L'Illustration n°4942 20 nov 1937
L'Illustration n°4942 20 nov 1937
  • Prix facial : 5,50 F

  • Parution : n°4942 de 20 nov 1937

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (275 x 371) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 52 Mo

  • Dans ce numéro : l'anniversaire de l'armistice.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Le Mont-Saint-Michel vu de la digue.
20 NOVEMBRE 1937 L'ILLUSTRATION No 4942 — 333 EN EXTRÉ ME-ORIENT VA-T-ON VERS LA PAIX ? L'article récent dans lequel je racontai la visite que m'avait faite le marquis Ito, peu avant la guerre russo-japonaise, m'a valu une correspondance tout à fait digne d'intérêt et dont je dois rendre compte aux lecteurs de L'Illustration. Le problème actuel est, en effet, d'une gravité telle qu'on ne peut considérer avec trop d'attention le mal lui-même et les remèdes qui semblent pouvoir y être apportés. Les correspondances qui m'ont été adressées expriment deux opinions distinctes : l'une plutôt pessimiste, l'autre à tendance optimiste — celle-ci avec un certain espoir de voir se dégager les éléments d'une sage négociation. Un officier supérieur, qui a vécu longtemps en Extrême-Orient, qui a séjourné en Chine, qui a visité la Mandchourie, la Corée, etc., m'écrit : « Je suis convaincu depuis 1904 que le Japon cherche à créer sur la rive occidentale du Pacifique un immense Etat jaune dont il serait l'animateur et le bénéficiaire. » Ce correspondant signale le péril que nous courons nous-mêmes, en Indochine, par suite du développement de la doctrine panasiatique et de l'accroissement des forces siamoises à la frontière de notre colonie ; et il ajoute : « Tout l'argent que vous demandait le Japon, tout celui qu'on demandera aux Européens sera tourné contre eux. Comme l'Allemagne en Europe, le Japon, en Extrême- Orient, poursuit des buts impérialistes. Ce qu'il veut, c'est la rive occidentale du Pacifique tout entière et, en plus, les îles néerlandaises et leurs riches installations minières. » Cet exposé du danger impérialiste japonais est évoqué par d'incontestables et trop frappantes réalités ; mais, peut-être aussi, est-il un peu sommaire. Car il paraît admettre qu'aucune contre-partie ne se produira et que l'élément asiatique entrera dans l'élément européen « comme dans du beurre ». Il est vrai que c'est le rôle des militaires de supposer les choses au pis, puisqu'ils doivent toujours être prêts à intervenir pour les remettre au point. Les pacifistes eux-mêmes sont bien obligés, trop souvent, de recourir à eux. Voyez plutôt la déconvenue de l'Angleterre qui a cru ou voulu croire à l'autorité de Genève et qui, en s'associant aux naïves doctrines du désarmement, a conclu le mariage lamentable de la puissance avec l'impuissance, enlevant à sa propre sécurité ce que la vaine phraséologie de Genève lui apportait de soi-disant garanties. Cette erreur, elle la paie très cher aujourd'hui. mais elle finira bien par réapprendre, elle aussi, que la force a un rôle à jouer dans les grandes affaires humaines. Dune, prévoir le pis, c'est un avantage : on se tient sur ses gardes. Mais faut-il écarter, d'autre part, la connaissance exacte de certaines possibilités qui peuvent surgir et barrer la route aux violents déchaînés de par le monde ? L'impérialisme, c'est bientôt dit. Mais où cela a-t-il conduit tels grands seigneurs fiers de leurs forces et de leurs premiers succès Philippe 1I, roi d'Espagne, a ruiné son entreprise de domination universelle pour n'avoir pas su la limiter ; Louis XIV mourut après avoir signé cette lamentable paix d'Utrecht qui consacrait Péchée de ses magnifiques entreprises ; Napoléon est mort à Sainte-Hélène ; Guillaume II, dans son exil, assiste à l'avènement et à la consécration d'Hitler. L'appréhension qu'avait le marquis Ito de voir son pays se lancer dans de telles aventures explique sa démarche à Paris. Il était à la tête lu parti antiimpérialiste ; il eût préféré entraîner son pays, pacifiquement, dans les voies de la prospérité ; il appréhendait la guerre, avec toutes les suites qui la prolongent indéfiniment. Car le propre (les impérialismes n'est-il pas de courir tou jours après une victoire absolue qui ne s'obtient jamais Le Japon s'est exposé et s'expose à ce danger. Aujourd'hui encore, il y a, au Japon, un parti impérialiste. Mais, tout le monde le sait, il y a aussi des hommes avisés, des sages, des groupements politiques qui appréhendent les suites de la politique agressive qui vient de se déclencher et qui, infailliblement, se heurtera, un jour ou l'autre, à un mur infranchissable, celui qui a, de tout temps, protégé, contre les impérialismes, la liberté universelle. Ce sont ces considérations qui sont venues à l'esprit de ceux de mes correspondants que j'appelle les optimistes, ou, si l'on veut, les modérés. Ils gardent quelque foi dans le bon sens, dans la raison, dans l'atmosphère ambiante, si fortement attachée à la paix. Je n'ai pas le sentiment que ces hommes de bonne volonté soient imprégnés outre mesure de l'esprit de Genève. Ils craindraient plutôt que cet esprit ne porte les délégués de la S. D. N. à renouveler, dans les circonstances actuelles, quelque chose de la faute qui a été commise lors des affaires de Mandchourie et qui a consisté à brandir dangereusement des armes de papier contre un agresseur violent et irrité. Ce sont les faits et non pas les mots qu'il faut considérer. Si Genève et les puissances occidentales veulent remplir un rôle utile, ce n'est pas un débat de droit ou un procès de tendance qu'il faut engager ; ce qu'il faut avoir dans l'esprit, c'est une connaissance exacte des situations et des réalités. Là, et là seulement, se trouveront les éléments d'une transaction honorable pour tous, et à laquelle la diplomatie — notre bonne vieille bonne diplomatie — devrait bien travailler sans retard : car, enfin, nous avons encore, comme par hasard, un ambassadeur à Tokio. Confions aux organismes traditionnels cette délicate négociation. Je répète le mot de Poincaré que j'ai déjà cité : conciliation veut dire concession ; et je traduis ce conseil, pour les grandes affaires, par cette autre formule : négociation veut dire transaction. C'est-à-dire qu'il faut s'appliquer, par de justes mesures, à dégager ce droit, seul stable, qui se fonde sur le consentement des parties. Nos optimistes, qui sont peut-être, hélas ! eux aussi, des illusionnistes, font observer encore que, si le Japon est incontestablement une grande puissance militaire, sa politique actuelle a rencontré, d'ores et déjà, des difficultés à la fois intérieures et extérieures. Il y a toujours, dans le pays, des divisions de partis ; il y a toujours ces suites redoutables de toute guerre qui se traduisent par des pertes en hommes, en argent, en crédit, en prestige, en. estime, en amitié, en vraie grandeur. Si la guerre se prolonge elle peut tourner à une catastrophe inouïe. Après de bien longues et bien douloureuses alternatives, nous avons vu, en Europe, il n'y a paS si longtemps, nos Pieroeholes rentrer chez eux bien piteusement. Ces réflexions, encore une fois, sont celles de ces pacifistes toujours attachés au thème des horreurs de la guerre, mais dont les idées ne sont pas sans se répandre, dans l'empire du mikado, par ces postes de T. S. F. qui y sont, assure-t-on, si nombreux et qui groupent autour d'eux l'auditoire des femmes et des mères. Assurément, une bonne négociation vaut mieux qu'une guerre prolongée et incertaine. Depuis quelques jours, le bruit s'est répandu que le Japon n'est pas sans envisager, précisément, l'idée d'une négociation prochaine. 11 est vrai que l'information a été démentie ; mais cela, non plus, n'est pas si mauvais signe. En langage diplomatique, nous traduisons cette information en ces termes : « des pourparlers sont engagés », et en langage courant : « on tête le terrain ». Si, comme on me l'affirme d'autre part, certaines puissances européennes qui se sont rapprochées du Japon font entendre qu'elles sont disposées à faciliter à celui-ci les moyens d'arriver à une fin rapide de la crise et à un règlement qui ne serait pas inacceptable pour les puissances occidentales, tant mieux encore ! Ah ! si l'Europe pouvait s'entendre et agir en commun — ne serait-ce que sur un point de ee vaste univers — quel progrès admirable se trouverait accompli !... La conférence de Bruxelles paraît s'être prononcée dans ce sens. Au moment où j'écris, on attend la réponse du Japon. Mon avis reste le même : négocions et concluons, si possible, par un accord total. Nous en sommes encore à la phase des peutêtre, des si et des mois. Au théâtre, ce moment s'appelle « ouverture » ; les divers motifs s'y trouvent réunis; si les acteurs ne sont pas encore entrés en scène, le rideau va se lever... L'Europe sera-t-elle absente de l'orchestre à l'instant où l'on entend comme les premières notes de la symphonie ? Qu'elle ne s'absente pas, je l'en supplie ! « Qui quitte sa place la perd. » Entrons dans le jeu, non comme spectateurs attentifs et désintéressés, mais avec la volonté amicale et affirmée de l'accord. Sauvons nos situations, notre prestige, l'honneur de notre civilisation qui a instruit ces peuples lointains, et tâchons de mettre fin, dans un sentiment de concorde internationale, à un état d'hostilité qui, s'il se prolonge, risque de devenir une crise universelle et, pour tout le monde, sans issue. GABRIEL HA XOTAUX, de l'Académie française. LA PRISE DE CHANGHAI ET LA GUERRE D'EXTRÊME-ORIENT Un événement capital s'est produit, la semaine dernière, qui modifie complètement sur le plan stratégique la guerre d'Extrême-Orient : Changhaï et son hinterland sont tombés aux mains des Japonais. Ainsi a pris fin, après trois mois de lutte opiniâtre, cette bataille de Changhaï ou pour Changhaï, commencée dès la mi-août, lors des premiers débarquements de troupes nippones sur la rive sud (le l'estuaire (lu Yang Tsé Kiang, à Wou Sung, au nord de la grande cité. La résistance peut-être imprévue opposée par les Chinois avait obligé les Japonais à attendre pendant plusieurs semaines l'arrivée de renforts très importants, et leurs premières offensives leur coûtèrent fort cher, sans grands résultats. Mais à la fin d'octobre ils étaient enfin parvenus à rompre le front ennemi et à contraindre leurs adversaires à une retraite générale. Cependant, un nouveau temps d'arrêt était marqué, au début de novembre, car les Chinois étaient solidement accrochés sur leurs positions de repli, à l'ouest, de Changhaï, et ils défendaient avec acharnement la rive sud de la rivière Sou Tchéou. C'est alors que les Japonais usèrent d'une autre tactique : celle d'un vaste mouvement enveloppant pour prendre à revers les divisions chinoises qu'ils avaient jusque-là attaquées en venant du nord-est et du nord. A cet effet, ils opérèrent des débarquements massifs dans la baie de Hang Tcheou, au sud de Changhaï. En même temps, ils concentraient leurs navires de guerre dans le Houang Pou, menaçant Pou Toung que les Chinois durent évacuer, le 6 novembre. Dans la nuit du 9 au 10, les Chinois abandonnaient aussi les abords immédiats de Changhaï, à l'ouest, ce qui avait pour avantage — du moins pour les Européens — (l'écarter dans ce secteur la zone des combats de la proximité des concessions étrangères. Les jours suivants, les .1:ii}onais continuaient de tous les côtés leur avance. Ils occupaient presque complètement Nantao, où s'allumaient de sinistres incendies, et, à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Changhaï, Tchipao, tandis que les détachements venant de la baie de Hang Tchéou atteignaient Song Kiang. Les pinces de l'étau se refermaient. Le 12, l'état-major nippon annonçait la prise de



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