peuvent surgir à tout moment. Le programme a pour objectif de les aider à acquérir de nouvelles compétences relationnelles, en développant les notions positives de respect, de compréhension, d’écoute, d’empathie ; et de les encourager à changer d’attitude, en étant davantage conscients de ce qu’ils souhaitent dans une relation amoureuse. S. A.  : Un programme de neuf séances est‐il de nature à changer profondément les mentalités ? J. D. P.  : « Sortir ensemble et se respecter » a été conçu avec un matériel pédagogique validé scientifiquement. L’évaluation de l’expérimentation menée dans le canton de Vaud [2] a donné des résultats encourageants, alors que près de 300 jeunes d’une dizaine d’institutions – établissements scolaires, foyers et centres de loisirs – étaient concernés. 60% disent que le
programme répond à leurs attentes en matière de relations de couple et 80% pensent qu’ils pourraient mieux aider un(e) ami(e) vivant une relation abusive. Ils font preuve d’une attitude moins tournée vers la violence et s’avèrent moins sensibles aux stéréotypes de genre. Leurs paroles témoignent d’une prise de conscience  : « Cela m’a aidé à me poser des questions et comprendre ma compagne » ; « J’ai appris à tenter une approche calme » ; « Je me suis rendu compte que j’avais commis beaucoup d’erreurs et maintenant je compte travailler sur moi‐même. » Bien sûr, on ne change pas fondamentalement les esprits d’un coup de baguette magique, mais c’est l’amorce de quelque chose. Cependant, neuf séances répétées sur un rythme hebdomadaire, cela constitue déjà un programme consistant sur plus de deux mois, qui permet déjà d’aborder les sujets en profondeur et qui laisse une trace. Et si cela demeure insuffisant, il y a tout de même plus de chance de changer les représentations avec plusieurs séances que sans aucune ! S. A.  : Comment intéresser les jeunes sur un sujet aussi intime ? J. D. P.  : Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les adolescents sont plutôt favorables à échanger en groupe avec des adultes, dans un cadre construit par les adultes. Ils se sentent moins seuls que devant leur écran, lorsqu’ils se posent des questions. La dynamique n’est pas toujours facile à instaurer et il arrive que personne ne parle pendant les premières séances. Cependant, la plupart du temps, les participants ont beaucoup à dire et à partager, ils se dévoilent même assez, et dans l’ensemble, on peut dire qu’ils accrochent bien au contenu du programme. Dans le canton de Fribourg, un centre de loisirs met en place annuellement SE&SR, sur la base du volontariat. Les animateurs demandent aux jeunes qui s’inscrivent de venir au moins trois fois de suite et leur laissent la possibilité de quitter le programme après les trois premières séances. Or rares sont les jeunes qui décrochent. Cela pose la question du lieu où se déroule le programme. Les collèges et les lycées ne sont peut‐être pas le meilleur endroit, car il peut s’avérer malaisé de parler de relations intimes dans un cadre académique, alors que les établissements extrascolaires offrent un cadre plus convivial. Les premiers ont déjà des obligations d’apprentissage à respecter dans un emploi du temps contraint, alors que les seconds ont plus de latitude. Toutefois, c’est uniquement en passant par les écoles que l’on peut atteindre tous les jeunes. S. A.  : Quelles difficultés rencontrez‐vous ? J. D. P.  : Le principal obstacle que les institutions évoquent pour mettre en place ce programme est le manque de temps. Ainsi, les animateurs, qui doivent être volontaires et avoir une expérience professionnelle avec les jeunes, suivent une formation obligatoire de trois jours, dispensée par la Haute école de travail social et de la santé du canton de Vaud. Qu’ils soient enseignants, éducateurs, médiateurs, infirmiers ou psychologues scolaires, c’est assez coûteux en termes d’investissement. Mais la formation est fondamentale, car ce n’est pas un programme anodin  : il porte sur l’intimité, la violence. N’importe qui ne peut pas l’animer n’importe comment. Le risque serait que le projet ne serve à rien, voire s’avère contreproductif. Pour les établissements scolaires, il se révèle complexe d’introduire un programme aussi lourd dans l’emploi du temps déjà chargé des élèves et cela suscite des réticences, essentiellement liées à l’organisation d’un tel déploiement. Des adaptations ont été mises en place, avec par exemple un rythme de quatre demi‐journées. Or nous ne connaissons pas l’impact de ces évolutions. C’est pourquoi une évaluation nationale est en cours, réalisée par le centre universitaire de médecine générale et de santé publique du canton de Vaud. Les données récoltées dans les différents cantons devraient identifier et analyser le contexte dans lequel le programme se montre le plus efficient et si ces adaptations ne sont pas préjudiciables. S. A.  : Combien de jeunes sont‐ils concernés par ce programme ? J. D. P.  : Nous sommes encore loin d’un déploiement au niveau national et l’évaluation en cours permettra de donner des chiffres précis. Dans le canton du Jura, le ministre de l’Éducation – en Suisse, l’école relève de la compétence cantonale – a été convaincu d’implanter le programme dans toutes les classes de dernière année de l’école obligatoire, mais… c’est un petit canton. Y compris sur le territoire de Vaud, qui est précurseur, il y a des difficultés ; le déploiement dépend du bon vouloir des directeurs d’établissement, du personnel éducatif, des budgets annuels. Quand il n’y a pas de volonté politique au niveau cantonal, le sujet ne devient pas une priorité. Il est à noter encore que le programme existe dans une version alémanique et que des jeunes de différents cantons alémaniques le suivent, principalement dans le canton de Zurich. Propos recueillis par Nathalie Quéruel, journaliste. Pour en savoir plus La fondation Radix contribue à renforcer la promotion de la santé et la prévention dans les communes et les écoles suisses. En ligne  : https://www.radix.ch/Ecoles‐en‐sante/PIlJV/1. Jacqueline De Puy et Sylvie Monnier. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES [1] De Puy J., Monnier S., Hamby S.L. Sortir ensemble et se respecter. Prévention des violences et promotion des compétences positives dans les relations amoureuses entre les jeunes. Genève  : Éd. IES, 2009. [2] Minore R., Combremont M., Hofner M.‐C. Projet d’implantation du programme « Sortir Ensemble Et Se Respecter » dans le canton de Vaud (2013‐2015). [Rapport final] Lausanne  : Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes (BEFH), mars 2016  : 71 p.En ligne  : https://www.vd.ch/fileadmin/userupload/organisation/dec/befh/PUBLICATIONS_‐REFONTE/violence_domestique/SE_SR_rapportfinal_04032016_illu.pdf LA PERSONNE INTERVIEWÉE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE. 49 Prévention des violences Suisse  : prévention et relations amoureuses LA SANTÉ EN ACTION – N o 450 – DÉCEmbre 2019



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