L'Illustration n°4345 12 jun 1926
L'Illustration n°4345 12 jun 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4345 de 12 jun 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 111 Mo

  • Dans ce numéro : la révolution militaire en Portugal.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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614 — -No• 4:345 L'ILLUSTRATION 12 JUIN 1926 COURRIER DE PARIS CASUISTIQUE Les observateurs superficiels de la mentalité moderne s'imaginent peut-être que nos contemporains sont exclusivement préoccupés de futilités et que leurs méditations ne dépassent pas la casuistique du sport de la mode ou de la danse. Calomnie ! Le souci essentiel de notre époque, c'est la morale ! Elle est l'objet d'interminables débats. Tout le monde l'analyse et la discute. Il n'y a pas en ce moment de carrière plus encombrée que celle de moraliste. Vous n'ignorez pas que sous la pression des nouvelles conditions sociales on s'est demandé récemment s'il n'y avait pas lieu de différencier les obligations morales selon les spécialisations de caste ou de profession. Ce qui est une qualité chez un ouvrier peut être un défaut chez son patron. Il y aurait ainsi une morale prolétarienn. différente de la morale bourgeoise. On peut admirer chez un chef ce qu'on punirait chez un soldat, leurs obligations, leurs responsabilités et leurs fonctions étant souvent diamétralement opposées. Cette thèse a scandalisé les partisans de l'unité de la morale qui refusent d'émietter l'impératif catégorique et qui exigent que tous les hommes soient égaux devant cette loi. Les hommes, oui, mais les femmes ? Voici précisément que la question s'est posée cette semaine. Au congrès féministe international, en pleine Sorbonne, on vient d'examiner le problème de l'unité de la morale. Y a-t-il là aussi plusieurs catéchismes ? Existe-t-il une morale féminine et une morale masculine ? Le congrès s'est prononcé nettement en faveur de la thèse de l'unité. Il n'y a qu'une morale pour tous les êtres humains, qu'ils portent une jupe ou un veston, tel est le voeu de l'Eve future. Dussé-je passer pour un esprit rétrograde ou au contraire subversif, j'estime qu'en tranchant aussi brutalement la question le congrès féministe a manqué de prudence. Assurément il est des lois morales universelles. Une femme n'a pas plus le droit de voler ou de tuer qu'un homme. Mais que de nuances dans l'échelle des valeurs lorsqu'on considère la conscience des deux sexes ! Il est des vertus essentiellement viriles dont nous n'avons pas le droit d'imposer l'obligation à nos compagnes ; il est au contraire des fautes plus impardonnables chez une épouse ou une mère que chez un homme libre de tout lien familial. Certaines qualités qui portent le même nom n'ont pas le même sens lorsqu'elles s'appliquent à des sexes différents. Le sentiment de l'honneur, par exemple, dont Alfred de Vigny voulait faire le fondement de toute morale masculine, peut-il être mis sur le même plan lorsqu'il est l'apanage d'un homme ou celui d'une femme ? Il est des qualités, telles que la pudeur, la réserve, la pitié, l'humilité, la docilité, l'indulgence et la douceur, qui peuvent être exquises chez une jeune fille et constituer de dangereuses faiblesses chez un homme d'action contraint de déployer quotidiennement dans la vie une énergie farouche, une impitoyable autorité, un grand esprit de décision et une vigoureuse combativité. Si la morale est une, la femme devrat-elle renoncer à la plus grande partie des vertus qui constituent son charme, puisque ces vertus peuvent devenir des défauts si elles sont pratiquées par son compagnon ? Entre nous, l'éternel féminin n'a rien à gagner, mais tout à perdre en instaurant le régime de la morale unique. Les avantages de cette prétendue libération seraient vite neutralisés par les charges que lui apporteraient ses responsabilités nouvelles. Je sais bien que les féministes acceptent courageusement ces risques et que même elles les sollicitent. Mais les féministes ne sont pas toutes les femmes. Cette unification ne saurait obtenir l'adhésion universelle. Exiger pour les deux sexes les mêmes droits et les mêmes devoirs, c'est s'exposer à de bien graves déconvenues. Le jour où les femmes auront perdu le merveilleux privilège de s'appeler le sexe faible, il s'en trouvera beaucoup pour protester contre le poids excessif du fardeau de l'égalité. LE SEMAINIER. LES LIVRES ET LES ÉCRIVAINS « ENTRE LE PASSÉ ET L'AVENIR » « LA GUERRE ET LA PAIX » Les livres d'idées prennent la valeur des esprits qui s'expriment dans ces livres. La pensée puissante, rayonnante, prophétique d'un Guglielmo Ferrero dépasse l'actualité des chroniques signées par notre illustre collaborateur et vaut d'être conservée en des ouvrages de synthèse. Après le Discours aux sourds, voici que paraît Entre le passé et l'avenir. Lorsque cet observateur de la grande tourmente du monde moderne nous dit que la moitié de la terre souffre du « mal politique », que les vieux principes n'ont ,plus et que les nouveaux n'ont pas encore la force de s'imposer, qu'entre les uns et les autres les Etats traînent une existence pénible au milieu du mécontentement général, qu'en Chine, en Egypte, en Turquie, en Perse, les idées, les doctrines, les ingérences politiques et financières ont décomposé l'ancien régime et amené les forces révolutionnaires qui les ont renversés, que la crise asiatique, provoquée par les idoles de l'Occident, se précipite au moment où l'Occident luimême commence à douter de ces idoles, comment ne pas reconnaître la vérité de ces expressions qui convient le lecteur à un travail de déductions fécondes. Et c'est tout un enrichissement de l'esprit que nous offrent les chapitres intitulés « Cent ans du monde moderne », « Une nouvelle révolution est-elle possible ? », « La guerre et le progrès », « l'Internationale qui a disparu », « Le paradoxe asiatique », « La guerre chimique », « L'illusion de l'abso- tisme », « Les rois et les peuples », « L'industrie et la guerre », « l'Orient et l'Occident ». Un autre livre, d'une extrême intelligence et où se prodiguent des trésors d'observation, sera également très accueilli par notre public qui sait la haute probité documentaire des articles de Ludovic Naudeau. La Guerre et la paix prend sa bonne place dans la « Bibliothèque de Philosophie scientifique » dirigée par le docteur Gustave Le Bon. Ludovic Naudeau n'est pas seulement un grand journaliste très informé par ses nombreux voyages et ses explorations profondes des mentalités étrangères. Il a, des mouvements actuels des peuples, une vision psychologique et même, si l'on ose dire, physiologique. Si l'humanité aspire à la paix, Ludovic Naudeau constate que les mesures préventives auxquelles les Etats recourent, par peur de la guerre, renouvellent les causes de la guerre. La France réclame la sécurité alors que son malthusianisme accroît son insécurité. Si la conception d'une Société des Nations, s'étendant à l'univers entier, n'est qu'une rêverie, les Etats-Unis d'Europe sont-ils au moins plus réalisables ? Hélas ! Pendant qu'on parle à Genève du désarmement moral plusieurs nations stimulent fiévreusement l'armement moral de leurs citoyens. Les esprits les plus éminents collaborent avec Ludovic Naudeau dans cette puissante synthèse de tant de faits contradictoires et dont nul ne saurait se désintéresser. Ces pages ne sont pas seulement écrites pour le philosophe et le sociologue. Elles s'adressent aussi à l'industriel, au commerçant, au père de famille soucieux de l'avenir de sa postérité. ALBÉRIC CAHUET. Entre le passé et l'avenir, édit. du • Sagittaire e, 10 francs. — La Guerre et la paix, Flammarion, édit , 10 franc.% UN DÉBUT AU THÉATRE L'Aventurière, t ne des bonnes oeuvres Argier, bien qu'elle ait aujouri beaucoup vieilli, vient d'être jouie Une interprétation exceptionnelle de l'Aventurière : le comte de Ségur (don Annibal) et Mne Cécile Sorel (Clorinde). — Phot. Berton. dans des coulitions articulières qui font. de cette représentation, un getit événement bien parisien, sincn par la ville — Bordeaux — où elle ft.t dormie, du moins j ar le choix des inter' rètes. Le rôle (le Clorinde était tenu, ave: sa maîtrise habituelle, j ar Mlle Cécile >.orel, et celui d'Annibal par le comte Guillaume de Ségur, depuis peu mari ce Célimine, qui incarnait, sous le j seudon me transparent de M. de Sax, la figure de ce curieux entremetteur, créé par la verve d'Augier. M. de Sax, dont c'étaient les débuts sur une scène importante — au cours d'une soirée organisée d'ailleurs au bénéfice du franc — a donné une impression de parfaite aisance, de naturel et de simplicité expressive. Poussera-t-il plus loin l'expérience et le verrons-nous quelque jour à Paris ? La chose n'est point impossible. L'eMPOT SUR LE REVENU Sous le titre : l'Intpôt sur le revenu, impôts cédulaires et impôt global, MM. Edgar Allix, professeur de science financière à la Faculté de droit de Paris, et Marcel Lecerclé, ancien sous-chef de la législation à la Direction générale des contributions directes, ont publié, à la librairie Arthur Rousseau, deux importants in-octavo qui sont un traité complet, à la fois théorique et pratique, de cette question d'actualité. Depuis 1914, nos impôts directs ont subi une réforme profonde qui a substitué ou superposé aux anciennes lois un régime fiscal entièrement nouveau. L'impôt basé sur les signes extérieurs a fait place à la taxation des revenus déclarés par le contribuable, l'impôt personnel à l'impôt réel, l'impôt progressif à l'impôt proportionnel. Les nombreux cas d'espèces sur lesquels la loi n'avait pas statué ont provoqué une jurisprudence extrêmement abondante et souvent confuse qu'il est indispensable de débrouiller. La lettre des textes ne suffit pas : il faut en outre en rechercher l'esprit. La bourgeoisie, qui paie, a sans doute eu le tort d'adopter à l'égard de l'impôt sur le revenu, qui fonctionnait déjà dans beaucoup d'autres pays, une attitude d'hostilité stérile. Son opposition de parti pris n'a rien empêché. Au contraire, elle a permis à ses adversaires d'exploiter contre elle une réforme dont elle supporte aujourd'hui à peu près seule les charges écrasantes. A la faveur des exonérations à la base, les deux tiers des revenus privés, en France, ne paient pas de contributions directes et les quatre cinquièmes des revenus privés sont soustraits à l'impôt général. Cet impôt touche nominalement 1.100.000 contribuables, mais il est payé, en réalité, par 88.000, qui fournissent 2.000 millions sur les 2.250 qu'il rapporte. Voilà les faits que mettent en lumière les statistiques édifiantes de ces deux volumes. Ce n'est pas par le sarcasme, la diatribe ou la polémique qu'on pourra améliorer cet état de choses, mais par une critique raisonnée et sans prévention. MM. Edgar Allix et Marcel Lecerclé se sont efforcés de la façon la plus méritoire d'en rassembler les éléments. Partant de l'historique et des principes généraux de la fiscalité française, ils aboutissent à un exposé minutieux du système actuel. C'est un véritable manuel de casuistique fiscale qu'ils mettent à la portée du contribuable, non pour l'armer contre l'Etat mais pour l'éclairer et le documenter. LE NOUVEAU SHAH DE PERSE Plusieurs des biographes qui ont conté l'étonnante carrière du nouveau shah de Perse, S. M. I. Pahlavi, ont assuré — et L'Illustration a répété — que le « soldat heureux » devenu aujourd'hui chef d'Etat était d'humble extraction et fils de simples bûcherons. Ce détail, nous informe-t-on, est inexact. Bien que pour les hommes éminents ayant été les propres artisans de leur fortune la médiocrité de l'origine importe peu et soit, au contraire, un élément de plus à leur louange, le fondateur de la dynastie des Pahlavi appartient à une vieille famille militaire de la province de Mazendéran. Son père était général dans la brigade de la garde et son grandpère, colonel d'un régiment d'infanterie, avait trouvé la mort à l'assaut de la forteresse de Hérat, en 1855.
12 JUIN 1926 L'ILLUSTRATION N°4.34:-- 615 ANDRÉ CHATENET DIRECTEUR DES SERVICES TECHNIQUES DE L'Illustration La mort d'André Châtenet, directeur des services techniques de L'Illustration, a mis en deuil notre maison, qui doit une bonne part de sa prospérité et de sa grandeur à ce maître, presque universel, des arts appliqués à l'imprimerie, à ce créateur de procédés ingénieux, architecte, inventeur, réalisateur d'idées, manieur d'énergies, chef paternel d'un personnel immense. La disparition a été tellement soudaine, l'heure du deuil a suivi de si près une heure de joie que cet événement, aussi cruel qu'imprévu, nous a laissés dans une sorte de stupeur. Mercredi, 26 mai. Deux hommes s'étreignent : René Baschet, directeur de L'Illustration, et André Châtenet, directeur des services techniques. Leurs chevelures, leurs barbes blanches se rejoignent. Cette accolade fraternelle marotte l'aboutissement heureux d'une longue collaboration. Le gouvernement vient enfin de récompenser l'un des deux compagnons de travail. Le ruban rouge décore la boutonnière du technicien qui, voici trente-huit ans, entra jeune et plein d'espoir dans la maison alors petite, aujourd'hui immense, dont il aida le développement et créa la machinerie innombrable. La Légion d'honneur est venue, bien tard, consacrer l'effort de ce modeste éminent. Elle est tout de même venue. Dans la promotion abondante de l'Exposiion des Arts décoratifs, le nom d'André Châtenet n'a peut-être pas retenu l'attention des foules. Il a été salué, avec amitié et respect, dans le monde de l'imprimerie d'art. Et, dans notre maison, ce fut, de la rédaction aux ateliers, un même et sincère cri de joie : « Châtenet décoré ! Enfin 1... » Le premier, René Baschet, notre Directeur, le doyen d'âge, lui ouvre les bras, le félicite. On rappelle le passé, mais, surtout, on parle de l'avenir. L'avenir ! Les deux chefs osent le régenter! Pouvaient-ils se douter que leur étreinte de tout à l'heure était un adieu, que la main noire du destin s'était déjà appesantie sur l'épaule de l'un d'eux et avait marqué sa proie? Joie de la récompense, des félicitations, des affections unanimes qui s'expriment, douce fierté du chemin parcouru et de l'oeuvre accomplie, tout cela va sombrer dans la fièvre. Et ce beau cerveau d'inventeur et de réalisateur, riche de toutes les acquisitions de la science professionnelle et de ses possibilités futures, va, en deux jours, succomber à, la congestion. André Châtenet, décoré le 26 mai, s'alita le 30 avec une pneumonie. L'organisme, ruiné par un long surmenage, ne put résister au mal, qui se révéla tout de suite foudroyant, et la mort fit son œuvre dans la nuit du juin. Le nouveau légionnaire n'avait pu porter que pendant quatre ou cinq jours l'insigne de sa décoration. Et l'on n'avait pas encore eu le temps de lui offrir, comme on se le promettait, la croix elle-même. Cependant. notre grand chef René Baschet, qui avait eu la joie aussi de voir son fils aîné décoré dans la même promotion, avait offert à ce fils la croix qu'il avait reçue lui-même jadis. Louis Baschet vint épingler sur le lit mortuaire cette croix familiale et qui prenait ainsi doublement une signification de relique. André Châtenet eût aimé ce geste de piété jeune et spontanée. * ** Samedi dernier, à deux heures, l'une des grandes salles des ateliers de Saint- Mandé, créées par le disparu, avait été transformée en chapelle ardente pour permettre aux nombreux collaborateurs et aux sept cents ouvriers et employés de L'Illustration de s'incliner, dans une profusion de lumières et de fleurs, devant le cercueil d'André Châtenet. Là prirent avec émotion la parole — après M. le docteur Marchoux, membre de l'Académie de médecine, le plus ancien ami du disparu — le directeur et le rédacteur en chef de L'Illustration. Le discours de M. René Baschet, en évoquant l'oeuvre et la destinée interrompue, retraça dans ce raccourci saisissant la vie du grand journal à laquelle fut si intimement associée la vie qui venait de s'éteindre : « L'uatvre de Châtenet, mais c'est toute notre maison. Et l'histoire de sa vie, c'est une de ces belles images que l'on montre aux nouvelles générations comme un encouragement et un exemple. Le jeune André se destinait aux ponts et chaussées et se vouait à l'amélioration de nos routes ou de nos chemins de fer. La bonne fortune de notre journal le dirigea, en 1888, vers la rue Saint-Georges où il devait consacrer son existence à perfectionner L'Illustration. Son frère était à cette époque chef du service des couleurs, où il conduisait deux machines plates. Deux presses pour le noir et deux plieuses complétaient l'outillage. Le personnel de l'imprimerie, en ces temps préhistoriques où l'on tirait 27.000 exemplaires par semaine, comptait vingt personnes. Le jeune ingénieur succéda à son frère, en 1895, comme directeur des couleurs. Il participa souvent à la mise en train, mais déjà son esprit inventif s'appliquait à diverger dans toutes les branches des arts graphiques. Pendant quelque temps, il remplaça André Châtenet. les galvanos de cuivre par des clichés en celluloïd ; en 1898, il introduisit dans le journal la similigravure qui détrôna peu à peu la gravure sur bois, et dessina les plans d'une grosse rotative en cinq couleurs genre Orloff, dont la rapidité devait abréger les délais de tirage des suppléments en polychromie. Le succès du journaal s'affirmait. Lucien Marc avait acquis deux immeubles contigus à l'hôtel de la rue Saint-Georges, 42 et 40 rue de la Victoire. Secondé par les architectes Capitaine et Yvon, André Châtenet avait terminé, en 1896 et 1901, l'édification des ateliers de photographie, de gravure, de composition, d'imprimerie et de brochure qui servent encore et ont été depuis agrandis à trois reprises. » Châtenet, c'était le Maître-Jacques de L'Illustration. La mécanique, l'électricité, l'architecture, la technique et l'application de tous les procédés de reproduction, aucune science pratique n'avait de secrets pour lui. Il résolvait tous les problèmes dont on lui posait les données. Très ouvert aux nouvelles découvertes, il les appliquait dans leur primeur et tout de suite inventait des perfectionnements qui les transformaient. Il avait trouvé en son directeur un autre ami du progrès, et la tradition s'est faite que c'est à L'Illustration qu'on a vu les premières presses Miehle à grand rendement, les premières machines de rotogravure et d'offset, les première monotypes, les premières applications du moulage au plomb. Récemment encore, la maison Lambert nous livrait, d'après les plans de Châtenet, une machine-hélio qui, avec un maximum de simplicité, obtient tous les résultats qu'on peut demander à ce procédé appelé à un grand avenir. Les brevets Châtenet prolongeront le retentissement de son nom. » Châtenet entrait, le soir dans nos bureaux, rapportant de Saint-Mandé les premières feuilles de tirage de trichromie. C'était déjà un plaisir de voir sa bonne figure loyale, dont la couleur tendre adoucissait l'allure patriarcale. C'en était un autre de constater les améliorations que son sentiment artistique et sa science pratique avaient obtenues des clichés qu'on lui avait confiés. On a peine à se convaincre que de cet ami des bons et des mauvais jours, de ce confident des regrets et des espoirs, de ce magicien qu'on savait capable de tous les miracles, on n'apercevra plus la franche physionomie dans l'encadrement de la porte où, instinctivement, on attend son apparition. Mais sa mémoire restera vivace parmi nous. Les souvenirs accourent en foule : l'inondation de 1910, les sous-sols novés. les moteurs installés c'Uns la cou' r de l'Union des gaz et Chantecler paraissant à l'heure fixée ; la guerre et les ateliers vidés en un jour, puis la reprise progressive du travail à l'aide d'apprentis bientôt galvanisés par les leçons du maître et par sa bonhomie encourageante, le tirage s'élevant jusqu'à 400.000 pour transporter les paroles et les images et la pensée françaises à travers le monde secoué par la formidable crise... » Nulle part, sans doute, plus qu'à L'Illustration le travail intellectuel et le travail manuel avec toutes ses expressions d'art ne se réalisent dans une collaboration, dans une union plus étroites. André Châtenet fut le bon artisan de cette entente de toutes les heures. Le chef de notre rédaction. Gaston Sorbets, a tenu à dire à quel point Châtenet — architecte, ingénieur, mécanicien, imprimeur, maître des ateliers — se montrait, lorsqu'il venait dans nos bureaux, un esprit fin, aiguisé et de si bon conseil. « Il ne lui suffisait point d'être au courant de tous les progrès de la mécanique et de la technique de l'imprimerie, et même de les accélérer ; il était aussi un artiste véritable et qui évoluait avec son temps dans les lignes traditionnelles. C'était, sous sa bonhomie coutumière, une véritable philosophie qui se révélait en lui, et de la meilleure, celle qui ne contente pas de raisonner, mais qui agit... Il fut, dans une appréciable mesure, le créateur de l'harmonie qui règne dans notre maison. Que de fois on le vit insister auprès de la rédaction pour qu'elle n'obligeât point par quelque retard le personnel des machines à un trop pénible coup de collier! Que de fois on le vit expliquer à ses ouvriers comment la rédaction voit ses pages, préparées avec tant d'application et si soigneusement disposées, tout à coup bouleversées et emportées par les grands coups de vent de l'actualité I... Ce rôle de conciliateur, dans lequel il excellait parce qu'il correspondait à ses éminentes qualités, à son intelligence si compréhensive et, par conséquent, si indulgente, il l'a tenu jusqu'au bout. Il s'appliquait sans cesse et il contribuait efficacement à faire se connaître mieux et s'estimer davantage des hommes appelés à travailler côte à côte, chacun selon ses moyens, selon ses aptitudes... » Ainsi, de cette vie, de cette oeuvre, de cette autorité morale, de ce coeur lucide et rayonnant, une haute leçon se dégage, une leçon d'union fraternelle opposant ses résultats féconds aux stérilités des divisions et des antagonismes. Le nombre de ceux qui ont eu à, coeur de lui rendre les derniers honneurs, la profusion de fleurs autour de son cercueil, l'unanimité des regrets qu'il laisse après lui ont témoigné de l'affection dont avait su s'entourer cet homme excellent. De même que, voilà trois ans, l'hôtel de L'Illustration tout entier fut la grandiose chapelle funéraire de son rédacteur en chef, Maurice Normand. de même les ateliers magnifiques de Saint-Mandé, tendus de noir, abritèrent une dernière fois celui qui les avait conçus et réalisés. Comme on a pu le dire justement, « la plus belle imprimerie du monde abrita son catafalque, comme ia plus belle équipe du monde d'imprimeurs en couleurs lui fit cortège ». * **



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