La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
La Santé en Action n°450 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°450 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut National de Prévention et d'Éducation pour la Santé

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : prévention et interventions.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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22 DR VigilanS Hauts de France personnes qui sont littéralement sur le bord de la fenêtre. Il est évident que les deux ne peuvent être traitées de la même façon  : d’un côté, l’écoute anonyme bienveillante peut apporter un réconfort et participer au retissage du lien social ; de l’autre, il s’agit d’envoyer les secours de toute urgence. Nous sommes favorables à ce numéro national si plusieurs conditions sont réunies  : pour mettre en œuvre une prévention téléphonique efficace, il faut un système capable de parfaitement analyser la demande. Et donc, il faut au bout du fil des compétences, une organisation et un budget pour appuyer le tout. Enfin, il ne faut pas oublier l’utilisation par le public des territoires numériques (tchat, mail…) ; tout le monde n’utilise pas son téléphone pour appeler. S. A.  : Quels sont les enjeux de la mise en place d’un tel numéro pour les structures adhérentes à l’UNPS, qui proposent un service d’écoute téléphonique ? M. F.  : Les associations peuvent redouter un fonctionnement fondé sur la demande d’identité ou permettant d’identifier le numéro de l’appelant. Elles tiennent à ce que l’anonymat soit préservé ; il est un gage de confiance pour les échanges. Par ailleurs, qui recevra les appels au numéro national ? Quelles seront les compétences et les qualités des répondants ? L’analyse fine de la demande est indispensable pour ne pas médicaliser des personnes qui ne sont pas prêtes à passer à l’acte et ne pas perdre celles qui vont très mal. Sur quels relais vont s’appuyer les répondants nationaux ? Le risque est d’avoir un numéro qui centralise à l’excès et qui ne donne pas accès aux structures de prise en charge dans les territoires, au plus près de la personne. Pour que ces répondants aient une bonne connaissance du terrain, il leur faut une cartographie complète des ressources disponibles ; cela veut dire qu’au préalable, il faut que des chargés de mission dressent l’inventaire de ce qui existe et de ce qui fonctionne (ou non) dans les régions et qu’ils le maintiennent à jour. Et que celui‐ci soit plus détaillé que ce que l’on peut déjà trouver sur Internet. S. A.  : Comment ce numéro national pourra‐t‐il venir s’articuler avec les dispositifs d’aide à distance gérés par les associations faisant partie de l’UNPS ? M. F.  : Il est trop tôt pour décrire clairement une articulation entre les deux, le cahier des charges du numéro unique étant encore assez flou. Si ce numéro est efficient, le plus simple est que les appels aux associations soient transférés au numéro national, quand la situation paraît préoccupante aux yeux des bénévoles. Certains sont formés au repérage de la crise suicidaire. Cependant, il peut y avoir des problèmes de sur‐diagnostic ou de sous‐diagnostic, car les écoutants ne sont pas face à la personne. Pour ma part, je pense qu’il sera important de garder un continuumentre le nouveau système et les associations proposant de l’écoute téléphonique. Celles‐ci travaillent sur le lien et l’intégration sociale ; elles peuvent également apporter une aide différente aux patients suivis en psychiatrie, qui sont certes pris en charge médicalement, mais qui ne le sont pas forcément sur le plan de leurs autres besoins. Il me paraît tout à fait essentiel de permettre à ces structures de continuer à fonctionner. D’autre part, il ne faudrait pas que le repérage de la crise suicidaire devienne pour elles une obligation, prenant le pas sur le reste du travail d’écoute. On rendrait alors difficile le rôle des bénévoles. Or, l’écoute sociale qu’ils pratiquent au quotidien est une forme de prévention qui souvent évite, en amont, l’aggravation d’états dépressifs. Ces évolutions favorables – et souvent invisibles – ne sont malheureusement pas prises en compte dans l’analyse de l’évolution des situations. En restreignant l’écoute sociale, on mettrait alors en danger les personnes qui en ont besoin. La complémentarité entre les deux approches est indispensable et il est donc nécessaire de garder une fluidité dans la prise en charge. Nous pouvons craindre que la répartition des financements soit inadaptée à la complémentarité des interventions. Lors de l’écoute bienveillante réalisée dans le cadre des dispositifs d’aide à distance proposés par les associations, nous recueillons les besoins des appelants en termes d’écoute et d’aide. Nous devons être vigilants et argumenter auprès des pouvoirs publics afin que la réponse à ces besoins continue d’être financée. Propos recueillis par Nathalie Quéruel, journaliste. 1. Messagerie instantanée. LA PERSONNE INTERVIEWÉE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Un numéro téléphonique d’appel d’urgence va être créé pour prévenir le suicide. « Simplifier la prise en charge de l’urgence avec un guichet unique » Entretien avec Pierre Thomas, psychiatre au centre hospitalier universitaire de Lille. La Santé en action  : Quelle est votre action dans le champ de la prévention du suicide ? Pierre Thomas  : Je suis professeur des universités et praticien hospitalier de psychiatrie au centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille, chef du pôle de psychiatrie, médecine légale et médecine pénitentiaire. Grâce à l’impulsion du Pr Guillaume Vaiva, après quinze ans de travaux sur le sujet, la région a développé une culture de la prévention du suicide. C’est là qu’ont incubé les initiatives VigilanS – programme post‐urgence qui recontacte des personnes ayant commis une tentative de suicide – et Papageno – programme visant à prévenir la contagion suicidaire en améliorant le traitement médiatique des suicides et la communication autour de leur prévention. En lien avec la Direction générale de la santé (DGS), j’ai copiloté le groupe de travail dédié à la prévention du suicide au sein du Comité national de la santé mentale (CNSM), installé en 2016. Notre but était de faire des propositions très concrètes, s’appuyant sur des données probantes ou des expérimentations ayant fait leurs preuves, avec l’idée que ces outils, complémentaires et mutualisés, puissent être diffusés par les agences régionales de santé (ARS), avec une adaptation au contexte local. C’est cette réflexion qui a conduit à la stratégie nationale multimodale de prévention du suicide qui s’appuie sur les actions suivantes  : recontacter les suicidants, prévenir la L’ESSENTIEL ÇÇ Les autorités françaises vont créer un numéro d’appel téléphonique national afin d’améliorer le dispositif de prévention du suicide, se conformant ainsi aux recommandations des experts. Ce numéro unique pour les cas d’urgence a fait ses preuves aux États‐Unis, au Canada, en Belgique et surtout aux Pays‐Bas, selon les études scientifiques disponibles. Sans se substituer aux autres dispositifs d’écoute, ce numéro complétera le dispositif existant. contagion suicidaire, sensibiliser les personnes en première ligne auprès des populations vulnérables, accéder aux ressources de proximité. L’action n o 6 de la feuille de route « Santé mentale et Psychiatrie » de juin 2018 reprend ces orientations ; l’instruction de septembre 2019 donne le cadre de leur mise en œuvre et acte la création d’une ligne nationale de prévention du suicide, un outil innovant qui est aujourd’hui à coconstruire. S. A.  : Quel regard portez‐vous sur l’utilisation des numéros d’appel déjà existants pour les personnes suicidaires ? P.T.  : Il y a effectivement des lignes d’écoute, portées par des associations, qui répondent aux personnes suicidaires et peuvent leur apporter un soutien. Ces lignes fonctionnent dans le principe de l’anonymat. Nombre d’entre elles sont regroupées au sein de l’Union nationale de prévention du suicide (UNPS). Nous avons auditionné ces associations lors des travaux préparatoires. Les écoutants, bénévoles ou salariés, peuvent parfois se sentir démunis face à l’urgence de la crise suicidaire. Comment aider une personne qui vient de prendre des médicaments si l’on ne connaît pas précisément les ressources locales ? Comment envoyer le Samu si l’appel n’est pas géolocalisé et que la personne n’est pas en mesure de donner ses coordonnées ? Ce sont là des limites de l’action de ces écoutants qui font un formidable travail de prévention du mal‐être et rendent un grand service, mais qui peuvent aussi parfois se trouver dans de grandes difficultés face aux cas les plus graves. S. A.  : À quelles problématiques tente de répondre ce numéro national de prévention du suicide ? P.T.  : Cette proposition s’est imposée pour combler les difficultés à trouver les ressources de soins pour les personnes les plus à risque, c’est‐à‐dire celles qui vont passer à l’acte. Au moment de la crise suicidaire, il est impératif d’accéder aux soins. La solution, actuellement, est d’appeler le 15. La ligne dédiée vise deux choses  : d’une part, prendre en charge l’urgence, comme le fait le 15, et proposer un accompagnement spécifique ; d’autre part, proposer une réponse graduée, grâce à des répondants formés à l’évaluation de la crise suicidaire et ayant une bonne connaissance des ressources disponibles sur le territoire de proximité de la personne qui appelle ou de son entourage. S. A.  : Certaines expériences similaires à l’étranger ont‐elles été sources d’inspiration ? P.T.  : Les États‐Unis ont été pionniers en la matière, au début des années 2000, grâce à un psychiatre de San Francisco, Jerome A. Motto, qui 23 Dossier Prévenir le suicide  : connaissances et interventions LA SANTÉ EN ACTION – N o 450 – DÉCEmbre 2019



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