L'Illustration n°4942 20 nov 1937
L'Illustration n°4942 20 nov 1937
  • Prix facial : 5,50 F

  • Parution : n°4942 de 20 nov 1937

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (275 x 371) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 52 Mo

  • Dans ce numéro : l'anniversaire de l'armistice.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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322 — N° 4942 L'ILLUSTRATION 20 NOVEMBRE 1937 RAMSAY MAC DONALD L'ancien premier ministre britannique Ramsay Mac Donald est mort brusquement, le 9 novembre, à bord du paquebot Reina del Pacifico sur lequel, accompagné d'une de ses filles, il se rendait pour sa santé en Amérique du Sud. Il était âgé de soixante et onze ans. C'est seulement au mois de niai dernier qu'il avait pris sa retraite, à l'avènement de M. Chamberlain, mais depuis longtemps il ne jouait plus qu'un rôle effacé. Né en Ecosse en 1866, il était venu à Londres dès sa vingtième année et s'y était affilié au mouvement travailliste. Orateur de meetings écouté, il s'était présenté aux élections en 1895, puis en 1900, comme secrétaire du parti travailliste, mais c'est en 1906 seulement qu'il parvint à être élu, dans la circonscription de Leicester. Il devait connaître, par la suite, d'autres déboires électoraux, en 1918 et en 1921. Sa rentrée au parlement date de 1922. Il fut aussitôt choisi comme chef (lu groupe travailliste et, comme l'année suivante l'opposition renversait le gouvernement, ce fut lui qui, pour la première fois dans l'histoire de l'Angleterre, fut appelé à présider un ministère socialiste. Il ne demeura pas longtemps au pouvoir. Les difficultés de la collaboration avec les libéraux, les résistances qu'il rencontrait parmi les extrémistes Après la revue des troupes, qu'il a présentées pour la dernière fois, le général Gouraud est félicité par le président de la République et par les membres du gouvernement. De droite à gauche : MM. Albert Lebrun, Roy, Herriot, Chautemps, Daladier et Campinchi. n'en plus partir, gouverneur milita ire de ce Paris dont il est l'enfant, devant la rue où il est né, dans l'hôtel des Invalides fondé par Louis XIV pour les soldats blessés au service (le la patrie, près de Napoléon endormi. Un pareil raccourci est nécessairement infidèle. Il y manque le portrait physique du héros, ce visage lumineux, rayonnant, avec quelque chose dans les traits qui évoque le lion, et ce regard bleu, droit, par où s'échappe l'âme la plus droite elle-même et la plus claire. Il y manque aussi, pour faire comprendre le prix d'une destinée aussi eonforme à son dessein, l'évocation du conflit intérieur qu'on pressent chez un homme qui a choisi le métier de la guerre non pas en contempteur de la loi d'amour, mais, au contraire, fidèle à des croyances dont le respect véritable paraît inconciliable avec la violence. Seule une vertu très haute peut résoudre un tel problème. Gouraud mettait la sienne à s'exposer plus encore qu'à. frapper, à défendre contre l'oppression, à servir le droit, la justice, la pitié et, ce qui en fait résume tout cela, à verser son sang pour la France. Il dépose aujourd'hui les armes. Et, bien que ce soit sans nous quitter, rien ne pouvait être plus regrettable que la retraite de ce preux dont la grande figure, mutilée et glorieuse, dressée audessus des passions et des partis, rappelait aux Français, en des temps où parfois on craint qu'ils ne les oublient, leurs anciennes souffrances et leur nécessaire grandeur. JEAN GALLOTTI. L'INAUGURATION DU BUSTE DE MERMOZ A NEUILLY. Au premier rang, vers la droite, M..0 Mermoz et le colonel de La Rocque. Tandis que se déroulaient les diverses cérémonies commémoratives de l'armistice, le monument élevé à la mémoire de l'inoubliable aviateur Jean Mermoz était inauguré dans le jardin de la mairie de Neuilly. Plus de cinq mille personnes se groupaient autour du buste et de nombreuses personnalités entouraient la veuve du glorieux aviateur. Le général Coignard, président du comité Jean-Mermoz, évoqua, avec une émotion vibrante, la figure populaire, et dès maintenant légendaire, dont MM. Blond, maire de Neuilly, de Kérillis, député de la circonscription, et le colonel de La Rocque, président du P. S. F., exaltèrent le souvenir. — Phot. Interpress. de son propre parti l'obligèrent à provoquer une dissolution. Les élections de 1924 furent un désastre pour les socialistes, et 11 anisay Mac Donald retourna pour cinq ans dans l'opposition. Mais en 1929 le vent de ia politique changeait une autre fois, le travaillisme l'emportait à nouveau et son chef inaugurait son deuxième cabinet. Survint la crise de 1931, d'une gravité extrême. Au mois de juillet, le déficit était de 120 millions de livres, la Banque d'Angleterre devait se faire ouvrir un crédit de 25 millions de livres, qui ne remédiait pas à la situation. Le 23 août, le roi convoquait les leaders des trois grands partis de la Chambre : Ramsay Mac Donald, sir Herbert Samuel et M. Baldwin, pour la constitution d'un gouvernement national. Des mesures d'économie draconiennes étaient décrétées, on augmentait massivement les impôts. Le 20 septembre enfin, l'Angleterre abandonnait l'étalon-or. Mais une scission profonde s'était produite dans le parti travailliste, dont une minorité seulement avait suivi le chef du gouvernement national. Ramsay Mac Donald était désavoué par les siens. Le 5 octobre, pour faire approuver sa politique par la nation, il procédait à des nouvelles élections. Elles eurent pour résultat d'envoyer au parlement la plus formidable majorité conservatrice qu'on eût jamais vue. Ramsay Mac Donald restait premier ministre, toutefois c'étaient les conservateurs qui dirigeaient effectivement les affaires. Cet état de fait fut consacré en juin 1935 par l'accession de M. Baldwin au pouvoir, Ramsay Mac Donald se contentant désormais de la charge tout honorifique de lord-président du Conseil. Il la garda jusqu'au mois de mai. A ce moment, en reconnaissance de ses services, le roi lui offrit la pairie, mais il déclina cet honneur. Il laisse deux filles et trois fils, dont l'un, M. Malcolm Mac Donald, est encore ministre des Dominions.
20 NOVEMBRE 1937 L'ILLUSTRATION N0 4942 — 323 NOTRE AVENIR LA PRODUCTION FRANÇAISE ET LES LOIS SOCIALES par R. CHENEVIER (Voir notre précédent numéro.) / / A bien analyser, les auteurs des lois sociales se sont comportés comme si, n'ayant aucune connaissance mathématique, ils avaient cependant entendu mettre en équations les lois économiques naturelles. A la souplesse nécessaire des mécanismes industriels, ils ont substitué la rigidité. Ce taisant, ils ont contrevenu aux priiicipes mêmes du progrès, lesquels sont dynamiques et non statiques. En un mot ils ont figé la production française en lui imposant une forme type de travail à laquelle elle ne s'est pas adaptée. Mais il y a plus. Faute d'avoir su apprécier les incidences des mesures qu'ils imposaient, les auteurs des diverses lois de 1936 ont ressuscité, au détriment même de la classe ouvrière qu'ils entendaient protéger, des foriiies périmées d'activité économique. C'est ainsi qu'ils ont favorisé l'artisanat, au détriment de- u•randus. moyenne.: et petites entreprises, c'est-ri-dire au détriment des organismes dont la masse représente réellement la production nationale. Certes, l'artisanat a ses mérites que nul ne songe à contester. Mais ceux-ci sont limités, de même qu'est limité son domaine d'application. Par exemple, on conçoit mal la production des automobiles au moyen de l'activité artisanale. De même celles de l'électricité, du charbon et, comme de juste, toutes les productions de série. Or, la loi de quarante heures laisse en dehors de ses obligations toutes les entreprises artisanales, toutes celles qui sont exploitées familialement. C'est ainsi que, si nous considérons la grande pêche hauturière, nous constatons que le petit patron de chalutier n'occupant pas de main-d'oeuvre extérieure n'est pas assujetti aux quarante heures. Dès lors, sa position est favorisée par rapport à celle de ses concurrents plus importants. Dès lors encore ceux-ci ont tendance à modifier leur formule de travail et à rechercher un système à base artisanale ou familiale. D'où débauche presque certaine de main-d'oeuvre et formation de chômage. Si encore cette contradiction était compensée par une amélioration dont profiterait la collectivité tout entière, elle pourrait paraître à demi excusable. Mais il n'en est rien. La gêne qu'éprouvent les entreprises grandes, moyennes ou petites à maintenir des taux de production acceptables n'est pas rachetée par le statut favorisé de l'activité artisanale. Une fois déséquilibrée, la balance le demeure. De plus, les prix eux-mêmes sont affectés, car la loi de l'offre et de la demande reste toujours la grande régulatrice. Quand, à La Rochelle, les pêcheurs vendent le poisson à la criée, l'acquéreur ne fait aucune différence entre le poisson pêché par un équipage astreint au respect des quarante heures et un équipage de composition exclusivement familiale. Il n'a souci que de l'état du marché commercial, de sa capacité l'a bsorption. Et ce qui est vrai pour la grande pêche l'est tout autant pour toute une gamme de corporations. A condition d'être seul, de ne travailler qu'avec les siens, charbonnier est toujours maître chez lui. LA CRISE DU CHARBON L'exemple le plus catégorique des erreurs de la loi de quarante heures est offert par l'industrie houillère. C'est un fait bien connu que les charbonnages sont une indult rie-clé. I Is sont même rindustrie-elé de toutes les ent rêprkes dans lesquelles intervient le travail du feu. Aussi a-t-on nommé le charbon le pain noir de l'industrie. Dès lors, il était aisé de prévoir que l'application des quarante heures dans les charbonnages devait engendrer des répercussions considérables et qu'en vue de ces répercussions il convenait de n'agir qu'avec la plus grande circonspection. Or, la première de toutes les industries astreinte au respect des quarante heures fut l'industrie des houillères. Le bassin d'échouage de La Rochelle, port de chalutiers de grande pêche. La cascade de conséquences ne tarda pas. Etant donné que l'industrie houillère française ne peut suffire à la totalité des besoins charbonniers du pays en raison à la fois de la nature de ses gisements et de la faiblesse de ses réserves, étant donné encore que, par suite de cet état de fait naturel, la France dut de tout temps importer un tiers environ de sa consommation, il était t.vident que toute mesure tendant à réduire le quantum de production ne pouvait que se traduire par un accroissement des importations. Celles-ci s'accrurent done aussitôt, pour le plus grand profit des charbonniers étrangers. Et comment pourrait-il en être autrement quand on constate que, dans le cou- Au marché à l'encan de La Rochelle, le crieur enregistre les enchères. quand le crieur a la canne sous le bras, c'est qu'il vend d un bloc tout le lot de poissons qui est face à lui. rant du mois d'août 1937, le nombre total des journées de travail n'a pas excédé 15 et quand on relève que, de 140 en 1930, l'indice (le la production houillère est tombé il y a deux mois à 91 (Statistique générale de la France, éditée par la présidence du Conseil.) Mais en outre, dans le même temps où, par suite de l'application des lois sociales en général et des quarante heures en particulier, la production du charbon s'effritait, les prix subissaient une hausse effrénée. Telle qualité de coke qui valait 42 francs la tonne au début de 1936 vaut aujourd'hui 200 francs la tonne. Encouragés par cette poussée des cours, les charbonniers étrangers vendeurs en France ajustèrent leurs prix au niveau des prix français. D'où il résulte qu'ils gagnent à la fois sur le supplément de quantité qu'ils placent sur notre marché intérieur et sur le supplément de prix qu'ils ont décrété, lequel constitue pour eux un bénéfice net absolu. Par ailleurs, de tels à-coups donnés à une grande source de production ne vont pas sans perturber dangereusement la situation commerciale du produit. Aujourd'hui, qu'il s'agisse de charbon industriel ou domestique, les mines sont dénuées de stocks. Les livraisons se font mal et, malgré la récente dérogation apportée aux quarante heures dans les charbonnages, les houillères éprouvent une gêne réelle à faire face aux commandes. Enfin, dernier aspect du problème, aspect qui du reste n'est pas particulier aux charbonnages, mais affecte un très grand nombre d'industries, les travaux d'entretien des outillages ne se font plus ou se font mal. A cela, il est deux raisons. Tout d'abord, les charbonnages, puisqu'il s'agit d'eux essentiellement ici, tendent tons leurs efforts vers une production plus intense. De plus, l'application des quarante heures est tellement rigide et sévère que, en dehors de la dérogation accordée de huit jours supplémentaires de travail par an, toute autre dérogation sollicitée pour des travaux de réparation ou d'entretien est impitoyablement refusée. Enfin, seconde raison, assez inattendue celle-ci : quand les chemins de fer durent à leur tour appliquer les



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