La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°450 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut National de Prévention et d'Éducation pour la Santé

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : prévention et interventions.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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24 avait pris conscience que la mortalité par suicide est évitable. Les autopsies psychologiques des suicidés du Golden Gate Bridge – de sans‐domicile‐fixe notamment –, leurs lettres d’adieu montraient que les personnes décidées à mettre fin à leurs jours auraient été susceptibles de changer d’avis si elles avaient rencontré en chemin quelqu’un pouvant les aider. Ainsi, l’idée qu’on puisse modifier le scénario suicidaire est née, donnant lieu à la mise en place d’encarts avec un numéro de téléphone‐ressource aux abords du pont. Cette initiative a eu un impact  : le nombre de suicides du Golden Gate a diminué de façon significative. Quelle leçon en tirer ? Proposer des ressources permet de détourner de son plan une personne en crise suicidaire. Plus récemment, au Canada, aux Pays‐Bas, en Belgique et en Suisse ont été créés des dispositifs d’écoute et d’intervention spécifiques pour le suicide. L’exemple le plus abouti à nos yeux est peut‐être celui des Pays‐Bas ; c’est en tout cas celui vers lequel nous pouvons essayer de tendre. Le 113, numéro centralisé, est une ligne dédiée qui propose une évaluation pour la personne qui appelle et, si nécessaire, une prise en charge immédiate de l’urgence. La géolocalisation permet une intervention rapide en cas de crise majeure. Ce numéro est complété par un site Internet qui offre la possibilité à ceux qui ne souhaitent pas appeler d’échanger par « tchat 1 ». S. A.  : Quels sont les enjeux d’un tel numéro en France ? P.T.  : L’enjeu est clair  : il s’agit de déployer un outil complémentaire à d’autres dispositifs ; ensemble, ils devraient entraîner une diminution significative de la mortalité par suicide. Avec environ 8 000 personnes qui se donnent la mort chaque année, la France fait partie des pays européens qui connaissent le plus de décès par suicide. En 2014, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fixait un objectif de baisse de 20%. C’est un chiffre‐seuil qui permet de visualiser une inflexion nette de la courbe et donc de montrer qu’une politique publique, articulée avec les autres actions mises en place, est efficace. S. A.  : Comment voyez‐vous le fonctionnement de ce numéro national et son articulation avec les lignes d’appel proposées par les structures adhérentes à l’UNPS ? P.T.  : Je pense que le futur dispositif doit être le plus clair possible. Il ne s’agit pas de créer un numéro en plus qui ne serait pas utilisé parce qu’il ne serait pas connu des personnes concernées, celles en état de crise et aussi leurs proches. Ce qui est ici envisagé, c’est une simplification de la prise en charge de l’urgence avec un guichet unique. Cela veut dire que les appels pourraient être rebasculés par les régulateurs du Samu ou d’une plateforme d’accès aux soins vers cette ligne dédiée, où répondraient des écoutants formés et connaissant les ressources disponibles proches de la personne suicidaire. Même principe pour les appels au secours reçus par les associations qui pourraient les rediriger vers cette ligne dédiée. Ce transfert d’appels ne présente pas en soi de problèmes techniques insurmontables. Ce dispositif réactif et accessible à tous devrait contribuer à éviter de nombreux décès par suicide. Propos recueillis par Nathalie Quéruel, journaliste. 1. Messagerie instantanée. LA PERSONNE INTERVIEWÉE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE. DR VigilanS Eure/Seine-maritime
Par la façon dont nous relatons les suicides – que ce soit de façon massive ou au contraire localisée –, nous pouvons encourager la contagion suicidaire ou au contraire favoriser la prévention. Suicide, comment en parler ? Le programme Papageno L’équipe du programme Papageno, Dr Pierre Grandgenèvre, psychiatre, centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille, Nathalie Pauwels, responsable communication, fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale (F2RSM Psy) Hauts‐de‐France, Lille, Dr Charles‐Édouard Notredame, pédopsychiatre, centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille. Se suicider. Des mots qui font peur, qu’il est difficile de prononcer, d’écrire, d’entendre. Le suicide est un sujet qui nous interpelle jusque dans l’intime et auquel chacun souhaiterait ne jamais être confronté. En conséquence, la thématique du suicide rencontre des difficultés pour trouver sa juste place dans nos sociétés et fonctionne comme un tabou. Et pourtant, chacun connaît ce mot et se représente le suicide selon son histoire, sa culture, sa religion… jusqu’à développer sa propre subjectivité du geste suicidaire. Cachez ce mot que je ne saurais voir Ne pas en parler ou nier son existence contribuerait à s’en protéger, à occulter la probabilité que cela nous touche, nous ou nos proches. On entend encore des phrases telles que  : « Je sentais qu’elle n’allait pas bien, mais je n’ai pas osé lui demander. J’avais peur que ça lui donne des idées, que ça la pousse à se tuer… » En effet, certains courants de pensée, certaines autorités (politiques et religieuses) faisaient la promotion de l’interdit et de la censure, défendant l’idée que moins on parlait du suicide, moins il y en aurait. Donc, à l’échelon de l’individu, interroger quelqu’un sur ses idées suicidaires faisait craindre une incitation au passage à l’acte. À l’échelle collective ou institutionnelle, une autre raison pouvait être la peur de la contagion suicidaire. Ainsi, en cas de suicide dans un lycée, un hôpital ou une entreprise, on s’empressait d’éluder l’événement pour en circonscrire l’impact. Et même au niveau médiatique, la connaissance de l’effet de contagion suicidaire Werther [1] (voir l’encadré ci‐contre) a pu effrayer les journalistes, compte tenu des mises en garde de l’Organisation mondiale de la santé [2] sur l’impact délétère des mots employés et des photos publiées. Le silence entrave la prévention Pendant longtemps, les préconisations allaient donc dans le sens de la mise sous silence. Pour éviter de prononcer le mot « suicide », on préférait même utiliser des subterfuges tels qu’« idées noires », pensant atténuer l’impact émotionnel des mots. Aujourd’hui, les spécialistes internationaux de la prévention sont formels  : passer le suicide sous silence conduit à faire paradoxalement entrave à toute possibilité de prévention, à entretenir la culpabilité, la honte, les idées reçues et la stigmatisation qui isolent les personnes suicidaires et leurs proches. De plus, les mots justes pour évoquer le suicide ou la tentative de suicide existent. Y être attentif, c’est transmettre, de façon responsable, une information respectueuse de la souffrance de la personne. En réalité, l’information, lorsqu’elle répond à certaines caractéristiques, pourrait même contribuer à prévenir les conduites suicidaires. Cet effet protecteur est connu sous le nom de Papageno [3]. EFFET WERTHER Dans la littérature scientifique, l’effet Werther désigne le fait que la couverture médiatique d’un fait suicidaire pourrait être responsable d’un phénomène de contagion chez des personnes déjà vulnérables. Il fait référence à l’œuvre de Goethe, Les Souffrances du jeune Werther, parue en 1774, ouvrage dans lequel le personnage principal se suicide, et qui a généré une vague de contagion suicidaire en Europe. Au sens plus large, l’exposition à une figure suicidaire via les médias, les réseaux sociaux, les faits fictionnels (cinéma, récit écrit…) ainsi que dans l’entourage a été associée à un effet de suggestion fragilisant. En s’identifiant à la figure en question, certaines personnes vulnérables peuvent en venir à imiter son geste. EFFET PAPAGENO Au deuxième acte de La Flûte enchantée de Mozart, l’oiseleur Papageno cède au désespoir de sa solitude et envisage de se suicider. Trois angelots l’en dissuadent en lui rappelant qu’il dispose de clochettes magiques qui peuvent faire revenir sa Papagena. Par analogie, l’effet Papageno nous rappelle que, face à l’adversité, si nous n’avons pas les ressources individuelles suffisantes, nous pouvons faire appel à des ressources extérieures. Le rôle des médias À l’inverse, l’effet Werther (de contagion suicidaire) est étudié depuis plus de cinquante ans, ouvrant ainsi la voie à des façons de faire pour en limiter l’impact [1]. Selon les principales revues de la littérature scientifique, il 25 Dossier Prévenir le suicide  : connaissances et interventions LA SANTÉ EN ACTION – N o 450 – DÉCEmbre 2019



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