L'Illustration n°4941 13 nov 1937
L'Illustration n°4941 13 nov 1937
  • Prix facial : 5,50 F

  • Parution : n°4941 de 13 nov 1937

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (275 x 371) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 58,8 Mo

  • Dans ce numéro : l'ouverture de la conférence de Bruxelles dans le palais des Académies.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 30 - 31  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
30 31
304 — 4941 L'ILLUSTRATION 13 NOVEMBRE 1937 L'Aéromaritime s'arrête là. Plus loin, c'est le domaine d'Air France : une antenne sur Natal et l'Amérique du Sud, une antenne sur Casablanca, et Paris-Dakar, voilà l'articulation de ces deux lignes. Parti de Douala le s;unedi matin, j'avais atteint Dakar le dimanche au milieu (le l'aprèsmidi, après 3.600 kilomètres (le vol. Des le lundi matin, le sikorsky, chargé du courrier arrivé de France dans la nuit, allait s'envoler vers Conakry. Pour moi j'allais attendre à Dakar jusqu'au mardi après-midi l'arrivée du courrier aérien d'Amérique et aussitôt mon embarquement, avec le même courrier, joint à celui que nous avions apporté de Pointe- Noire et à celui de Dakar, sur l'avion de nuit pour Casablanca. ** Vers 16 heures, un ronflement annonçait l'hydravion Ville-de-Rio, piloté par Guerrero, qui venait (le parcourir, en seize heures, au cours de la 202e traversée aérienne de l'Atlantique-Sud, les 3.200 kilomètres séparant dessous, ni à droite, ni à gauche ce n'est possible. Il monte... 4.500, 4.800 mètres. L'orage est comme un mur. Impossible de l'escalader. Nous redescendons. Là, clans un éclair assez émouvant pour les voyageurs, l'orage qui nous poursuit fait mouche. L'éclair a suivi l'avion (l'une aile à l'autre. En nous quittant, il a allumé l'une des fusées (l'atterrissage accrochées sous l'aile. Emotion. Le magnésium fait son devoir et, à 230 à l'heure, brûle comme un chalumeau. Il s'éteint. Le calme renaît. Les voyageurs se rendorment, et le pilote, prudent, préfère ne pas franchir l'Atlas avant le jour et se pose au terrain de Juby. Juby, la vieille escale oubliée. Un accueil aimable et très espagnol, le café. Jusqu'au jour, les passagers restent sous les ailes (le l'avion, à la lueur des cigarettes, à bavarder avec le pilote. Des gardes maures vêtus de bleu nous regardent silencieusement, accroupis sur le sable, leur fusil entre les jambes. Et, dans cette escale imprévue, Goret, évoque pour nous des fantômes, ceux des pilotes d'autrefois, les vainqueurs et les vaincus, les vivants et les morts, les prisonniers des Maures et leurs évadés. L'ombre de l'Altaïr, courrier Dakar-Casablanca, à bord duquel était notre envoyé spécial, survole le sol marocain. A ce voyage, l'Altaïr était piloté par Goret qui devait, quelques semaines plus tard, disparaître tragiquement avec l'Antarès. Natal (le Dakar. C'était un énorme hydravion très plat, qui disparut au delà des navires à quai. Moins d'une heure après, notre trimoteur Dewoitine décollait d'Ouakaui. Je changeais d'ambiance. D'une ligne au passé récent, je passais brusquement. sur une ligne commerciale en pleine exploitation, déjà ancienne, avec (l'expression n'est nullement péjorative) une routine, des habitudes (le régularité et de confort solidement établies sur un itinéraire qui fut, il y a si peu de temps encore, une épopée. Dès Saint-Louis, la nuit tombe et les voyageurs s'endorment. Il y a l'Anghiis impassible qui regagne Londres, le colonial dont la femme, ne supportant pas la nier, aime mieux être incommodée un peu plus de vingtquatre heures en avion que huit jours malade à mourir sur un bateau ; il y a les habitués, voyageurs impénitents qui, par les voies ordinaires, passeraient sur l'eau la moitié de leur vie. L'avion est plein et, à Dakar, on semble envisager de doubler ce service hebdomadaire. Des lumières, un phare, un terrain : Villa Cisneros. A ce nom, qui rappelle les années (l'héroïsme de « ceux de la ligne », les voyageurs s'éveillent en bâillant et, leur panier-repas à la main, s'en vont dans le froid nocturne vers le hangar et le bouillon chaud d'Air France. Le Dewoitine attend, sur ses grandes jambes, en faisant son plein d'essence. On repart. Cisneros n'est plus qu'une gare comme une autre. Et pourtant... Et pourtant voici que le temps se bouche, que (les éclairs illuminent les nuages. Eclair à droite, éclair à gauche, éclair à droite... Le pilote, c'est Goret, qui compte, sur cette ligne-là, 2.000 heures en vol de nuit. Il a rencontré bien (les orages sahariens. Il essaie de franchir celui-là: Ni en Sur la côte que vous suivez, passagers de l'avion-couchettes Altaïr, pas tin cap, pas une baie, pas une plage qui n'ait un nom, un man (le pilote qui s'y est posé ou qui y a disparu (1). Que dire de la suite du trajet, (le l'Atlas contourné, (les plaines caillouteuses et pauvres (lu Sud-Marocain, (les plaints richement cultivées de la Chaouïa, des villes marocaines qui, vues ainsi en plan, ville indigène et ville européenne séparées, avec le quartier administratif, le quartier industriel, le quartier de résidenm, sont tolites signées inetIaça blena,nt : I,yaut ey? Le reste du trajet, accompli. (le constellation en constellation, à bord d'Antarès de Casablanca à Toulouse. à bord de Cassiopée de Toulouse à Paris, (les milliers de voyageurs témoigneront que ce n'est qu'un trajet. de grande banlieue, qui aussi, pourtant, a connu ses temps héroïques. Les petits vergers d'orangers de la côte espagnole en ont vu atterrir, (les avions postaux I Une grande ville se dessine, en points lumineux, sous nos ailes. Les rues sont des fleuves sombres bordés de réverbères. La base des blocs de maisons s'éclaire vaguement. Je ne m'y reconnais plus. Voici une verrière lumineuse qui doit être une gare. Voici, toute petite, la tour Eiffel, qui domine un parterre de lumières multicolores. C'est l'Exposition. Je suis bien à Paris, PIERRE ICHAC. (1) Cet article était terminé depuis plusieurs jours lorsque, dans un accident peut-être de même nature que l'incident rapporté ci-dessus, l'Antarès a disparu dans un orage, entraînant avec lui Goret, l'homme aux six ans de Dakar-Casablanca, dont 2.000 heures en vol de nuit, celui qui, il y a si peu de temps, sous les ailes de l'Altaïr posé sur le sable de Juby, évoquait devant notre collaborateur les héroïsmes du passé de s, la ligne ».
13 NOVEMBRE 1937 L'ILLUSTRATION No 4941 — 305 Navette à encens et pyxides. Orfèvrerie émaillée des xte et mu' siècles. La navette, pièce rarissime, a figuré à l'Exposition universelle de 1900. UN NOUVEAU MUSÉE DE PROVINCE LE MUSÉE FENAILLE A RODEZ par RAYMOND LECUYER Le 3o octobre dernier a été inauguré à Rodez un nouveau musée qui a son autonomie et qui porte le nom de son bienfaiteur. C'est à M. Maurice Fenaille qu'il doit d'être largement et pittoresquement logé. Chaque année l'éminent collectionneur, qui a trouvé dans le Rouergue une patrie d'élection, passe plusieurs semaines à quelques lieues de Rodez. Comment le puissant caractère de la vieille cité l'eût-il laissé indifférent ? Désireux de sauvegarder un vestige intéressant du passé ruthénois, il acheta, un jour d'avant guerre, une maison de la rue Saint-Just et des constructions avoisinantes. Pendant toute la durée du dix-neuvième siècle cette maison avait servi d'auberge ; mais avant d'être utilisée si humblement elle avait eu un long passé aristocratique. C'était l'ancienne demeure de la famille de Jouery et, en dépit des caprices du sort, elle conservait une physionomie très caractérisée. Après la tourmente de 1914-1918 M. M. Fenaille fit entreprendre la restauration du vieux logis. Et voici treize ans il offrit l'hôtel consolidé et discrètement complété à la « Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron », digne en tous points de recevoir un tel présent. Il y a un siècle exactement que cette compagnie a tenu sa première assemblée. C'est une centenaire fort alerte, fort active et prospère. Elle a poussé de bien des côtés ses savantes curiosités, toujours préoccupée (l'accroître le trésor des souvenirs aveyronnais. Depuis longtemps déjà ses collections archéologiques ont acquis une légitime renommée. Mais jusqu'ici avait manqué le local où tant de précieux monuments patiemment recueillis pourraient être mis en valeur. Aussi le geste de M. Fenaille fut-il d'autant mieux accueilli qu'il venait satisfaire un voeu formulé de longue date. Il fut décidé que les collections artistiques et lapidaires de la société prendraient place dans l'hôtel de la rue Saint-Just tandis que les archives, la bibliothèque, les collections d'histoire naturelle continueraient à occuper, rue Laumière, l'hôtel Rouvier. Diligemment, mais sans hâte imprudente, ce plan fut exécuté. Sur le transfert, l'installation, le classement des divers éléments du musée Fenaille veilla un animateur scrupuleux et d'une information fort étendue, M. l'abbé Louis Bousquet. En dépit de l'homonymie, ce dernier n'a que des liens d'amitié et non des liens de parenté avec M. Henri Bousquet, le très distingué président de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron. Deux des pièces dont la société est fière à juste titre ne se trouvaient pas à Rodez le 3o octobre : elles sont provisoirement à Paris et figurent à la grande rétrospective de l'avenue du Président-Wilson. L'une est un christ de majesté qui a fait l'objet de controverses entre archéologues ; l'autre est une délicieuse Vierge de l'Annonciation, en pierre peinte, du seizième siècle. Ce que nous venons de dire de ses origines a déjà fait deviner que, par la force des choses, le nouveau musée ruthénois offre avant tout un caractère régional, qui sera sciemment accentué par la suite. Dès que l'on pénètre dans l'hôtel Jouery le regard est séduit par l'aspect pittoresque de la cour. Les différents étages communiquent par un escalier à jour, coupé de larges paliers ; des piliers et des colonnes qui ont toute la riche élégance de la Renaissance soutiennent les plafonds à poutrelles de hautes galeries. Cette disposition, partout exceptionnelle, est rarissime dans le Rouergue. Escalier et galeries (fin xve siècle) de l'ancien hôtel de Jouery où est installé le musée Fenaille inauguré ces jours derniers. Reconstitution partielle dans la cour du musée Fenaille du cloître des cordeliers de Rodez (mye siècle) démoli sous le règne de Louis-Philippe. Plusieurs petits monuments retiennent, dans la cour même, l'attention du visiteur. Un beau puits, où se voient les armes du bienheureux François d'Estaing entre l'Agneau pascal et des signes eucharistiques, est certainement dû au ciseau des admirables artistes qui ont sculpté le clocher de la cathédrale de Rodez. Une charmante fontaine a été, si l'on peut dire, transplantée ; elle provient de Toulouse, mais dans cette ville elle ornait l'hôtel de la famille de Caulet, et les Caulet étaient originaires de Rodez : sa présence au musée, voulue par M. Fenaille, est donc fort logique. Sous une voûte repose un gisant, oeuvre du début du quinzième siècle, et une inscription bien conservée nous apprend le nom du chevalier à jamais endormi : Richard de Malleville. Cette statue se trouvait autrefois dans le couvent des dominicains de Rodez ; elle était peinte et très dorée ; il semble bien que, pendant la Révolution, cet or ait été gratté et soigneusement récupéré. Et c'est sans doute à cette circonstance que le gisant dut de n'être pas mis en morceaux. Une reconstitution partielle du cloître des cordeliers fait amèrement déplorer la barbare destruction de ce couvent qui fut jeté bas sous Louis-Philippe pour faire place à un solennel et très ennuyeux palais de justice. Les colonnes doubles réunies par une bague, en beau grès rouge de la région, leurs chapiteaux, d'une décoration généreuse mais sans mièvrerie, constituent un remarqprible spécimen d'archi- Texte et photographies copyright by Raymond Lécuyer, 193-.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :