L'Illustration n°4359 18 sep 1926
L'Illustration n°4359 18 sep 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4359 de 18 sep 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 90,1 Mo

  • Dans ce numéro : la réception de l'Allemagne à la Société des Nations.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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266 — No 4359 1919 1920 1921 1922 1923 1924 1925 1926 ."`• • 0) 0) - (1, 0) 0) E -1:1 -c. L E E -0 -° E E 0 , . EL > 22 -> cS up CD cm -, u_ ME < ME -a -a < GO CD 2r CD SE < SE -a UD CD 2C CD tr-- 2E > 'B g 21-j ô .1), tue .0> nk cl -§ 2r u- SE ci 2E ‹t ceD CD CD :I â 1 1 Ul CD u- 2E < ME ‹e Up CD z -a u- 2E < 28 < f rilliMall.111111111111111111111.1111111111n1111111111111111111111111MIMME 95 G. 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MEM M 0J0 0 05 « : MIN i erni . IMMIIIMIUMMIMIMIIIIIIIMIIMMIMMillinirnalillIMIllà.......MIIIMIIMMIMMIIIIMMIMUIPI "5 0,00 Alik, "ru L'ÉVOLUTION FINANCIÈRE, ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE DE LA FRANCE, DE JANVIER 1919 A AOUT 1926 Les fluctuations du franc sont exprimées en centimes par rapport à l'étalon-or ; cette courbe a été établie de mois en mois sur une moyenne déterminée par les cours officiels de chaque jour. — Les ministères qui se sont succédé depuis sept ans et huit mois sont indiqués ici par les noms des présidents du Conseil et par ceux (entre parenthèses) des ministres des Finances. Les indications de ce tableau n'ont pas besoin de longs commentaires pour être comprises. Elles portent en elles-mêmes leur signification : ce sont sept années et demie de l'évolution financière, économique et politique de la France qui s'inscrivent en ce graphique. On dit communément : « La livre monte... le dollar a baissé d'un point. » Ces expressions sont erronées. La livre et le dollar, qui sont à l'étalon de l'or, demeurent sensiblement immuables. C'est le franc qui voit diminuer sa valeur par rapport à la livre et au dollar, ou qui enregistre à certains moments une heureuse reprise. On n'a donc pas reproduit ici les cours de la livre ou du dollar, mais celui du franc, par rapport à lui-même, c'est-à-dire à sa valeur or. Quand la livre était à 25 francs et le dollar à 5 francs, — en négligeant les décimales, — le franc valait un franc. Il est tombé progressivement jusqu'à 12 centimes environ, pour se relever de façon appréciable depuis juillet dernier. Le cours de la livre ou du dollar donne le nombre de francs-papier qu'il faut dépenser pour acheter une livre ou un dollar. Si l'on veut, à un moment quelconque, retrouver le cours, il suffit de diviser 100 par la valeur du franc en centimes au moment considéré, et de multiplier le quotient par 25 ou par 5. Par exemple, quand le franc valait 18 centimes, la livre était à 100: 18=5,555... x 25=133,877... et le dollar à 5,555... x 5=27,777... Ces chiffres, bien entendu, ne tiennent pas compte des fluctuations légères de la livre et du dollar sur le marché et ils ne sont à peu près exacts, pour la livre, que depuis qu'elle a repris sa parité avec l'or, c'est-à-dire depuis la fin de 1924. Les indices, par mois, ont été calculés en prenant la moyenne arithmétique des cours officiels de chaque jour. Pendant la guerre, une décision des Alliés avait maintenu artificiellement la parité des devises nationales. Aussitôt après la paix, lorsque l'on revint au libre jeu des changes, le franc descendit par une chute rapide au taux correspondant à notre appauvrissement réel et à notre endettement. La politique exerce son action sur les changes comme les changes ont d'ailleurs souvent leurs répercussions sur la politique. En mentionnant la suite des ministères qui se sont succédé depuis 1919, on a simplement voulu permettre de retrouver le synchronisme des principaux événements politiques. Après l'effort de rétablissement du début de 1924, l'avènement du Cartel a commencé une période d'affaissement continu qui marque son point extrême en juillet dernier. On r.kvl remarquera que la baisse du franc suit l'accroissement de la circulation fiduciaire, qui a eu son apogée fin juillet 1926 aux alentours de 57 milliards. Cette circulation a légèrement diminué depuis, tandis que le franc remontait. L'augmentation des prix de gros, dont le barème est établi par l'Office de statistique générale de la France, d'après le cours de 45 produits agricoles et industriels, est également parallèle à la dépréciation du franc. Si élevés en apparence que soient ces prix, ils ressortissent, si on les traduit en francs-or, à une augmentation insignifiante par rapport. à 1914, alors que, sur la base de 100, cette augmentation, à la fin de 1925, était de 156 en Angleterre, de 126 en Allemagne et de 165 aux Etats-Unis. Il en résulte que la France est, malgré tout, le pays où les prix ont le moins augmenté, 91.1 du moins celui où l'augmentation n'est sensible qu'en raison de la baisse du franc. Il ne faut pas, d'ailleurs, confondre ces indices des prix de gros avec l'indice de renchérissement de la vie, calculé d'après treize rubriques de première nécessité. Cet indice, qui était de 250 environ en janvier 1919, n'a dépassé 500 qu'en janvier 1926, pour s'élever, en juillet dernier, à 574 à Paris et à 523 en province. 1 00 0,56 0,60 0,40 z L'ILLUSTRATION H 0 18 SEPTEMBRE 1926 9g6I suana,LISS SI LES ÉVÉNEMENTS DE CHINE SUCCÈS DES TROUPES CANTONAISES Deux séries d'événements ont lieu en Chine : d'une part, la guerre entre les forces alliées de Tchang Tso Lin et de Ou Pei Fou contre les troupes bolchevisantes au Nord et au Centre de la Chine ; d'autre Les embarcations chinoises ne manquent jamais de saluer au passage, par une salve de pétards, ce rocher qu'ils croient hanté É • ked .71 fo n. Ken ANG-S0 #•"11(1-____ - __,4._ • • - ;ritiCei.310- 'llie`an,-rr-e-ea .k;:: Ka — Wave/Chie/ part, les incidents anglo-chinois. iaa:"6 /1', 'ng-Po La guerre n'est que la continuation des opérations que nous avons relatées dans notre article du 24 juillet. Au Nord, dans la région de Kalgan, à proximité ang-hou Aie" igyi'l(ang 7;il-kbeéa de la frontière de Mongolie, les armées alliées sont , venues à bout des forces bolchevisantes, dites nationales, du fameux général protestant Feng Yu Siang chan . qui, lui, s'était réfugié à Ourga d'abord, puis à Moscou, lorsqu'il avait été chassé de Pékin. Mais, au Sud, l'armée de Canton, sous les ordres du général Chang Kai Chek, sorte de dictateur aidé d'un conseiller russe, le général Gallent, profitant de l'envoi des forces de u=Tché -ou Ou Pei Fou dans le Nord, monta vers le 0 Yang-Tsé, 50 00 200 300 400 50 10r cheotr, prit Tchang-Cha dans la province du Honan et jura même de « faire baigner son cheval » dans le grand fleuve. De fait, le 7 septembre, Ou-Tchang et, sur Le la cours du Yang-Tsé-Kiang, ou fleuve Bleu, antre Tchoung-King et Changhaï. rive d'en face, Hankéou tombaient en son pouvoir, succès retentissant non seulement à cause Edwin de Alexander la position centrale de Hankéou, qui a toujours Sinclair, à bord Hawkins, du croiseur a immédiatement fait de cette des ports est inimaginable, le trafic des jonque quitté Wei Hai Wei, le territoire à ville un point commercial et politique bail important, de l'Angleterre mais « sampans » indigènes donne l'impression d'une f dans le golfe du Pétchili, pour se à cause de l'arsenal de Hanyang, dorénavant aux mains milière ; c'est là que se déverse l'activit des « rouges rendre à Hankéou. Un des fils du roi. le de prince cent millions George, d'habitants de cette Chine géan ». sert sur le croiseur en qualité de lieutenant. D'après Mais on se demande si le militaire, qui est maître étonne et émerveille le voyageur. les dernières informations reçues à Londres, tout porte à Changhaï et tient sous son autorité cinq provinces, Mais éi celui-ci est conquis entièrement pa le général Solin Chuan Fang, ami de Ou à croire Pei Fou, que va l'affaire se terminera par manifestations des négociations, de la vitalité chinoise, il est qui auront lieu à I-Tchang sur le Yang-Tsé. par les spectacles de la nature et les huit voyage de Changhaï à I-Tchang ne lui mettent s permettre aux autorités de Canton d'étendre à Hankéou leur influence bolchevique, ou s'il va se décider ANDRé DUBOSCQ. à entrer en campagne contre elles. Toujours est-il que les yeux que des horizons plats et dénués du Ou Pei Fou bat en retraite et que, dans cette guerre resque le plus élémentaire. Ce n'est qu'à qui cache l'éternelle lutte d'influence anglo-russe (Ou d'I-Tchang que la nature révèle au voyageur son in Pei Fou est, de notoriété publique, aidé LES par GORGES l'Angleterre), la Russie, pour le moment, a nettement l'avan- majestueuse beauté et en sauvage grandeur les DU YANG-TSÉ-KIANG parable splendeur; le spectacle qui l'attend é tage. les plus réputés de l'Europe ou de l'Amérique. Nous n'avons évidemment reçu encore aucune photographie relative aux événements qui se passent actuel- où se joue une lumière ardoisée qui estompe Le lit du fleuve se rétrécit entre des muraill LES INCIDENTS ANGLO-CHINOIS Ces incidents sont de deux sortes. A Canton, lement en d'abord, Chine et dont quelques-uns se déroulent formes; sur au fond des gorges, l'eau se précipite en les grévistes rouges ont tiré sur des le fleuve navires Yang-Tsé, anglais. à quelque 1500 kilomètres à l'intérieur été des débarqués terres. Mais, depuis plusieurs mois déjà, gineux un rapides. Autrefois, la magnifique travers inquiétants et, à certains endroits, écume en d Des fusiliers marins britanniques ont au début de septembre. Les autorités de nos Canton correspondants protestèrent contre ce débarquement auprès valeur du consul pittoresque, de des photographies, accompagnées de 25 à 30 jours pour aller d'I-Tchang à Tchoung- nous avait envoyé, pour gorges leur ne pouvait se faire qu'en jonques ; i Grande-Bretagne qui. le 10 septembre, de répondit quelques qu'il notes, sur les gorges du Yang-Tsé-Kiang, au coeur du mystérieux Sé-Tchouen. Depuis quelqu soumettrait la protestation chinoise à c'est-à-dire l'examen sur de la son partie du fleuve Bleu qui est, années, précisément, les à autorités proximité du théâtre des récents incidents franchissent les remous et les rapides et, en des vapeurs spécialement construits à ce ministre à Pékin. Trois jours plus tard, donnaient au consul l'assurance que les sino-anglais. grévistes Les canonnières ne britanniques attaquées jours par d'un voyage confortable, le trajet est e troubleraient plus l'ordre dans le port. le général En conséquence Yang Sen ont remonté le grand fleuve en en été, lorsque les eaux sont fortes, les les mesures de répression prises par les suivant Britanniques l'itinéraire décrit par notre correspondant. remontent même én amont de Tchoung-King. furent supprimées. Cette relation prend donc aujourd'hui un intérêt d'actualité kilomètres imprévu et elle nous permet de présenter jours à nos ; entre des murailles atteignant 400 mè La traversée des gorges proprement dites dure A Wan-Sien, sur le haut Yang-Tsé, à 800 en amont de Hankéou, l'incident est plus lecteurs grave. des aspects Deux d'une région de la Chine qui hauteur attire et, parfois, surplombant le lit du fl vapeurs anglais ayant été saisis par l'attention le général du monde Yang et dans laquelle assez peu d'Européens canonnières ont pénétré. remonte le courant. La profondeur du fleuve es petit vapeur, vibrant de toute la force de ses m Sen, lieutenant de Ou Pei Fou, des anglaises voulurent les dégager. Ce fut en vain; elles variable ; ici, le chenal navigable, très étroit essuyèrent le feu de canons de campagne et Le de Yang-Tsé-Kiang, mitrailleuses placés sur les deux rives et le eurent nom de des fleuve tués Bleu, descend des hauts plus généralement sous connu la sous quille du bateau qu'un pied d'eau, des émergent plateaux à quelques mètres des flancs et la manoe et des blessés. Cependant, les officiers du anglais Thibet et prisonniers à bord des vapeurs saisis purent Est, s'échapper, à travers mais les riches provinces coule dans une direction de générale la barre Ouestdoit être d'une précision extrême; là n'a de la jamais Chine été centrale, à pour la nage aboutir à la mer de Chine sondé, le fleuve se tord en l'un d'eux se noya en essayant de gagner violants, orientale, le après petit vapeur est ballotté comme la canonnière française Doudart-de-Lagrée. Les canon-unières anglaises, avant de se retirer, La bombardèrent navigation dans la la basse vallée du parcours d'environ 5.000 kilomètres. mer agitée. Plus loin, un rapide écume ; brave l'hélice Yang-Tsé, lancée jusqu'à I-Tchang, est relativement facile à fond. le bateau s'apprête à lut ville de Wan-Sien. la ; plus le fleuve puissante y est force de la nature : l'eau ; Ces événements ont produit une vive sillonné émotion de en centaines de vapeurs ; les il « cargo-boats ralentit, s'arrête », presque; et cependant les Angleterre. Le commandant en chef des forces d'un certain navales tonnage, peuvent remonter tournent jusqu'à à Hankéou pendant sir la période des hautes eaux toute vitesse, l'hélice s'emballe, des britanniques en Extrême-Orient, le vice-amiral sortent ; l'animation de la cheminée ; puis, doucement, tou cement, à l'allure d'un homme au pas, il fran point critique et, tout haletant encore, con course. Le passage d'un rapide est toujours une c impressionnante ; parfois, la force du cour telle que le bateau doit se haler au cabe envoyant une haussière qu'on attache à un fixe sur la berge. Le régime des rapides e variable ; tel passage réputé dangereux aux eaux est presque calme aux moyennes et hau eaux, et inversement. Les rapides sont dus à causes principales : soit à un haut-fond pars rocs qui obstruent partiellement le lit du f empêchent l'écoulement des eaux, soit à un é glement des berges que l'énorme volume d'eau ne franchir qu'en augmentant sa vitesse. Il est réconfortant, pour un Français qui dans ces régions, de voir notre pavillon lar représenté sur le haut Yang-Tsé ; une dizai bateaux marchands qui font le service entre I-T et Tchoung-King sont commandés par des França et battent nos couleurs, trois canonnières fr contribuent à la police du fleuve. Il est b de rappeler ici que la seule carte existante Yang-Tsé a été établie par nos officiers du S hydrographique de la marine, dont la modestie dans cette partie du monde comme ailleurs, égalé par le dévouement et la science. Dans ce cadre grandiose des gorges du Yang-Tsé, le voyageur aimerait à trouver la paix et la tr absolues, pourquoi faut-il que le brigandag guerre civile sévissent sans arrêt? Les Céleste En aval de Hankéou : le « petit orphelin», rocher isolé au milieu du perdu fleuve. pour toujours la sagesse proverbiale de pères ? Ou bien cette sagesse n'a-t-elle ja par de mauvais génies. qu'une légende?
18 SEPTEMBRE 18 1926 L'ILLUSTRATION N° 4359 — 267 SEPTEMBRE - 1926 L'ILLUSTRATION N° 4359 — 265 Après l'admission de l'Allemagne dans la Société des Nations : M. Briand répond à M. Stresemann. A droite, à la première rangée face à la tritune, le banc de la délégation française ; le premier fauteuil, vide, est celui de M. Briand ; on peut reconnaitre ensuite, à droite, de profil, MM. Paul-Boncour, de Jouvenel, Pams et Loucheur, accoudé sur son pupitre. Plus au centre, à la 3e rangée de bancs perpendiculaire à la tribune, on peut reconnaître la délégation allemande, notamment M. Stresemann, la main au menton. L'ALLEMAGNE A GENÈVE La journée du vendredi 10 septembre demeurera assurément historique : elle a vu l'intronisation solennelle de l'Allemagne dans la Société des Nations. Si attendu que fût l'événement, il n'en a pas moins été accueilli à Genève avec une joie chaleureuse, empreinte de gravité. On a fait remarquer qu'il coïncidait avec l'anniversaire de la bataille de la Marne. Après douze ans, la France et l'Allemagne, qui étaient face à face, se retrouvent côte à côte. Un voile d'oubli volontaire est jeté sur le passé. Sans prononcer les mots d'amnistie morale, ou tels autres qui risqueraient de réveiller des susceptibilités, on peut rendre un plein hommage aux hommes qui, des deux côtés, ont travaillé sans relâche à l'oeuvre qui vient d'être scellée. Ces hommes, il en est deux que les circonstances mettaient en vedette, concentrant sur eux l'attention du monde, et la première page de ce numéro de L'Illustration, en les représentant tous deux, prend une sorte de signification symbolique. M. Stresemann, ministre des Affaires étrangères du Reich, bien qu'appartenant au parti populiste dont il est souvent bien difficile de distinguer la politique de celle des nationalistes, n'en a pas moins été l'artisan convaincu et persévérant des accords de Locarno et, par suite, de l'entrée de l'Allemagne dans la Société des Nations. Il pouvait donc considérer le résultat obtenu comme une victoire personnelle. Mais l'opposition agissante qu'il a rencontrée n'a pas désarmé et le gouvernement du Reich doit encore compter avec elle. Elle exige que l'Allemagne prenne prétexte de son accès à la Société des Nations pour donner une forme plus concrète à certaines de ses aspirations qui se trouveront ainsi facilitées. M. Stresemann s'est efforcé de trouver des formules qui donneraient satisfaction à la fois à ses auditeurs et aux partis politiques de son pays. Il a insisté sur les intentions pacifiques de l'Allemagne et sur la sincérité de sa collaboration à un organisme de concorde universelle. Mais il a spécifié aussi qu'aucun pays, en faisant partie de la Société des Nations, n'abandonne pour cela sa personnalité nationale, et exprimé l'opinion que le désarmement total de l'Allemagne, imposé par le traité de Versailles, n'est que le premier stade d'un désarmement général. M. Aristide Briand, au contraire, n'était gêné par aucune arrière-pensée. Il pouvait s'abandonner d'autant plus librement à l'élan spontané de sa pensée et de son coeur qu'il était assuré de parler non seulement en son nom propre et en celui de la France, mais aussi de tous les Alliés et de toutes les nations dont l'unanimité avait fait à l'Allemagne une place au milieu d'elles. Aussi fut-ce une indescriptible ovation qui salua le premier délégué français quand il prit possession de la tribune. A chaque instant, son discours. prononcé de cette voix profonde qui a toujours su captiver les auditoires, fut interrompu par les applaudissements. Dès l'exorde, d'ailleurs, il avait su trouver les mots qui auraient dans les sensibilités une sorte de résonance pathétique : — Quelle est la signification de ce jour pour l'Allemagne et pour la France ? Cela veut dire : « C'est fini, la série des rencontres douloureuses et sanglantes dont toutes les pages de l'Histoire sont tachées dans le passé ; c'est fini, la guerre entre nous ; c'est fini, les longs voiles de deuil sur les souffrances qui ne s'apaiseront jamais ! A la surface de nos pays, plus de Un rapide : à l'entrée des gorges, un des petits vapeurs faisant le service entre I-Tchang et Tchoung-King. guerre, plus de solution brutale, violente, sanglante pour régler nos différends qui, certes, n'ont pas disparu. Désormais. c'est le juge qui dira le droit. Comme les individus qui s'en vont régler leur différend devant le magistrat, nous aussi nous réglerons les nôtres par des procédés pacifiques. Arrière les fusils, les mitrailleuses, les canons! Place à la conciliation, à l'arbitrage et à la paix! » L'instant d'après, M. Briand, reprenant le ton plus familier qu'il affectionne, évoquait toutes les difficultés qu'il avait fallu surmonter pour en arriver là, en se gardant d'oublier ceux dont le concours l'ont soutenu dans une tâche qui paraissait d'abord irréalisable, en particulier M. Stresemann et M. Chamberlain. Il poursuivit en traçant de la mission de la Société des Nations un saisissant tableau. S'adressant notamment aux chefs de gouvernement, il les adjura de renoncer à la politique du prestige, qui exaspère les intérêts égoïstes des nations et entraîne les peuples et les hommes d'Etat à des manifestations fiévreuses d'amourpropre : « Cela, c'est l'esprit de guerre... Cela, c'est la route du sang. Ce sont les routes du passé couvertes de morts, de deuils, d'incendies, de désastres : ce n'est pas notre route! » Cette mémorable séance avait été ouverte par M. Nintchitch, président de la septième Assemblée. et toutes les délégations, debout, avaient accueilli par leurs applaudissements sympathiques l'entrée des trois représentants de l'Allemagne : MM. Stresemann, von Schubert et Gauss. Il n'y eut qu'une seule ombre : l'officielle signification, par l'Espagne. de sa démission comme membre de la Société. Mais aux termes mêmes des statuts, il faut deux ans pour que cette démission devienne effective. — R. L. Une jonque du haut Yang-Tsé. M. Briand, assis et (à sa gauche), le maharajah M. Nintchitch, président de l'Assemblée, M. Stresemann (à gauche) à la terrasse Munies à l'avant d'une longue perche qui sert de gouvernail et actionnées par une quarantaine de rameurs, ces embarcations parviennent à remonter le fleuve ; le village, sur la rive, est bat; à une hauteur de Kapurthala. et M. Loucheur. d'un café. qui donne une idée de l'importance des crues du fleuve dont, parfois, le niveau monte de 30 métres. A GENÈVE, ENTRE DEUX SÉANCES DE L'ASSEMBLÉE SUR LE YANG-TSÉ-KIANG, A 1.500 KILOMÈTRES A L'INTÉRIEUR DE LA CHINE



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