La Gazette du Var n°37 15 sep 2017
La Gazette du Var n°37 15 sep 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°37 de 15 sep 2017

  • Périodicité : quinzomadaire

  • Editeur : ADIM

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 11,5 Mo

  • Dans ce numéro : la très belle saison touristique de Toulon.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 Supplément Coordination Rurale Rencontre avec le Ministre de l’Agriculture Bernard Lannes  : « Le Ministre observe, écoute mais ne s’engage pas encore » ! Bernard Lannes, président national de la Coordination Rurale et François Lucas reviennent sur leur premier rendez-vous officiel avec Stéphane Travert, Ministre de l’Agriculture, le jeudi 13 juillet dernier. septembre - octobre 2017 - #37 B ernard Lannes et François Lucas ont rencontré pendant une heure et quart avec le nouveau ministre et Bruno Ferreira, son directeur adjoint de cabinet chargé de la politique agricole commune et des relations diplomatiques. Ils racontent cet entretien. Quelles sont vos impressions générales suite à cette rencontre ? Bernard Lannes  : Ce premier rendez-vous s’est bien passé. Nous avons trouvé un homme ouvert, facile d’accès. Nous nous y attendions  : les adhérents de la CR de la Manche nous l’avaient ainsi décrit. Il connaissait la plupart des dossiers et n’avait pas besoin d’aide pour répondre à nos interrogations. François Lucas  : Sur quelques sujets, il a reconnu son peu de connaissances. Par exemple, lorsque nous avons évoqué les projets de régionalisation des chambres d’agriculture ou le monopole d’un autre syndicat dans le dialogue social en agriculture. Nous avons senti que notre point de vue l’intéressait grandement. Les grandes difficultés financières auxquelles font face les agriculteurs ont-elles été abordées ? François Lucas  : Nécessairement. Nous lui avons fait part de notre exaspération concernant les retards de paiement des aides. Il faut comprendre que les plans de soutien, relayés par des avances sur trésorerie ou sur approvisionnement, sont soumis à des conditions scandaleuses. Bernard Lannes  : Ce ministre arrive à un moment tristement historique  : un moment où l’on n’a jamais vu l’agriculture dans un tel état. Nous lui avons rappelé – et nous l’avions ainsi analysé lors de sa mise en place – que le plan Valls n’a rien apporté pour le désendettement des fermes. Les banques ont même renvoyé vers les coopératives certains agriculteurs très en difficulté. Puisqu’on en parle, sur quelles orientations les discussions relatives à la coopération ontelles porté ? François Lucas  : Nous avons expliqué au ministre notre point de vue sur les dérives d’une certaine coopération. A ce titre, il nous semble absurde que le conseil d’administration du Haut Conseil à la coopération agricole ne comporte plus de représentation des agriculteurs. Bernard Lannes  : Nous avons réitéré notre demande de l’intégrer au plus vite. Son prédécesseur avait émis un avis favorable mais il n’a rien fait ensuite… Stéphane Travert s’est engagé à nous répondre rapidement. Nous avons également émis le souhait que le ministère diligente un audit de la coopération. Comment a-t-il réagi aux propositions de réguler les marchés et les productions ? Bernard Lannes  : Nous avons pris l’exemple du programme de réduction de la production laitière récemment mis en place par la Commission européenne. Il était basé sur le Programme de responsabilisation face au marché (PRM) que nous défendons avec l’European Milk Board. Il a permis une remontée des prix et encore, en n’ayant été appliqué que partiellement et très tardivement. Stéphane Travert paraissait connaître déjà notre position mais il ne s’est pour l’instant pas engagé. Il observe, il écoute. Il est normal qu’il ne s’engage pas pour l’instant. Mais il va falloir qu’il le fasse rapidement… François Lucas  : Concernant la régulation et plus largement la réglementation, nous lui avons aussi indiqué qu’un autre chantier important devait être ouvert en plus de la simplification administrative  : celui de l’harmonisation des règles au sein de l’Union européenne, notamment sur les plans sanitaire et environnemental. Bernard Lannes  : Parler de simplification nous a permis de revenir vers lui concernant l’installation, notamment en demandant un allègement et une simplification des règles pour les installations. Il a indiqué qu’un chantier allait être ouvert et qu’il recevrait alors de jeunes agriculteurs pour y travailler. Sanitaire et EGA Une rencontre positive avec la DRAAF PACA Le 7 septembre, la Coordination Rurale Provence-Alpes-Côte d’Azur a rencontré Patrice de Laurens, le directeur de la DRAAF PACA, et Nathalie Cencic, la directrice adjointe. Les échanges ont été ouverts et constructifs. Xylella fastidiosa, Drosophila Suzikii, Sharka, punaise diabolique… de véritables fléaux pour l’agriculture Depuis quelques années, les crises sanitaires se succèdent provoquant un fort impact sur les productions et leur rendement et entraînant la disparition de nombreux agriculteurs. Ceux qui restent en souffrent fortement. On ne peut plus accepter de solutions peu fiables ou parfois inexistantes. Pour des questions sanitaires l’expérience a prouvé qu’il faut prévenir efficacement et rapidement. Rajouter des échelons, des organismes indépendants et des procédures administratives nuisent à la réactivité. Selon le directeur de la DRAAF, un schéma identique devrait être appliqué à chaque crise comme tel a pu être le cas par exemple au moment de la grippe aviaire en 2016. Il faut repenser la gestion du sanitaire dans sa globalité. Nous avons précisé qu’il ne fallait pas réduire les mesures à la biosécurité aux seules exploitations agricoles, elles doivent également peser sur les particuliers, collectivités, entreprises. Il est aussi très important de stopper la suppression des Le lancement des États généraux de l’alimentation (EGA) a lieu aujourd’hui. Comment le ministre vous semble-t-il aborder cet événement ? Bernard Lannes  : Stéphane Travert a bien placé les choses  : si les EGA ont été lancés officiellement le 20 juillet, les travaux concrets n’ont débuté que le 29 août. En attendant, une consultation a eu lieu. Probablement sur Internet. Avec tous les risques d’accaparement des débats par quelques associations aux idéologies extrémistes que nous avons déjà connus sur d’autres sujets… François Lucas  : Nous avons fait part de notre souhait de participer à tous les ateliers des EGA. Nous lui avons réitéré notre demande de piloter la table-ronde 6 des EGA sur la fixation des prix. Et puis, nous espérons une progression concernant l’étiquetage pour qu’il permette une traçabilité intégrale sur les marges et revenus des agriculteurs sur chaque produit. Bernard Lannes  : François a indiqué qu’il était regrettable qu’ait disparu le mot « agriculture » de l’intitulé même de ces travaux. Stéphane Travert a indiqué que ces EGA auraient pour objectif de mettre l’agriculture face aux attentes de la société et des consommateurs. De nombreuses études et analyses existent déjà. Nous les connaissons. Ce n’est pas cette meilleure connaissance des attentes qui nous permettra de retrouver des prix à nos produits sortie ferme. François Lucas  : C’est vrai. Nous lui avons dit notre scepticisme sur l’efficacité de cette démarche pour apporter une solution radicale et définitive à la grave crise que nous vivons  : le partage des marges, peut-être, mais si les prix de base restent liés aux cours mondiaux, cela ne changera pas grand-chose. Ce qu’il nous faut prioritairement, c’est une PAC protectrice. Le ministre ne doit pas faillir sur ce point ! photo  : Cheick Saidou-Min.agri.fr produits phytopharmaceutiques sans des études spécifiques au préalable incluant une étude technico-économique. Au vu de la succession de nombreuses crises, il est envisagé la mise en place d’une cotisation volontaire obligatoire (CVO). Une de plus… Pour la CR PACA, si une telle cotisation était amenée à être mise en place, elle devrait restituer en indemnisation 90 centimes par euro prélevé sur les comptabilités des agriculteurs. En aucun cas, elle ne doit venir financer différents organismes !
Supplément Coordination Rurale 15 Rencontre avec le président de la République Un échange sans langue de bois avec Emmanuel Macron Lundi 7 août, Bernard Lannes, président national de la CR, et Véronique Le Floc’h, secrétaire générale, ont été reçus à l’Élysée par le président de la République pour parler, notamment, des États généraux de l’alimentation (EGA) dont les premiers ateliers ont débuté fin août. P our entamer cette réunion, sans langue de bois, Bernard Lannes a indiqué à Emmanuel Macron que les États généraux de l’alimentation ne doivent pas faire la part belle à l’agro-industrie au détriment des agriculteurs, ce que laisse pourtant craindre la nomination des présidents des différents ateliers qui ne laisse aucune place aux représentants des agriculteurs. Véronique Le Floc’h a également rappelé au président que les EGA ne peuvent s’inscrire uniquement dans une logique nationale. Du fait de la Politique Agricole Commune (PAC), l’agriculture française fonctionne, aujourd’hui, avec l’ensemble de ses partenaires européens. LOGIQUE EUROPEENNE Les décisions structurelles, nécessaires pour changer le système, doivent être réfléchies dans une logique européenne. La question de la mise en place d’une régulation des productions et des marchés, cheval de bataille de la CR, a également été mise sur le tapis par le syndicat car, sans régulation au niveau européen, les prix payés aux producteurs ne pourront pas remonter. « Les EGA doivent aboutir sur une proposition allant dans le sens d’une réforme drastique de la PAC qui rende notamment impossible la vente à perte pour les agriculteurs », a indiqué Véronique Le Floc’h. Autre sujet  : la traçabilité des produits, mais aussi des marges ! La traçabilité des produits, nécessaire pour assurer la sécurité alimentaire, doit servir d’exemple en s’appliquant également aux marges. Objectif  : établir une meilleure répartition entre les différents maillons de la chaîne. Aujourd’hui, force est de constater que les agriculteurs sont les variables d’ajustement  : alors que les intermédiaires font des bénéfices records, les prix payés aux producteurs, eux, n’évoluent pas. Le système coopératif doit, lui aussi, faire du ménage et remettre son principe de base « un homme, une voix » au cœur de son fonctionnement. Là encore, la Coordination Rurale a renouvelé une demande déjà formulée à l’ancien ministre de l’Agriculture  : permettre aux syndicats agricoles représentatifs d’intégrer le HCCA (Haut conseil de la coopération agricole) afin d’y apporter la voix des agriculteurs et remettre cet outil entre leurs mains ! NE PAS ASSUMER LES ERREURS DE L’ETAT Les représentants de la Coordination Rurale sont revenus sur les récentes annonces de Stéphane Travert concernant le transfert des aides du 1er pilier vers le second  : « Cela ne résout rien de prendre aux uns pour donner aux autres, il faut trouver une autre solution pour combler le trou de 1 milliard d’ € , laissé par le précédent gouvernement, dont les fonds étaient destinés à assurer le versement des aides promises aux agriculteurs », a expliqué Bernard Lannes. « Les agriculteurs ne doivent pas assumer les erreurs de calcul de l’État, c’est pourquoi le syndicat a rappelé sa demande concernant l’ouverture d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur l’état des versements perçus par la France au titre des aides PAC, depuis 2014, et dont la redistribution aux agriculteurs souffre de retards exorbitants ». Autre piste proposée par la Coordination Rurale  : utiliser une petite partie du budget du ministère de l’Écologie (estimé à 9 milliards) pour financer les aides à l’agriculture biologique (MAEC, ICHN…) et tenir, ainsi, les engagements de l’État sans pour autant amputer les fonds du premier pilier. L’Écologie, qui est un secteur transversal, pourrait logiquement soutenir cette agriculture et ses acteurs. UN NOUVEAU PLAN MARSHALL Enfin, pour relancer l’agriculture, le syndicat propose de mettre en place un plan de refinancement, un plan Marshall, pour aider le secteur comme cela avait été fait, il y a quelques années, Tour de France La CR13 présente sur la 19e étape Les agriculteurs de la Coordination Rurale des Bouches-du-Rhône se sont retrouvés sur la commune de Mallemort, pour un moment de convivialité à l’occasion du passage du Tour de France 2017 dans les Bouches-du-Rhône. Pour cette édition, la CR a décidé de mettre en lumière les jeunes agriculteurs, notamment Sabrina, éleveuse de chèvres et de brebis dont la ferme se trouve à Ribiers, tout proche de Sisteron. Ainsi qu’Annabelle, éleveuse d’une vingtaine de chèvres, sur une ferme de 80 hectares avec des parcours. De plus, Aurélie et Alexandre démarrent une activité de maraîchage bio. Rassemblés sous une large banderole portant les messages « Adopte l’agriculture française », les agriculteurs de la CR ont suscité l’intérêt des spectateurs venus encourager les cyclistes. Cela a permis d’échanger avec les habitants et spectateurs locaux, et leur montrer concrètement les avantages à manger bon et local  : une juste rémunération du travail des agriculteurs, une traçabilité des produits, et un pouvoir d’achat plus élevé pour les consommateurs. Un moment syndical et convivial pour promouvoir notre agriculture et soutenir nos jeunes agriculteurs ! pour les banques ; solution indispensable pour enrayer, à court terme, la disparition brutale de nombreuses exploitations. La délégation de la CR a rappelé que cette mesure d’urgence doit nécessairement s’accompagner de la mise en place d’une régulation permettant d’assurer des prix rémunérateurs. Sans cela, ces aides ne permettront aucun changement structurel et s’avéreront être, une fois de plus, du gaspillage d’argent public ! La Coordination Rurale est consciente que les États généraux de l’alimentation n’apporteront pas de solution immédiate mais qu’ils constituent la première étape pour une remise à plat du système. Cette rencontre s’est avérée constructive et a eu le mérite de permettre à la CR de porter ses revendications jusqu’à l’Élysée et de rappeler au Chef de l’État sa volonté de participer activement aux EGA. septembre - octobre 2017 - #37



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