La revue de l‘inspection générale n°1 janvier 2004
La revue de l‘inspection générale n°1 janvier 2004
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de janvier 2004

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Inspection Générale

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 128

  • Taille du fichier PDF : 1,1 Mo

  • Dans ce numéro : Alain Bergounioux, l'École de la République dans l'histoire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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« dossier : École et République > les figures de l’École dans la République Vers l’unification et la modernisation du professorat. page 24 > la revue de l‘inspection générale 01 « ressée propre aux humanités classiques, et réinvestir la tradition libérale des universités médiévales 6. Les attaques dont les professeurs sont l’objet tout au long du 19ème siècle, notamment de la part des autorités de l’Etat, ainsi que la naissance du mouvement amicaliste (ferment du syndicalisme enseignant du 20ème siècle) donnent crédit aux analyses portant sur la puissance et la permanence d’une idéologie universitaire autonome. A la fois désintéressée et élitiste, la corporation universitaire ne se soumet à la contrainte de l’Etat que si celle-ci ménage ses intérêts. Condorcet avait prévenu les conventionnels en 1792 des dangers de ce corporatisme 7. Soixante ans plus tard Fortoul en fera la difficile expérience avec sa tentative inachevée de réforme du recrutement et de la spécialisation des professeurs, rapidement démantelée après sa mort en 1856. La IIIème République proclamée, ces idéaux vont se trouver confortés par des gouvernants marqués par des conceptions assez élitistes, voire aristocratiques de la république ; et les professeurs vont disposer progressivement des moyens de leur unité interne et de leur rayonnement externe. En 1876, les lycées ne comptent que 2 350 professeurs et 1 600 répétiteurs, les collèges communaux 3 430 régents et maîtres d’études. Les fonctions y sont toujours très hiérarchisées : professeurs et répétiteurs, agrégés et licenciés, normaliens et anciens maîtres d’études, provinciaux et parisiens. Les répétiteurs ont des perspectives de carrière restreintes par le faible développement de l’enseignement secondaire, mais aussi par le système des « recommandations » et la mainmise des normaliens sur les chaires des lycées parisiens, postes dont les revenus font de leurs titulaires des membres à part entière de la bourgeoisie 8. Mais progressivement les mérites - attestés par les inspecteurs généraux - vont l’emporter sur les recommandations, les carrières se débloquer et la mobilité, géographique et fonctionnelle, se développer. Lorsque chacun pourra se reconnaître dans une élite devenue moins inaccessible, la fierté méritocratique, la hiérarchie des prestiges et le jacobinisme pourront s’épanouir dans le corps tout entier. La réforme de 1902 représente une étape essentielle vers cette unification et cette modernisation du professorat. A la fois pédagogique et administrative, elle débouche notamment sur une redéfinition de l’univers professionnel des enseignants : les conditions de rémunération, de travail, de carrière des professeurs s’affranchissent des ressources des établissements grâce à une participation financière accrue de l’Etat, et s’attachent désormais aux individus et aux catégories de fonctionnaires 9. Le nouveau statut des répétiteurs en fait des fonctionnaires enseignants à part entière, alors même que les professeurs sont contraints de surveiller eux aussi les récréations 10 ! Mais surtout, la loi du 7 avril 1908 uniformise la gestion des carrières en instituant l’avancement automatique, au choix et à l’ancienneté ; le décret du 24 juin 1910 unifie et revalorise le régime des traitements, en resserrant fortement la hiérarchie des salaires ; enfin le décret du 6 septembre 1913 améliore le système du classement et du reclassement en le fondant sur l’ancienneté des services.
Lorsque Albert Thibaudet, agrégé d’histoire, publie en 1927 La République des professeurs, ces derniers, bien que toujours peu nombreux (autour de 20 000), bénéficient tous d’un traitement décent, des garanties d’un statut de fonctionnaire, de conditions de travail enviées et d’une progression de carrière assurée. Leur corps a subi des pertes énormes pendant la Grande Guerre. Leur prestige social et leur poids politique sont au zénith. Ils ont la conscience d’appartenir à une élite nationale et intellectuelle. Leur formation, notamment celle des littéraires, les prédispose à investir les salons, le journalisme et la politique. Comme l’écrit Pierre Albertini : « A la fois doctes et mondains [...], issus des classes moyennes et recrutés sur des qualités aristocratiques de brillant, destinés à l’enseignement mais capables de s’imposer au Quai d’Orsay ou au Palais Bourbon, ils incarnent un des mythes fondateurs de la 3ème République, l’ambiguïté du savoir et du pouvoir. « 11 En 1935, les professeurs de lycée représentent plus de 10% des députés. C’est aussi l’époque où se développe la figure de l’intellectuel engagé apparue avec l’affaire Dreyfus. Les professeurs se rangent majoritairement à gauche, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes si l’on songe à l’élitisme, voire à l’aristocratisme (surtout pour les anciens khâgneux, littéraires et philosophes) qu’ils continuent d’afficher 12. Paradoxalement, comme le remarque Antoine Prost, c’est une mesure de Pétain, confiant l’enseignement primaire supérieur (dont il se défie) au Secondaire (qu’il souhaite conforter), qui va sonner le glas du règne social des professeurs 13. En permettant en effet aux élèves des ex-EPS, transformées en collèges modernes, d’accéder au baccalauréat, le régime de Vichy lance le grand mouvement de démocratisation qui ne fera ensuite que s’accélérer. Pendant les années 50 et 60, on manque donc d’enseignants et s’opère un glissement général du premier vers le second degré avec la création des PEGC et des maîtres des classes pratiques. L’Etat est contraint de créer le CAPES en 1950 puis les IPES, un pré-recrutement à bac+1, en 1957. Les recrutements de masse, qui caractérisent les années 60, fléchissent dans les années 70 pour reprendre de plus belle ensuite. Les professeurs du Secondaire, de 25 000 à la Libération se comptent désormais par centaines de milliers. Parallèlement, les professions intermédiaires et les cadres accroissent leurs effectifs. Les professeurs n’ont plus le monopole de la connaissance et des diplômes universitaires, la profession se banalise avec pour conséquence la perte du prestige social et le déclin politique de la société enseignante. Cette dégradation de l’image et du statut social, à peine atténuée par la revalorisation des statuts et des carrières de 1989, s’accompagne pourtant d’un net embourgeoisement du recrutement (dû en partie à une féminisation croissante) mais aussi d’un certain relâchement des comportements postérieur à 1968 : la tenue vestimentaire et la langue se rapprochent de celles des élèves, un certain discours anti-élitiste et anti-autoritaire fait son apparition. Lorsque Hervé Hamon et Philippe Rotman font leur enquête en 1984, le corps professoral apparaît comme la revue de l‘inspection générale 01 > page 25



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