L'Illustration n°4943 27 nov 1937
L'Illustration n°4943 27 nov 1937
  • Prix facial : 5,50 F

  • Parution : n°4943 de 27 nov 1937

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (275 x 371) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 61,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'apothéose lumineuse des chateaux de France.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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346 — Nd) 4943 L'ILLUSTRATION 27 NOVEMBRE 1937 La villa « la Futaie », à Rueil. Le magasin d'antiquités de la rue Rotrou. UNE AFFAIRE DE DÉTENTION D'ARMES « Détention d'armes de guerre », aggravéc d' « association de malfaiteurs », c'est pour l'instant, c'est-à-dire à l'heure où s'imprime ce numéro et en attendant qu'une plus grande lumière soit faite par la sûreté, la qualification officielle de l'affaire qui, par ses imprévus ténébreux et les condition, parfois rocambolesques, d'une suite d'investigations souterraines, a tenu ces derniers jours la vedette de l'actualité. « Affaire d'une sérieuse gravité qui peut réserver des surprises », avait dit, à la Chambre, le président du Conseil. Avec sa prudence connue et tout en affirmant que « cette audace (l'organisation d'arsenaux clandestins) appelait les plus énergiques mesures », M. Camille Chautemps n'a pas cru devoir ce jour-là, dans l'état d'une instruction à son début, prononcer les mots de « complot contre la sûreté de l'Etat ». Il y a des faits, il y a des arrestations. Relatons chronologiquement ces faits, prenons note de ces arrestations selon les communiqués de police, qui constituent présentement la seule information dont on puisse faire élut et qu'illustrent les photographies de ces pages. Rappelons d'abord qu'au mois de septembre dernier une affaire de détention d'armes fut déjà découverte par la police et entraîna plusieurs inculpations. On parla alors, avec une demigravité, (l'une association de « cagoulards » composée d'éléments extrémistes, dissidents d'une ligue de droite. Quelle relation existe-t-il entre l'affaire actuelle et l'affaire de septembre ? C'est ce qu'il appartient à l'instruction d'établir. Le 16 octobre dernier des douaniers suisses découvrent sur la route nationale n° 5, de Genève à Paris, entre Saint-Cergue et La Cure, à Couret, des cartouches pour parabellums. Les douaniers français, prévenus, trouvent à leur tour, dans un virage entre Les Rousses et Morez, une centaine des mêmes cartouches. Mais, depuis des mois, il y a tant de chargements d'armes et de munitions qui courent les routes de France e d'ailleurs que le nouveau transport révélé n avait rien de très exceptionnel. Il s'agissait, pourtant, de découvrir la voiture qui avait semé sur les chemins ses inquiétants colis. La sûreté nationale suivit la piste et découvrit le pro:.riétaire de la voiture. C'était un dessinateur nommé Fernand Jakubiez, demeurant près de la porte d'Auteuil, à Paris. Pressé de questions, Jakubiez aurait, indiqué, toujours selon les versions officielles, qu'il avait « déposé » quelque part à Rueil une certaine quantité de cartouches. Transport de la sûreté à Rueil. Perquisitions dans une villa de l'avenue Sainte-Claire que les arbres de son jardin ont fait appeler « la Un cachot souterrain... ? Futaie ». Maison d'aspect fort paisible, louée par son propriétaire, M. Maldant, à un personnage qui s'était présenté sous le nom de Lenoir. On fouille les caves de cette maison rarement habitée. Un mur suspect sonne creux. Le déclenchement, un peu par hasard semble-t-il, d'un mécanisme secret fait glisser une porte camouflée en pan de mur, ouvrant sur un couloir de 3 mètres qui aboutissait à une porte derrière laquelle on en trouva successivement deux autres, la troisième en fer, munie d'un guichet et donnant accès à un réduit d'une dizaine de mètres carrés, avec au centre un poteau de ciment armé muni d'anneaux, et que l'on qualifia de cachot. Dans le même pavillon on découvrait en outre une sorte d'infirmerie, en sous-sol, avec un matériel sanitaire et des appareils de chirurgie. On apprit qu'un gardien était chargé de surveiller ce mystérieux agencement. On l'arrêta : Joseph-Louis Maliconne, employé à la Compagnie des eaux, à Paris, demeurant à Franconville (Seine-et-Oise). L'enquête avait en outre révélé que le maçon constructeur des caves bétonnées de Rueil était un plombier de Dieppe : Henry-Joseph Vasselin. Retrouvé par la police, Vasselin indiqua que les travaux lui avaient été commandés par un entrepreneur de couverture de la ville, M. René Anceaux, président du comité local d'un groupement dissous et démissionnaire du parti politique formé après la dissolution du groupement en question. Soumis à un pressant interrogatoire, Anceaux reconnut avoir également travaillé à Paris, rue Ampère. Là, au numéro 64, siège du Centre de radiesthésie, que dirige M. Robert de La Motte- Saint-Pierre, propriétaire de la maison, on découvrit encore une cave truquée contenant douze caisses zinguées présentant encore des traces d'une matière grasse et renfermant des châssis ; de l'existence de ces traces la police conclut que les caisses avaient dû contenir des armes. Dans la même rue, au numéro 20, au garage que possède aussi M. de La Motte-Saint-Pierre, les L'emplacement de la porte camouflée et la porte entrouverte. DANS LES CAVES DE LA VILLA « LA FUTAIE ». L'épaisse porte vue du couloir intérieur.
27 NOVEMBRE 1937 L'ILLUSTRATION N0 4943 - 347 enquêteurs découvrirent un blockhaus bétonné en voie d'achèvement. Un document, — une lettre, dit-on — saisi rue Ampère devait mener la police à Passy, au numéro 37 de ia rue Ribera, dans le sous-sol d'une maison gothique affectée au plus paisible commerce. La maison avait été louée voilà trois ans à son propriétaire, M. Péché, habitant au numéro 41 de la même rue, par les époux Juchereau qui fournissaient le toit et la table à vingt-cinq pensionnaires, dont une majorité de femmes âgées. Les caves, Très vite, apparurent truquées. Un inspecteur mit la main sur un mécanisme secret qui fit pivoter l'un de ces murs et l'on découvrit une sorte de « chambre forte » renfermant, avec des munitions, deux postes téléphoniques, plusieurs micros, des porte-voix. Le blockhaus était entouré de murs bétonnés ne mesurant pas moins de 45 centimètres d'épaisseur. Sa porte blindée pesait à elle seule environ à Sedan, fut mis en état d'arrestation et inculpé de trafic d'armes de guerre et d'association de malfaiteurs. Les enquêteurs croient pouvoir établir que M. Moreau de la Meuse était chargé par l'organisation, qu'il reste à identifier, des acquisitions d'armes et de munitions et de la direction des constructions bétonnées. Enfin, à Villemomble, dans une villa inhabitée depuis quatre ans, située 12, rue Louise, la police judiciaire a découvert un autre entrepôt d'armes de guerre et de munitions. On notera curieusement que cette maison est la propriété de la commune. Arrestation de l'entrepreneur Voile soupçonné d'avoir été l'approvisionneur et le gardien de cet autre arsenal, voisin de son chantier. A la date du 22, dix hommes et une femme se sont trouvés inculpés pour détention illégale d'armes de guerre et association de malfaiteurs. Mais, dans ce groupe, il faut bien le dire, on ne trouve encore aucun personnage marquant, aucun « chef » reliant à lui les fils d'une « association de malfaiteurs » ou d'une conspiration. Parmi les inculpés, les uns se défendent vivement et plaident leur ignorance des aménagements mis au jour. D'antres expliquent ces approvisionnements d'armes auxquels ils ont participé par le souci d'organiser des moyens de défense contre les coups de main éven tuels — bien souvent annoncés — d'un extrémisme de gauche. L'affaire, au début de la semaine, en était là. La villa inhabitée de Villemomble dont la cave renfermait des fusils-mitrailleurs et des grenades. 1 tonne. Il y avait encore, clans ce P. C.-arsenal, une assez grande quantité de poudre, laquelle fut identifiée par le laboratoire municipal comme étant de la cheddite. Enfin, une autre cave non moins blindée révéla un approvisionnement de grenades, de cartouches, de pistolets, de fusils, dont seize fusils-mitrailleurs. Rue Ribera, connue à Rueil, se trouvait une sorte d'ambulance, avec matériel très moderne. On arrêta le couple propriétaire de la pension de famille, la femme, Mme Juchereau, devant bientôt d'ailleurs être relâchée. Le jeudi 18, une perquisition dans un magasin d'antiquités, 2, rue Rotrou, tenu par M. Henry Mauler et sa soeur, cinquante-neuf et cinquantesix ans, amène la découverte de caisses de cartouches, de fusils de chasse, de fusils-mitrailleurs avec chargeurs, d'objets d'équipement. Arrestation de M. et de M"' Mauler. Le soir du même jour, 10, rue Jean-Beausire, chez un entrepreneur de transports fluviaux, M. Antonin Laromiguière-Lafon, une armoire déplacée révéla une porte qui, s'ouvrant par un système à déclic, montra un réduit contenant des caisses de grenades, des mousquetons, une vingtaine de fusils, dont cinq fusils-mitrailleurs. Dès lors les perquisitions se sont multipliées un peu partout, notamment dans deux châteaux d'Evry-Petit-Bourg appartenant à M. Hubert Pastré, actuellement en voyage en Hongrie et parent de M. de La Motte-Saint-Pierre. M. Pastré est l'objet d'un mandat d'amener bien que rien de suspect n'ait été découvert dans sa demeure. Le samedi 20, après de longues investigations pratiquées dans son appartement, 24, avenue Kléber, M. Adolphe Moreau de la Meuse, administrateur délégué de la Société textile ardennaise, LA QUALIFICATION JURIDIQUE DU CRIME REPROCHÉ AUX CONSPIRATEURS Dans les récent es inculpations, il n'est question que de détention d'armes de guerre et association de malfaiteurs, cette dernière visée comme suit par les articles 265 à 267 du cule pénal : Art. 265. — Toute association formée, quelle que soit sa durée ou le nombre de ses membres, toute entente établie dans le but de préparer ou de commettre des crimes contre les personnes ou les propriétés constituent un crime contre la paix publique. Art. 266. — Sera puni de la peine des travaux forcés à temps quiconque se sera affilié à une association formée ou aura participé à une entente établie dans le but spécifié à l'article précédent. La peine de la rélégation pourra en outre être prononcée, sans préjudice de l'application des dispositions de la loi du 30 mai 1854 sur l'exécution de la peine des travaux forcés. Les personnes qui se seront rendues coupables du crime mentionné dans le précédent article seront exemptes de peine si, avant toute poursuite, elles ont révélé aux autorités constituées l'entente établie ou fait connaître l'existence de l'association. Art. 267. — Sera puni de la réclusion quiconque aura sciemment et volontairement favorisé les La pension de famille de la rue Ribera, dont les sous-sols étaient truqués et blindés. auteurs des crimes prévus en leur fournissant des instnunents de crime, moyen de correspondance, logement ou lieu de réunion. Le coupable pourra en outre être frappé, pour la vie ou à temps, de l'interdiction de séjour établie par l'art. 19 de la loi du 27 mai 1885. Mais on a avancé aussi le mot de « complot », et ce mot, s'il n'est pas prononcé dans les inculpations, est largement utilisé dans les titres d'une certaine presse. Transportée sur le plan juridique, la qualification entraîne des conséquences pénales qu'il faut préciser ici. Le « complot contre la sûreté intérieure de l'Etat » est défini comme suit par l'article 89 du code pénal : Le complot ayant pour but les crimes mentionnés aux articles 86 et 87, s'il a été suivi d'un acte commis ou commencé pour en préparer l'exécution, sera puni de la déportation. S'il n'a été suivi d'aucun acte commis ou commencé pour en préparer l'exécution, la peine sera celle de la détention. Il y a complot dès que la résolution d'agir est concertée et arrêtée entre deux ou plu- La maison de la rue Jean-Beausire où l'on voit encore le nom du menuisier qui l'occupait précédemment et qui est d'ailleurs tout à fait étranger à l'affaire de détention d'armes.



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