La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°450 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut National de Prévention et d'Éducation pour la Santé

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : prévention et interventions.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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28 particulier pour le contenu médiatique, se montraient sensiblement défiants vis‐à‐vis de ce même contenu. Plus important encore, le niveau de confiance attribué aux journalistes de façon générale était faible. Pourtant, les professionnels de la prévention du suicide et notamment les psychiatres ont leur rôle à jouer. En s’appuyant sur leur savoir scientifique et leur expérience clinique, ils peuvent contribuer à lever les résistances des professionnels des médias en les aidant à prendre conscience de la réalité et de la gravité de la problématique suicidaire. Toujours dans la perspective de multiplier les ressources fiables, l’équipe propose donc un bref entraînement pratique à interagir avec les médias, permettant aux psychiatres et aux internes en psychiatrie de répondre avec plus d’assurance et de sérénité, sans manquer de redonner les conseils pour limiter l’effet Werther et promouvoir l’effet Papageno. Ces ateliers de média‐training 4 sont proposés lors de chaque congrès national de psychiatrie et ont d’ores et déjà concernés 539 professionnels. Objectif « postvention 5 » Des recherches sont actuellement menées par l’équipe du programme Papageno afin de déterminer si ces RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES [1] Phillips D. P.The influence of suggestion on suicide  : substantive and theoretical implications of the Werther effect. American Sociological Review, 1974, vol. 39, n o 3  : p.340‐354. En ligne  : https://www.jstor.org/stable/pdf/2094294.pdf ? seq=1 [2] Organisation mondiale de la santé (OMS). Preventing suicide. A resource for media professionals. Update 2017. Genève  : OMS, 2017  : 18 p.En ligne  : https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/258814/WHO‐MSD‐MER‐17.5‐eng.pdf ; jsessi onid=132B4151CDED090386CB8C546476F4F9 ? sequence=1 [3] Niederkrotenthaler T., Fu K. W., Yip P.S., Fong D. Y., Stack S., Cheng Q. et al. Changes in suicide rates following media reports on celebrity suicides  : a meta‐analysis. Journal of Epidemiology and Community Health, 2012, n o 66  : p.1037‐1042. En ligne  : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22523342 recommandations à destination des journalistes sont pertinentes et transposables pour la rédaction des messages publics (campagnes d’affichage, prévention des hot‐spots suicidaires 6) ainsi que des messages utilisés en interne, notamment ceux proposés dans les plans de « postvention ». En effet, aborder le sujet du suicide au sein d’une institution (entreprise, lycée…) ou d’une communauté (Police nationale…) requiert également quelques précautions afin de prévenir l’effet de contagion suicidaire. Ces recommandations doivent cependant s’intégrer dans un plan global de prévention de la contagion suicidaire. La « postvention » correspond à l’ensemble des interventions qui se déploient dans le milieu où le suicide a eu lieu ou dans les milieux qui étaient fréquentés par la personne décédée. Elle a pour objectifs de  : diminuer la souffrance individuelle ; renforcer la capacité des individus à faire face à l’adversité ; diminuer les risques de contagion ; favoriser un retour au fonctionnement habituel dans le secteur concerné (école, travail, etc.) [9]. Un groupe d’experts français travaille actuellement à la validation d’un plan de « postvention » qui, une fois testé dans plusieurs institutions, pourrait faire référence auprès des autorités. [4] Etzersdorfer E., Voracek M., Sonneck G. A dose‐response relationship of imitational suicides with newspaper distribution. Australian & New Zealand Journal of Psychiatry, 1er avril 2001, vol. 35, n o 2  : p.251. En ligne  : https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1046/j.1440‐1614.2001.0884d.x ?rfr_dat=cr_pub% 3Dpubmed&url_ver=Z39.88‐2003&rfr_id=ori% 3Arid%3Acrossref.org&journalCode=anpa [5] Fink D. S., Santaella‐Tenorio J., Keyes K. M. Increase in suicides the months after the death of Robin Williams in the US. PLOS ONE, 7 février 2018, vol. 13, n o 2. En ligne  : https://journals.plos.org/plosone/article ? id=10.1371/journal.pone.0191405 [6] TsaiC. W., Gunnell D., Chou Y. H., KuoC. J., Lee M. B., Chen Y. Y. Why do people choose charcoal burning as a method of suicide ? An interview based study of survivors in Taiwan. Journal of Affective Disorders, 2011, vol. 131, n os 1‐3  : p.402‐407. En ligne  : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21236495 [7] Etzersdorfer E., Sonneck G. Preventing suicide by influencing mass‐media reporting. The Viennese experience 1980‐1996. Archives of Suicide Research, LES AUTEURS DÉCLARENT N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE. Conclusion Initialement pensé pour prévenir la contagion suicidaire induite par le traitement médiatique du suicide, le programme Papageno s’est engagé également dans la voie de la « postvention ». Telle une prolongation de son action qui se nourrit de l’evidence‐based practice 7, il s’agit aujourd’hui de circonscrire les risques de contagion au sein des milieux atteints par le suicide. Et demain ? Les réflexions sont entamées pour la mise en place d’une stratégie intégrée de prévention du suicide via le web et les réseaux sociaux. Un premier pas vers cet objectif a été franchi  : l’équipe Papageno vient de s’engager à apporter son expertise à la plateforme de l’Équipe en ligne d’intervention et d’orientation pour les adolescents et jeunes adultes en souffrance (Élios 8). 1. Reportages dans la presse écrite sur le taux de suicide (NDLR). 2. Schématiquement  : nombre de critères pouvant favoriser la contagion. 3. Schématiquement  : nombre de critères pouvant favoriser la prévention. 4. Formation‐média (NDLR). 5. Stratégie d’intervention importante destinée à répondre aux besoins des personnes qui requièrent de l’aide à la suite d’un suicide (NDLR). 6. Sites connus pour leur létalité. (Ex.  : Golden Gate Bridge. NDLR.) 7. Pratique fondée sur les preuves scientifiques. 8. https://www.macsf‐exerciceprofessionnel.fr/Publications‐actions‐et‐mecenat/Fondation‐MACSF/Innovation/elios‐plateforme‐sante‐mentale 1998, n o 4  : p.67‐74. En ligne  : https://link.springer.com/article/10.1023/A:1009691903261 [8] Niederkrotenthaler T., VoracekM, Herberth A., Till B., Strauss M., Etzersdorfer E. et al. Role of media reports in completed and prevented suicide  : Werther v. Papageno effects. British Journal of Psychiatry, 2010, vol. 197, n o 3  : p.234-243. En ligne  : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20807970 [9] NicolasC., NotredameC.‐É., Séguin M. Déploiement d’actions ou de stratégies de postvention  : une revue systématique de la littérature. [Rapport de recherche soumis à l’Association québécoise de prévention du suicide – AQPS], 2017. [10] Verzaux S. Validation d’une grille d’évaluation qualitative d’articles de presse écrite sur le suicide, dans le cadre du projet Papageno. [Mémoire de DES de psychiatrie] Directeur de mémoire Pr G. Vaiva, faculté de médecine, université de Lille, soutenu le 28 septembre 2015  : 58 p.En ligne  : https://papagenosuicide.com/wp‐content/uploads/2017/12/memoire‐ DES‐VERZAUX.pdf
Dans la région des Hauts‐de‐France, 50 étudiants en santé sont formés à la prévention du suicide. Service sanitaire des étudiants en santé  : prévention en santé mentale chez les jeunes Charles‐Édouard Notredame, service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, faculté de médecine Henri‐Warembourg, université de Lille, Pierre Grandgenèvre, service de psychiatrie d’adulte, Frédérique Warembourg, service de psychiatrie d’adulte, Amélie Porte, service de psychiatrie d’adulte, Nicolas Gaud, service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Marielle Wathelet, faculté de médecine Henri‐Warembourg, université de Lille, service épidémiologie, santé publique, économie de santé et prévention, Vincent Chouraki, faculté de médecine Henri‐Warembourg, université de Lille, service épidémiologie, santé publique, économie de santé et prévention, centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille. Une politique vigilante de prévention en santé mentale ne saurait ignorer la vulnérabilité qui accompagne les mutations adolescentes. Tout en se gardant de considérer cette période sous le seul prisme de la pathologie, il faut pouvoir reconnaître que de 17 à 35% des collégiens font part d’une plainte psychologique récurrente et durable [1], et que plus de la moitié des jeunes Français manifestent d’authentiques symptômes psychiatriques [2]. Pour ceux des adolescents qui le nécessitent, la possibilité d’accéder à un accompagnement adapté constitue un enjeu crucial de prévention. Il s’agit de réduire le risque de constitution de troubles psychiatriques caractérisés, de garantir le meilleur pronostic lorsque de tels troubles émergent (50% des pathologies psychiatriques chroniques de l’adulte débutent avant 14 ans et 80% avant 25 ans [3]), ou encore d’éviter les complications les plus graves, telles que les passages à l’acte suicidaire. Rappelons à ce titre que 9,5% des lycéens déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie [4] et que plus d’un jeune de 17 ans sur dix déclarent avoir pensé au moins une fois au suicide au cours des douze derniers mois [5]. La population adolescente se singularise également par la prégnance des barrières qui l’empêchent de recourir à des soins adéquats. Barrières structurelles, d’abord, que constituent le manque de ressources, de lisibilité, de réactivité ou de spécificité des dispositifs sanitaires susceptibles d’accueillir les jeunes. Barrières personnelles, ensuite, procédant des difficultés développementales des adolescents à identifier leurs propres souffrances ou à se fier aux adultes, de leur sensibilité aux a priori stigmatisants ou de leurs appréhensions vis‐à‐vis des professionnels‐ressources. Promouvoir l’accès aux soins chez les jeunes C’est à partir du constat d’un fossé paradoxal entre besoins en santé mentale et défaut d’accompagnement adapté [6] que plusieurs programmes internationaux ont vu le jour pour promouvoir l’accès aux soins chez les jeunes. L’une des démonstrations les plus probantes de l’efficacité d’une telle stratégie a été apportée par l’étude Saving and Empowering Young Lives in Europe 1 (Seyle [7]). Portant sur 11 100 élèves à travers l’Europe, elle a mis en évidence qu’un programme interactif d’informations et d’échanges mené au sein des classes du secondaire permettait de réduire significativement les taux de tentative de suicide, d’idées suicidaires, de dépression et d’anxiété. En France, un service sanitaire pour les étudiants en santé (Sess) est déployé depuis l’année 2018‐2019 sur l’ensemble du territoire français. L’objectif est double  : d’une part, former les futurs soignants aux principes et aux enjeux de la prévention et de la promotion de la santé, et d’autre part, lutter contre les inégalités territoriales en mobilisant les étudiants dans des actions concrètes auprès des publics les plus vulnérables [8]. En faisant coïncider, à l’aune de l’étude Seyle, les besoins de prévention chez les jeunes des Hauts‐de‐France et l’opportunité que représentait le Sess, le pôle de psychiatrie du centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille a pris l’initiative de proposer aux étudiants des filières santé (médecine, pharmacie, chirurgie dentaire, maïeutique et masso‐kinésithérapie) une thématique « Santé mentale et prévention du suicide » (SMPS). Instituée et promue grâce au soutien de la faculté de médecine de Lille, cette thématique s’articulait autour de deux points de vigilance. D’une part, une revue de la littérature démontre que l’efficacité des interventions scolaires en santé mentale a pour contrepartie un risque non nul de fragilisation de certains élèves, en cas de discours trop peu maîtrisé. D’autre part, il fallait impérativement prendre en compte le fait qu’une partie de ceux qui allaient délivrer un message de prévention présentaient aussi une vulnérabilité spécifique ; en effet, plusieurs enquêtes récentes ont mis en exergue qu’un nombre considérable d’étudiants en médecine (60%) souffraient d’anxiété, de symptômes dépressifs (30%), et d’idées suicidaires (24%) [9]. Forte de ces constats, cette thématique Santé mentale et prévention du suicide a intégré deux exigences supplémentaires  : celle de ne mettre en difficulté ni les étudiants, ni les élèves concernés, et celle de disposer d’un effet préventif dédié aux étudiants eux‐mêmes. Réagir face à un pair en difficulté Afin de s’assurer de la qualité et de la sécurité du message délivré, la thématique Santé mentale et prévention du suicide a été organisée autour d’un module de prévention baptisé « L’aider ». Il s’agit d’éveiller la vigilance et la sollicitude des adolescents les uns pour les autres, de valoriser leurs habiletés empathiques et relationnelles et de lever les principales barrières à la recherche d’aide. Y sont déclinés quatre messages d’entraide simples permettant aux jeunes de réagir face à un pair en difficulté, quelle que soit la situation d’adversité rencontrée  : remarquer sa souffrance ; faire le premier pas vers lui ou vers elle ; ouvrir le dialogue ; l’accompagner vers une ressource d’aide adulte. Afin d’en favoriser l’assimilation, ces messages sont déclinés via deux sessions pédagogiques. La première consiste en des discussions ouvertes médiatisées autour de supports vidéo relatifs aux thématiques du harcèlement, du consentement sexuel, de l’isolement ou de la souffrance psychique. Elle permet de travail‐ 29 Dossier Prévenir le suicide  : connaissances et interventions LA SANTÉ EN ACTION – N o 450 – DÉCEmbre 2019



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