La Revue de la Musique n°2 fév/mar 2016
La Revue de la Musique n°2 fév/mar 2016
  • Prix facial : 6,80 €

  • Parution : n°2 de fév/mar 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 39 Mo

  • Dans ce numéro : spécial Mozart, le génie inégalé.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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48 Dans Par-delà le bien et le mal, Nietzsche affirme que le grand temps mozartien fut un âge d’or inatteignable : « le « bon vieux temps » n’est plus, en Mozart il a fait entendre son dernier chant ». Enfin, c’est en littérature que Mozart s’est vu attribué de nombreuses caractéristiques, parfois caricaturées : « Mozart romantique » (Hoffman), « Mozart édénique » (Hesse), « Mozart frivole » (Guitry), « Mozart rédempteur de la barbarie » (Mauriac), « Mozart éthique » (Des Forêts) ou encore « Mozart rebelle » (Shaffer). On a également remarqué qu’une renaissance mozartienne est née aux alentours de la Première Guerre mondiale. Elle vient de quelques chefs-d’œuvre : Gustav Mahler à Vienne, Strauss à Munich, et même Walter, Krauss, Kleiber et KarlBöhm qui ont restitué dans leurs troupes respectives un véritable vivier de chanteurs mozartiens, réinventant un style qui avait perdu de sa transmission orale : plus classique que romantique, sans fioritures ni embellissements. LE MYTHE MOZARTIEN En fin de compte, la figure de Mozart possède tout ce qu’il faut pour devenir un mythe. Son génie est si énigmatique et fascinant qu’il est en vérité inexplicable. Il est d’autant plus inexplicable et fascinant que, en dépit d’un assaut d’exégèses rationnelles et scientifiques toujours renouvelé, aussi bien en matière biographique qu’artistique, il demeure imperturbable et impérissable. Hildesheimer récapitule très bien ce résumé : « ici la musique jouit d’une influence et d’un prestige dépassant largement la fonction qu’en attend le « mélomane », et allant aussi bien au-delà de tous les espoirs qu’il saurait fonder, si profonde soit son expérience. Selon toute apparence, le culte célébré confine à l’absurde, quand il ne franchit pas les limites. Mais comme toujours, le principe originel repose sur un mystère ; à moins que non » ? Les composantes qui ont contribué à former ce processus de mythification de Mozart sont nombreuses. En premier lieu, nous retrouvons la figure de l’enfant prodige, ensuite l’épisode violent de l’indépendance par rapport à la tutelle de Colloredo, la relation compliquée avec le père, la commande du Requiem, la mort précoce et mystérieuse, la francmaçonnerie… Un autre élément vient également s’ajouter à cette liste, et non des moindres : le mélange entre la figure du génie absolu et celle du « faune » scatologique, une figure à la fois présente et fuyante qui fait que, malgré le nombre important de portraits de Mozart dont nous disposons, il nous est difficile de lui attribuer corporéité LA REVUE DE LA MUSIQUE « L E SIL ENC E Q UI SUI T LA MUSIQUE DE MOZART, C’EST ENCORE MOZART ». (SACHA GUITRY). et quotidienneté. Il y a encore cette musique « parfaite », à laquelle on associe une grâce divine, un caractère « unique », antihistorique et universel. Enfin, pour parachever ce mythe, on trouve ces formules brillantes et dithyrambiques. Mais le summum est évidemment atteint avec les légendes de la commande du Requiem, de sa mort et de son enterrement. En effet, le récit de la mort de Mozart a engendré toutes les hypothèses et toutes les affabulations possibles, y compris dans les dernières décennies : n’a-ton pas encore récemment suggéré des conspirations maçonnes ? L’existence prétendue d’ultimes maîtresses (après le décès de Mozart, un ami du compositeur, nommé Hofdemel, a accusé son épouse enceinte Magdalena d’avoir été sa maîtresse : il l’a tué au rasoir et s’est ensuite suicidé. Une autre légende concerne le personnage d’Anna Gottlieb, première Pamina de dix-sept ans et qui, à 12 ans, a été la Barberine des Noces de Figaro) ? Le comportement honteux de Konstanze ? Depuis la mort de Wolfgang, une légende a entouré le personnage de Salieri. C’est que, le 31 décembre 1791, un journal berlinois annonce : « Mozart est mort. Il est rentré chez lui de Prague souffrant d’un mal qui depuis lors n’a cessé de le ronger. On pense qu’il s’agit d’hydropisie et il est décédé à Vienne. Comme son corps a enflé après la mort, on pense même qu’il a été empoisonné ». La rumeur s’étend et commence à se porter sur Salieri. En octobre 1828, Moscheles, élève de Mozart, rend visite à Salieri, soigné à l’hôpital. Ce dernier lui révèle : « Bien que ce soit ma dernière maladie, je puis cependant vous donner ma parole d’honneur qu’il n’y a rien de vrai dans cette absurde rumeur ; vous savez en effet que je serais censé avoir empoisonné Mozart. Mais non, c’est méchanceté, pure méchanceté, dites-le au monde, cher Moscheles ; le vieux Salieri, qui va bientôt mourir, vous l’a dit ». Toutefois, En 1823, Salieri échoue dans sa tentative de suicide. Schindler, le secrétaire de Beethoven, avoue qu’il « s’imagine qu’il est coupable de la mort de Mozart et qu’il l’aurait empoisonné ». La légende prend alors une toute autre ampleur, d’autant que l’hypothèse d’un empoisonnement par « acqua toffana » (un poison lent) viendrait, selon Niemetschek, de Mozart lui-même, de même que l’accusation portée contre Salieri.
COMME NOUS L’AVONS VU DANS LE CHAPITRE CONSACRÉ AUX DONS PRÉCOCES DU COMPOSITEUR, LE JEUNE WOLFGANG N’AVAIT QUE QUATORZE ANS LORSQU’IL SUT MÉMORISER INTÉGRALEMENT LE « MISERERE » D’ALLEGRI, UNE ŒUVRE RELIGIEUSE D’UNE QUINZAINE DE MINUTES. Mozart est encore présent dans le récit de la mort de Chopin, dont le dernier vœu aurait précisément été d’entendre du Mozart. En ce qui concerne l’affaire Salieri, Robbins Landon apporte une conclusion nuancée : « dans notre chronique du drame de la dernière année de Mozart, Salieri ne peut bien entendu tenir qu’un second rôle, mais l’Italien fut pour Mozart une véritable épine dans la dernière décennie de sa vie et, par ses incessantes intrigues, il avait rendu son existence, dans le domaine de l’opéra, bien plus difficile qu’il n’était nécessaire ». LA MYTHIFICATION EST UNE DÉFORMA- TION, MAIS UNE DÉFORMATION À CARAC- TÈRE HERMÉNEUTIQUE, SATISFAISANT UN BESOIN D’ÉPOQUE Dans le cas de Mozart, le processus de mythification a été perpétuel et continu. Encore aujourd’hui, les légendes entourent Mozart. Toute la puissance de ces légendes est visible dans le film « Amadeus » de Forman. En effet, le réalisateur a tenu à mettre en scène la LES GRANDS COMPOSITEURS Biographie n°49 légende selon laquelle Salieri, le pire ennemi de Mozart, a assassiné le plus grand des compositeurs de tous les temps. Tous ces récits demeurent encore plus de deux siècles après la mort du compositeur. Ils ne font que raviver l’intérêt, toujours aussi débordant, que les écrivains, les musicologues ou encore les philosophes nourrissent au sujet de Mozart. Cependant, on pourrait tout aussi bien réfuter l’idée que Mozart incarne le génie inexplicable, le mythe par excellence. Norbert Elias, en écrivant Mozart, sociologie d’un génie, veut prouver que le génie de Mozart n’a pas une valeur transcendante. Celui-ci serait plutôt né grâce à la manifestation de plusieurs faits sociaux : « le talent particulier que possède un individu, le « génie », comme on disait à l’époque de Mozart, non pas qu’il est mais qu’il a, fait lui-même partie des éléments déterminants de son destin social et constitue dans cette mesure aussi un fait social, exactement au même titre que les simples dons des êtres qui ne sont précisément pas géniaux ». Cela ne réduit aucunement son génie, mais évite justement les travers des mystifications nuisibles dont il a pu faire l’objet. Elias rajoute également combien son « objectif n’est donc pas de détruire, ni de réduire ce génie, mais de rendre plus compréhensible sa situation humaine, et peut-être aussi de contribuer à déterminer ce qu’il faudrait faire pour empêcher un destin tel que celui de Mozart ». Le deuxième argument en faveur de cette position consiste à tenter de faire admettre que le génie de Mozart ne relève pas de l’inexplicable ou d’une quelconque inspiration divine. Son miracle tient essentiellement en la conjonction d’une parfaite maîtrise des canons musicaux de son temps et d’une capacité d’inventer ou créer, à partir de ces formes connues, des figures neuves, subtiles et pourtant susceptibles d’émouvoir profondément les auditeurs. LE CERVEAU DE MOZART Mozart fascine les musicologues, les écrivains, les artistes ou encore les auditeurs littéralement envoutés par son immense talent. Mais le génie a aussi attiré la curiosité des scientifiques. Jusqu’à présent, le corps de Mozart n’a pas été retrouvé. En revanche, on aurait peut-être retrouvé un crâne qui n’a pas livré encore tous ses secrets. Toute enquête qui vise donc à autopsier Mozart, à sonder les rouages relève donc de la présomption. En 2003, le professeur Bernard Lechevalier a écrit un ouvrage intitulé « Le Cerveau de Mozart ». Dans cette étude assez considérable, souvent complexe et assez répétitive, ce neurologiste se base sur le cas de Mozart et sur sa passion qu’il lui voue pour dresser un bilan des derniers progrès dans le domaine neurologique. Mais comment a-t-il pu retranscrire cette œuvre aussitôt de retour à la maison ? Ce mystère est le facteur déclencheur de l’étude de Le Chevalier. Une fois les analyses et les expériences faites pour savoir quelle mémoire a été ici mise en œuvre, Le Chevalier déclare que « cet exploit est difficilement explicable, mais que trois opérations mentales se sont succédé : un encodage LA REVUE DE LA MUSIQUE



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