La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°450 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut National de Prévention et d'Éducation pour la Santé

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : prévention et interventions.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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26 L’ESSENTIEL ÇÇ Passer le suicide sous silence conduit paradoxalement à faire entrave à toute possibilité de prévention. Les mots justes pour évoquer le suicide ou la tentative existent, sous forme d’une information respectueuse de la souffrance de la personne. Tout le contraire d’un traitement fortement médiatisé, « sensationnaliste », glamour du suicide, détaillant la méthode employée, lequel peut favoriser la contagion suicidaire. L’information, lorsqu’elle répond donc à certaines caractéristiques, pourrait même contribuer à prévenir les conduites suicidaires. Construit sur ce constat d’effet protecteur scientifiquement établi, le programme Papageno consiste à sensibiliser les professionnels des médias et de l’information aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). apparaît que plus la quantité et la visibilité de l’information véhiculée sont importantes [3] (reprise multiple de l’information, histoires à fort impact médiatique), plus l’association avec des comportements d’imitation est forte. Des reportages « sensationnalistes » ou glamour sur les suicides [1] de personnes célèbres semblent être associés à la plus forte augmentation de contagion suicidaire. Aux États‐Unis, un surplus de 1 841 suicides a été enregistré six mois après le suicide de Robin Williams. Cette augmentation est particulièrement importante chez les hommes de 30 à 44 ans qui, pour un tiers d’entre eux, ont utilisé le même moyen létal que celui employé par l’acteur [2]. Le contenu joue également un rôle important  : les articles qui véhiculent les mythes [2] sur le suicide ou qui décrivent de façon détaillée la méthode employée peuvent mener à une augmentation des comportements suicidaires par imitation. 87% des personnes ayant fait une tentative de suicide déclarent avoir utilisé un moyen létal particulier après l’avoir lu dans un article de presse [3]. L’étude, conduite par Etzersdorfer et son équipe [4], a mis en évidence que la réduction du caractère « sensationnaliste » du traitement médiatique des suicides dans le métro viennois, après la parution de recommandations à destination des journalistes, a permis une réduction de 75% du taux de suicide dans le métro. Plus généralement, la diffusion à l’échelle nationale des recommandations a été suivie d’une tendance à la baisse du taux global de suicide en Autriche. Une autre étude menée par Niederkrotenthaler et son équipe [5] abonde dans le sens d’un impact préventif de certains reportages des médias. Les articles dont l’accent est mis sur les mécanismes d’adaptation positive en cas de crise suicidaire sont associés à une diminution des taux de suicide dans la zone géographique où cette couverture des médias à impact préventif atteint une grande partie de la population. Suite à cette première étude sur l’effet Papageno, d’autres ont identifié un effet protecteur des messages médiatiques, telle la capacité que peut avoir une personne à surmonter une situation de crise en ayant recours à de l’aide [8]. Les recommandations de l’OMS pour un traitement responsable de l’information [2] « Indiquez où trouver de l’aide. Sensibilisez le public au suicide et à sa prévention, sans diffuser des mythes. Rapportez des témoignages sur la façon de gérer les facteurs de stress de la vie ou les pensées suicidaires, et comment obtenir de l’aide. Faites preuve d’une attention particulière lorsque le suicide concerne une célébrité. Soyez prudent lorsque vous interviewez une famille ou des amis endeuillés. Reconnaissez que les professionnels des médias eux‐mêmes sont susceptibles d’être affectés par les histoires de suicide. Évitez la mise en évidence et la répétition excessive des articles traitant du suicide. Évitez tout registre de langage susceptible de sensationnaliser ou de normaliser le suicide, ou de le présenter comme une solution. Ne décrivez pas explicitement la méthode utilisée. Ne fournissez pas de détails quant au lieu du suicide ou de la tentative de suicide. N’employez pas de gros titres sensationnalistes. N’utilisez pas de photographies, de séquences vidéo ou de liens vers des médias sociaux. » Bref, on peut parler du suicide, mais pas n’importe comment Être exposé au suicide d’un proche ou d’une personne que l’on tient en estime nous ébranlerait au point que certaines personnes vulnérables pourraient reproduire le geste suicidaire par imitation [6]. L’exposition à un contenu informatif sur le suicide pourrait donc agir comme un facteur déclencheur du geste suicidaire. À l’inverse, elle pourrait ouvrir la voie à la prévention lorsque l’information s’étaye de ressources d’aide. Le traitement médiatique agirait donc comme une épée à double tranchant  : favoriser des comportements délétères d’imitation ou à l’inverse entraîner des comportements protecteurs tels que l’accès aux soins. La qualité du traitement médiatique du suicide mérite donc un intérêt particulier en matière de prévention. Les recommandations de l’OMS offrent des lignes directrices validées sur lesquelles se fonde l’équipe du programme Papageno afin de déployer son action de prévention de la contagion suicidaire. Le programme Papageno  : un dispositif de prévention de la contagion suicidaire Le programme Papageno est un programme multimodal et national de prévention de la contagion suicidaire. Les acteurs de ce programme sont la fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale (F2RSM Psy) Hauts‐de‐France et le Groupement d’études et de prévention du suicide (Geps). Il est placé sous l’égide de la Direction générale de la santé (DGS). Papageno a pour point de départ un constat simple  : le traitement médiatique du suicide est rendu délicat par l’existence de l’effet Werther [1] et de l’effet Papageno [3] qui engagent nécessairement la responsabilité du journaliste. C’est dans cette perspective que s’inscrivent les 12 recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publiées en 2008 et révisées en 2017 [2]. Pour autant, il ne faut pas voir là un obstacle incontournable, ni une incitation à se résoudre à entretenir le tabou du suicide. Et qu’en est‐il du risque de contagion lorsqu’un suicide se déroule au sein d’une institution ou d’une communauté ?
La responsabilité du journaliste La plupart des journalistes se disent, aujourd’hui encore, relativement démunis face au sujet du suicide et mal informés quant à l’existence des effets Werther et Papageno. De plus, l’accélération toujours plus importante de l’information et les contraintes économiques pesant sur les médias ne sont pas toujours compatibles avec un traitement journalistique approfondi. Faute d’une sensibilité particulière des journalistes à leur responsabilité au moment de traiter du suicide, les recommandations, auxquelles le recours devrait être systématique, risquent de rester lettre morte. Depuis 2015, le programme Papageno propose donc d’associer à la diffusion des recommandations de l’OMS des mesures susceptibles d’inciter et de motiver les journalistes à avoir recours à ces recommandations. Cela passe par un accompagnement présentiel et par le développement de réseaux qui feront le support des collaborations actuelles et futures dans la prévention du suicide. Le programme porte donc des actions synergiques visant à sensibiliser les journalistes et les futurs journalistes  : parce que la sensibilisation n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle est précoce, le programme Papageno organise dans les écoles de journalisme de France des rencontres‐formations d’une durée de 4 heures entre une promotion d’étudiants et un groupe d’internes en psychiatrie. Cette rencontre vise à sensibiliser les étudiants en journalisme à l’importance de leur responsabilité en ce qui concerne le traitement médiatique du suicide et les internes à leur responsabilité en termes d’ouverture et de lisibilité. Il s’agit, à terme, d’inciter les professionnels qu’ils deviendront à mobiliser les ressources disponibles, mises en valeur par le programme ; des interventions‐flash d’une heure au sein des rédactions permettent d’étendre l’objectif de sensibilisation aux journalistes déjà détenteurs d’une carte de presse. Se fondant sur le même corpus scientifique, le format de ces interventions respecte les contraintes professionnelles particulières de cette profession. Lors de cet échange, les journalistes sont sensibilisés au concept de crise suicidaire, lequel fournit un éclairage scientifique sur les mécanismes de la contagion suicidaire et sur leurs responsabilités en la matière. L’objectif final est d’associer un modèle explicatif à la délivrance seule de recommandations. À la fin d’année 2019, 30 interventions ont eu lieu au sein des écoles de journalisme de France, soit 826 futurs professionnels des médias sensibilisés. Quant aux interventions au sein des médias, elles ont concerné les clubs de la presse et les rédactions de La Voix du Nord, du Télégramme, de M6… soit plus de 200 journalistes. L’équipe est également invitée à participer aux rassemblements ayant trait à la profession journalistique (Conférence nationale des métiers du journalisme, Assises du journalisme) et y apporte une réflexion éthique sur la question de la responsabilité journalistique. Papageno étant un programme de recherche‐action, l’équipe d’évaluation a élaboré une grille d’évaluation – Print media Reporting on Suicide Scale 1 (PReSS [7]) – afin de mesurer le degré de conformité des articles aux recommandations de l’OMS et d’estimer le risque d’effet Werther et le potentiel effet Papageno (voir figures 1 à 4 ci-dessous). 400 articles ont été échantillonnés de façon aléatoire sur l’année 2014. L’étude mettait en évidence un score Werther moyen 2 élevé et un score Papageno moyen 3 bas. La conformité aux différents critères des recommandations de l’OMS était donc faible, justifiant la pertinence des actions menées par le programme. La réplication de cette étude sur les années à venir permettra de juger de l’efficacité du programme. La responsabilité du professionnel de la prévention du suicide Nombreux sont les professionnels des médias qui évoquent être en peine lorsqu’il s’agit de trouver un expert de la santé mentale pour répondre adéquatement à leurs demandes. Et pour cause  : lors d’une étude préliminaire [10] menée auprès d’une dizaine de psychiatres de toute la France, on a pu constater que ces derniers, malgré leur intérêt Figures 1 et 2. Distribution des scores Werther et Papageno sur l’année 2014. Nombre d’articles 100 75 50 25 0 25% 23% 21% Nombre d’articles 250 200 62% 150 14% 100 9% 50 4% 3% 0 0/10 1/10 2/10 3/10 4/10 5/10 6/10 7/10 0/7 Score Werther Figure 3. Proportion de satisfaction des critères Werther. Sensationnalisation, criminalisation, banalisation Suicide présenté comme une solution Article en haut de page Moyen suicidaire détaillé Lieu de suicide détaillé Mot Suicide dans les gros titres Moyen ou lieu du suicide dans les gros titres Image inappropriée 4% 18% 17% 35% 39% 40% 55% 71% Interview des endeuillés 8% Non-respect de la vie privée des endeuillés 1% 0,00 0,25 0,50 0,75 1,00 Proposition de satisfaction 22% 10% 5% 1/7 2/7 3/7 4/7 Score Papageno Figure 4. Proportion de satisfaction des critères Papageno. Cause présentée comme multiple ou complexe Mention d’un trouble mental Suicide présenté comme un problème de sante publique Informations sur les ressources disponibles Information sur les signes d’alerte Présentation d’intervention de prévention Mention d’idées suicidaires 4% 1% 8% 10% 15% 15% 11% 0,00 0,25 0,50 0,75 1,00 Proposition de satisfaction 27 Dossier Prévenir le suicide  : connaissances et interventions LA SANTÉ EN ACTION – N o 450 – DÉCEmbre 2019



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