L'Illustration n°4940 6 nov 1937
L'Illustration n°4940 6 nov 1937
  • Prix facial : 5,50 F

  • Parution : n°4940 de 6 nov 1937

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (275 x 371) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 58,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... une délégation d'officiers de réserve français.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L'ILLUSTRATION depuis le moyen âge en son lieu d'origine et non moins rare de pouvoir assigner à cet ensemble une date certaine d'exécution. Or, nos volumes n'ont quitté Cîteaux que pour venir à Dijon par le jeu des lois révolutionnaires ; leur déplacement se mesure à une vingtaine de kilomètres. Nous savons expressément qu'ils ont été commencés après 1098, naissance de l'abbaye ; la Bible en quatre tomes, copiée sur l'ordre de saint Etienne Harding, deuxième abbé, a été terminée en 1109 ; les trois premiers tomes des Moralia in Job, dus au même Etienne Harding, ont été achevés en 1111. Et d'étroites similitudes relient les uns aux autres, de proche en proche, nos dix-huit manuscrits. En 1134, sous l'influence de saint Bernard qui, dix ans auparavant, s'était fait l'apôtre irréductible de la simplicité et de l'ascétisme esthétique, le code des Statuts du chapitre général proscrit formellement tout ornement dans les initiales peintes. Nous enfermons donc nos livres dans des limites chronologiques très précises : quelques-uns, parmi les plus remarquables, dans les dix premières années du douzième siècle et tous en bloc dans le premier tiers de ce même siècle. Cette stricte limitation prend une valeur singulière dans l'histoire générale de l'art français. Cîteaux, au moment où s'exécutaient les premiers chefs-d'oeuvre, n'était encore qu'une abbaye peu nombreuse, vivant à grand-peine au milieu des pires difficultés : quelques étrangers, notamment l'Anglais Etienne Harding, et des moines venus du Nord ou de Bourgogne principalement. Or, dans ce petit groupement obscur éclôt soudain un prodigieux foyer d'art, qui nous semble en grande avance sur son temps. Il est mystérieux dans ses origines. Il existe cependant et son existence nous oblige à reviser des systèmes établis. Il rejoint ainsi d'autres phénomènes qui permettent de renouveler notre histoire de l'art à l'aube du douzième siècle et il les confirme. Aussi bien quelques-uns de ses monuments ont-ils figuré avec honneur dans les grandes expositions : de l'art français à Londres en 1932, de l'art français à l'Exposition de 1937, etc. L'ensemble, pour la première fois produit à Paris, a été probablement le « cloue de l'exposition d'art bourguignon organisée en février 1936 par le P.-L.-M. à l'hôtel Charpentier. Il n'est pas possible, dans un article nécessairement bref, de tout énumérer (1). Voici, dans la Bible de saint Etienne Harding, les Hébreux dans la fournaise. Nous y retrouvons quelques-uns des traits essentiels de cette ornementation : un dessin au trait, un mouvement souvent juste et plein de vie, quelques indications de couleur, un (1) On trouvera la reproduction, en noir, de toute l'iconographie de ces manuscrits dans C. OURSEL, la Miniature du XII' siècle d l'abbaye- de Cîteaux d'après les manuscrits de la bibliothèque de Dijon. — Dijon, liter. Venot, 1926, in-4°. geste, une attitude et un sens averti de la composition et de l'équilibre. L'artiste ne copie pas un poncif, il interprète librement un thème iconographique. De cette originalité personnelle les exemples abondent et les témoins sont nombreux : telles des scènes prises sur le vif, figurant dans les Moralia in Job, les travaux agricoles des moines, le défrichement de la forêt. La Création d'Adam, dans le même volume, introduit une nouvelle notion, celle de la couleur. On dit volontiers que les vitraux ont appris la couleur aux peintres des miniatures. Il suffit ici de mesurer l'harmonie des tons francs pour se rendre compte que, dès le début du douzième siècle, nos peintres sont des coloristes à la fois raffinés et puissants. Voyez plutôt le motif large et ferme des ramures qui encadrent la Création, le style des grandes fleurs aux éclatants pétales. Ailleurs, ce seront de grandes figures droites, d'une ligne impeccable, qui évoquent impérieusement, et bien à l'avance, les nobles statues des portails gothiques. Et cependant la verve ne perd pas ses droits, exubérante dans un vigoureux tempérament d'animalier qui mêle, selon la pratique romane, l'homme et la bête dans d'incroyables enchevêtrements, presque véridiques à force d'accent. Cet art n'est pas uniforme. Il évolue et marque des influences multiples : ainsi la bordure d'un grand frontispice de Dieu au milieu des petits prophètes, au Commentaire de saint Jérôme sur Daniel et les prophètes, est faite d'un texte d'arabe coufique stylisé ; mais le Dieu ici figuré est celui des Grecs, juvénile et imberbe ; quelques-uns des petits prophètes ont cette marche en flexion, notation stylisée d'une observation vraie, qui ressemble à un pas de danse ; le mouvement de la draperie qui s'écarte et se casse dans la chute, la peinture audacieuse des visages, des barbes et des cheveux, qu'un moderne ne désavouerait pas, tout cela vient directement de Byzance. Et, au verso de cette image, l'histoire de Daniel dans la fosse aux lions se développe sur un fond de tapis d'Orient. Mélange d'influences variées dans un petit coin de Bourgogne, personnalité singulière d'artistes rassemblés dans une abbaye naissante ; oeuvres qui comptent, et dès une date plus reculée qu'on ne le soupçonnerait communément, parmi les plus caractéristiques et parmi les plus belles de la peinture romane, parmi celles aussi dont les conditions d'étude sont les plus aisées, ainsi se présente le groupe des manuscrits cisterciens primitifs de Dijon. Ils sont l'un des trésors de l'art français. Et pour les conserver dignement il convient que la bibliothèque de Dijon garde, comme d'autres grands dépôts de province, son caractère et sa tradition de musée. Mais un musée peut être vivant et dispenser la vie autour de lui. C. OURSEL, consererueur de la bibliothèque de Dijon. fe, ,$t Y . t., . • • .. ce' tuatdenott Ceirmoutot • cita, uuttrame, rot cein- aut arnoteleb uttusteitutocho; E ..xPLIC1T PROLOGY5 ' I Nat' nitmarpa. 111105 a1/43bliffinle; Luxa. enocb.nutzuregetatnall.noe fenveativa bee: ettutt BIBLE DE SAINT ÉTIENNE HARDING La Création d'Adam. (Commencement des « Paralipomènes ».) Amochromes comte Jean de hertz,. Les Hébreux Ananias, Azarias et Mima jetés à la fournaise par ordre de Nabuchodonosor.
6 NOVEMBRE 1937 L'ILLUSTRATION N° 4940 - QUE SE PASSE-T-IL AUX CANARIES ? par J.-A. DUCli0T, envoyé spécial de « L'Illustration ». /Voir notre pr.'red r nt numéro.) LA ronmyrrox DE LA PHALANGE D'un côté comme de l'autre, chez les rouges connue chez les nationalistes, les nouveaux maîtres ont vu accourir au secours de la victoire des convertis plus ou moins sincères, anxieux de racheter leur tiédeur passée un tirant parti de la situation nouvelle. Les phalangistes, presque partout, étaient fort peu nombreux, car il y avait à appartenir à leurs rangs plus de dangers qui, (l'avantages. Du jour au lendemain, ils ont dû recevoir et encadrer une foule de néophytes dont beaucoup revenaient de loin, à tel point que la composition actuelle de leurs formations peut faire penser à celle des fameux pâtés : moitié, une alouette, un cheval. Les purs, les ouvriers de la première heure, doivent craindre de se voir déborder par les derniers venus. D'autant plus que bon nombre des plus entlniusinst es sont naturellement partis au front dès le début, que beaucoup se sont fait tuer et ont laissé (les vides qui n'ont pas toujours été comblés a vitntitgeusement. La présence de ces « évader à l'intérieur » pourrait, le cas échéant, modifier dangereusement. l'esprit (le la phalimge. Ses inconvénients sont compensés dans une certaine mesure par le fait que ces rassemblements permettent une surveillance plus facile que celle qu'il faudrait exercer sur des individus dispersés et abandonnés à euxn'émus. :\•litis ils augmentent les difficultés pouvaut provenir de la fusion récente des organisations de « requetes », a tendances nettement monarchistes et traditionnelles, avec les organisations purement phalangistes, à tendances syndicalistes, tint ibourgeoises, anticapitalistes. LE SORT DES DÉTENUS ET CONDAMNÉS POLITIQUES Au mois de mai dernier, une quarantaine de comlainnes politiques canariens envoyés en Mauritanie, à Villa Cisneros, ont réussi à s'emparer d'un vapeur et à fuir à Dakar. Je doute fort que les autres détenus des îles puissent espérer pareil coup de chance. Tous ceux qui sont en surnombre et qu'on n'a pu loger sont confinés, au nombre de 240, à bord de deux vieux petits caboteurs ancrés dans un coin du port de Santa Cruz. Les condamnés à moins de six ans, les suspects, tous les individus qui attendent de passer en jugement sont rassemblés dans deux camps que j'ai visités de fond en comble. Le premier se trouve à Gando, au sud de la Grande Canarie, tout près du terrain d'aviation qui vit Franco prendre son vol. Il est installé dans un ancien lazaret désaffecté, au bord de la nier. Des dunes de pierre ponce pulvérisée l'entourent. Un vent incessant fait tournoyer la fine poussière qui brûle les yeux connue poudre Dans le port de Santa Cruz : au centre, deux petits bateaux-prisons où sont gardés 240 prisonniers politiques. d'émeri. Elle oblige les 800 détenus à porter de grosses lunettes de casseurs de pierre. Ils sont groupés par chambrées assez spacieuses et remarquablement bien tenues. Ils sont au large et travaillent chacun suivant ses goûts et ses moyens intellectuels. Une fois par semaine ils peuvent recevoir du linge propre et des vivres de leur Gouille. Ils peuvent écrire, recevoir des lettres et des visites bihebdomadaires. Leur nourriture usl satisfaisante. Ceux qui ne s'en accommodent pas peuvent se faire ravitailler tous les jours. L'état sanitaire est bon, et les gardiens, des utilitaires, ne sont pas de féroces gardes-chiourmes. Les prisonniers du camp de Fyffes, à Ténérife, sont soumis au même régime. Ils sont en aussi lion état physique apparent, mais beaucoup plus malheureux, car très mal logés. - Un peu plus de 1.000 hommes s'entassent dans trois hangars qui portent le nom de la marque de bananes à laquelle ils appartenaient. On dirait un campement de rescapés improvisé . à la hâte après un tremblement de terre. Pour pouvoir circuler un peu pendant le jour, les hommes sont obligés de faire de gros tas avec leurs paillasses, leurs bagages, leurs provisions. Ils sont littéralement les uns sur les autres et, dans cette pénible promiscuité; il y en a parmi eux qui attendent depuis plus d'un an d'être jugés, condamnés ou relâchés ! Dans les deux camps, les représentants des professions libérales sont en minorité. Au total, quatre douzaines de médecins, pharmaciens, avocats. Autant de fonctionnaires, commerçants et ingénieurs. .Les instituteurs et pédagogues sont trois fois plus nombreux. • Passer en revue 2.000 malheureux au crâne rasé, au garde-à-vous, entourés de mitrailleuses braquées, sentir peser sur votre nuque leurs regards brûlants, deviner leurs pensées en voyant les visages tendus, haineux, les yeux fixes des uns, les sourires tristement obséquieux des autres, voilà (le quoi faire de ces visites d'affreuses corvées professionnelles. J'étais encore sous le coup (le la dernière lorsque je rencontrai un vieillard accueillant auquel je confiai mes impressions. C'était un Basque de Bilbao. Il m'écouta sans niot (lire et, avant de me répondre, m'apprit qu'il portait le deuil de 17 membres et alliés de sa famille, (le tout âge et des deux sexes, niassiteres par les rouges. Ems-vous sûr, me, dit-il, que ceux que vous plaignez outraient mieux traité leurs prisonniers s'ils avaient été les maîtres ? Croyez-vous que les détenus civils, les otages livriS à une populace cruelle, les malheureux qui, par milliers, ont été dépecés et brûlés vifs dans tant (le villes (lites gouvernementales n'auraient pas bien volontiers échangé leur sort contre celui de ces boutures?.» Je n'ai rien trouvé à répondre à ce vieil homme vêtu de noir. LE NOUVEAU RÉGIME On peut être envoyé à Gando ou à Fyffes pour toutes sortes (le motifs. ('e serait une erreur (le croire qu'on n'y rencontre que des hommes du Frente popular: On y expédie très volontiers des bourgeois qui ont cru pouvoir abuser de la situation, (les défait istu,,, (les bavards, des spéculateurs, (le mauvais patrons. Aucun des avantages acquis par les travailleurs avant le mouvement ne leur a été retiré. Aucune des lois sociales n'a été mise en sommeil. Il faut souhaiter que les autorités des Canaries continuent à pouvoir citer beaucoup d'exemples comme le suivant : trois frères, de riches planteurs de tomates (le Teyde, l'ntique capitale des Guanches, avaient voulu licencier sans motif un de leurs contremaîtres plusieurs mois avant et movimiento. Fort de son droit, le contremaître s'était défendu. Il les avait obligés à le garder à leur service. Dès le lendemain du 18 juillet, croyant tenir leur yen- La distribution de soupe aux 800 détenus politiques du camp de Gando (Grande Canarie). Photographies Diarot. L'entrée du camp de Fyffes à Santa Cruz de Ténérife. Les ballots entassés près de la guérite et attendant d'être visités contiennent du linge et des vivres envoyés par les familles aux détenus.



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