L'Illustration n°4346 19 jun 1926
L'Illustration n°4346 19 jun 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4346 de 19 jun 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 104 Mo

  • Dans ce numéro : une prise d'armes dans le rif.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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618 — xo 4346 L'ILLUSTRATION 19 JUIN 1926 Succédant à UN PERDREAU DE L'ANNÉE dans la série de La Petite Illustration théâtrale, nous publierons le 26 juin : Mozart, la délicate et charmante comédie en trois actes de M. Sacha Guitry, dont la triomphale carrière s'achève à peine au théâtre Edouard-1'11. Nous donnerons ensuite, dans la série roman de La Petite Illustration : La Flamme sur le rempart, une oeuvre puissante et tragique dune jeune romancière de grand talent, Mile Yvonne Schultz, où revit, incarnée par une femme moderne, dans l'âpre et magnifique décor de la cité de Carcassonne, une âme barb 1 des temps mérovingiens. Le grand nom de Georges Clemenceau va reparaître dans nos pages, périodiquement. L'auteur de DÉMOS- THkNE, dont la publication ici même, puis en librairie, il y a quelques semaines, a eu tant de retentissement, achève un grand ouvrage : Au soir de la pensée, qui sera comme le couronnement de son oeuvre. Nous commencerons dès le début de juillet, sous forme de chroniques, la publication- d'un certain nombre des plus importants de .ses chapitres. IDÉES ET IMAGES DU TEMPS PRÉSENT LA VILLA MÉDICIS, FOYER FRANÇAIS Un e de Rome » dont le nom n'est pas i ,,nnit de nos lecteurs, M. René-Marie Castaing, nous a conté, la semaine dernière, et montré, avec la belle humeur d'une jeunesse heureuse de son sort, la vie de ses camarades et la sienne dans l'artistique et studieuse retraite française du l'incio. Notre collaborateur, M. François Porché, qui a eu, récemment, l'occasion de visiter l'Académie de France, nous donne aujourd'hui son sentiment sur cette célèbre fondation de Colbert dont l'institution même est actuellement discutée. Tous les ans, à deux reprises, au moment des concours et lor- de l'exposition des envois de Rome à 1 'Ecole des beaux-arts, la Villa Médicis revient automatiquement, si l'on peut dire, sur l'écran de l'actualité, pour s 'éclipser d'ailleurs aussitôt, car une image chasse l'autre, et les images, comme les préoccupations, dans la vie moderne, se pressent étrangement. Mais, en dehors de ces réapparitions périodiques, la Villa Médicis, depuis le commencement de l'année, n'a pas repassé moins de deux fois dans le champ visuel de l'opinion publique : la première fois, il y a environ deux mois, lorsqu'on nous apprit que l'Etat français mettait en vente, à Rome, des terrains attenant au fameux Bosco de la Villa ; la seconde fois, le mois dernier, quand parut à l'Officiel le décret qui élève de 11.500 à 15.000 francs l'indemnité allouée annuellement aux pensionnaires de l'Académie de France. Peut-être, du point de vue budgétaire, les deux événements sont-ils liés ; peut-être de la vente des terrains a-t-on pu déjà tirer ou, du moins, escompter des bénéfices, dont l'importance permettait d'améliorer dès maintenant le sort des pensionnaires. Mais ces considérations d'ordre spécial ne sont pas ce qui nous intéresse ici. Des faits particuliers auxquels nous nous référons, nous ne voulons retenir qu'une chose, c'est qu'ils nous incitent à réfléchir sur le caractère d'une institution ancienne et glorieuse, sur ses avantages, sur ses défauts... Dans quelle mesure l'Académie de France à Rome a-t-elle aujourd'hui sa raison d'être ? Sous ses airs bénins, la question est grosse de disputes. Dans une réunion de peintres, il suffirait de la poser pour soulever des tempêtes. Car, de tous les fanatismes, celui des artistes est, comme on sait, le plus intransigeant. Dans la masse du public, toujours mal informée, prompte à suivre sans examen les variations du goût et de la mode, les avis sont moins passionnés, mais la 7-nfusion est égale. On voit l'opinion adopte' ar à tour, suivant les circonstances, les udes les plus opposées. Ainsi eha ailée, dans la presse, les lauréats des cone' rs de Rome sont unanimement applaudis. Toutes les feuilles, avec ensemble, donnent la biographie des élus. Certaines y joignent leurs portraits. Ce jour-là, vraiment, la qualité de « Prix de Rome », à quelque branche des arts qu'elle s'applique, pourrait apparaître, au regard d'un étranger parcourant nos journaux dans le hall de quelque palace parisien, comme une valeur sociale exceptionnelle, entourée chez nous d'une considération indiscutée. Mais cette faveur générale ne dure que l'espace d'un matin. Bientôt, en dehors des cercles officiels et des milieux académiques, intéressés au maintien des institutions qu'ils représentent, il redevient d'usage courant de dire, d'imprimer que la Villa Médicis, comme 1 'Ecole des beauxarts elle-même, dont elle est en fait (sauf pour la musique) une émanation supérieure, est une fondation surannée, une manière de vieux préjugé entretenu à grands frais par 1 'Etat, mais qui, aujourd'hui, n'a presque plus aucune part dans l'évolution des arts français. Bien plus, le snobisme s'en mêlant, un certain discrédit tend à s'attacher, dans les milieux mondains, au titre de « Prix de Rome ». Il est rare qu'on n'accole point aux mots la disgracieuse épithète de « pompier », par laquelle on blasonne, en argot d'atelier, tout ce qui témoigne de quelque déférence envers les traditions du passé. De sorte qu'on en arrive à cette anomalie : le Prix de Rome n'est glorieux qu'à l'instant précis où on l'obtient. Mais, à partir du moment où le lauréat devient pensionnaire de l'Académie de Franee, l'attention se détourne de lui, l'estime se mue en dédain, voire en hostilité. « Ancien Prix de Rome », cela ne dit plus rien de bon. Pour les délicats, cela sonne même fort mal. Bizarre contradiction : on félicite un artiste d'entrer à la Villa, niais on le blâmera d'en sortir. Le nouveau « Prix de Rome » part, chaque année, accompagné de tous les voeux, comme un espoir de la France ; trois ans après, au retour, il est accueilli fraîchement, comme un attardé, un arriéré, un fossile. Ce qu'il y a de grave dans tout cela, c'est que, de plus en plus, les compliments décernés à la personne des lauréats semblent de pur style, comme un sacrifice à l'habitude, une formule de politesse, tandis que la prévention du public contre l'institution des « Prix de Rome » ne cesse de faire des progrès. Comment s'explique cette disgrâce ? Tout le monde n'est pas allé à Rome, mais nul n'ignore que la Villa Médicis est, depuis 1803, le siège de l'Académie française des beaux-arts, fondée dans cette ville par Colbert ; et chacun sait qu'elle reçoit pendant trois ans les architectes, sculpteurs, peintres, graveurs et musiciens français qui ont obtenu le « Grand Prix de Rome ». Après tant d'autres de mes compatriotes de passage dans la Ville Eternelle, il m'a été donné récemment de visiter la Villa. Ayant eu l'honneur d'être reçu, tour à tour, par le directeur et par les pensionnaires, je pourrais, avec les souvenirs que j'ai gardés de ces heures charmantes, composer un récit sentimental. entrecoupé de scènes familières et de descriptions. Notre dessein est autre, mais même en ce qui le concerne, c'est-à-dire en ce qui touche la question de savoir si la Villa, aujourd'hui. répond à des besoins réels, la beauté du lieu garde une extrême importance. Il est d'un intérêt supérieur que, sur cette colline du Pincio, devant l'un des plus nobles paysages de la terre, la France possède un domaine national qui ne soit pas seulement une magnifique maison avec de grands arbres, mais une demeure dont le prestige tienne à son affectation même. Or, est-il pour des murs et pour des bosquets de destination plus haute que celle d'abriter, pendant trois ans, de jeunes artistes de chez nous, choisis entre les meilleurs, afin de leur permettre de poursuivre en paix, libérés de tout souci matériel, leurs études et leurs rêves ? Il y a là, en vérité, un but si élevé que le Français en voyage qui rend visite à la Villa ne peut se défendre. à cette pensée, d'un mouvement d'orgueil. Mais, in e dira-t-on, ce sont les images du passé qui, assiégeant en foule l'esprit du visiteur, dès l'instant où il pénètre dans le péristyle, lui causent cette pieuse émotion. Or, c'est le présent qui nous occupe. Votre fierté vient de ce qui fut et non de ce qui est. Certes, dans la bibliothèque, au long des allées, partout on se remémore les noms de ceux qui vécurent là, qui s'y sont développés, mûris, et dont les oeuvres restent. Mais, si le lien était rompu qui rattache les inquiétudes des générations actuelles aux efforts des générations disparues, nous n'éprouverions que tristesse et humiliation. C'est donc d'un sentiment de continuité que l'âme, sous ces voûtes et sous ces ombrages, prend peu à peu conscience. La France est là, qui respire, qui dure, montrant, parmi les murmures des fontaines, son visage le plus rayonnant : celui d'un grand peuple fidèle au culte des arts. Avec l'Ecole française archéologique de Rome, installée au palais Farnèse, l'Académie de Fran'ce, qui loge à la Villa Médicis, est inséparable de l'idée qu'on se fait de nous en Italie. Des foyers de culture française, nous en possédons dans d'autres capitales, mais, quel que soit l'éclat de certains d'entre eux, il n'en est pas un qui, sous le rapport de la renommée, puisse rivaliser avec la Villa. Supposez un instant que les destins de l'Académie de France à Rome soient interrompus ; supposez que l'on décrète demain, dans une pensée de réforme ou de simple économie, que les motifs dont Colbert s'était inspiré pour cette fondation ont décidément fait leur temps, et c'est notre situation à Rome qui se trouve, du même coup, considérablement diminuée. On objectera que c'est là le point de vue de la propagande et, pour ainsi dire, le côté « affaires étrangères » de la question ; mais que la cause de l'Art est ce qui importe ici avant tout ; que c'est la compromettre que de la faire servir à des fins qui ne sont pas les siennes propres ; et que d'ailleurs la réputation de notre pays, en Italie même, a tout à perdre en se raccrochant à une oeuvre vétuste, quand la jeunesse, la vie sont ailleurs. Raisonner ainsi revient à dire, en fin de compte, que Rome, dans le domaine des arts. aurait cessé d'être une grande leçon. Thèse barbare, s'il en fut. L'enseignement artistique de Rome est si vaste, si profond, si divers que l'esprit qui s'ouvre à lui éprouve, au début, comme un étourdissement. Car l'influence du climat s'y mêle, cette persuasion d'une lumière qui enlève aux conseils des vieux maîtres toute apparence de pédantisme et prête à la beauté
19 JUIN 192f L'ILLUSTRATION N 4346 - 619 un langage familier. Précisément, répliqueront les obstinés, il y a là, pour de jeunes artistes qui cherchent leur voie, une ivresse dangereuse. Certains critiques, hier encore, ont parlé de transplantation brusque, de dépaysement. Comme si aller en Italie, pour un ancien élève de notre Ecole des beaux-arts, ce n'était pas remonter à la source même de tout ce qu'on lui a enseigné ! On dit : les « Prix de Rome » sont prisonniers d'une formule. Ce n'est que trop vrai, souvent. Mais n'est-ce pas plutôt à 1 'Ecole qu'on a perverti ces jeunes gens? N'est-ce pas là que l'exemple de Rome s'est desséché, qu'il est devenu canons, procédés, routine ? Ne rendez pas Rome responsable de ces dégénérescences. La doctrine de 1 'Ecole, originairement, est romaine en partie, peut-être, mais cette doctrine est chose morte, tandis que la leçon de Rome, prise sur les lieux, à Rome même, est toujours vivante. Cependant, jusqu'où s'égare l'esprit de système, on a peine à l'imaginer. N'avons-nous pas vu récemment, dans le Figaro, un auteur réclamer, avec le plus grand flegme, que l'Académie de France soit transférée à Aix-en-Provence, ou bien qu'une seconde « Villa Médicis », indépendante celle-ci de l'Institut et de 1 'Ecole, soit fondée dans cette ville, sous le signe de Cézanne? J'adore la Provence et ne disconviens pas qu'un jeune artiste attentif ne puisse trouver quelque profit à écouter ce qu'on a appelé « la leçon d'Aix ». Mais combien d'autres villes françaises, alors, seraient en droit de prétendre à pareille direction ! En vérité, quel abus ! Après « les bastions de l'Est », voici les bastions du Midi, hérissant sur l'azur leur « barbelé » d'abstractions. L'âme française, toujours en quête d'elle-même, et fatiguée de s'interroger sur la colline de Sion-Vaudémont, s'aviserait-elle maintenant de se pencher sur les eaux de l'étang de Berre pour y chercher son image? La seule objection sérieuse qu'on puisse faire au maintien de l'Académie de France à Rome, c'est que, quelle que soit la grandeur de Rome en tant que ville d'art, le mouvement artistique moderne déborde Rome infiniment. Et. d'autre part, il est certain que, si la destination de l'Académie de France était uniquement de recevoir, pendant trois ans, des pensionnaires dans la ville du monde où l'activité artistique est la plus intense, c'est à Paris même qu'elle devrait aujourd'hui siéger. La prééminence de Paris, à l'époque actuelle, dans le mouvement général des arts, n'est guère, en effet, discutable. C'est là que, chaque année, ont lieu presque toujours les manifestations les plus significatives; ou bien, quand il arrive que celles-ci se produisent ailleurs, c'est à Paris que les tentatives nouvelles viennent chercher leur consécration. Mais cette activité exceptionnelle de notre capitale dans le domaine des arts n'est pas une chose simple ; il y faut faire une distinction. A côté de l'enseignement incomparable que de son séjour à Paris un jeune artiste peut tirer, il y a le trouble que risque de jeter dans son esprit une atmosphère de fièvre, de concurrence, de bataille, où toutes les valeurs esthétiques semblent parfois confondues ; à côté de la leçon sereine, laquelle n'est point précisément la leçon de l'Ecole mais celle du ciel changeant, de la rue, du jardin, du fleuve, de la vieille pierre sculptée, il y a le tumulte de la foire, sa poussière et ses cris. Dans les fines couleurs, dans les lignes générales de Paris, tout est mesure et grâce. C'est ce conseil de pondération, d'équilibre, que tant d'artistes étrangers viennent chercher sur les rives de Seine, avec l'agrément d'une vie sans contrainte, et mieux encore : la signification morale que prend la liberté des moeurs, quand s'y joint l'ardeur au travail. Ce mélange de sérieux et de charme, d'application et d'indépendance, qui est le secret de Pari:- les « Prix de Rome », eux aussi, le connaisse' -)ien. Les meilleurs d'entre eux, avant de p, pour l'Italie, en ont été imprégnés. Car t. s. sont tout de même autre chose que les . -rniers représentants d'un poncif ; pendant leurs années d'études, ils n'ont pas été sans subir, fort heureusement, en dehors de 1 'Ecole, les influences directes de la grande ville. Paris reste leur milieu naturel, et c'est à lui qu'ils reviendront. Mais alors, dira-t-on, c'est leur faire perdre du temps que de les en séparer. Quel bénéfice les pensionnaires de la Villa Médicis peuvent-ils trouver à leur exil ou, si le mot est trop fort, à leur éloignement momentané 1 Le bénéfice, d'abord, du recueillement. La rumeur du marché parisien, il leur est, durant trois ans, loisible de l'ignorer. Ayant reçu de Paris ce qu'il a de bon, d'unique, cet accent original, ce goût que nous avons définis, ils sont, de plus, préservés d'être tentés, gâtés par ce qu'il a de pire : frénésie de la réclame, folie de la surenchère, tout le côté commercial de l'art, toute la partie « inflation » de la célébrité. Mais ce n'est pas tout. Ces années de silence, propices à l'achèvement de leur apprentissage, c'est à Rome qu'il est donné à ces jeunes gens de les vivre, dans une confrontation quotidienne avec des chefs-d'oeuvre, en face d'un sublime horizon. D'une part, les avantages assurés de la méditation, dans une belle retraite. De l'autre, l'exemple des maîtres d'autrefois, le loisir d'étudier leur vocabulaire, d'approfondir leur technique, bref, les possibilités infinies d'enrichissement. Mais encore faut-il que ces possibilités, les « Prix de Rome » eux-mêmes soient les premiers à les admettre. Jadis, c'est-à-dire au temps où l'on estimait que la formation de l'esprit, l'acquisition de la maîtrise exigent de longues années d'un labeur assidu, il n'était point d'éducation complète sans voyages. Aujourd'hui on se déplace beaucoup plus, mais peut-être voyage-t-on moins, au sens où l'entendaient nos pères, au sens d'observer, d'accroître ses connaissances, de réfléchir sur l'homme en des lieux différents. Or, de cette manière de voyager, lente et pensive, le séjour à la Villa Médicis pourrait avoir les vertus. Outre que le règlement prévoit, si je ne me trompe, des visites aux autres villes et musées d'Italie, l'existence à la Villa même, qu'est-ce autre chose qu'un temps de réflexion dans un lieu de passage? Le passage dure trois ans ; mais quoi ! les séjours des anciens voyageurs dans les cités d'art ou de science se prolongeaient souvent davantage. Seulement, encore une fois, pour que cette vue devienne une réalité, et une réalité féconde, il est nécessaire que le principal intéressé. le pensionnaire, en soit intimement pénétré. Alors, en ces jours d'ignorance et de présomption, où l'ébauche, la velléité en art triomphent bruyamment, alors peut-être nous serait-il permis d'espérer, dans un avenir prochain, un retour à la discipline, à l'antique respect du métier. De la Villa Médicis pourrait venir un réconfort... Malheureusement, soit dit sans incriminer en rien les hôtes actuels de l'Académie de France, force est d'avouer que, d'une façon générale, depuis des années, les « envois de Rome » ne sont pas faits pour encourager notre attente. Trop souvent ces envois révèlent un étrange état d'esprit. Nous ne parlons pas de l'insuffisance de l'effort, elle aussi trop fréquemment visible. Mais — et c'est surtout en peinture que cette bizarrerie est apparue — il a semblé maintes fois que le pensionnaire de la Villa Médicis, quand il travaillait, gardait les yeux constamment tournés vers Paris ; c'est-à-dire qu'il était moins préoccupé de se chercher lui-même durant ses trois ans de tranquillité que soucieux d'illustrer à son tour telle théorie en vogue parmi ses camarades restés en France. Absurdité qu'on peut définir ironiquement par cette formule simple : s'en aller accoucher à Rome d'une oeuvre conçue à Montparnasse. Maintenant, il est juste de reconnaître que si, parfois, dans leur retraite du Pinde., les « Prix de Rome » perdent la paix du coeur, s'ils se montrent, au bord du Tibre, perpétuellement anxieux de ce qui se trame au bord de la Seine, c'est que le mouvement des arts modernes, quel qu'il soit, bon ou mauvais, est un fait, et que ce fait déroule ses conséquences loin d'eux. Leur situation, en vérité, est difficile, et l'on n'est pas surpris qu'à de certains moments ils éprouvent non point la joie d'être présents à Rome, mais l'amertume d'être absents de Paris. En effet, souvent, qu 'arrivet-il ? Que leurs anciens concurrents qui ont échoué au concours, ou des artistes indépendants qu'ils ont naguère connus, se débrouillent, comme on dit, rapidement et, soit talent, soit savoir-faire, conquièrent la notoriété, quand eux, les « Prix de Rome », totalement oubliés du public qui a salué leur succès scolaire, dédaignés des critiques d'art, ignorés des marchands, font encore figure d'élèves. C'est ainsi que le pensionnaire de la Villa peut quelquefois se demander s'il est bien réellement, comme les visiteurs distraits se plaisent à le lui répéter, un privilégié du sort. C1ass4 un jour, premier de son équipe, il en vient à:penser, aux heures de découragement, que son mérite l'a plutôt desservi. Le remède à ce doute presque inévitable, c'est, d'abord, au pensionnaire lui-même qu'il appartient de le trouver en son esprit. C'est là affaire de caractère. Nous n'irons pas jusqu'à prétendre que la condition de « Prix de Rome » est inséparable aujourd'hui d'un certain héroïsme, mais, ce qu'il y a de sûr, c'est qu'en dépit des avantages qui y demeurent malgré tout attachés elle requiert de la fermeté d'âme. Cela, les pensionnaires de la Villa ont-ils toujours prouvé qu'ils le comprenaient ? Les conflits avec la direction, quelle qu'elle fût. hautaine ou débonnaire, et pour les motifs les plus futiles, ont été de tout temps chose courante à l'Académie de France. Cette tradition, la seule, semble-t-il, qui soit immuable, est puérile et périlleuse. Elle doit cesser. D'autre part, le règlement, j'entends non pas le règlement intérieur qui est la libéralité même, mais le règlement qui concerne les envois annuels, gagnerait à être assoupli. Ses exigences ont je ne sais quoi de scolastique, de formel, qui n'est plus en accord avec notre temps. Peut-être même, à la base, le concours du Prix de Rome devrait-il être réformé. Mais c'est là une question trop spéciale pour entrer dans le cadre de ces articles. En résumé, la Villa Médicis — sauf quelques retouches qu'il conviendrait d'apporter à ses statuts — reste une fondation valable. Mais que pèse un plaidoyer en faveur d'une institution qui ne se défendrait pas elle-même ? Aux « Prix de Rome » surtout de témoigner par leurs oeuvres. L'avenir de la vieille maison est entre leurs mains. FRANÇOIS PORCHÉ.



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