La Gazette du Var n°108 1er mai 2020
La Gazette du Var n°108 1er mai 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°108 de 1er mai 2020

  • Périodicité : quinzomadaire

  • Editeur : ADIM

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 7,2 Mo

  • Dans ce numéro : Jean-Luc Videlaine, l'Etat accompagnera la reprise économique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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22 Agriculture Depuis le début de la crise sanitaire, la filière horticole ornementale subit de plein fouet les mesures de confinement. Les exploitations réalisant la très grande majorité de leur chiffre d’affaires entre mars et mai inclus, l’impact est significatif. Les données collectées auprès des adhérents comme celles de l’interprofession Val’hor vont dans ce sens. PERTE DE 50% DU CHIFFRE D’AFFAIRES ANNUEL Selon les résultats obtenus, pour la semaine 12, les pertes de chiffre d’affaires par rapport à la même semaine de 2019, sont comprises entre 74% et 87%. La situation des semaines 13 et 14 étant identique, ces chiffres peuvent servir de référence pour le mois de mars. Selon les propres données de la CR 83, la perte estimée de chiffre d’affaires annuel pourrait dépasser les 50%, si la situation devait perdurer. Dans ce cas, le tiers des exploitations fermera ses portes dès le mois de juin, entraînant des pertes d’emploi considérables. Afin de préserver l’alimentation de la population, et de permettre aux particuliers disposant d’un jardin de cultiver leurs propres fruits, légumes et plantes aromatiques, la Coordination Rurale a donc présenté ses propositions au préfet du Var. La CR 83 espère que le préfet pourra prendre en compte ces propositions, compte-tenu de la situation des professionnels du département. Lors des débats parlementaires, la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher avait affirmé que « les plants potagers seront considérés comme un achat de première nécessité », ce qui constitue déjà une avancée. LES PROPOSITIONS DE LA CR 83 Autoriser la commercialisation des plants potagers de fruits, légumes, petits fruits, aromatiques  : Mai 2020 - #108 Horticulture La CR 83 interpelle le préfet Sur les marchés ouverts autorisés par dérogation en vertu des dispositions légales. Via la livraison à domicile. Via des dispositifs de type « drive » sur le Max Bauer  : « Le muguet du mépris » Pour le président de la Coordination Rurale du Var  : « Après avoir acté l’abandon de la filière horticole ornementale par les pouvoirs publics (1), le ministre de l’Agriculture a fait preuve d’indélicatesse à l’égard des professionnels ». Le responsable agricole poursuit  : « Déclarant que le muguet « est prêt » et rappelant qu’il est produit par des maraîchers, il s’est engagé à trouver des solutions pour sa commercialisation. Solutions qui excluent les producteurs détaillants de l’horticulture ornementale. Que l’État veuille sauver les grandes structures maraîchères est une chose, fallait-il, pour autant, mépriser les exploitants horticoles » ? SURVIE DE LA FILIERE Aujourd’hui, c’est la survie de la filière qui pose question. Car si Didier Guillaume promet des solutions pour le muguet, il reste sourd aux mises en garde des députés et se contente d’évoquer ses interventions auprès de Bruxelles. Max Bauer reprend  : « La filière étant hors cadre des institutions agricoles européennes, ces demandes resteront sans effet. Avec des pertes de chiffre d’affaires proches de 70%, les fermetures d’exploitations horticoles seront nombreuses ». RESISTER Désormais, il ne reste plus qu’une seule option pour les horticulteurs, c’est à dire résister pour préparer l’avenir. parking de l’exploitation dans le respect des conditions prescrites afin d’assurer la sécurité sanitaire. Pour les plants et plantes ornementales  : Via la livraison à domicile. Via un dispositif de « drive » sur le parking de l’exploitation dans le respect des conditions Foutaznous LA PAIX, Laissez-nous TRAVAILLER ! prescrites afin d’assurer la sécurité sanitaire. Via un dispositif de « drive » sur les parkings des supermarchés de façon à ne pas augmenter les mouvements de personnes. Autoriser la commercialisation des semences et plants de toute nature nécessaire aux exploitations agricoles. « L’interdiction de commercialiser des plantes ornementales est manifestement une mesure à géométrie variable. Après les jardineries et les GMS, des maraîchers vont bénéficier de la mansuétude de l’État », déplore le président du syndicat. Face à l’attitude du ministre qui obère les chances de reprise des exploitations horticoles et des pépinières, la Coordination Rurale propose des solutions pragmatiques pour éviter la casse économique du secteur et la disparition des emplois nombreux dans cette branche de l’agriculture. Mais sera-t-elle entendue ? Rien n’est moins sûr (2) ! (1) 16 avril 2020. Audition de Didier Guillaume devant la commission des affaires économiques de l’assemblée nationale. (2) Voir article ci-dessus
Agriculture. routez-nen Q LA PAIX, LaIsser.nous TRAVAILLER ii 23 Post-Covid-19 Max Bauer  : « Mobilisons-nous déjà pour le jour d’après » ! Au-delà d’une crise sanitaire majeure, pour Max Bauer, « nous allons subir et apprendre à vivre avec un impact économique sans précédent et des conséquences sociales désastreuses ». Car, un très grand nombre d’agriculteurs vont devoir s’endetter et beaucoup d’exploitations à la situation financière déjà très fragilisée, ne passeront pas le cap et disparaîtront. Max Bauer, Secrétaire général adjoint de la Coordination Rurale et Président de l’UNIPHOR, répond aux questions de La Gazette du Var. À vos yeux, beaucoup d’exploitations ne passeront pas le cap ? Max BAUER. La situation est très grave ! C’est déjà fortement prévisible pour une filière comme l’horticulture qui, du fait de mesures tardives, inappropriées et inéquitables, est complètement sinistrée. Je pense qu’il faudra un véritable plan « Marshall », comme pour l’ensemble de l’agriculture française. Le président de la République et le Gouvernement ne cessent de répéter, inlassablement, que nous sommes en guerre. En première ligne, il y a les infirmières et les infirmiers, et tout le corps médical. En seconde ligne, les agriculteurs qui sont mis à forte contribution. Comment analysez-vous la situation ? MB. Je suis consterné ! Quelle belle déclaration faite par le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume le 18 mars  : « Vous, agriculteurs, qui êtes le maillon essentiel, le premier maillon de la chaîne alimentaire. Sans vous, sans votre travail quotidien, dans les champs, dans vos fermes, aucune matière première, aucun produit transformé, aucun aliment, ni animal ne peut parvenir dans nos assiettes. Nous comptons sur vous. Ne lâchez rien, continuez vos activités essentielles, indispensables. Vous participez pleinement à l’effort de la communauté nationale. En retour, l’État sera à vos côtés pour traverser cette période difficile ». Vous croyez à ces belles paroles ? MB. Pas vraiment ! Quelle sera la finalité dans 6 mois ? Dans 1 an ? Quand les intérêts des uns et des autres reprendront le dessus et que le commerce mondial sera de nouveau une concurrence déloyale pour nos agriculteurs ? Comment ne pas avoir en mémoire l’enfumage des États généraux de l’Alimentation (EGA) ! Ils devaient, à l’origine, apporter des prix rémunérateurs aux producteurs… Dans cette période compliquée, où est la place de la Coordination Rurale ? MB. Nous lisons, ici et là  : « Mais que fait la Coordination Rurale ? On ne la voit pas. On ne l’entend pas ». C’est vrai ! Une partie des médias nous a confiné. Ce n’est pas nouveau. Il est plus facile d’interroger le syndicat majoritaire de cogestion depuis plus de 60 ans. On voit bien où il nous a amenés avec ses compagnons la MSA, les coopératives, les Chambres d’agriculture, les interprofessions et toutes les structures qui gravitent sur le dos des agriculteurs. Enfin, tous ceux qui nous veulent du bien malgré nous mais qui, avant tout, réfléchissent et manigancent pour préserver leur système. Nous l’avons vu lors des dernières élections tronquées des Chambres d’agriculture et de la MSA. C’est une nouvelle polémique ? MB. Pas du tout ! En cette période, il faudrait être consensuel ! De qui se moque-t-on ? Je reste un homme d’action, de conviction, déterminé et à l’esprit critique, et force de propositions comme notre président Bernard Lannes et tous nos collègues élus qui sont engagés, chaque jour, dans diverses réunions au sein de différentes instances en visioconférence pour diffuser les idées et propositions de la Coordination Rurale. C’est ça, la famille CR ! Elle n’est pas parfaite mais elle fait preuve d’imagination et de cohésion. Durant cette période, un sondage est venu confirmer la colère des adhérents de la CR face à la facilité de la FNSEA à s’approprier les idées de la Coordination Rurale avec sournoiserie et sans conviction. Et, maintenant la FNSEA affirme être pour la TVA sociale... MB. Avec 15 ans de retard sur nos propositions ! C’est vrai que la Coordination Rurale a déclaré, en janvier 2006, qu’il fallait un débat sérieux sur la TVA sociale ! Celle-ci n’est toujours pas mise en place. Nous sommes convaincus, plus que jamais, que c’est la mesure à mettre en place dans un positionnement économique différent. Même chose en juin 2013, quand la FNSEA défend l’exception agricole, alors que nous avons lancé le concept de l’exception agriculturelle en 1993, soit dix ans plus tôt ! En mars 2020 devant le Sénat, le ministre de l’Agriculture a pris position pour l’exception agricole... MB. Mais pour quand ? Où est la sincérité ? C’est ça, la famille CR ! Elle n’est pas parfaite mais elle fait preuve d’imagination et de cohésion. Quand en même temps, le ministère, avec la validation de la FNSEA, soutient la montée en gamme, la vocation exportatrice et permet à l’Union Européenne de signer des accords de libre-échange (CETA, MERCOSUR). À la Coordination Rurale, nous sommes certains que ces accords vont mettre en danger des milliers d’exploitations, voire les faire disparaître en détruisant des milliers d’emplois. Comment peut-on continuer à subir toujours plus de contraintes à l’initiative de la FNSEA, qui se targue d’apporter des solutions aux attentes sociétales, notamment par le biais du contrat de 30 solutions. Un contrat que nous définissons plutôt comme le contrat des 30 soumissions ! Avec courage, la Coordination Rurale assume de combattre depuis le début l’instauration des zones de non traitement (ZNT). Le 11 février 2020, la Coordination Rurale a même déposé une requête en annulation devant le Conseil d’État et le 12 février 2020 une requête en référé-suspension. Vous appelez donc à une mobilisation générale de tous les agriculteurs ? MB. Effectivement ! Je dis aux agriculteurs  : Ne vous faites pas confisquer vos libertés et votre reconnaissance ! Il en va de votre avenir. Gardez votre dignité ! Rejoignez un syndicat libre, indépendant et visionnaire qui vous donne la parole en participant aux débats pour recréer le monde de demain. Entrons en résistance, même si nous sommes boycottés ou copiés, il vaut mieux une idée originale qu’une pâle copie. Les élites se sont ramassées. Elles vont vouloir rester aux manettes, pour essayer de se rattraper en recyclant de vielles positions ou discours car elles ont peur de ne plus faire partie du monde d’après. Propos recueillis par Gilles CARVOYEUR Mai 2020 - #108



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