L'Illustration n°4346 19 jun 1926
L'Illustration n°4346 19 jun 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4346 de 19 jun 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 104 Mo

  • Dans ce numéro : une prise d'armes dans le rif.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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636 — No 4346 I .'ILLUSTRATION 19 JUIN 1926 LES MATCHES INTERNATIONAUX DE TENNIS Malgré l'éloignement subit de miss Helen Wills, qui s'en alla du court pour entrer à la clinique, — d'où elle est heureusement sortie après avoir été opérée de l'appendicite, — les championnats internationaux de tennis sur terre battue ne perdirent pas tout leur attrait. En dépit d'une sorte de mousson d'été qui, à chaque instant, détrempait les choses et les gens, un public impavide ne cessa de hanter la Croix-Catelan, une des parures du Bois de Boulogne. Vraiment on ne sait qui manifesta le plus de zèle et de constance, des joueurs, des spectateurs ou des organisateurs. C'est pourquoi, contre vents et marées, le tournoi qui réunissait à Paris l'élite des joueurs et joueuses d'Europe et quelques très brillants représentants des deux Amériques ne subit qu'un retard insignifiant d'une journée sur l'ensemble de la quinzaine. La foule qui, chaque après-midi, comprenait pour le moins un millier de personnes et qui s'éleva le notre championne, après un ou deux jeux d'engagement, de mise en train, d'essais, prend la mesure de sa rivale, s'empare du commandement des opérations et oblige la joueuse qui erre de l'autre côté du filet à entreprendre une course, épuisante et sans cesse brisée, successivement dans tous les coins du court. Autrefois Suzanne, lorsqu'elle briguait une souveraineté que le monde du sport ne s'accordait pas encore à lui reconnaître, se comportait en 4 simple » comme elle joue aujourd'hui en « double ». Elle ne se tenait au fond du court que juste le temps nécessaire au placement d'une balle difficile à reprendre par la joueuse d'en face. Elle courait alors au filet, pour y achever le point par une volée sans réplique. Reine du tennis, M"' Lenglen a acquis la dignité et la réserve inhérentes à une aussi suprême qualité. Comme elle a tout à perdre et rien à gagner, elle bannit le risque de sa tactique. Elle a abandonné le, montées précipitées au filet, elle se cantonne au fond du court, d'où elle lance, harcèle, commande, épuise, subjugue son adversaire. Tel est le spectacle que la meilleure joueuse du seurs, nationaux ou étrangers, Européens comme Américains, hommes ou femmes, s'accordaient à déclarer que jamais pareille maîtrise de jeu n'avait été démontrée, jamais pareil feu d'artifice tiré sur un court de tennis. Le placide Richards en restait tout pantois; la Californienne miss Ryan, qui passe sa vie à disputer des tournois de tennis et qui a vu à l'oeuvre tous les bons joueurs des deux mondes, applaudissait notre compatriote à tout rompre. Richards lui-même, entre deux courses vaines vers la balle, dirigeait vers Cochet des regards d'admiration. Le feu d'artifice ne se consuma pas dans le match contre Richards. En finale du championnat de France. il se renouvela. L'action de Cochet fut menée, devant Lacoste, avec moins d'intensité, d'âpreté, de continuité que devant Richards... Elle n'en suffit pas moins à précipiter dans la défaite, par 6-2, 6-4 et 6-3, l'homme que nous espérions voir cette année prendre la première place du monde en tennis. Certes Lacoste joua fatigué, désabusé, découragé; il n'est pas encore complètement débarrassé de la grippe qui s'est emparée Sur le court en terre battue de la Croix-Catelan : une phase du match entre miss Mary Browne, Américaine (au fond), et (de dos) Mue Suzanne Lenglen. samedi, le dimanche et le lundi des finales à 4.000 ou 5.000 âmes, escomptait au début du tournoi une nouvelle rencontre, un match-revanche de dames entre Suzanne Lenglen et Helen Wills. L'Américaine disparaissant du programme, on alla à la Croix-Catelan uniquement pour voir Suzanne Lenglen, car l'idée d'une défaite possible de notre championne n'effleura même pas l'esprit le plus pessimiste. Il est vrai que la joueuse française vaut à elle seule le dérangement, comme on dit familièrement. Elle sait intéresser profanes et connaisseurs, néophytes et sportifs endurcis. Tous les jours, elle change de toilette de ville, qu'elle porte à ravir, et naturellement aussi de costume de sport. Bien plus, si elle dispute au cours d'un même après-midi plusieurs parties, — en simple, en double-dames et en double-mixte, par exemple. — elle a la coquetterie de changer chaque fois de bandeau et d'écharpe, voire de fleurs qui ornent la boutonnière de son manteau. A ce titre déjà, elle mérite et retient l'attention. Mais l'élégance n'est qu'un à-côté, un hors-d'oeuvre de son talent, une faible parcelle de sa personnalité. C'est la raquette à la main que Suzanne, ainsi que tout le monde l'appelle, s'exprime à plein et revêt son caractère entier. Elle n'est plus alors que mouvement, que trépidation ; dressée sur la pointe des pieds, elle est attentive, souple, prompte à l'attaque, ardente à la riposte. Que son adversaire soit Mrs Shepherd Baron, M"' Mathieu, miss Jean Fry ou miss Mari' Browne, inonde a donné, pour leur plus grande joie, aux spectateurs de la Croix-Catelan. La foule s'en est contentée. Elle voulait voir Suzanne Lenglen. Elle a vu Suzanne Lenglen et la perfection de son jeu, où la sûreté de la raquette, la précision du coup d'oeil et l'à-propos du jugement marchent de pair. Mais les vrais sportifs, qui préfèrent la lutte à la démonstration, le match à l'exhibition, ont été, au fond d'eux-mêmes, déçus. M"e Lenglen n'a pas eu à s'employer : elle s'est promenée. Même son adversaire en finale, l'Américane Mary Browne, championne des Etats-Unis en 1911, 1912 et 1913, et, actuellement, quatrième des joueuses de son pays, n'a pas été, suivant l'argot sportif, un match pour notre compatriote. Elle s'est montrée courageuse. niais, comme la chèvre de M. Seguin. sans espoir de salut ni succès même partiel. Elle n'avait pas sa chance. A la suite de balles aisées à reprendre, elle commettait l'imprudence de se précipiter au filet. dans le fol espoir de barrer la route aux ripostes de Mile Lenglen. Une défaite en deux manches, par 6 jeux à 1 et 6 jeux à 0, lui prouva que l'audace n'est parfois qu'une forme de l'imprudence. Les sportifs purs se sont, malgré tout, consolés. Ils ont vu le Lyonnais Henri Cochet, l'homme le plus naturellement doué pour le tennis, battre en trois manches, par 6-1, 6-4, 6-4, le deuxième joueur d'Amérique, Vincent Richards. Ce n'est pas la victoire qui les a ravis, mais le style étourdissant, le brio incomparable du Français pendant le match. Tous les connais- de lui à la fin de sa tournée triomphale d'hiver en Amérique. Mais il avait, en tout cas, affaire à un adversaire qui apparut, durant toutes les parties du tournoi, comme étant d'une classe au-dessus de tous ses adversaires. Ancien champion de France de 1922 et 1923, Cochet, Lyonnais et contraint de se faire sa place au soleil, avait quelque peu négligé le tennis au bénéfice de ses occupations. C'est pourquoi, à vingtquatre ans et demi, il était déjà considéré comme un homme au bout de sa carrière. Lacoste et Borotra, suivis par Féret et Brugnon, occupaient le premier plan de la scène, Cochet passant pour un honnête remplaçant, duquel il ne fallait plus attendre rien de neuf. La « classe » parlant en lui et l'amertume aidant. le petit et robuste Lyonnais s'est de lui-même placé au rang qu'il méritait d'occuper. La virtuosité de son maniement de raquette, l'instantanéité de ses réflexes. l'anticipation de l'attaque de l'adversaire, et surtout cette feinte lenteur à reprendre des balles difficiles, — .le joueur opposé croit alors le point acquis et prend ses aises, — font de Cochet l'athlète-né du tennis. Comme tout le monde se réjouissait de le voir en si grande forme : — Prenez garde, disait M. Vuillermet, le mentor de Cochet, et pour ainsi parler son père sportif, ce n'est peut-être pas la grande forme, mais la grande valeur qui se manifeste ici. H.
19 JUIN 1926 L'ILLUSTRATION No 4346 — 637 LA REINE DU TENNIS La fLn d'une volée de Mlle Suzanne Lenglen, qui traverse le court en diagonale (pendant un match d entraînement en double-mixte). Phot. G. de Givenchy.



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