L'Illustration n°4358 11 sep 1926
L'Illustration n°4358 11 sep 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4358 de 11 sep 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 91,4 Mo

  • Dans ce numéro : le roi d'Espagne Alphonse XIII.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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242 -- vo 4358 L'ILLUSTRATION 111 SEP' KmuitE 1926 Les environs de la station thermale d'Antsirabé. à Madagascar. LOINTAINS PAYSAGES DE LA « DOULCE FRANCE » Par JEAN-TOUSSAINT SAMAT Par delà la mer Rouge et l'équateur et la nier Mozambique, de l'autre côté de l'Afrique immense, au bout du monde et d'une ligne de navigation, une île, ignorée des peuples qui ont attendu jusqu'au siècle dernier pour la découvrir et qui lui en veulent, avec sa fertile terre rouge couverte d'une végétation luxuriante et qu'on ne cultive pas, accroupie sur ses mines inviolées de radium, d'or, d'argent, de pierreries, de mica et de graphite, sur ses puits de pétrole, que les peuples européens n'ont jamais aimée ne l'ayant jamais connue, riche, féconde, ignorée et triste d'être si seule sur la terre, une île dort son pauvre sommeil de continent isolé : c'est Madagascar. Parfois, au bruit lointain que font les vieux peuples s'agitant sur l'ancien continent, à l'ouïe de son nom que quelqu'un prononce, en France, et qui lui parvient cependant, Madagascar se réveille. L'île regarde du sommet le plus élevé de ses montagnes vers le Nord- Ouest pour voir si, par hasard, ce quelqu'un, se souvenant d'elle, la viendrait visiter, si elle ne pourrait pas se mêler aux jeux et aux querelles des grands peuples qui ne font guère attention à elle que pour lui emprunter des morceaux de bois ou des cailloux taillants et, aussi, des hommes qu'on oublie de lui rendre... Mais rien ne vient qu'un paquebot hémi-mensuel et paresseux qui traîne tout au long de sa route et musarde pour arriver le plus tard possible dans l'Ileoù-l'on-ne-va-pas. Il paresse tout au long de la côte africaine, s'attarde dans les jolis ports anglais où les petites misses blondes flirtent et jouent au tennis sous les grands palmiers, danse au bout de son mouillage devant Zanzibar où les Indiens, accroupis, sculptent l'ivoire et le bois d'ébène. Puis, le commandant enfonce sa casquette, regarde le Mozambique qui étend son horizon bleu derrière lequel doit se trouver le continent-délaissé, et dit à son bateau avec un grand soupir : « Ah 1 il faut pourtant que nous y allions, à Ma dagascar !... » — « Allons-y1 » répond le navire en sifflant lamentablement et sans conviction. Alors, ils partent et piquent vers l'Est, résolument, sans plus regarder derrière eux, comme on se jette à l'eau, d'un seul coup, pour se mettre à nager. Madagascar, qui est sincère et qui croit, parce qu'elle :tirne follement. la mère patrie, que celle-ci lui rend son amour, à chaque fois qu'elle aperçoit le petit bateau fumant et soufflant à travers la mer Mozambique, sent son coeur de terre volcanique tressaillir d'aise. Elle plaint le vaisseau d'avoir un si long trajet à faire pour la venir visiter; elle s'imagine son impatience lorsque les Anglais et les Arabes et les gens du Zanzibar s'attardent dans les opérations de chargement et de déchargement ; elle croit que les vibrations rapides de l'hélice qui lui parviennent au travers des flots bleus sont des affolements d'impatience. Lorsque l'ancre croche le fond dans l'embouchure de la Betsiboka, en rade de Majunga, quand les passagers descer 1ent à terre, Madagascar, émue, ouvre sa côte, comme des bras, pour y abriter le beau navire et sourit aux nouveaux venus de toutes ses fleurs merveilleuses Mais le paquebot reste loin du bord et méprise l'abri qui lui est offert ; mais, de la passerelle, le commandant crie au second qui vide les cales : « Faites presser le mouvement pour que nous ne mo— sissions pas dans ce sacré pays 1 » Mais les gens, en abordant, disent : « Nous y voilà pour trois ans1 » Et les militaires ajoutent : « Vivement la fuite en France, bon Dieu! » Alors Madagascar comprend bien, une fois de plus, qu'on ne l'aime pas et, comme elle a l'âme très triste, elle reste là, dans son isolement de grande île sans affection. Et son pauvre ciel, qu'on ne veut pas connaître, désespérément, se met à pleuvoir. Il était une fois un homme qui n'aimait pas les épinards. Il disait : « Je ne mange pas des épinards parce que je ne les aime pas. Si j'en mangeais, je pourrais peut-être les aimer. Cela serait fort ennuyeux parce qu'alors je voudrais en manger et que je ne puis pas les souffrir. » Mais il avait une femme astucieuse. Elle lui servit un jour des épinards et feignit que ce fût un autre légume. Il dit : « Crois-tu que ce ne sont pas des épinards? parce que je ne les aime pas. » Sa femme répondit : « Non, ce ne sont pas dés épinards : c'est de l'oseille. » Il mangea le plat très volontiers et, quand elle lui eut avoué que c'était vraiment des épinards, il affirma que les épinards étaient excellents et il finit le plat. Il y en a beaucoup qui disent : « Je n'aime pas Madagascar » et qui n'y sont jamais allés... Il y en a qui prennent un air averti et laissent filer entre des lèvres désabusées : « Madagascar ?... Conquête difficile... pays insalubre... la fièvre... la malaria... les moustiques... les caïmans... les Hovas... le désert... le pays aride... la pluie torrentielle... la forêt impénétrable et malsaine... Madagascar... sale pays... pas y aller... ou bientôt crever... » Quand on leur demande s'ils y ont passé longtemps, ils lèvent les bras au ciel et s'écrient : « Moi à Madagascar ? Jamais de la vie!... J'ai bien failli y partir, il y a longtemps, mais, heureusement... » Il y en a encore qui y sont et qui disent : « Quand donc quitterons-nous ce sale bled? » Mais ceux-là sont de ceux qui ne se trouvent jamais bien où ils sont. Ils vinrent à Madagascar parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement. Mais Madame n'y connaît pas assez de cinémas, de magasins, de salons de thé. Monsieur ne peut y voir de jolies figurantes, court-vêtues, y gambiller dans des revues. Madame se plaint de ses domestiques et ne réfléchit pas que, si elle était en France, il lui faudrait faire sa cuisine elle-même et, peut-être, balayer son plancher en rentrant du marché. Monsieur trouve qu'il est fastidieux d'aller tous les jours à son bureau, à son comptoir ou à sa concession, mais il ne pense pas qu'il y va, nonchalamment, en pousse-pousse ou en filanzane et que, à Paris, il lui faudrait faire queue longuement pour prendre les secondes dans le Métro ou l'autobus. Et puis, là-bas (j'en arrive, vous pouvez m'en croire), il y a aussi de vieilles gens dont les cheveux ont blanchi sous le casque colonial et qui, lorsqu'on leur parle de s'en aller pour rentrer en France, secouent la tête et déclarent : c Non, non, nous sommes très bien ici. La vie y est facile et relativement à bon marché; le climat propice si l'on prend quelques faciles précautions ; les fleurs, abondantes, sont splendides et les oiseaux éclatants. Avec ce que j'ai, je vis largement ici en grand seigneur. Je mange du poulet chaque fois que cela me fait envie. J'ai six domestiques. Me3 enfante sont beaux et grandissent en force et en santé.... Quand le soir tombe, je vais admirer l'illumination féerique du ciel et je me félicite qu'il y ait un pays comme celui-ci où les gens sages et prudents puissent vivre, dans la quiétude et l'aisance, une vie qui serait si pénible ailleurs. Trouvez-vous que ce pays soit vraiment si différent de la France? » D'un geste, le colon désigne les moissonneurs travaillant dans un vaste champ. Des femmes rassemblent les épis en grosses gerbes qu'elles nouent d'un lien de paille tordue. D'autres les passent au bout des fourches à des hommes grimpés sur. l'amoncellement des gerbes et en égalisent le lit pour élever de hautes meules où s'empilera la moisson. Non loin d'eux, un attelage de boeufs, traînant un lourd chariot que chargent les épis, souffle dans rai, vif des hauteurs. ...Un brouillard sort de leurs naseaux Et l'on voit, sur leurs cornes noires, Se poser de petits oiseaux... C'est un Millet. C'est un poème du pays de France. La moisson est riche. L'essieu crie sous le poids des épis qui le chargent. Les moissonneurs chantent en empilant les gerbes. Appuyé au timon, le bouvier regarde et, patiemment, attend que le chariot soit vide. C'est un paysage de la doulce France lointaine... C'est la paix de l'Ile-de-France... Les hommes sont des noirs, ils moissonnent du riz et leurs boeufs ont des bosses, voilà tout. Jadis, aux temps barbares de la conquête qui ne se perdent pas encore dans la nuit des siècles puisque trente ans à peine les séparent de nous, jadis ces plaines étaient des marais incultes plus féconds en malaria et en moustiques qu'en moisson blonde. Le génie de l'homme, de celui qui ne craint pas de s'en aller au loin, tout seul, en pionnier, pour tenter la fortune et agrandir la France, la volonté de cet Homme, qui mérite qu'on écrive son nom avec un grand H, a travaillé la terre, l'a ameublie, l'a fécondée. Où nos soldats, qui nous conquéraient cette terre dont certains, de nos jours, font fi, sont morts à la tâche de maladie et de misère plus que des nobles blessures reçues en combattant, la charrue, maintenant, ouvre la glèbe et la rend fertile. Un tiers de siècle d'efforts n'a pas été vain. Une grande oeuvre a été accomplie qui ne demande, pour devenir plus grande. que des énergies nouvelles, des colons plus nombreux. De l'oeuvre accomplie, il monte de toutes parts, chaque pas que l'on fait à Madagascar, comme une expression de la France douce, belle et bonne. Il est curieux de regarder ce pays si lointain, si étrange avec sa flore et sa faune spéciale, avec ses paysages sauvages infiniment tristes ou farouchement grandioses et d'y sentir, à tout instant, le rappel de la patrie par les paysages français évoqués, avec des détails d'une précision étonnante, dans l'île lointaine d'un autre hémisphère. La grande caractéristique du pays malgache, ce qui le placerait tout de suite au premier rang des pays où l'on aime à voyager en touriste pour son plaisir ou, plus prosaïquement, pour gagner sa vie, c'est la douceur générale de tout ce qui le compose. Les indigènes sont policés. accueillants et. en règle
L'ILLUSTn ATION « ... Des moutons, blancs et laineux comme sont ceux de France, paissent avec le même balancement de tête sous les arbres fruitiers... * « ...Des femmes passent les épis, rassemblés et noués d'un lien de paille tordue, à des hommes grimpés sur l'amoncellement des gerbes... » PAYSAGES DE FRANCE A MADAGASCAR Phot. Pink le 1.01111.S.



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