L'Illustration n°4943 27 nov 1937
L'Illustration n°4943 27 nov 1937
  • Prix facial : 5,50 F

  • Parution : n°4943 de 27 nov 1937

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (275 x 371) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 61,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'apothéose lumineuse des chateaux de France.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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358 — N0 4943 L'ILLUSTRATION 27 NOVEMBRE 1937 EXTRÉMISMES ET ANTAGONISMES DANS L'ARCTIQUE par JACQUES SORBETS La guerre d'Espagne depuis plus d'un an et la guerre sino-japonaise depuis quelques mois concentrent sur leurs atrocités l'attention anxieuse du inonde. Cette anxiété est (lue non seulement à un sentiment (l'humanité pour les victimes proches ou lointaines, mais aussi à la crainte que ces deux foyers, aux points extrèmes du vieux continent, n'en allument d'autres (le proche en proche. Les pays scandinaves — les seuls en Europe qui ignorent, croit-on, les menaces latentes — ne sont-ils pas enviables ? Leurs contrées septentrionales surtout, isolées seinble-t-il (lu reste de l'Europe par la ligne imaginaire du cercle polaire, n'offrent-elles pas, à défaut (l'un grand confort, une quiétude évidente ? Mais l'évidence n'est pas toujours l'expression de la vérité, et elle ne l'est pas dans le cas présent ; il suffit pour s'en convaincre de se rendre sur place. Des confins de la Russie arctique aux îles Lofo- Un des petits ports septentrionaux de la Norvège, Oksfjord, au pied de la montagne. Ravitaillement en bois d'une locomotive pendant un arrêt dans une gare de Finlande. len, ce ne sont que forêts et plaines immenses, lacs poissonneux, montagnes au pied desquelles s'abritent des ports de pêche, niais qui révèlent par les contorsions de lems strates le grand tourment d'un (les âges de la terre. Espaces sans jour l'hiver, sans nuit l'été, tour à tour sévères ou souriants, à peu près inhabités parce que sans ressources agricoles. Rien de cela, (lites-vous, ne saurait provoquer un désir de conquête... Traversons la Finlande du sud au nord pour gagner l'océan Glacial. De nombreux arrêts étant obligatoires pour ravitailler en bûches la loco- motive chauffée au bois, et en sandwiches les voyageurs, la vitesse des trains est fonction de l'appétit de l'une et des autres. On conçoit que dix heures de voyage soient parfois nécessaires pour faire 300 kilomètres. Au cours (le ces interminables journées, des conversations d'un amorçage toujours difficile et parfois infructueuses — toue les Finnois ne parlent. pas les langues scandinaves — livrent de temps à autre des états d'esprit. Les Finlandais, bien placés pour se faire une opinion, ont une antipathie marquée pour les Soviets. Quoiqu'ils ne communiquent avec leurs voisins de l'est que par le seul chemin de fer de Viborg à Leningrad, c'est tout au long de la frontière, jusqu'à l'océan Glacial, que patrouillent les soldats finlandais. Et ce n'est pas toujours inutile. Le 21 septembre, en effet., des avions russes franchirent la frontière en six endroits, au nord du lac Ladoga. Les gardes-frontières, après les avoir en vain sommés d'atterrir par des signaux conventionnels, ouvrirent le feu ; les appareils s'enfuirent., l'un paraissant touché. Les relations diplomatiques avec la Suède sont, par contre, excellentes et si, pour affirmer son indépendance intellectuelle, la Finlande évince la langue suédoise dans toute la mesure possible, elle s'assimile par contre, quant à la politique internationale, aux pays scandinaves. A L'EXTRÊME-NORD, SUR LES CONFINS DE L'U. R. S. S.. DE LA FINLANDE ET DE LA NORVkGE Partis de Liinahamari pour Kirkenes, en Norvège, à bord du petit bateau finlandais Jiiiimeri (océan Glacial en finnois), nous naviguions dans ces eaux de Petsamo que l'U. R. S. S. céda à la Finlande par le traité de paix de Tartu en octobre 1920 et qu'elle voudrait bien lui reprou rire ; nous contemplions les silhouettes mamelon nées des roches grises, usées par le travail gigantesque des glaciers quaternaires, quand un Finlandais, désignant de ses bras en équerre les confins de la Russie à l'est, Petsamo au sud et la Norvège qui grisaillait à l'horizon dans l'ouest, nous dit : « Une prochaine guerre, si elle a lieu, commencera par là ou, au moins, s'y déclenchera dès le début d'hostilités internationales en Europe. » Cette opinion nous sembla d'abord le fait d'un esprit tracassé ; nous devions apprendre ensuite que des Suédois et des Norvégiens la partagent, non sans raison. Dans le courant de 1936, des avions inconnus visitaient à diverses reprises le Nord de la Suède et de la Norvège. Les signalements, incertains d'abord, furent longtemps discutés. Mais, au début de février dernier, le chef du district militaire du Norrland, en Suède, le général Reuterswii,rd, envoya au ministère de la Défense un rapport établissant que plusieurs officiers avaient bien vu un avion survoler illégalement son district, et en particulier Boden. La forteresse de Boden, située au nord de la Baltique, à la jonction des voies ferrées venant de Finlande à l'est, de Norvège à l'ouest et de Stockholm au sud, est surnommée pour son importance stratégique « la clef du Nord ». Elle est peu apparente, étant creusée dans le granit. L'état-major général s'occupa immédiatement de la question. Les territoires du Norrland étant trop vastes pour que des appareils de chasse pussent les patrouiller efficacement, on envisagea la constitution d'un système de surveillance auquel collaboreraient militaires et civils. D'autre part, le 12 février 1937, dans l'Extrême- Liinahamari, port finlandais sur l'océan Glacial, à proximité de la frontière de l'U. R. S. S. La chapelle du roi Oscar II, construite en 1873 en Norvège près de la frontière actuelle de la Finlande, constituée par la rivière Jakobselv.
27 NOVEMBRE 1937 L'ILLUSTRATION N° 4043 — 359 Les confins de la Russie arctique, non loin de Mourmansk, vus des eaux finlandaises. — Photographier J. Sorbetr. Nord de la Norvège, sur le bord de l'océan Glacial, la police arrêtait a Rustefjelli ana et emprisonnait à Vadsii un Russe vivant en Norvège, Edward Erni Belgonen, soupçonné d'espionnage pour le compte (les Soviets. Il possédait illégalement un poste radiotélégraphique émetteur à ondes courtes et recevait des subsides de Russie, alors que l'exportation des devises en est strictement interdite. L'enquête révéla qu'en septembre 1936 une barque russe à moteur venue clan- ,. .3tinement dans le Tanafjord avait conduit Belgonen à Mourmansk d'où il avait gagné Leningrad. En janvier il reparaissait en Norvège, à Klubviken, près de Vadsô. La barque était conduite par son oncle, Jacob Lessonen, inspecteur au service des autorités soviétiques, habitant Oserko, près de Mourmansk, et chargé de l'espionnage dans une région déterminée du Finmark. Le Finmark est la partie la plus septentrionale de la Norvège, comprise approximativement entre le 69" de latitude N. et l'océan Glacial. Le pays étant à peu près inculte, les denrées alimentaires y vont nécessairement accumulées en divers endroits pour l'hiver. Il n'est pas inutile à une puissance étrangère qui peut avoir un jour à manoeuvrer dans le pays de connaître, entre autres choses, la situation de ces réserves et leur importance. Le chef de la 6` division norvégienne, le général Erichsen, envoya un rapport détaillé à l'état-major général qui fut transmis au ministère de la Défense. Ainsi les autorités militaires furent-elles mises sur la piste d'une organisation d'espionnage. On arrêtait peu de temps après à Kirkenes, port situé près de la frontière finlandaise et d'où l'on exporte des minerais de fer et du cuivre, un homme qui avait logé chez lui un sous-officier de l'armée rouge. Le lieutenant-colonel norvégien Os, qui suivait à Kirkenes les recherches, pouvait alors déclarer que l'espionnage était dirigé par un officier supérieur de l'armée rouge fixé à Mourmansk, dont le nom était connu niais gardé secret. Le sous-ordre de cet officier, l'inspecteur soviétique Jacob Lessonen, déjà cité plus haut, avait eu d'ailleurs des relations avec un autre espion, officier dans l'armée rouge, Antikainen, surnommé « le colonel rouge ». Celui-ci fut arrêté en Finlande et condamné pour meurtre à la prison perpétuelle, la bande communiste dont il était le chef en territoire finlandais ayant, paraît-il, brûlé vif un jeune Finnois. Toutes les inquiétudes ne devaient pas d'ailleurs venir que d'un seul côté. Outre les avions signalés plus haut, on vit bientôt sur la côte de la Norvège des sous-marins et (l'autres navires de guerre qui, cette fois, n'étaient pas soviétiques. ('eux-ci négligèrent même de se dissimuler. Suivant le général Erichsen, et l'on veut bien le croire, ce n'est pas (l'une façon toute désintéressée que IV. R. S. S. augmente démesurément. son activité dans l'océan Glacial et que le général von Blomberg, ministre de la Guerre du Troisième Reich, vint en octobre 1936, à bord de l'aviso allemand Grille, inspecter la côte jusqu'au cap Nord et que, pendant l'hiver, des navires de guerre allemands entrèrent dans un des fjords septentrionaux, sans pilote et sans en aviser les autorités norvégiennes, violant par conséquent les conventions maritimes internationales en vigueur. A la suite de ces événements, la presse norvé- gienne émit ouvert cillent l'opinion que l'Allemagne cherchait (les emplacements propices à l'établissement de bases navales en Norvège pour enfermer, le cas échéant, Fu. R. S. S. dans l'océan Glacial. Regardons la carte ci-dessous et nous verrons, en effet, les positions respectives de la Russie et (le l'Allemagne en cas de conflit. Si ce conflit a lieu l'hiver, la Baltique est en partie gelée et le golfe de Finlande fermé par les glaces ; d'autre part, tous les port s russes de l'océan Glacial sont également 1)1( )( tués, sauf Mourmansk et Alexandrovsk. Par contre, la mer est toujours libre au nord de la Finlande et de la Norvège, d'où l'ardente convoitise qu'éprouvent les Soviets pour cette région dont ils possédèrent une partie jusqu'en 1920. Le conflit a-t-il lieu après le dégel ? Alors l'Allemagne ne désespère pas d'utiliser comme base navale et aérienne, pour fermer le golfe (le Finlande, l'archipel des îles Aland (L'Illustration du 4 janvier 1936). Depuis 1935 surtout, elle pousse le gouvernement finlandais à fortifier les îles ; ses capitaux et ses ingénieurs ont largement collaboré à l'établissement de l'aéroport de Mariehamn, port principal et qui peut ainsi devenir une position stratégique de premier ordre. Et, si cet espoir' était déçu, l'Allemagne n'obtiendrait-elle pas, par une énergique action sur le Danemark, l'autorisation de fermer les détroits de l'Ore Sund et du Grand Belt ? Alors R. S. S., verrouillée dans la Baltique, n'aurait plus d'issue que par l'océan Glacial où, prévoyante, elle a d'ores et déjà placé nombre de ses navires (le guerre et oit se déroulèrent en été 1936 ses grandes manoeuvres navales. Par là encore on pourrait lui barrer la route si l'on possédait sur les côtes (le la Norvège les bases navales indispensables. D'où les voyages (l'étude effectués dans le Nord par les navires allemands et dans la région d'Haugesund, de Molde et de Tronisii par des hydravions nocturnes sur la nationalité desquels on ne peut faire que des suppositions. Les bateaux des compagnies norvégiennes de navigation Bergenske et Nordenfjeldske, parcourant en toutes saisons la côte de l'Extrême-Sud à l'Extrême-Nord, constituent d'ailleurs d'excellents agents (l'observation. Comment la Russie prévoit-elle la riposte ? D'une part en recherchant elle aussi des bases navales dans les eaux toujours libres de Petsamo et du Finmark, d'où l'activité de son espionnage — ces régions étant riches en fer et cuivre, la tentation est double — d'autre part en anéantissant, le cas échéant, les mines de fer du Nord de la Les pays scandinaves et l'Extrême-Nord de la péninsule où agit l'espionnage soviétique.



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