La Revue du Design n°3 avril 2011
La Revue du Design n°3 avril 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de avril 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Alexandre Cocco

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : interview de JeanBaptiste Sibertin Blanc.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 36 - 37  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
36 37
RdD n°03 | Avril 2011 leurs praticiens ne peuvent ou ne veulent pas, voire ne cherchent pas, à expliquer. La faiblesse manifeste du « design thinking » est d’être ramené à la supposée créativité ou sensibilité propre du designer. Ce qui en définitif n’est pas très rigoureux si on se place dans un positionnement de chercheur. Concernant le cas plus local de la France, il est vrai que de plus en plus de jeunes designers et d’institutions s’intéressent à la perspective des études doctorales. Bien qu’étant concerné, j’avoue ne pas trop quoi en penser. Néanmoins, il ne faut pas omettre de replacer ce phénomène dans l’harmonisation européenne des cursus universitaire au système LMD (licence, mastère, doctorat), qui a provoqué un intérêt soudain des écoles d’art et de design envers le doctorat. En supprimant la place de l’ingénieur, Tim Brown espère que le designer pourrait faire un « meilleur travail » dans la conception de produits innovants à destination du grand public. Je ne partage pas ce point de vue. Mes travaux de recherche montrent plusieurs choses à ce sujet. D’une part, l’objectif du designer et du « scientifique » n’est pas toujours partagé, sauf quand le projet est véritablement pensé en commun. Le chercheur, le « scientifique » selon Tim Brown, ne travaille par pour créer les objets de demain. La recherche fonctionne dans un silo et le chercheur est motivé par l’apport de nouvelles connaissances, d’un nouveau savoir scientifique. D’autre part, ce qui pose parfois problème dans les coopérations entre designer et chercheur est l’absence des compétences de l’ingénieur. Le chercheur n’est pas là pour produire techniquement le prototype imaginé par un designer, ce que le plus souvent imagine ce dernier. De son 36 | www.larevuedudesign.com côté, l’ingénieur est bien celui qui rend disponible les avancées issues de la recherche pour le secteur industriel, et conséquemment au grand public. En ce sens il est en effet un traducteur, tout comme l’est le designer vis-à-vis du quotidien, sachant révéler des usages qui étaient jusqu’ici marginaux. Néanmoins, designer et « scientifique » peuvent très bien se retrouver autour d’un projet commun, et ceci sans qu’un ingénieur ne soit présent. Dans ce cas, l’intérêt est ailleurs. Il s’agit le plus souvent d’un travail de prospective, de critique, ou de « sonde ». Aussi, chacun sait je pense adapter son langage à l’autre tout en sachant que l’objectif du projet ne doit pas être tiré ni pour l’un ni pour l’autre. C’est typiquement en pensant en amont la teneur du projet collectif que chacun peut réellement s’y retrouver et éviter cette sensation de subordination, lorsque le designer est là pour le chercheur, ou inversement le chercheur est simplement la caution scientifique pour le designer et son projet. En ce sens, je pense qu’imputer à la figure de l’ingénieur ce problème de dialogue entre designer et « scientifique » est révélateur de la volonté actuelle d’accélérer à tout prix le processus d’innovation. Tim Brown semble désigner un fautif, un intermédiaire qu’il ne juge plus nécessaire et dont l’absence aurait comme effet d’accélérer l’innovation. Je ne cherche pas à mâcher mes mots : je trouve ça est un peu facile. Rentabilité à court terme oblige, je pense plutôt que dans cette histoire on se focalise de plus en plus sur la lettre « D » dans le sigle R et D, et ceci au détriment du « R ». Cet article est également paru sur le blog de Clément Gault : designetrecherche.org.
L’effet (de) design Par Tony Côme. Il a fait beaucoup de bruit, presque un buzz. Avec lui, la blogosphère a vibré. Longtemps à l’avance, on avait été préparé à son arrivée. On l’attendait impatiemment. Et puis, comme une merveille de l’aérospatiale (ou peut-être comme le dernier produit Apple), il a eu droit à son « lancement ». Grandiloquent ! En plein cœur du Palais de Tokyo ! C’était beau. C’était grand. C’était émouvant. Mais, au fond, s’est-on réellement demandé de quoi était fait ce Court traité du design conçu par Stéphane Vial et publié aux PUF en novembre 2010 ? La pensée salvatrice Après quelques vers du groupe U2 mis en exergue, après une préface de Patrick Jouin qui, dans sa concision, tient du haïku (mais qui néanmoins fera vendre l’ouvrage), la thèse de l’auteur est là : « Le design est avant tout une pratique de la pensée, mais il n’y a pas de pensée du design. Ni chez les designers ni chez les philosophes. » Et Stéphane Vial, qui n’est pas designer mais philosophe, entend bien là corriger cette lacune. Selon lui, ou peut-être avant lui, le design était « orphelin d’une théorie ». À ses yeux, la discipline semblait embourbée dans une dangereuse « approximation conceptuelle », elle évoluait dans une confusion généralisée avec laquelle il était nécessaire de rompre, et cela sans plus tarder. Si, dans votre bibliothèque, vous aviez du Raymond Guidot, du Danielle Quarante, un peu de Pierre- Damien Huyghe, du Armand Hatchuel ou quelques vieux numéros des Cahiers du CCI par exemple, questionnez-vous en ouvrant cet ouvrage. Tout cela était très probablement confus, approximatif. Jusquelà, soyez-en certains, il n’y avait pas de pensée du design. D’ailleurs, dans cette récente publication, pas RdD n°03 | Avril 2011 un mot n’est écrit à propos du « Design Thinking » qui fait polémique aujourd’hui. C’est donc sous la forme traditionnelle du Traité (par définition, un ouvrage didactique qui tend à exposer de façon systématique un sujet donné) que l’auteur a décidé d’enfin « traiter le design, c’est-à-dire de le soumettre à la pensée » et, par là même, de faire un net distinguo entre ce qui relève du design et ce qui relève du « non-design » – l’art, par exemple. Le lancement de l’ouvrage au Palais de Tokyo (centre d’art) ne facilitant certes pas ce travail de clarification. Opus citatum L’approche de Stéphane Vial est d’abord historique. Il tâche, en quelques pages, de mettre fin à l’ambigüité du mot « design », de repérer l’origine de la pratique autonome qui y est associée et tend à démontrer que cette discipline nait véritablement avec « l’assomption de l’industrie ». Ici, rien de véritablement nouveau. Cole, Behrens, Ruskin, Morris, Muthesius, Loewy, Bel Geddes, etc. : les références s’enchainent assez rapidement, elles sont bien connues et le regard qui y est porté n’affirme que trop peu sa singularité. D’autant plus que les sources de l’auteur sont, dans cette partie, rarement de première main. En effet, la majorité d’entre elles sont empruntées au récent ouvrage d’Alexandra Midal(1), dont la rigueur historique laisse elle-même parfois à désirer(2). Ainsi, chez Vial, Sottsass parle à travers Midal et les nombreux effets d’écho de ce type pourront lasser certains lecteurs. Au lieu d’avancer immédiatement le fait que, de prime abord, ce Court traité ressemble étrangement à un Que sais-je ? déguisé, il faut précisément se demander à qui celui-ci s’adresse. Au fond, si ce n’est évidemment pas le spécialiste qui est visé ici, n’est-ce tout de même pas un bon outil d’approche pour le jeune étudiant ? Jargon de l’authenticité ? « C’est le livre que, étudiant, j’aurais voulu lire ! », se serait justement exclamé Patrick Jouin en découvrant le manuscrit du Traité(3). Stéphane Vial étant luimême enseignant dans une grande école d’arts appliqués parisienne, on peut penser qu’il était effectivement conscient des désirs de lecture des jeunes adultes qu’il côtoyait quotidiennement lors de son travail d’écriture. En témoigne le ton « amical » que prend parfois le texte du philosophe, au travers d’interjections anglophones telles que ce « applause » ironique placé après une citation de Starck. Mais, paradoxalement, il nous faut constater que lorsque l’auteur aborde plus directement ce à quoi œuvre le design contemporain, ce qu’il appelle « ’effet www.larevuedudesign.com | 37



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :