L'Illustration n°4943 27 nov 1937
L'Illustration n°4943 27 nov 1937
  • Prix facial : 5,50 F

  • Parution : n°4943 de 27 nov 1937

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (275 x 371) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 61,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'apothéose lumineuse des chateaux de France.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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360 — N° 4943 L'ILLUSTRATION 27 NOVEMBRE 1937 Kirkenes, port frontière norvégien et centre minier du Finmark d'où sont exportés le minerai de fer et le cuivre traité dans l'usine visible à gauche. En février, un espion au service de l'U. R. S. S. y fut arrêté. Suède, Kiruna et Gâllivara, où l'Allemagne achète annuellement quelque 6 millions de tonnes de minerai pour ses armements, et le port norvégien de Narvik, où ce minerai est embarqué, le port suédois de Lulea, sur la Baltique, étant bloqué l'hiver (voir notre numéro du 24 août 1935). La mine d'or de Boliden ne serait probablement pas épargnée non plus, parce qu'au cours des triturations du minerai on extrait en même temps que le métal précieux, et sans même le vouloir, d'énormes quantités d'arsenic dont une partie est achetée par l'Allemagne pour la fabrication des gaz asphyxiants. Là est vraisemblablement l'origine des raids mystérieux dans le Norrland signalés plus haut. Devant cet état de choses, que font les Etats intéressés ? Récemment, les ministres des Affaires étrangères des quatre pays nordiques, Danemark, Finlande, Norvège et Suède, se sont réunis à Stockholm pour étudier les règles de neutralité à observer en cas de conflit. La Suède, la Norvège et la Finlande envisagent une coopération militaire capable, s'il y a lieu, de faire respecter leur neutralité. Le gouvernement danois ne s'associe pas à ce projet. La préparation d'un dispositif de défense pourrait être, pense-t-il, jugée par son voisin immédiat comme un acte de méfiance, voire d'hostilité. Par contre, le gouvernement ouvrier de la Norvège a voté sans opposition un crédit supplémentaire de 21 millions de couronnes (environ 155 millions de francs) pour les trois années à venir. Au mois de mars, la commission militaire du Storting, assistée par les ministres de la Défense, des Finances et des Affaires étrangères, s'est réunie très fréquemment pour étudier les mesures à prendre pour la sauvegarde du territoire et de la neutralité de la Norvège en cas de guerre. L'une des premières décisions prises fut d'augmenter de soixante-douze à quatre-vingt-quatre jours par an la durée du service dans toutes les branches de l'armée et l'aviation. Après un voyage d'étude, l'inspecteur général de l'artillerie côtière, le colonel Hammerstad, considère comme une sérieuse néces- La côte de Petsamo, cédée par l'Ll. R. S. S. à la Finlande en 1920. Le port de pêche de Vara°. La forteresse de Vardii, célèbre dans l'histoire de la Norvège. — Photographies J. Sorbet,. sité d'avancer vers la pleine mer les forteresses de Bergen et de Kristiansand. Pour atteindre par mer ces deux villes, situées l'une à l'ouest de la Norvège, l'autre au sud, il faut traverser la ceinture d'îles, d'îlots et de rochers qui cerne tout le littoral norvégien et qu'on appelle Skjaergaard. La forteresse de Bergen, construite au treizième siècle, retouchée aux seizième et dix-neuvième siècles, fut primitivement une avant-garde ; elle se trouve maintenant incorporée dans la ville et ne la défend guère. En 1935.
27 NOVEMBRE 1937 L'ILLUSTRATION le 4943 -- 361 Svolvaer, station la plus importante des îles Lofoten, située sur le Vestfjord, où furent signalés des sous-marins et avions suspects. une commission, approuvée dans l'essentiel de ses conclusions par les autorités militaires, proposa de fortifier au nord et au sud le chenal de Bergen. L'accès de la ville pourrait être alors interdit à des navires de guerre étrangers, tandis que les bateaux de commerce norvégiens continueraient leur trafic entre Bergen et les autres ports de la côte en se faufilant dans le dédale du Skjaergaard, qu'ils connaissent à merveille. Il en serait de même pour Kristiansand. DU COTÉ DE LA SUÈDE De son côté la Suède ne renonce pas aux mesures énergiques. La voie ferrée faisant communiquer le Sud et le Nord du pays, Stockholm, Boden, Narvik, Voisine de la Baltique sur les deux tiers de sa longueur, par conséquent à la portée d'un agresseur venant (le la mer, est maintenant doublée par une autre voie située à l'intérieur du pays. En septembre, le vice-amiral Ch. de Champs, commandant la flotte suédoise, remit au gouvernement son rapport sur le choix des bateaux types pour la flotte à construire. Il demande pour la période 1938-1943 la construction de trois croiseurscuirassés, quatre torpilleurs, trois petits sousmarins, un ravitailleur de sous-marins et douze torpilleurs à moteurs. Cela entraînerait une dépense de 1.065.750.000 francs. Il demande, en outre, que soit avancée la mise en chantier de deux contre-torpilleurs qui devaient être construits en 1941-1945 et pour lesquels un crédit de 30.000.000 de francs fut voté l'année dernière. A cela s'ajoutent 3.750.000 francs pour l'agrandissement de docks et bassins de construction et 4.500.000 francs dont la destination n'est pas divulguée. Le chef de la flotte considère comme indispensable la présence sur la côte du Kattegat d'une escadre, pour éviter qu'un blocus possible de la Baltique n'isole complètement la Suède. Ces armements, répétons-le — et qui peut en douter ? — ne serviraient qu'au cas où la neutralité (les pays scandinaves se trouverait en danger. Nul ne devrait donc affecter de s'en alarmer. Néanmoins, et malgré les assurances pacifiques de M. Sandler, ministre suédois des Affaires étrangères, l'Allemagne considère l'armement de la Suède comme dirigé contre elle et ne cache d'ailleurs pas son désir de voir de près ce qu'il en est. Le lundi 20 septembre, un bateau allemand jetait l'ancre près d'Oland. la grande île voisine de Kalmar et (le Karlskrona, principal port militaire de la Suède ; le lendemain, le Christian, autre navire allemand, mouilla dans les mêmes parages. Le capitaine, interrogé par un garde-côtes suédois, dit qu'il recherchait un avion allemand et nia que cet appareil fût militaire. Le Christian disparaissait le mércredi pour reparaître le jeudi, et cette fois à l'ancre dans les eaux territoriales. Le vendredi 24 septembre, le porte-avions allemand Baltic, qui fut d'ailleurs observé de la ville même de Bobos, lançait trois avions. C'est alors que des appareils inconnus survolèrent la région fortifiée (le Karlskrona. Enfin, non loin de Smyge, Un des « couloirs marins » qu'empruntent les caboteurs norvégiens et dans lesquels ils seraient hors de portée d'un agresseur venant du large. un navire étranger à l'ancre dans les eaux territoriales n'arborait aucun pavillon ; on s'aperçut, en l'examinant de plus près, que son nom se trouvait masqué par des bâches. A la vue du navire garde-côtes de Malmii, qu'on avait alerté, le vaisseau mystérieux hissa le pavillon allemand et dévoila son nom : Pommern. Ces incidents justifient les paroles prononcées par le ministre suédois des Cultes au cours du Congrès de la paix qui eut lieu récemment à Stockholm : « Nous devons travailler l'épée à la main. » L'U. R. S. S., elle, est fort inquiète des sympathies que la Finlande peut avoir pour l'Allemagne. Elle garde le souvenir de l'intervention allemande en 1918 qui aida puissamment la Finlande à se libérer du bolchevisme russe. Les apaisements qu'on pouvait espérer (lu voyage à Moscou de M. Holsti, ministre des Affaires étrangères (le Finlande, auront été de courte durée. Dernièrement, la rumeur s'étant répandue à Moscou que certains points de la côte de Petsamo étaient loués à l'Allemagne, soi-disant pour y pêcher mais en réalité pour y installer des bases navales, ce fut suffisant pour déclencher une violente offensive de la presse soviétique contre le gouvernement finlandais. La récente visite de quinze sous-marins allemands accompagnés du ravitailleur Saar dans le golfe de Finlande, non loin de Leningrad, ne fut pas pour arranger les choses. Telles sont les étranges conditions de ce temps : des peuples sans ennemis, essentiellement pacifiques et dont certains vivent en paix depuis plus d'un siècle, sont contraints de s'armer pour éviter que des antagonismes féroces n'envahissent leur sol afin de s'y détruire mutuellement. JACQUES SORBETS. Narvik, port d'eMbarquement sur l'Atlantique des minerais de fer suédois achetés par l'Allemagne.



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