L'Illustration n°4358 11 sep 1926
L'Illustration n°4358 11 sep 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4358 de 11 sep 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 91,4 Mo

  • Dans ce numéro : le roi d'Espagne Alphonse XIII.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L'ILLUSTRATION 246 — N0 4.-ZF L'ILLUSTRATION 11 SEPTEMBRE 1926 Si c'était la solitude que nous souhaitions, nous aurions pu tomber mieux. Quelque cent mille personnes ont eu la même idée que nous; dans tous les coins de l'immense parc, on trouve des tentes, des cabanes, des feux et, autour de vastes réservoirs édifiés à cet effet, des femmes en train de laver leur linge. Certaines familles viennent passer tout l'été dans ces forêts, empilées dans des Ford, avec des casseroles et des couvertures. C'est une façon économique de villégiaturer. Malgré cette surpopulation, nous jouissons de ce paysage unique. Les fûts des arbres sont si hauts que nous pouvons nous croire dans une cathédrale; leurs troncs sont si larges qu'on a percé des routes dans leur épaisseur, et encore ces routes énormes, sur lesquelles roulent des autobus de touristes, ne sont-elles que de petites entailles dans de pareilles masses. On vient de m'expliquer que ces arbres ne meurent pas; la foudre seulement les atteint parfois et les détruit : arbres superbes, qui semblent monter tout droit jusqu'au ciel, les plus vieux êtres vivants du monde, car ils ont survécu à tous les bouleversements géologiques. Les êtres vivants dit monde... il est émouvant de prononcer une phrase semblable et je suis tout à coup intimidée de me trouver sous leur ombre. Comme si l'intimité avec cette colonnade séculaire n'était pas suffisante pour nous impressionner, les Californiens nous ont réservé une surprise encore plus belle : le Club bohémien de San-Francisco, qui comprend tous les intellectuels d'Amérique, nous a invités à ses festivités. Chaque année, le Club organise, dans son « park » d'arbres gigantesques, une pièce en costumes, reconstitution d'un épisode de l'histoire locale. Cette fois, il s'agit de la guerre entre les Russes et les Espagnols. Le spectacle dure huit jours, les spectateurs vivent sous les tentes et, le soir venu, se réunissent devant le théâtre de la Nature, sur des gradins de troncs d'arbres, entre les feux qui flambent. La musique d'accompagnement est écrite par un compositeur désigné au concours et — c'est là l'idée admirable — les tuyaux de l'orgue électrique sont placés dans les branches des arbres, à toutes les hauteurs et dans chaque direction, de sorte que, lorsque l'organiste se met au clavier, l'atmosphère Le matin sur les bords de la rivière Ramena : e ... Des arbres fruitiers découpent devient harmonie, leur silhouette la forêt sombre entière en arrière prend vie, de la s'exalte, rive ; dans et bientôt le lointain, les artistes la brume estompe les montagnes où reste accrochée n'écoutent une plus dernière une inspiration gelée blanche... humaine, » mais entendent un air divin. la Grand'Ile, seront-ils comme moi, qui n'ai, depuis der la blancheur ronde des brebis qui paissent et mon retour en France, plus qu'une envie : celle de avancent lentement en arrachant l'herbe savoureuse repartir là-bas. qui crisse sous leur dent hâtive. Mais nous voici bien loin du titre de cet article par Et puis, je le sais, la confidence que je vous fais lequel j'annonçais mon dessein de vous écrire des vous émouvra certainement, comme je fus ému moimême lors de cette découverte : savez-vous que sous « Lointains paysages de la doulce France ». Et c'est ici que nous devons reconnaître la sage prévoyance de les manguiers de là-bas, comme sous les pommiers de la nature. France, c'est la même violette suave, modeste et adorable qui croît ? Comme la femme de l'homme qui n'aimait pas les épinards nommait ce légume « oseille », Madagascar, Dans quel vieux coin de parc, dans quel bois secret afin de gagner une meilleure place dans le coeur de entourant un rendez-vous Louis XV, vers quel nid ceux qu'elle a désir de séduire, s'est efforcée de leur d'amour construit au temps jadis pour une marquise présenter des paysages qui, leur rappelant les lieux poudrée, vers quel oratoire saint où sont venus, autrefois, prier les chefs chouans, ce petit sentier monte-t-il lointains de leur Europe natale, les ramènent en un En Californie une rue de San. Francisco. clin d'oeil chez eux. Pour se faire plus accueillante, avec ses marches à moitié déchaussées? Il enjambe un pour se rendre aimable à ceux qui viennent chez elle petit ruisseau dont les mousses et les buissons escamotent si bien l'eau qui les abreuve qu'on ne la voit le visage renfrogné et pleins du projet de s'en aller surtout, nous enchante. Trente mille Chinois vivent là, au plus vite, au long de ses côtes, au flanc de ses plus. beaucoup A peine portant l'entend-on le murmurer doucement sur costume montagnes, national. sur l'étendue Ils ont reconstitué de ses hauts leurs plateaux, édifices au aux les murs roches, bariolés, au-dessous leurs des fougères et des framboisiers. postes, bord de leur ses fleuves, théâtre. au Dans fond les de vitrines ses vallées, des Madagascar magasins, nous C'est voyons un sentier des denrées par lequel une reine, souvent, passa, peu prend appétissantes plaisir à étaler, et toujours devant ses sèches, visiteurs, des des oeufs, tableaux des poissons, une reine des nids qui d'hirondelles depuis ; toujours dans ce pays connus où d'eux. tout pourtant ruisselle eu abondance, et une amoureuse ils font rituelle- sanguinaire... fut une lettrée, un grand diplomate ment Je sécher vous ai leurs montré aliments déjà les avant plaines de les de consommer. la Beauce — C'est un sentier du parc de Blois?... et Une de l'Ile-de-France. musique aigre s'échappe Jetez les yeux des restaurants, sur ces photographies la rue, rapportées des enfants pour vous jouent de avec la France des lointaine, mines graves. manga, Drapés que dans gravissait leurs Ranavalo I" et qu'a des- toujours sur ... C'est le même le sentier rythme. qui monte au rouve d'Ambouhi- Dans de cette contrée radieuse, douce et belle, qu'une dame cendu Andrianapouinimerine lorsqu'il partit pour établir sa dynastie et les fondations de son royaume de kimonos de satin et coiffés de barrettes compliquées à pompons multicolores, à cheveux blancs, qui l'habite depuis plus de quarante ils ont l'air de petites choses précieuses, presque ridicules, ans et y vit heureuse parmi ses enfants et petitsenfants, conquérant. si près 0 de le la joli rue sentier ombreux! O le rustique affairée parfaitement nés là-bas, appelle américaine. avec tant de raison « la pont de pierre! 0 le murmure du ruisseau sous les Pl ... u Nous s-Dou lce-France venons d'acheter ». une automobile. lei, les propriétaires fougères et qui les désirent framboisiers ! Le pas d'une femme se Voici débarrasser les bords de d'une leur quelconque voiture la conduisent rivière de France. dans les royale terrains et vagues fatale a de effleuré la ces marches, le pas d'un ville: Au bord ils inscrivent du cours d'eau, la somme lent et demandée sinueux, des sur vaches, un écriteau chef qu'ils valeureux accrochent et fort au les a ébranlées... Comme l'on capot. dans le en jour ayant clair, soin viennent de laisser boire leur et adresse. puis restent, Les passants, contemplatives, moyens de à locomotion, regarder l'eau s'arrêtent, courir. examinent la machine, Et tâtent voilà les que coussins, mon coeur de Provençal a tressailli, est connue près de nous, la France en quête ! de et il Des ne arbres reste plus fruitiers, qu'à qui porter ombragent l'argent les au prairies propriétaire, du car en j'ai échange reconnu de le quoi pays natal, les bords d'une roubine calme pâturage, découpent leur silhouette sombre en en Camargue... le Vaccarès. Les cabanes au toit de on reçoit la clef de sûreté et les papiers. arrière de la rive que soulignent les joncs. Loin dans roseaux se dressent de toute leur brève hauteur auprès le ... fond, Nous la faisons brume matinale une grande estompe randonnée les montagnes. jusque dans de la l'eau Californie immobile. du Sud. Des oies et des canards, avec des Cet L'une après-midi, d'elles érige nous son avons sommet planté où reste notre accrochée tente — une ceci cancanements au sens propre qui — ont au parlé à ma jeunesse, barbotent bord dernière du Palm-Canyon, gelée blanche qui la gorge semble des d'une Palmiers. dernière Le neige. mont San-Jacinto dans le fleuve abrite en cette miniature. Derrière les haies de oasis Qu'importe inattendue, que nous l'on easons soit à le mille chevalet lieues entre du pays les pierres roseaux, et je cherche des poules mes que l'on ne voit pas gloussent cahiers natal, en de voici notes. l'âme, car tout n'est ici que douceur pour célébrer l'oeuf que l'une d'elles vient de pondre. et Une quiétude lune ! ronde arrive à point pour ajouter au décor Des une « nèguo-chin note fantasmagorique. Plus loin, Le jour des femmes n'est pas lavent, encore au dissous courant, et le la linge nuit est terre, déjà moitié là ; les dans palmes l'eau, que les chasseurs les viennent » sont là, attendant, moitié sur la familial et, sur l'herbe verte de la berge, étendent prendre pour s'en aller, à la perche, tirer les canards foncent, grandissent. encombrent tout le ciel ; sur les cailloux, l'eau prend des l'éblouissement de la toile blanche. Leurs gestes sont et les foulques dans les roseaux bordant l'étang tout tonalités les mêmes de que pierre ceux de des lune. paysannes Nous berrichonnes ne pouvons plus lavant ni peindre, proche. ni Des écrire, nasses mais sont sur la be'rge et, ce soir, immergées de face mystère. au courant, prendront des anguilles. simplement la toile de France regarder aux et flots rêver. doux lin peu de la angoissés Loire. L'air de tant est ... pur, Nous le remontons ciel bleu, l'herbe jusqu'au verte, Nord l'eau en suivant limpide, la côte. les Nous Mais en je profitons suis à 900 pour mètres d'altitude, et les canards, visiter arbustes les de vieilles la rive missions couverts espagnoles, de fleurs... S'aperçoit-on qui sont plus ou dont moins on entend ruines, la rumeur plus lointaine qu'ils font dans les ou seulement moins bien que restaurées. les femmes Les sont moines noires espagnols ? Dans toutes ont fondé roseaux, ces vingt-six sont les missions étranges canards à bosse du grand lac au nos dix-huitième provinces françaises, siècle, à distance nos laveuses régulière font les les mêmes unes des Alaotra. autres; elles Mais servaient les nèguo-chin de Camargue sont ici à gestes, cette époque étendent relais, le même d'églises linge blanc. et d'hostelleries; Pourquoi ne les moines des pirogues étaient docteurs, creusées au tronc d'un arbre immense. juges pas rapprocher, ou religieux, par suivant la pensée, les besoins des autres de provinces la cause. Maintenant, Mais les chasseurs les missions qui viendront, tout à l'heure, lancer lointaines, celle-ci qui sait si bien rappeler ses aînées? leurs barques dans l'eau et les pousseront à la perche, sont Les des pommiers monastères; normands, certaines. lourds comme des pommes celles de à cidre, Santa-Barbara comme et l'on de San-Juanfait chez nous, seront des noirs comme Capistrano, épandent sur sont l'herbe charmantes drue avec des leurs pâturages cloîtres l'ombre fleuris. seront des noirs les pêcheurs qui, ce soir, immergeront épaisse ... Nous de quittons leurs rameaux San-Francisco musculeux. pour Les fortes visiter branches, est fortes particulièrement pour porter, chaque beau, année, le gouvernement la récolte acca- l'achète Cependant, et en fait un j'ai terrain senti monter en moi le souvenir de les « Parks leurs nasses. ». Ici, quand un site public blante, sur semblent lequel on des ne bras peut géants. ni construire, Les voici, ni les abattre pommiers on si permet lourds de cependant Normandie, de qui construire s'étirent des les branches hôtels en troncs petit jour, d'arbres, je m'installerai, qui ne joyeux, dans la longue les ma arbres. Camargue. Dans certains Je ne suis plus dépaysé. Demain, au cas, déparent au soleil pas de l'hémisphère le paysage. austral! Si les fruits sucrés pirogue, qui s'en ira, rapide et légère, vers l'autre qui Nous les chargent sommes sont arrivés des au mangues Yosemite à la Park. pulpe Comme délicate, le temps bout du est lac un pour peu frais. attaquer le Maningory. Je n'aurai nous au parfum renonçons subtil, à à la la tente chair et de nous la couleur louons des une lèvres cabane plus de bûches. la crainte Ce superstitieuse soir, qui vous saisit toujours j'essaierai féminines, de qu'importe!... faire notre dîner, puisqu'il n'y a pas d'autres quand ressources; on se trouve en fait en face de l'inconnu, car, un ... Des moutons blancs et laineux, comme sont ceux moment, en moi sera revenue avec une vision rapide de de talents France, culinaires, paissent avec je sais le même surtout balancement ouvrir les de boîtes tête de et, conserves. hélas! irréelle, Heureusement sous les que, arbres dans fruitiers. ce pays pratique, Un enfant tout les est garde mis et dans ils le fer-blanc. Voici des Trois villages petits du Dauphiné avec leurs chalets la force d'un esprit qui s'est ressaisi. tours vont avec doucement, mon couteau comme et font le dîner les moutons, est servi d'un : d'une coin boîte aux j'ai toits extrait pointus, le potage, disséminés dans une fraîche campagne. n'ai point Des à montagnes chercher s'étagent au loin jusqu'à l'ho- d'une (l'ombre autre à la un viande, autre, à d'une travers troisième la prairie les ensoleillée. légumes, et je davantage Il fait bon pour s'asseoir nous dans proeurer l'ombre le dessert. manguiers, sur rizon incertain. Des lacs, où va boire tout un bétail un parterre de petites fleurettes embaumées, de regar- meuglant, montrent leurs nappes claires entre les monts. Un petit temple dresse son clocher campagnard LE GRAND où, le dimanche, CANYON D'ARIZONA la cloche tinte. C'est l'Imerne, la haute terre malgache qui entoure Le train s'arrête avec une Tananarive, grande secousse sa capitale. qui me Les réveille. Français J'ouvre sont la venus fenêtre, qui nous sommes enfin au grand ont canyon pacifié d'Arizona. ce pays, lui Comme ont donné il est une de quiétude très bonne qu'il heure, il n'y a rien qu du brouillard n'avait jamais autour connue. de nous. Où les Matin marais froid enfiévrés d'octobre. étendaient se découvre. leurs eaux Nous saumâtres, nous penchons des champs sur fertiles la terrasse s'éten- Vers les dix heures, le ciel qui s'avance au bord de la dent gorge. maintenant Le panorama que l'on est découvre indescriptible, balcons c'est un des paysage lunaire, une masse villas de porphyre tananariviennes. travaillée en raies horizontales, qui vont du rose pâle au violet De en belles passant maisons, par toute saines la et gamme blanches, des se rouges. sont construites, sous Tout cela est découpé en poivrières comme les vérandas une forteresse desquelles fantastique de jolies femmes bâtie appellent leurs fox-terriers menaçant les poissons rouges pour défendre on ne sait qui, on ne sait quoi. d'un bassin d'où monte un jet d'eau. Nous marchons le long du canyon ; à chaque instant, nous nous rapprochons Au bord du fleuve, que hantaient autrefois les caïmans vue les énormes tourelles et toujours s'alignent, affamés, quelquefois un serviteur des rocs noir du vide : toujours à perte de prennent des formes d'animaux; attend tout son au maître fond qui de la va gorge, venir, écartant le Colorado les roseaux roule; d'où nous sommes, il semble sur un l'étrave mince de filet son de glisseur mercure. automobile. Au-dessous Il garera de nous. l'engin de progrès sous le toit qui se dresse à l'endroit où, jadis, des enfants furent entraînés vivants dans l'eau trouble. Le soleil qui se lève sur l'admirable décor du lac Itassy quelques heures après brillera sur Paris, et c'est le même et ce sera toujours le même... Dans mon pays, pour traverser les roubines, bien souvent nous plaçons un tronc d'arbre trop étroit pour qu'on y puisse mettre les deux pieds. Auprès, une perche est plantée dans le fond de la vase. Elle est mince, cette perche, elle se briserait si l'on s'y appuyait un tant soit peu ou elle ploierait sa minceur. Mais l'homme qui passe, rapidement la touche, sitôt qu'il l'a touchée, l'abanddnne et, son équilibre rétabli, achève la traversée dangereuse. C'est peut-être pour cela que tant de souvenirs, les meilleurs, les plus efficaces, ceux des yeux, se présentent à la vue dans la Grand'Ile. C'est afin qu'en s'y reposant un instant le coeur de l'exilé reprenne son équilibre et, avec son aplomb, retrouve sa norme et avance... Loin de leur pays, loin de leur ciel, loin des tombeaux de leur race, des Français ont fait pour d'autres Français un pays magnifique. De ce pays, beaucoup de ceux qui ne l'ignorent pas complètement n'en veulent connaître que les défauts qu'ils exagèrent comme on exagère toujours les fautes dont on n'est pas bien sûr, afin de se donner plus de raison de les critiquer. Et, cependant, une terre admirable qui tend vers nous tout son amour de nouvelle épousée, une terre où la vieille métropole usée, resserrée en des bornes trop étroites, pourrait puiser sans crainte de la tarir tout ce qui est nécessaire à sa vie, Madagascar attend, là-bas, que l'on pense à lui demander tout ce qu'elle brûle de nous donner. Et, pour se faire plus douce à ceux qui viendront vers elle sur son continent lointain, elle s'est parée de paysages français. Mais elle est timide et, dignement, elle attend, la bouche close... Regardez-la, cette petite princesse, fille d'un chef sakalave du Sambirano. Grave, digne, la bouche close, elle attend... Ah! si vous saviez comme elle a un joli sourire et comme elle sait dire de jolies choses en français!... En Californie : un canyon. JEAN-TOUSSAINT SAMAT,
L'ILLUSTRATION L'ILLUSTRATION En Californie : le grand canyon d'Arizona. Dans l'Alaska : paysage de montagnes couvertes de glace et famille d'Esquimaux. DE L'ALASKA A LA TERRE DE FEU Peinture., de .,11,tun'S HUBERT-ROBERT. Petit-fils et fils de peintres, descendant du grand paysagiste décorateur Hubert- Robert, III. Marias Ilubert-Robert avait déjà rendu, dans ses tableaux recherchés par les connaisseurs, tous les aspects pittoresques de la France, ses sites, ses eltàteaux, ses jardins, lorsqu'il a accompli dans les deux Amériques un vaste voyage (l'amies dont la carte ci-contre montre l'itinéraire. Il était accompagné de sa femme, connue en liWralure sous le nom de Mme Régine Callaud-Belisle, membre de la société des Gens de lettres et de la Société des Poètes français. Tandis qu'il peignait, elle tenait le carnet journalier de leurs impressions. Ce sont (les feuillets de ce carnet qu'elle a bien voulu raucher pour servir de commentaire expressif à quelques-unes des œuvres de son mari. Et le plaisir est rare, pour les yeux et pour !l'esprit, que relui de cette double évocation de tant de pays merveilleux et lointains par deux artistes. DANS L'ALASKA Depuis des semailles, je rêvais de ce pays. Notre voyage à Santa-Fé était un événement dans ma vie et je ne suis pas désappointée. Santa-Fé, « la capitale de la Romance américaine », disent les Américains ; « la ville royale de la Sainte-Foi de Saint-Francis », disent les indigènes. Elle est tout cela. une page d'histoire remplie du nom d'Ofiate, le roi Bonanza, et aussi le point de départ des routes intérieures. Nous avons fait tous les arrangements nécessaires pour circuler sur les territoires indiens, nous allons voir les « Peaux-Rouges » chez eux, les étudier dans leur élément, côtoyer leur vie. Nous allons tout voir : les Apaches dont le nom me fait rêver et les Zuni aux tatouages étranges. Nous voyageons en train, en auto, à cheval et à pied. Tous Lorsque nous avons quitté Vancouver, il faisait presque chaud. niais à mesure que notre yacht avance vers le Nord, la température se refroidit; nous entrons dans l'hiver à Wrangel. Jusqu'à Skagway, la côte ressemble à celle du Canada. D'ailleurs, du bateau nous ne voyons pas grand'ehose et les escales sont courtes. Nous louvoyons entre des îles phis ou moins verdoyantes qui sont des diminutifs de Vancouver. A Skagwaay. nous prenons le train jusqu'à Whitehorse, puis de nouveau le bateau qui remonte le fleuve. Alois, nous sommes vraiment en Alaska. Si nous étions venus en été, les pentes auraient été fleuries comme des prairies tyroliennes; maintenant, il n'y a pas de fleurs, mais des montagnes hostiles, baignées dans une lumière froide; les arbres sont encore verts, ce sont pour la plupart des sapins maltraités par le vent et qui courbent le dos sous sa férule. Des lacs trop immobiles, figés dans l'attente de quelque chose, — peut-être du printemps prochain. — brillent d'un éclat dur. Ce n'est pas une terre où l'on aimerait vivre. Les Esquimaux que nous rencontrons ont un visage fermé comme leur pays; ils nous regardent avec méfiance. Pourtant nous devons leur ressembler, enfouis dans les fourrures qui nous couvrent! Seul un bébé nous tend les bras et consent à rester sage, les yeux fixés sur une boîte de bonbons, pendant qu'on fait de lui un croquis... EN CALIFORNIE. Nous prenons nos quartiers à San-Francisco, d'où nous pouvons rayonner facilement. La ville est exquise, construite sur plusieurs collines reliées par des tramways à câbles. Le soir, nous grimpons tout en haut pour mieux voir. Le soleil vient se poser entre les Portes d'Or comme dans un cadre préparé pour le recevoir, l'horizon se brouille dans un enchevêtrement de couleurs qui s'égouttent dans la mer, toute la baie reçoit des éclaboussures d'or, jusqu'aux rives indécises qui meurent dans une symphonie de mauve. ... Chaque jour, nous explorons un coin de la ville. Les quartiers français et italien sont pleins de réminiscences européennes, mais la ville chinoise, an Franci lasArtaelel A POrtkancil -E T c. Yellowstone Parrti Au Nouveau -Mexique : un village indien. s't eh ver troit Burf.alo Chrceso o 0,11eIN,ORK hiladeiph, ngton oeme.o N s'Orirans la Hava dri Etobal Pac;a`rna Areq ufpâ M ollendo Arica 1ququ - Anteragas ,Ant Cariadena •ua Cor,d end ,. Vaeara.so • antra_ga 000e7I z cc C» Barbade. ft L au pied d'un pic très haut, on a bâti des maisons pour les les villages, excursionnistes, perdus dans du le désert, sont construits de la même facon : l moins à ee qu'affirme guide: d'ici le on distingue des points, mais sont c'est en tout. boue, On fanées par le soleil au point de paraître blanchâtres m'énumère les noms de chaque bastion : la tour de Ra peu et d'ouvertures la tour de Set, pour le mieux se garder contre la chaleur. La plupart du temple d'Horus et celui d'Osiris, le sentier des Anges il y et a celui plusieurs de Zoroastre. étages ce cas, : dans chaque étage est plus petit que le précédent Mais et chacun il paraît communique avec celui du dessous par des échelles extéri C'est un mélange savoureux de paganisme et de puritanisme. que cela n'est rien; les habitués du lieu prennent un on air dirait entendu des pièces pour nous montées de confiseurs, mais qui tiendraient du p dire d'attendre le soir, et nous attendons. cause des échelles; le long des murs, des guirlandes de piments roug Le soir est là. Nous avions tout prévu, sauf ce que nous accrochées voyons. : Mon c'est mari, pour la maison une garniture et une réserve, car qui, depuis des heures, essayait (le fixer sur sa toile est cette la base architecture de la nourriture compliquée, presse frénétiquement ses tubes de cadmium. Tous traditionnels les tons adoucis : les Navajos tissent des eouvertures à dessins géomét indienne. Chaque peuplade a conservé ses de la pourpre se sont transposés sous le coup de fouet oisellent du soleil des bijoux; couchant. les femmes d'A effina et de Laguna tournent des tous les rouges crient, tous les oranges s'enflamment, les hommes mauves de deviennent Zuni travaillent les turwmises: les Hopis tressent des va violets et les violets deviennent bleus. C'est un embrasement Des membres infiniment de la tribu rare sont désignés pour porter à la ville la plu qui dépasse en violence tout ce que nous avons contemplé les jusqu'ici. travaux terminés; en échanue. ils rapportent des vivres. Décidém Et puis, aussi vite qu'elle est venue, la fête cesse. gens sont Un voile des sages opaque : ils de n'amassent point, mais se contentent de subsi brouillard couvre tout, il n'y a plus ni gorge, ni rivière, C'est tout ni forteresse un problème : d'arriver c'est jusqu'à ces villages. Ensuite, il f une froide soirée d'automne. parlementer avant de pouvoir planter le chevalet au coin le plus pittoresque, puis persuader à quelques « types » AU NOUVEAU-MEXIQUE bien campés de poser un moment, ou bien obtenir des habitants qu'ils continuent leur vie quotidienne au lieu de se grouper autour de nous. Bien peu d'artistes sont assez fous pour risquer les insolations, le sable qui prend à la gorge et les nuits à la belle étoile pour le plaisir de prendre des scènes sur le vif; aussi. nous effarons ces pauvres gens, sans antou° RIO DE JaNtIRO compter que nous sommes nous-mêmes un peu effarés d'être là, si loin... ... Aujourd'hui, harassés par la chaleur qui nous martèle les tempes, nous avons découvert un porche qui nous abrite un peu et nous admirons les enfants qui trépignent en cadence, sous un soleil de feu, (NOS AIRES ar del Plata pendant qu'un homme tape sur un gros tambour de fortune. Tout le monde s'agite et personne n'a l'air de s'apercevoir qu'il fait 50° à l'ombre. Voyage accompli dans les deux Amériques, en partant de New-York, par M. Marius Hubert-Robert et Mme Régine Callaud-Belisle. C' P



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