La Santé en Action n°435 mar/avr/mai 2016
La Santé en Action n°435 mar/avr/mai 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°435 de mar/avr/mai 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut National de Prévention et d'Éducation pour la Santé

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,0 Mo

  • Dans ce numéro : intervenants du social, quel rôle pour promouvoir la santé des populations ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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60 ffl Face aux contraintes économiques, les habitants parcourent de longues distances pour acheter des produits frais dans les marchés populaires de Marseille. Les stratégies d’approvisionnement alimentaire d’habitants de quartiers pauvres et excentrés Ana‐Catalina Marquez, Il a été démontré chargée de mission santé qu’il est plus environnement, difficile de manger équilibré avec un Laboratoire population environnement développement petit budget, car les (LPED), UMR 151, Aix‐Marseille Université, aliments recommandés dans ce cadre, tels Hind Gaigi, chef du projet Opticourses, que les fruits, les légumes ou le poisson, Laboratoire nutrition, obésité et risque thrombotique (Nort), sont des sources de UMR 1260 Inra 1260, calories plus chères Inserm1062, Aix‐Marseille que des aliments Université, Hélène Charreire, appauvris en nutriments essentiels et/enseignant‐chercheur, département de géographie, ou riches en gras et université Paris‐Est, Lab’Urba, en sucre [1]. école d’Urbanisme de Paris, Par ailleurs, des Carole Barthélémy, études montrent que enseignant‐chercheur, l’accès à une nourriture dite « saine » Laboratoire population environnement développement (LPED), UMR 151, Aix‐Marseille serait plus difficile Université, pour les personnes Nicole Darmon, qui résident dans directrice de recherche, des quartiers défavorisés [2], principa‐ Laboratoire nutrition, obésité et risque thrombotique (Nort), lement dans les villes UMR 1260 INRA 1260, Inserm1062, Aix‐Marseille nord‐américaines et Université. australiennes. En France, les pratiques et recours à l’offre alimentaire des populations qui vivent dans des quartiers socialement défavorisés restent peu explorés. Le projet de recherche interventionnelle Opticourses 1 vise à améliorer l’équilibre des achats alimentaires de personnes vivant dans des quartiers défavorisés de Marseille (13 e, 14 e et 15 e arrondissements). Il cible : – les approvisionnements alimentaires d’habitants participant à des ateliers animés par des professionnels, où sont partagés des bons plans, des astuces et des connaissances sur l’équilibre alimentaire et les aliments sains et pas chers ; – l’offre alimentaire, en rendant disponibles, visibles et attractifs des aliments de bon rapport qualité nutritionnelle/prix dans certains magasins de ces arrondissements [3]. Mieux connaître les pratiques d’approvisionnement alimentaire des populations de ces quartiers permettrait de proposer des interventions en santé nutritionnelle plus adaptées à leurs besoins. C’est pourquoi un travail exploratoire combinant analyses géographiques et sociologiques a été mené afin de mieux comprendre comment l’offre alimentaire de certains arrondissements de la ville de Marseille est utilisée par les participants aux ateliers Opticourses. Les ateliers Opticourses réalisés entre 2012 et 2013 ont permis de recueillir des informations relatives aux achats et aux lieux d’achats alimentaires de 114 participants 2. L’étude concerne 32 d’entre eux qui ont déclaré se déplacer à pied et/ou en transport en commun pour réaliser leurs courses alimentaires 3. Recours aux commerces et marchés qui proposent des prix réduits La représentation cartographique des déplacements des participants aux ateliers Opticourses vers les commerces alimentaires montre que les hypermarchés et les discounts recensés dans les 13 e, 14 e et 15 e arrondissements sont pratiquement tous utilisés par les participants, contrairement aux supermarchés et aux supérettes. Tous les participants utilisent au moins un L’ESSENTIEL ÇÇ Nutritionnistes, géographes et sociologues ont enquêté sur les pratiques d’approvisionnement alimentaire d’habitants de quartiers défavorisés à Marseille. ÇÇ Si l’échantillon réduit de l’étude ne permet pas, à ce stade, de tirer des conclusions définitives, ces travaux révèlent la mobilité d’une population à très faibles ressources et suggèrent leur capacité à optimiser leurs faibles revenus.commerce dans leur arrondissement, et ces déplacements se font principalement en transports en commun, plutôt qu’à pied. Lors des entretiens, toutes les personnes interrogées ont précisé qu’elles fréquentent régulièrement un magasin discount de proximité, dont elles possèdent la carte de fidélité. En parallèle, nombreuses sont celles qui se déplacent aussi hors de leur arrondissement, et ces déplacements sont également réalisés en transports en commun. Deux lieux en particulier sont très fréquentés : le marché de Noailles, situé en centre‐ville de Marseille (1er arrondissement), et le marché aux Puces, situé dans le 15 e arrondissement. Cultiver le lien social Les personnes déclarent se déplacer hors de leur arrondissement de résidence principalement pour acheter des produits frais (légumes, viande, poisson) : « Oui. Ça m’arrive d’aller au Vieux‐Port, si j’ai le temps, pour acheter du poisson. » La plupart déclarent ne pas hésiter à passer du temps dans les transports en commun pour obtenir des prix plus faibles : « Je vais au marché aux Puces, parce que le week‐end, sincèrement, ils font des réductions ; on
peut se permettre d’acheter. Ce n’est pas cher le dimanche, ils veulent débarrasser tous les fruits et légumes, car lundi ils veulent ramener de la nouvelle marchandise ; donc je profite le dimanche ». Pour certains, ces déplacements sont également l’occasion de se balader et de rencontrer des gens : « Je fais mes courses accompagnée, souvent ! Avec des amies. Moi, j’ai divorcé, elles ont divorcé aussi. On s’entend bien et souvent, on fait les commissions, et moi j’ai le moral. J’aime bien ! » ; « Je fais des rencontres, je trouve des gens à chaque fois. Ça fait plaisir de voir du monde. » Des produits frais à moindre coût Notre étude montre que, pour les personnes vivant dans ces quartiers défavorisés, le choix des lieux de course est principalement guidé par la recherche du meilleur rapport qualité/prix, notamment pour les produits frais. Ces résultats concordent avec ceux observés dans l’analyse nutritionnelle et économique des achats des participants aux ateliers Opticourses, qui a démontré que les participants achetaient fruits, légumes, viande et poisson à des prix significativement inférieurs aux prix moyens nationaux (à partir d’estimations de produits identiques datant de 2006) [4]. Spécificités locales Certaines spécificités de la ville de Marseille peuvent expliquer en partie nos résultats. Les transports en commun gratuits pour les demandeurs d’emplois indemnisés non imposables permettent à la population en situation de contrainte économique de s’affranchir des coûts associés à ces déplacements, pour accéder à des produits moins chers. Par ailleurs, le Amir Rezzoug centre‐ville de Marseille propose une forte densité alimentaire de marchés de produits frais (légumes, produits frais, poisson) et de commerces alimentaires spécialisés (boucheries halal) attractifs pour ces populations [5]. Cette spécificité rend difficile l’extrapolation à d’autres villes des résultats obtenus, mais donne à voir des éléments souvent méconnus sur les stratégies mises en œuvre par les populations défavorisées pour leurs approvisionnements alimentaires. Une étude pluridisciplinaire exploratoire à élargir Toutefois une limite majeure de l’étude reste le faible nombre de personnes interrogées, expliqué par le contexte exploratoire de cette étude‐pilote. La population d’enquête devrait être élargie, afin de valider ces premières tendances qui éclairent la nécessité de s’intéresser aux spécificités locales de la ville, aux pratiques spatiales et à la mobilité de la population, ainsi qu’à leurs effets sur les pratiques alimentaires. La démarche qualitative (entretiens) prend ici tout son sens : elle permet de révéler les motivations des personnes et leurs capacités à optimiser leurs faibles revenus. Ce travail pluridisciplinaire suggère qu’il est pertinent de combiner les approches des nutritionnistes, géographes et sociologues pour mieux comprendre les pratiques et les recours alimentaires. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES [1] Darmon N. Coût et qualité nutritionnelle de l’alimentation. In : Inégalités sociales de santé en lien avec l’alimentation et l’activité physique [chapitre 14]. Paris : Inserm, coll. Expertise collective, 2014 : p.329‐370. En ligne : http://www.inserm.fr/thematiques/sante‐publique/expertises‐collectives [2] Rican S. Territoires et alimentation. In : Inégalités sociales de santé en lien avec l’alimentation et l’activité physique [chapitre 16]. Paris : Inserm, coll. Expertise collective, 2014 : p.407‐435. En ligne : http://www.inserm.fr/thematiques/santepublique/expertises‐collectives [3] Lesturgeon A., DuboisC., Gaigi H., Gaubard M.‐S., Maidon A., Darmon N. Opticourses, un projet de recherche interventionnelle pour réduire les inégalités Cette étude met ainsi en lumière plusieurs stratégies de recours à une offre alimentaire de faible coût, propre à ces habitants de quartiers pauvres et excentrés. Elle souligne le rôle majeur des marchés qui fournissent une offre abondante et abordable de produits frais culturellement diversifiés. Enfin, cette étude invite à se préoccuper de la pression immobilière spéculative, qui pèse sur certains marchés populaires – comme c’est le cas sur le marché de Noailles, situé dans l’hyper‐centre de Marseille, près de la Canebière – pour maintenir la sécurité alimentaire des populations urbaines pauvres. 1. www.opticourses.fr 2. Les tickets de caisse ont été recensés durant un mois, afin de situer les commerces fréquentés et d’identifier les types d’achats. Les participants ont également été interrogés sur leurs lieux de courses alimentaires habituels et sur les modes de transport utilisés. 3. Dans un premier temps, les adresses des lieux de résidence et des lieux de recours à l’offre alimentaire (recensés à partir des tickets de caisses fournis et des commerces cités par les participants) ont été géolocalisées dans un système d’information géographique (Sig) intégrant l’ensemble des commerces de la ville et le réseau de transports en communs. Les déplacements de chaque participant vers les commerces de proximité (arrondissement de résidence) et hors de l’arrondissement de résidence ont été répertoriés et cartographiés. Dans un second temps, des entretiens ont été réalisés auprès d’un sous‐échantillon de 8 personnes. sociales de santé dans les quartiers nord de Marseille. Priorités Santé, 2013, vol. 38 : p.18‐19. En ligne : www.cres‐paca.org/_depot_arkcms_crespaca/_depotarko/articles/141/consulter‐le‐document_doc.pdf [4] MartyL., DuboisC., Gaubard M.‐S., Maidon A., Lesturgeon A., Gaigi H., et al. Higher nutritional quality at no additional cost among low‐income households : insights from food purchases of « positive deviants ». American Journal of Clinical Nutrition, 2015, vol. 102, n o 1 : 190‐198. En ligne : http://ajcn. nutrition.org/content/102/1/190.full.pdf+html [5] Peraldi M. Marseille : réseaux migrants transfrontaliers, place marchande et économie de bazar. Cultures & Conflits, 1999, n o 33‐34 : p.51‐67. En ligne : http://conflits.revues.org/232 61 ffl Enquête Bien s’alimenter à prix serrés LA SANTÉ EN ACTION – N o 435 – Mars 2016



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