L'Illustration n°4346 19 jun 1926
L'Illustration n°4346 19 jun 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4346 de 19 jun 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 104 Mo

  • Dans ce numéro : une prise d'armes dans le rif.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 44 - 45  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
44 45
638 — No 4346 'LLUSTRATION 19 JUIN 1926 COURRIER DE PARIS LES ŒILLÈRES Le docteur Bérillon, président de la Société de psychothérapie, vient de faire aux membres de cette savante compagnie une fort intéressante communication sur une des caractéristiques de l'esprit moderne. L'éminent psychiatre prétend que l'homme d'aujourd'hui est un spécialiste de l'aveuglement volontaire. Nos contemporains réalisent, paraît-il, d'une façon un peu trop exacte la parole du Psalmiste : « Ils ont des yeux et ils ne voient pas. » Il paraît que nous sommes sans rivaux dans l'art de clore nos paupières à volonté. Nous ne songeons pas du tout à réaliser le voeu secret de la nature qui, si l'on en croit Colton, a donné à l'homme deux yeux et une seule langue « afin qu'il regarde deux fois plus qu'il ne parle ». On a souvent comparé l'agencement d'un appareil cinématographique de prise de vues à celui du cerveau humain. Ce coffret bien clos qui renferme une substance hypersensible, qui enregistre des impressions à la façon de notre matière grise et qui présente des circonvolutions comme nos lobes cérébraux, prend connaissance du monde extérieur au moyen de pupilles et de rétines perfectionnées. Ces appareils, qui sont devenus de plus en plus complexes, emmagasinent des milliers d'impressions, les superposent, les ordonnent et les associent. Leur organe visuel s'affine chaque jour et agrandit le champ de ses perceptions. Mais pour qu'une telle richesse ne devienne pas du désordre, il faut que cet oeil mécanique possède une grande variété de dispositifs de sélection pour ne pas graver un univers chaotique dans la mémoire de la pellicule. On a donc muni l'oeil de ce Cyclope de plusieurs paupières différentes qu'il peut utiliser à son gré selon les circonstances. En présence de tel ou tel spectacle dont il peut être intéressant d'isoler un détail, l'objectif emploie l'ouverture et la fermeture à l'iris, les obturateurs à voletb simples ou doubles, verticaux ou horizontaux, les fondus diaphragmes, les « caches » de tout format et les fondus enchaînés. Autant de façons de diviser à son gré le champ de vision, de porter toute son attention sur un point précis et de neutraliser, atténuer ou supprimer complètement ce que l'on veut éliminer du tableau. Voilà un organe sensoriel qui gouverne ses impressions avec une logique, une méthode et un sang-froid prodigieux. Or, il paraît que nous avons le droit de renverser les termes de cette comparaison. Au lieu de dire que l'appareil de prise de vues ressemble à un cerveau humain, on peut prétendre que c'est l'homme qui pratique aujourd'hui une technique visuelle et mentale empruntée à la cinématographie. Nous sommes, quand il nous plaît, imperméables à la vérité. Dès que nous avons décidé de ne pas voir ce qui peut déranger notre équilibre philosophique ou moral, nous fermons d'un déclic un volet intérieur qui intercepte le rayon lumineux indiscret pouvant modifier notre éclairage intellectuel familier. Nous réglons ainsi à volonté le débit des influences extérieures, comme le fait un opérateur de l'écran pour une arrivée de lumière. Il ne faut pas trop se hâter de nous jeter la pierre. Ce n'est pas par étroitesse d'esprit que nous agissons ainsi, ce n'est pas le parti pris qui nous guide. Cette utilisation de l'iris et des volets intellectuels nous a été peu à peu imposée par le surmenage de la vie moderne. Nous sommes débordés et submergés par la complexité de la civilisation actuelle. Les cellules de notre cerveau ne peuvent pas contenir cette surabondance d'im- pressions contradictoires. Il faut filtrer, il faut tamiser des apports aussi tumultueux. Il faut faire un choix et éliminer impitoyablement de l'orchestre de nos pensées ce que les radiophonistes appellent des bruits parasites. Si telle est la conséquence inéluctable de la vie moderne, il ne faut pas s'en réjouir sans arrière-pensée. L'obligation de mettre des oeillères ne constitue évidemment pas un progrès intellectuel. Jadis on apportait toute son élégance à meubler son cerveau le plus richement possible. Aujourd'hui, que d'injustices involontaires ne sommes-nous pas exposés à commettre en fermant ainsi brutalement, par nécessité, certaines avenues de notre cerveau et de notre coeur ! LES iTHËATRES LE SEMAINIER. A la Maison de l'OEuvre, M. Lugné-Poe a eu l'idée de reprendre la Dupe, de Georges Ancey, qui fut, il y a plus de trente ans, un des succès les plus retentissants du Théâtre Libre. Ces spectacles rétrospectifs sont toujours intéressants par les réflexions qu'ils suggèrent. Il est, en effet, assez curieux de confronter les impressions et les mentalités de deux époques. Le Théâtre Libre se proposait de réagir contre l'absence de vérité d'une littérature dramatique toute conventionnelle, en lui opposant les fameuses « tranches de vie ». Mais cette vie, il la voyait avec un autre parti pris systématique de dénigrement, non moins conventionnel. Les individus qu'il représentait étaient tous vils, cyniques ou odieux. La Dupe est une satire de la bourgeoisie. On pourrait lui donner pour épigraphe cette phrase que prononce un personnage : « La famille, c'est l'argent ! » Une veuve riche et cupide, poussée par une fille aînée hypocrite, contraint sa cadette à épouser un jeune homme sur lequel on fonde les meilleures espérances. Mais ce n'est qu'un dissipateur et un débauché, qui mange la dot de sa femme et commet des indélicatesses telles qu'il finirait en correctionnelle si--sa belle-mère, pour l'honneur du nom, ne se résignait à le sauver. La jeune femme, toutefois, s'est mise à aimer ce mari indigne, et elle doit subir, en même temps que ses infidélités et ses mauvais traitements, les brimades des siens. Avec le temps, bien des effets se sont déplacés. Certaines scènes, qui touchaient au drame, sont franchement comiques. Des traits ont changé de valeur. Nous sommes plus indulgents aux prodigues, qui furent souvent des sages ; le goût du risque nous est devenu sympathique, et nous sourions malgré nous de la naïveté des thésauriseurs qui faisaient avec tant d'âpreté des économies qu'ils plaçaient en 3 % ou en emprunts russes. L'existence des grands bourgeois s'est également modifiée, ainsi que leur morale. La société parisienne où nous introduit M. Georges Ancey nous apparaît comme une province singulièrement étroite et mesquine, aux idées arriérées. Il faut dire aussi que l'interprétation, particulièrement celle de M. Colin, en modernisant les types, a passablement trahi le caractère de la pièce. Celle-ci, malgré tout, en dépit de sa coupe archaïque, en cinq actes, de ses monologues, de ses préparations méticuleuses et de ses autres rides, reste néanmoins vivante, expressive et forte. La Petite Scène, que dirige M. Jean Rivain, est une compagnie d'amateurs, dont les spectacles, montés avec beaucoup de soin et de goût, peuvent rivaliser avec ceux des meilleurs théâtres. C'est elle qui vient de nous présenter une nouvelle pièce en un acte de M. Jean-Jacques Bernard : le Sonnet d'Arums. On y voit évoqué de la façon la plus agréable le milieu de l'Arsenal et de Charles Nodier, vers 1831. Nodier a marié à Méne r sa fille qui sera, en littérature, Mme MéneEsier-Nodier. La jeune femme est courtisée romantiquement par un familier de la maison. Arvers aussi l'aime, mais en silence. Invité à tracer quelques lignes sur son album d'autographes, il y écrit le fameux sonnet : «Mon coeur a son secret, mon âme a son mystère... » Mme Ménessier-Nodier lit, distraitement, et elle ne comprend pas. Cette délicate et mélancolique fantaisie a été interprétée d'une façon charmante, notam- ment par Mme Jean Rivain. Au même programme, figurait le Comte Orly, une sorte d'opéra de Rossini qui n'avait jamais été joué depuis une quarantaine d'années, et dont on a beaucoup apprécié la naïveté désuète et la verve musicale. R. B. LES SCÈNES LYRIQUES Dans un cadre somptueusement stylisé par Golovine et Alexandre Benoît dans la tradition de Léon Bakst, Mme Ida Rubinstein vient de faire représenter à l'Opéra un mimodrame lyrique de Roger- Phot. Taponier. Mme Ida Rubinstein, dans le rôle d'Orphée. Ducasse naSiérialisant une fois de plus la légende d'Orphée. Ce mythe éternel, si riche de symboles, est décidément un sujet que les artistes ne se lasseront jamais de traiter. Ici nul effort de transposition n'a été tenté pour rajeunir le classique récit. Nous assistons aux noces d'Orphée et d'Eurydice, à la mort de la jeune femme piquée par un serpent, nous voyons Orphée ramenant son épouse des enfers, la perdant de nouveau et repoussant les Bacchantes qui le déchirent et dispersent ses membres dans l'Hébre. Des cortèges, des danses, des jeux et des choeurs s'efforcent d'étoffer cette action un peu mince pour remplir trois longs actes. Par d'amples développements le musicien a travaillé dans le même sens. La partition de M. Roger-Ducasse, écrite dans un style très sérieux et très serré, est peut-être un peu trop compacte pour un spectacle théâtral. Ce mimodrame s'en trouve ralenti et alourdi. Mais les musiciens rendront justice à la probité d'un tel effort et aux très solides qualités techniques dont fait preuve ici un compositeur absolument maître de son métier. Les danses et les évolutions ont été réglées dans un bel esprit décoratif et Mme Ida Rubinstein, qui mimait le rôle d'Orphée, a fait admirer l'eurythmie de ses gestes et la savante noblesse de' ses attitudes. — V. • LES LIVRES ET LES ÉCRIVAINS LE CHATEAU DE LA FÉE MORGANE Le roman de M. André Armandy : le Château de la fée Morgane, est l'un des bons romans de l'année et j'en recommande la lecture à ceux qui souhaitent de trouver dans une fiction bien construite des documents et des idées. Le Château de la fée Morgane, ce n'est point, comme on pourrait le croire, un conte inspiré par le cycle breton. Le titre, l'image prennent simplement ici une valeur de symbole. La légende évoquée elle-même .est non plus galloise, mais italienne. Si l'on en croit les gens de Messine et de Reggio, la soeur du roi Artus, Morgane l'Enchanteresse, aurait édifié sur leur mer un château de brouillard, où la fée, dit-on, continue d'apparaître pour accueillir les amoureux de son choix. Mais l'aventurier téméraire qui prétendrait pénétrer de force en ce refuge se condamnerait à se perdre dans les gouffres liquides. De cette fable millénaire, M. André Armandy a dégagé le sens philosophique de son roman moderne. Pour avoir tenté de réaliser un rêve d'amour interdit, pour avoir sacrifié un bonheur modeste, calme et droit, à un mirage de passion, Claude Mestrejean a créé la tourmente où il manque d'être englouti. Ce drame n'est pas nouveau dans la vie sentimentale des hommes. Il nous a été, déjà, conté par nombres de livres et d'abord par ce très vieux livre, la Bible, où l'on trouve à peu près toutes les situations romanesques imaginées depuis. Mais le cas du personnage observé et l'étude de l'atmosphère où se vicie une âme sauvent le livre de M. Armandy de la répétition banale. Claude Mestrejean est un être très droit, d'une probité exacte et ombrageuse. Il est un bon Français de l'aprèsguerre comme il a été un bon soldat de la guerre. Il a épousé la gentille maîtresse qu'il aimait, lui, d'une tendresse tranquille, mais dont il avait pu éprouver le dévoûment total et l'attachement profond. Fondé de pouvoir d'un armateur de Bordeaux, Mestrejean défend la maison dont il a la garde contre les abus de confiance, les combinaisons louches et les compromissions. Le livre de M. Armandy, très informé, nous renseigne curieusement sur le trafic maritime, sur l'armement et son personnel, sur le jeu des courtiers marrons, d'une mer à l'autre. Et, avec un réalisme que l'on voudrait croire paradoxal, il nous montre que la probité trop stricte peut être une erreur dans la vie sociale présente. La guerre a brouillé toutes les notions de morale. Les époques où se multiplient les gestes de sacrifice sont celles aussi où se manifestent les cupidités les plus âpres, les plus écoeurants égoïsmes. Les héros mutilés ou ruinés ont été souffletés par l'insolence des embusqués nouveaux riches. Les propos cyniques de l'un de ces favorisés indignes ont fini par convaincre — hélas ! — le bon soldat, le bon Français, le bon mari, le brave homme, que le devoir est « un faix harassant ». « Dès lors, Mestrejean jugea sa vie sans complaisance : recluse volontaire dans les infranchissables murs de ses principes, elle n'avait donné que des fruits étiolés, fades et décevants. La route parcourue, pour droite qu'elle eût été, ne lui laissait le souvenir que d'une voie aride, monotone, montueuse, aux buissons de laquelle demeuraient accrochés les lambeaux de ses enthousiasmes. Il s'y vit cheminer comme un paladin nu que bousculent et contondent les méthodes utilitaires. Il condamna son attitude sans appel. » Et cela suffit pour changer son âme. Le devoir, l'abnégation, le sacrifice : duperies ! Exigeons de la vie tout ce qu'elle peut nous donner. L'amour d'abord, l'amour-passion. Une femme, longtemps désirée, devient la maîtresse de Mestrejean, dont elle va prendre toute la pensée, avec les sens. Qu'importe l'autre, la tendre gardienne du foyer, l'ombre suppliante du passé qu'on répudie ! Ce lierre gémissant n'est plus qu'une ronce hostile. Arrachons les ronces de notre vie, avec le lierre. Et c'est tout un drame du cerveau et du coeur que nous ne résumerons pas davantage, mais qui nous mène au fond du gouffre ouvert devant le mirage du « Château de la fée Morgane ». Ajoutons que ce gouffre se situe, exceptionnellement, dans le bassin d'Arcachon et que la vie de ces eaux closes, soulevées par des tempêtes, nous est décrite avec un art sensible et vivant. Disons encore que le destin pitoyable ramènera l'âme naufragée jusqu'au havre de grâce où les vérités accidentelles et mauvaises se dissiperont devant la vérité durable que M. André Armandy nous rend sensible en cette image : « Le bonheur est une lampe douce et blonde qui éclaire et tiédit, non une flamme qui consume. » AU SOLEIL D'OR, AU PRINTEMPS VERT L'homme d'esprit et le très adroit écrivain qui dissimule un vieux nom de France et une sympathique personnalité parlementaire sous le pseudonyme d' Avesnes
19 JUIN 1926 L'ILLUSTRATION N° 4346 — 639 nous donne un volume d'études et de croquis romanesques groupés dans la lumière et dans la grâce de ce titre : Au Soleil d'or, au Printemps vert. De l'ensemble de ces nouvelles, dont chacune a la substance d'un petit roman, se détachent, avec le délicieux éclat suranné des vieux brocarts et des vieux ors, les pages où nous sont contées les Magnificences du comte de Raimondis. En 1702, Julien de Raimondis, capitaine des vaisseaux du Roi-Soleil, réussit à sauver un galion du fameux désastre de Vigo où s'engloutirent les trésors rapportés du Nouveau Monde. Après avoir assisté aux fêtes dont l'honora la cour d'Espagne, Raimondis, mandé à Versailles, fut présenté à Louis XIV qui le nomma chef d'escadre et lui donna l'accolade. C'est le récit de cette réception et des événements dont elle fut la conséquence que, par la plume d'Avesnes, nous fait M. de Raimondis, avec une simplicité et même avec une crudité par quoi nous est rendue plus vraie, dans sa manière et sa couleur, une époque où « à des pompes pleines d'ostentation et de magnificence se mêlaient quelques saillies encore barbares et grossières ». La relation de Raimondis se complète de deux lettres de son régisseur lui adressant de province un état de ses biens, et l'on croirait à des pages arrachées d'un Livre de Raison tant on y trouve une saisissante peinture de la vie d'un domaine d'il y a deux siècles et demi. Une lettre de la soeur du comte de Raimondis, contrainte, par les prodigalités du frère, d'entrer en religion, nous éclairent sur les résignations dramatiques des cadettes de l'époque. Enfin les impressions notées par le sieur du Pinault, huissier par quartier de la Chambre du roi, sur le glorieux et ingénu Raimondis, sur la coquette Mlle de Vespéran et sur le monde inquiet des courtisans, complètent adroitement ces tableautins de la société française dans ces premières années du dix-huitième siècle sur lesquelles nous renseignèrent — quant à la Cour et à la ville — les précisions de la chronique de Dangeau et la verve redoutable de Saint-Simon. LA RÉSURRECTION DE PIERROT Ah ! le délicieux petit livre que Mlle Henriette Willette vient de consacrer au souvenir de Pierrot ! Qui Pierrot I Willette, Adolphe Willette (Willette en chandail), peintre de rêves, « créateur d'idées et de formes qui, à la grâce de Watteau et de Boucher, a ajouté une pensée profonde, l'observation d'un voyant ». Ces expressions sont de Gustave Geffroy, un disparu d'hier qui mesure la gloire du disparu d'avant-hier dans une préface écrite pour le livre que Mlle Henriette Willette dédie à la mémoire de son cousin, le grand artiste. Des papiers d'huissier reproduits au seuil du volume témoignent de cette chose incroyable : on a tenté d'empêcher la publication de ces pages ferventes, tout en fraîcheur, en gentillesse, en verve généreuse. La petite cousine de Pierrot a écrit avec la plume de Colombine et avec sa grâce, sa grâce coquette, légère et tendre. On a tenté de saisir le manuscrit de colombine. Cela, vraiment, eût fait un fameux sujet pour un dessin signé : Willette. Le livre a paru, tout de même, avec quelques pages blanches où s'inscrit seulement la légende des croquis inoffensifs arrachés par l'huissier. Une rareté pour les collectionneurs. Mlle Henriette Willette a vécu une partie de sa jeunesse auprès de son cousin, un grand aîné qu'elle admirait avant la gloire et qui aimait bien cette petite parente mutine, enthousiaste, modèle bénévole prêtant sa silhouette fine, très fine — Willette la nommait : « Sloughi » — à d'exquises Piekrettes. L'auteur de ces souvenirs printaniers à qui l'on doit de jolis poèmes : la Femme et la Faunesse, la Mort de la Faunesse, les Lys d'eau, se révèle un conteur charmant et touchant. Les chapitres brefs qui s'intitulent : « Pierrot pauvre », « Willette dans son atelier », « Jeunesse », « Nuit blanche », « le Château de Boisroger », Un meeting peu banal : habitants du hameau de Cros-de-Cagnes tenant une réunion en barque, pour discuter des moyens de se libérer de la tutelle administrative de la municipalité de Cagnes-sur-Mer. « Superstitions », « Ses amis ». « Pierrot poète », sont autant d'images sensibles, étonnamment adaptées. On croirait des dessins du crayon de l'artiste. Sans doute, on nous offrira, en de plus amples ouvrages, l'oeuvre reproduite et commentée de Willette. Le petit livre, dont je vous parle, s'est appliqué seulement à nous dire son esprit et son coeur. ALBÉRIC CAIIIIET. Le Chdteau de la lée Morgane, Baudiniére édit., 9 tr. 25. — Au Soleil d'or, au Printemps vert, Plon, édit., 12 fr.— Willette en chandail, Editions Sansot, 15 fr. CHANGES ET MONNAIES Les livres sur le change sont aujourd'hui nombreux, et, trop souvent, les auteurs s'accrochent à des principes d'école basés sur l'expérience d'ancêtres qui eussent considéré comme irréalisable le déséquilibre économique et monétaire qui trouble le monde depuis l'armistice. M. Louis Pommery, chef des services économiques de la Banque Nationale française du Commerce extérieur, nous apporte enfin l'ouvrage attendu par tous ceux que désoriente la situation actuelle. Grâce à sa haute compétence et à l'ordre remarquable dans lequel il a su nous présenter les éléments infiniment complexes d'un problème angoissant, l'auteur, laissant de côté toute prévention doctrinale, réussit à nous faire comprendre ces mouvements désordonnés du change qui, de prime abord, nous semblent théoriquement inconciliables avec les variations de la balance des comptes. La nécessité du retour à l'étalon-or est exposée avec une rare maîtrise, et ce retour, à l'heure propice, ne saurait être une utopie, puisque sur une encaisse-or mondiale des principales banques d'émission dépassant 40 milliards, 17 milliards et demi sont en Amérique et 18 milliards et demi en Europe. Ce qu'il y a surtout d'intéressant et d'inattendu dans ce volume de 600 pages, bourré de chiffres et de tableaux qui se lisent presque aussi facilement qu'un roman, c'est que l'auteur nous démontre et nous dose l'influence des facteurs psychologiques. En fermant le livre, le lecteur est convaincu que la crise dont nous souffrons provient avant tout, comme nous le répètent ceux-là mêmes qui en sont les auteurs, d'une crise de confiance. Changes et Monnaies, Giard, édit., 30 fr. UNE RÉUNION PUBLIQUE EN MER A voir, sur cette photographie, des barques légères évoluer dans le port d'une petite bourgade des Alpes-Maritimes, ne croirait-on pas assister aux préludes d'une fête nautique, régates ou joutes ? Il n'en est rien. Ces paisibles rameurs, natifs du Cros-de-Cagnes, sont des citoyens conscients et organisés, unis, sur un terrain neutre, la mer, pour résister à la « tyrannique » domination de la commune de Cagnes, dont ils dépendent administrativement. Les habitants du hameau voudraient qu'il fût érigé en commune indépendante. Il peut leur être donné satisfaction légalement. Toute une procédure est prévue à cet effet : enquête préfectorale, annonces à son de tambour ou de trompe et par voie d'affiches, au cours de laquelle tous les habitants, hommes et femmes, sont admis à faire entendre leurs voeux, élection d'une commission syndicale, avis du conseil d'arrondissement, du conseil général, et enfin, si la demande est acceptée, promulgation d'une loi, après avis du Conseil d'Etat. Mais la métropole — Cagnes-sur-Mer — résiste et ne veut pas abdiquer. Et voie i allumée une nouvelle guerre de l'indépendance, dont les héros, pour échapper sans doute aux, curiosités gênantes de la mère patrie, tiennent conseil sur la vaste, profonde et discrète mer. L'AUTOMOBILE A LOTERIE On sait combien la passion du jeu est développée chez les Espagnols et qu'elle ne sévit pas moins chez les Hispano-Améri- Gains, clients enthousiastes des loteries dont plus d'une république latine du Nouveau Monde ont fait des monopoles d'Etat. Une compagnie d'automobiles publiques de Montevideo (Uruguay) a tiré de ce penchant national un parti fort ingénieux. Les taxis qu'elle a mis en service portent sur la roue gauche arrière un cadran où sont inscrits sur fond blanc des chiffres de 1 à 20. Une aiguille, montée sur l'axe des roues, conserve la position verticale, tandis que le cadran tourne naturellement avec la roue. Avant de monter dans le véhicule, le client indique au chauffeur le chiffre qu'il a choisi. Si l'aiguille marque ce même nombre lorsque la voiture arrive à des- La nouvelle automobile à loterie de Montevideo (Uruguay) : à droite, la roue sur laquelle sont inscrits les chiffres. tination, il n'a rien à payer pour la course, quelle que puisse en être sa longueur. Et l'on comprend que les automobiles de cette entreprenante compagnie aient la préférence sur celles des sociétés rivales, qui devront l'imiter, ou trouver une autre façon de conquérir la faveur publique. LA CIRCULATION AUTOMOBILE DANS LE MONDE Le département du commerce américain a publié récemment sur la circulation automobile dans le monde, au ler janvier 1926, une fort intéressante tude. Au ler janvier 1926, il y avait en circulation dans le monde environ 20.799.151 voitures de tourisme, 181.573 autobus, 3.454.9:9 camions et 1.519.765 motocyclettes. Le total de ces quatre groupes, y compris 18.500 véhicules circulant en Russie pour lesquels on ne possède pas de statistiques détaillées, était de 25.973.923. L'accroissement du nombre d'automobiles en circulation ressort de cette comparaison : le ler janvier 1923, il y en avait 15.505.788; le ler janvier 1924, 19.187.0 6 ; le ler janvier 1925, 22.768.006. L'augmentation pendant l'année 1925 a été de 3.273.584 véhicules, soit 14 %. Les Etats-Unis figurent dans cette augmentation pour 1.208.544, soit près de 67 %. On compte dans le monde 759.291 camions et autobus de plus que l'année précédente, soit 26 c>/o ; 275.392 motocyclettes de plus, soit 22 %; 2.166.401 nouvelles voitures de tourisme, soit environ 12 %. Si l'on considère que les prix moyens de vente sont de 1.000 dollars pour les automobiles, de 2.000 dollars pour les camions et autobus et de 300 dollars pour les motocyclettes, il résulte que le monde a dépensé quelque quatre milliards de dollars pour de nouvelles voitures. Les Etats-Unis viennent en tête de toutes les nations du monde, non seulement pour le nombre absolu de voitures, mais encore pour le pourcentage par rapport au chiffre de la population : une voiture pour six habitants. Ils détiennent 83 % des voitures de tourisme, 70 % des camions et 10 % des motocyclettes, soit 77 % pour l'ensemble. La progression pour tous ces véhicules a été chez eux, en 1925, de 1.811.722, soit 12 %; ce pourcentage, toutefois, est faible par rapport à celui d'autres nations dont la circulation automobile s'est accrue, depuis un an, d'une façon relativement plus considérable. C'est ainsi, par exemple, que l'augmentation a été, en Grande-Bretagne, de 15 %, en Italie, de 22 %, en Belgique, de 24 %, en France, de 26 %, en Argentine, de 37 %, dans l'Union Sud-africaine, de 40 %, en Australie, de 45 %, aux Pays-Bas, de 47 %, au Brésil, de 52 %, en Allemagne, de 65 %, en Nouvelle-Zélande, de 68 %. La part qui revient aux Etats-Unis dans les importations de véhicules automobiles est très variable selon les pays. Le pourcentage est beaucoup plus élevé pour les autobus, les camions et les motocyclettes que pour les voitures de tourisme. Dans le dénombrement général des véhicules automobiles en circulation, après les Etats-Unis qui en comptent près de 20M00.000, la seconde place revient à la Grande-Bretagne avec 1.474.573. Viennent ensuite : la France avec 855.000, le Canada avec 727.594, l'Allemagne avec 539.830, l'Australie avec 368.293, l'Italie avec 184.700, l'Argentine avec 181.250, la Nouvelle-Zélande avec 121.286, la Belgique avec 121.177, la Suède avec 104.600, les Pays-Bas avec 96.900,



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 1L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 2-3L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 4-5L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 6-7L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 8-9L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 10-11L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 12-13L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 14-15L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 16-17L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 18-19L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 20-21L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 22-23L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 24-25L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 26-27L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 28-29L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 30-31L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 32-33L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 34-35L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 36-37L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 38-39L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 40-41L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 42-43L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 44-45L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 46-47L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 48-49L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 50-51L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 52-53L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 54-55L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 56-57L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 58-59L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 60-61L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 62-63L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 64-65L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 66-67L'Illustration numéro 4346 19 jun 1926 Page 68