La Revue du Design n°5 juin 2011
La Revue du Design n°5 juin 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de juin 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Alexandre Cocco

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : interview d'Eric Berthes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 32 - 33  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
32 33
RdD n°05 | Juin 2011 La part du texte 32 | www.larevuedudesign.com
Les malentendus du design et du kitsch Par Jocelyne Leboeuf. Kitsch, design et modernité La notion de Beauté utile, qui a fourni une base théorique au design industriel issu des arts appliqués au XIXe siècle, a engendré son contraire, le kitsch et aussi un certain nombre de malentendus : - confusion sur la nature du design (design et « style fonctionnel » deviennent synonymes), - réduction de la signification du mot kitsch renvoyant au mauvais goût et à l’objet de pacotille, - assimilation kitsch et ornement (sous-entendu inutile). Le décor « exagéré » Concernant Le dernier point, l’origine vient de ce goût pour l’historicisme et le pastiche au XIXe siècle, dans l’architecture et les objets de la maison, devenu vite synonyme de « mauvais goût bourgeois ». Jocelyn de Noblet relaie cette idée lorsqu’il écrit : ―Les objets Kitsch du XIXe siècle, pour une grande partie d’entre eux sont le reflet de la mentalité de la bourgeoisie issue de la Révolution industrielle et pour qui certains systèmes d’objets relevant des arts décoratifs traditionnels sont synonymes de promotion sociale. Pour elle, ces objets, dont le décor est exagéré, ont une valeur de symbole. Cette perversion du goût a entraîné une réaction et Morris est de ceux qui ont essayé, par un retour à l’artisanat, de retrouver un style ―authentique‖.‖(1) La « perversion du goût » Tout le mouvement moderne est marqué par cette idée qui assimile ornement (« exagéré » ou pas, les limites restent toujours floues) et mauvais goût. Dans son ouvrage La République des Arts, Jacques Viénot(2) en fait l’objet d’un débat entre différents personnages représentatifs des milieux artistiques liés à l’Union des Artistes Modernes (UAM) : ―L’édification de La République… repose sur les thèmes récurrents de la modernité que sont le jugement de goût, la place de l’ornement, l’esthétique au regard de la raison, du sentiment, de la spiritualité et de la vie, l’unité des arts autour de l’architecture et la ville idéale. L’analyse des ―données essentielles‖ du goût avait été l’objet déjà d’un article écrit en 1933 pour La Revue des Vivants. L’architecte Fayol (un des personnages de La République…) en résume l’essentiel par ces propos : ―Le sens de la beauté et du goût dépend de l’élévation de la pensée, de la culture et non du porte-monnaie‖. Est visé le mauvais goût bourgeois amateur de kitsch, produit d’une civilisation qui repose sur ―l’idée de richesse, RdD n°05 | Juin 2011 idée qui a pris, au cours du XIXe siècle, une force telle qu’elle est parvenue à jouir d’un réel prestige moral et à prendre une place dans l’échelle des valeurs (…) Beaucoup de choses ―font riche‖ — et c’est dommage — car cela ―ne fait pas‖ noble, cela ―ne fait pas‖ distingué. On a perdu la notion de dignité, de simplicité, d’élégance, pour consacrer la notion de richesse, et surtout celle de son simulacre, la richesse bourgeoise. Mais Fayol, dans La République…, contredit l’opinion de l’auteur de l’article, persuadé que le goût est l’apanage d’une élite. Il pense au contraire que les hommes simples, les paysans, ne conçoivent rien qui soit de mauvais goût. Il faut même plutôt être éduqué pour faire ―des choses tartes‖. Que l’on accorde ou non aux gens du peuple la faculté de reconnaître la perfection, que celleci dépende d’une victoire de l’artisanat face à la machine ou de la reconnaissance d’une beauté industrielle, tout le monde s’entend sur le rejet de l’imitation et de l’ornement ―inutile‖, que l’architecte Adolf Loos avait dénoncé dans son célèbre pamphlet écrit en 1909, ―Ornement et crime‖. Dans son étude sur La mécanisation au pouvoir, Siegfried Giedion analyse les rapports entre ce qu’il considère, lui aussi, comme décadence du goût au XIXe siècle et processus de mécanisation de l’ornement. Étant neutre, la mécanisation ne peut être responsable de la dévaluation des symboles. L’usage qui en a été fait en est la cause. Le thème est maintes fois repris par Jacques Viénot et fera l’objet d’un projet non abouti de création d’un ―musée du mauvais goût‖. Dans La République…, l’idée est lancée par Berthier qui cite en exemple un ―musée de la niaiserie‖ à Darmstadt. Plus tard, trois articles signés Louis Chéronnet et Jacques Viénot paraîtront sous le titre ―Le musée de l’erreur‖ dans les trois premières revues Art présent, entre 1945 et 1947. L’―idée éducative‖ revendiquée leur donne bien du mal pour établir une liste de critères, une méthode de classement. Ils imaginent un classement par pays, par genre et classe, par époques, par objets, l’organisation d’expositions temporaires aux thèmes très drôles, le mauvais goût des hommes de lettres, le mauvais goût de l’Antiquité, le mauvais goût et l’amour… Conférences, films, défilés de mannequins font partie du programme. Rien ne les arrête si ce n’est de ne pas parler d’œuvres à caractère d’actualité afin de ne pas tomber dans les ―petits succès éphémères de scandales faciles‖. Le ―musée de l’erreur‖ est bien aussi dans cet esprit de combat qui anime diverses initiatives de l’époque comme la ligue contre www.larevuedudesign.com | 33



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :