L'Illustration n°4941 13 nov 1937
L'Illustration n°4941 13 nov 1937
  • Prix facial : 5,50 F

  • Parution : n°4941 de 13 nov 1937

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (275 x 371) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 58,8 Mo

  • Dans ce numéro : l'ouverture de la conférence de Bruxelles dans le palais des Académies.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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306 — N° 4941 L'ILLUSTRATION 13 NOVEMBRE 1937 tecture religieuse du quatorzième siècle (la date est garantie par un document incontesté). Le côté de cloître abrite des sculptures romanes dont aucune n'est négligeable et parmi lesquelles je signalerai le chapiteau que nous reproduisons ; des colonnes à chapiteaux en marbre, d'un dessin très ferme et très pur, qui soutenaient la table (l'autel de l'ancienne cathédrale ; un « corbeau » qui représente une tête d'homme barbu; une curieuse statue de femme taillée rustiquement et voisine de l'art nègre... Dans une salle du rez-de-chaussée onṯ été groupés les objets évocateurs du plus lointain passé de la contrée ruthénoise. Là sont exposées les collections préhistoriques de l'abbé Cerès et de M. Louis Balsan, notamment un ensemble de céramiques de l'âge du bronze récemment découvertes dans la grotte de Clapade, sur le territoire de la commune de Millau, et dont les spécialistes du monde entier ont reconnu l'importance. Les mystérieuses statuesmenhirs, découvertes par l'abbé Ilermet, ont fait l'objet de bien (les hypothèses; je signale aux lecteurs que la question intéresserait que le moulage de l'une de ces extraordinaires effigies conservées au musée Fenaille est visible au musée de Saint- Germain-en-Laye. La période gallo-romaine est représentée par dus pièces caractéristiques recueillies dans les environs de Rodez, sur l'emplacement de riches villas. Les mosaïques ne sont pas sans beauté. Parmi les sculptures, certaines, évidemment, sont des pièces (l'importation, copies (l'origine italienne ouvragées avec brio; d'autres, plus maladroites mais plus savoureuses, sont sorties d'ateliers indigènes. Un objet d'une incontestable rareté est à mentionner : un masque de gladiateur trouvé dans les fondations d'une annexe de l'amphithéâtre de Rodez. Masque de parade sans doute, peu fait pour résister à l'épreuve des chocs. Il est permis de supposer que cette mince couche de métal repoussé à l'outil avait pour support une matière plus robuste; peut-être du cuir modelé. Dans la galerie du premier étage sont groupés des spécimens typiques de la sculpture rouergate aux quatorzième et quinzième siècles : notamment deux grandes statues de François d'Assise et de saint Antoine de Padoue et une clef de voûte provenant de l'église de Salles-la-Source. Au second étage sont exposées (les sculptures de la fin du quinzième siècle et du seizième siècle : saint Joseph et l'Enfant, une pietà mutilée, un saint Antoine, statue d'angle qui longtemps orna une maison de Rodez, et ce groupe naïf et aimable : sainte Anne apprenant à lire à la Vierge et à Jésus... qui paraissent contemporains. Sur le palier du premier étage un ensemble de sculptures sur bois ont été disposées : boiseries provenant de l'église de Saint- Amans de Rodez, fragments de stalles de la cathédrale enlevées lorsque fut déplacé le jubé ; une Vierge dorée et polychrome, et un christ mutilé qui mérite de devenir aussi célèbre que le christ de Perpignan. En bois sculpté et peint, il fut vénéré pendant (les siècles par des pèlerins recueillis dans l'abbaye cistercienne de Bonnecombe. Un membre de la famille de Rudelle de Cassagne arracha au bûcher révolutionnaire ce qui reste aujourd'hui de cette pathétique figure due à un maître inconnu. Toujours au premier étage, deux salles sont aménagées. La première a conservé l'agencement qu'elle avait reçu au dixhuitième siècle. Ouelques meubles achèvent d'en faire un lieu accueillant. Dans une grande vitrine sont rassemblées de bonnes pièces d'orfèvrerie du Rouergue et du Limousin. Une d'entre elles, qui figura à l'Exposition de 19oo, est un des premiers spécimens connus de vase à encens en forme de nef. Une collection de fers à hosties Couteau de chasse (long., 0 in. 51) et sa gaine contenant couteau à découper et fourchette. Travail allemand. — Offert par le célèbre contrebandier Mandrin au marquis de Bournazel. Au-dessus : mesure en bronze. Une inscription explique qu'elle fut faite en 1540 sur l'ordre des consuls de Rodez. Puits aux armes du bienheureux François d'Estaing, évêque de Rodez et constructeur du clocher de la cathédrale, bâti de 1510 à 1526. de diverses époques est également à signaler. Une petite toile du dix-huitième siècle a été attribuée par son donateur à Fragonard. Les collectionneurs ont de ces témérités. Une sympathique élève de l'Ecole du Louvre a voulu voir, paraît-il, dans un portrait de saint Ignace de Loyola en costume militaire une oeuvre du Greco. Dans cette peinture d'une exécution faible et (l'une matière pauvre, jusqu'à preuve dtt contraire je ne verrai pour ma part que la réplique d'une réplique ! Richard, né à Millau en 1782, mort à Toulouse en 1859, est un de ces peintres provinciaux auxquels les circonstances n'ont pas permis de remplir leur mérite. De petits intérieurs où des personnages fidèlement interprétés sont saisis dans la familiarité de la vie quotidienne serviraient mieux la mémoire de Richard que ses grandes compositions. Malheureusement le temps n'a guère épargné sa peinture. Brascassat, dont il était l'ami, a fait de lui en 1824 un fin portrait qui a mieux résisté aux années. Des dessus de porte du dixhuitième siècle, en camaïeu, une copie ancienne d'un tableau de Van Dyck, (les peintures sur cuivre, sur vélin, des broderies sur soie provenant de maisons religieuses de la région contribuent à meubler agréablement cette première salle. La seconde a retrouvé l'essentiel de son aménagement médiéval : son pla fond à poutrelles, ses fenêtres à petits volets, sa vaste cheminée. Une suite tic portraits des ducs et duchesses d'Arpajon n'y offrent guère qu'un intérêt documentaire. Dans une vitrine, l'abbé Louis Bousquet a réuni plusieurs manuscrits à peintures. L'un d'eux parait être l'oeuvre d'un bel artiste très proche, par l'inspiration, le talent et le métier, du grand Fouquet. Au second étage du musée, une salle contient le produit des fouilles faites de 19or à 1906 à la Grauvesenque sur l'emplacement d'importants ateliers de céramique dont l'activité fut intense au premier siècle de notre ère. Là se fabriquait une vaisselle de luxe qui était exportée dans tout le monde romain. On retrouve des débris de cette poterie sigillée à vernis rouge non seulement en Italie, mais dans l'Afrique du Nord ou la vallée du Rhin. Des trois formes principales qui étaient données aux vases, Rodez possède des exemplaires très intéressants, reconstitués grâce à une infatigable patience. Les fouilles ont livré l'outillage des potiers, les moules dont les modèles étaient dus à des artistes connus et des pièces manquées qui avaient subi des accidents de cuisson. Sur le fond d'une assiette non décorée et intacte on peut lire un compte de potier tracé au stylet. Les indications, écrites en cursive romaine, sont en langue celtique : et cette modeste poterie nous a livré ainsi l'un des textes les plus complets connus jusqu'ici de la langue que parlaient nos lointains ancêtres. Aussi cc document étonnant fait-il l'objet d'études attentives et de recherches passionnées... de la part de savants allemands. La Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron possédait de réelles richesses numismatiques. Une partie des monnaies qu'elle conservait sont déposées au musée Fenaille et constituent une histoire par le métal du Rouergue depuis les Gaulois jusqu'à nos jours. D'autre part, tous les éléments d'une salle de documentation locale s'amassent peu à peu. Des dessins originaux, des peintures, (les lithographies évoqueront les aspects anciens de Rodez et de la contrée. Nous croyons savoir que l'on ne s'en tiendra pas là. Grâce à des costumes locaux et à des reconstitutions d'intérieurs on s'efforcera de donner une image plus concrète de la vie rouergate d'autrefois. RAYMOND LÉCUYER. Photographies de M. Raymond Lécuyer.
L'ILLUSTRATION Christ qui était vénéré avant la Révolution à l'abbaye cistercienne de Bonnecombe, près Rodez. Bois sculpté et peint. — Haut., 0 m. 59. UN CHEF-D'ŒUVRE PRESQUE IGNORÉ DE L'ART FRANÇAIS AU MUSÉE FENAILLE, A RODEZ Phot. Raymond Lécuyer.



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