L'Illustration n°4345 12 jun 1926
L'Illustration n°4345 12 jun 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4345 de 12 jun 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 111 Mo

  • Dans ce numéro : la révolution militaire en Portugal.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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612 — No 9343 L'ILLUSTRATION 12 JUIN 1926 Le terrain d'atterrissage et les hangars de Bamako, capitale du Soudan. hostile des tribus dissidentes, leur prisonnier qui avait déjà été vendu deux fois depuis sa capture ; et, en six jours, Reine regagnait Tiznit, presque acclamé sur son parcours par ces mêmes tribus qui, quelques heures auparavant, m'a-t-il confié, voulaient le mettre à mort. La crânerie de notre pilote à l'heure du danger, la fidélité de son interprète et l'habileté du capitaine Roussel avaient au moins momentanément gagné les tribus insoumises à la cause de l'aviation française. Quelque temps après, c'est le chef même d'une de ces tribus, un vieillard d'influence notoire, qui monte à Agadir, prend place dans un des avions de la ligne et va rendre visite à Saint-Louis au gouverneur de la Mauritanie, le colonel Gadaine, affirmant ainsi sa confiance dans les ailes françaises. Le cauchemar qui hantait nos pilotes se dissipait et, à mon retour, c'est presque avec humour et gaieté que ces braves et gais compagnons envisageaient un atterrissage éventuel en zone insoumise... J'avais, dans cette bagarre, perdu mes bagages et mes appareils photographiques, et c'est ce qui me prive du plaisir que j'aurais eu à illustrer moi-même cet article. Passons maintenant à l'aviation militaire de l'A. O. F. dont l'effectif se compose d'une seule escadrille, c'està-dire de huit à dix avions, et qui a pu cependant accomplir un travail considérable dont il y a lieu de louer sans réserve le colonel Tulasne, le capitaine Gama et leurs dévoués collaborateurs. Grâce à leur courageuse activité, l'escadrille de l'A. O. F. a pu effectuer des reconnaissances dangereuses contre les e rezzous » organisés par les tribus pillardes contre nos postes de Mauritanie et du Sahel; elle a accompli de nombreuses et fructueuses missions photographiques pour les travaux d'irrigation des régions nigérienne et sénégalaise : elle a réalisé la liaison aérienne de l'A. O. F., à l'Algérie, à travers le Sahara, par Tessalit; elle a assuré de très nombreuses évacuations sanitaires ; elle a enfin, en janvier et février dernier, établi un service postal régulier entre Bamako. capitale du Soudan, et Niamey, capitale du Niger, sur un parcours de 1.400 kilomètres, permettant ainsi aux habitants les plus éloignés de la colonie de recevoir en dix jours, en. combinaison avec la ligne postale Toulouse-Dakar, le courrier de France. Tous ces superbes résultats n'auraient pu être obtenus sans une infrastructure aéronautique de premier ordre dont tout l'honneur revient à l'administration de chaque colonie. En effet, l'A. O. F. dispose, à l'heure actuelle, de 270 à 280 terrains d'atterrissage, judicieusement disposés le long de routes économiques et commerciales, distants les uns des autres d'une quarantaine de kilomètres et permettant ainsi, en toute sécurité, le survol rapide de ces immenses territoires si éloignés les uns des autres il y a quelques années seulement. En un mot, l'aviation civile et militaire est arrivée en A. O. F. à un tel degré d'entraînement pratique que j'ai pu, sans préparation et sans accident, y parcourir 13.000 kilomètres en utilisant — y compris le personnel et le matériel de la Compagnie Latécoère — 25 avions et 25 pilotes différents, prouvant par ce seul fait la qualité des engins employés et la forme parfaite des aviateurs. Il faut espérer que cet effort prodigieux sera encouragé et développé. L'aéronautique coloniale de l'A. O. F. constituera d'ailleurs, outre ses avantages économiques considérables, un merveilleux moyen de pénétration pacifique très propre à influencer en notre faveur la race indigène, et je n'en veux pour preuve que ce qui se passa à Ouagadougou à notre arrivée dans la capitale de la Haute-Volta avec trois avions. Des centaines de noirs attirés par le spectacle annoncé s'étaient massés aux abords du terrain d'atterrissage précédés d'un des ministres du Moronaba. le roi du Mossi, chef à la fois temporel et spirituel dont l'influence s'étend sur un territoire immense. Aussitôt l'atterrissage des trois appareils terminé, le ministre se tournant vers les indigènes leur lança cette apostrophe significative : c Vous voyez tous... ça, c'est manière blancs... maintenant il n'y a plus qu'à payer l'impôt sans discussion. » Mais l'A. O. F. n'est pas seulement une colonie prospère et riche dont l'activité commerciale se déve- loppe chaque jour. C'est pour les sportsmen un terrain de chasse de premier ordre où ils pourront trouver les espèces les plus variées de la faune africaine, depuis la panthère, l'éléphant, le buffle, l'hippopotame, l'autruche, la girafle, le caïman, le phacochère, tous les genres d'antilopes, de gazelles, de singes, jusqu'aux lièvres, perdreaux, pintades, canards de toutes sortes, volatiles innombrables, tellement innombrables que je doute qu'ils soient tous entièrement connus. Les lions abondent dans ce pays et l'on en trouve un peu partout dans les c postes », qui sont gentiment apprivoisés jusqu'au jour où, leurs instincts féroces se révélant, il faut les abattre. Quelquefois les hasards de la vie de c brousse » permettent au chasseur de saisir sur le vif une des particularités d'existence de cette faune variée. Témoin les deux vues prises par M. Labitte, adjoint aux services civils, avec lequel je pistais une gazelle. Tout à coup, à 40 mètres de nous, un phénomène se produisit que, d'abord, nous ne comprîmes pas. Un serpent python venait d'assaillir notre bête de chasse, s'était fait traîner, puis s'était enroulé autour de son corps pour la maîtriser et la tuer par succion sur la gorge. L'opération dura huit à dix minutes ; mon compagnon eut le temps d'envoyer chercher son appareil photographique qu'un porteur gardait à 200 mètres de là, d'approcher, de photographier la scène, puis d'abattre le python. Cette vision curieuse paraîtrait indiquer que le python ne tue pas ses victimes par encerclement, mais les égorge. En un mot, l'A. O. F. est un pays où le sport peut s'allier aux affaires, et maintenant, grâce aux progrès de l'aviation, très accessible. En quittant Paris le vendredi soir. on pourra vraisemblablement bientôt être à Saint-Louis-du-Sénégal le lundi suivant, y passer une semaine entière et, en moins de quinze jours, avoir regagné son « home » parisien après avoir vécu quelques bons moments dans une brousse pleine d'attraits et d'imprévu. Ct° DE LA VAULX. Gazelle surprise et paralysée par un python, qui a commencé de l'égorger. Le serpent tué d'un coup de fusil, et sa proie, la gorge ouverte. UN DRAME DE LA BROUSSE DANS LA RÉGION DE NIAMEY
12 JUIN 1926 L'ILLUSTRATION No 4145 - 613 DEUX JARDINS ou LE NOUVEL ORPHEE Je connais deux jardins... L'un, jardin de curé, ou vieux jardin épiscopal, car il est vaste. La pomme d'amour y voisine avec la rose. Tiède et humide jardin du Médoc qui encadre une maison blanche, âgée d'un siècle, et qu'enserre de toutes parts la vigne opulente... Sous ce toit reposant, dans cette solitude odorante où veillent deux bonnes fées, sous ces tonnelles de jasmin, dans l'ombre violette de ces pins d'Italie, sur ces allées sablées qu'ourlent de leurs festons les pampres rougissants et bleuissants, un grand musicien a vécu, a passé, le plus grand musicien français avec Debussy, notre maître, mon compatriote et mon ami Gabriel Fauré, le chantre héroïque et tendre de Pénélope, le poète ineffable des Nocturnes et du Clair de lune... Ce prince de l'harmonie au visage délicieux venait retrouver là son disciple bien-aimé, Roger-Ducasse ; un jour — jour lointain déjà — son beau front, ombragé de blancs cheveux soyeux, s'inclina, ses yeux vifs et rêveurs s'allumèrent d'un feu grave et fier. Dans la pièce longue et basse, qu'ornent les ors fanés des reliures anciennes, la flore capricieuse des soies et. des faïences de jadis, sous la main passionnée de Roger- Ducasse, le grand piano palpitait comme un orchestre. Maquette de Golovine, pour le premier acte d'Orphée (exécutée par Oreste Allegri). Bacchante. (Costume dessiné par Benois.) et c'étaient les premières mesures du magnifique thème d'Orphée... C'est là, au Tailhan, entre la vigne et la maison, pour parler comme Lamartine... et comme Jean Balde, romancière si chère aux Girondins, c'est là, dans ce vieux jardin français où poussent la joubarbe, l'ancolie et l'aristoloche, dans cette demeure provinciale contemporaine des premières Méditations, c'est là qu'est né ce nouvel Orphée qui ne parle pas, qui ne chante pas, parce que l'âme symphonique du dieu de la musique, la voix humaine, est trop faible pour l'exprimer. Je sais un autre jardin... C'est à Paris, non loin d'une place où règnent les ombres légendaires de Washington et de La Fayette... Gravissez quelques degrés. Vous voici dans une salle tendue de brocarts d'Italie, décorée d'admirables Coromandels. Mais allez vers la grande baie. Quelle surprise! Sous ce jour artificiel, si parisien, un jardin se révèle, imprévu, un vrai jardin de féerie qui n'est que fleurs... Vers le ciel, qu'on devine plus qu'on ne voit, c'est toute une ascension de roses grimpanteg, de crimsons échevelées et rougissantes, se profilant sur les fonds mauves des rhododendrons. Mais surtout le grès qui tapisse les étroites allées a le bleu verdissant des turquoises mourantes; et cet azur pâli, prêt à s'évanouir, voici que vous le retrouvez à l'infini, non seulement sur le bois précieux des pergolas, mais dans les innombrables massifs d'hortensias bleus. Le bleu est l'obsession des regards sensibles, des regards blessés. Ceux qui se posent et se reposent ici sur tant de bleu ont connu d'illustres blessures : hier les flèches de saint Sébastien, aujourd'hui les ongles furieux des Bacchantes... C'est là, dans ce bleu studio, devant ce jardin bleu, luxueux et raffiné comme un jardin de Byzance, qu'Ida Rubinstein, impératrice du geste, évoque, après les images de Mantegna, de Vinci et du Sodoma, l'archaïsme mystérieux des bas-reliefs orphiques. C'est là qu'inspirant les somptueux décors de Golovine, exécutés par Oreste Allegri, et les costumes si originaux de Benois, Ida Rubinstein a réalisé la conception de ce nouvel Orphée, dieu d'harmonie et de lumière. c Saint Sébastien, Orphée, dit cette noble artiste... Les deux seuls rôles qui m'auront permis de m'évader vers le divin. Quand, à. l'Opéra, le rideau se lèvera sur le décor fleuri du premier acte de l'Orph.ée de Roger-Ducasse, je reverrai obstinément les deux jardins, le vaste jardin girondin qu'empourpre le sang des vignes, et cet étroit jardin parisien... ou byzantin, si secret, si bleu, si calme, si magique... C'est dans ces deux jardins qu'est née, que s'est épanouie l'âme symphonique, l'âme merveilleuse du nouvel Orphée. RAYMOND ESCHOLIER. L'ÉPÉE D'ALBERT BESNARD Par une tradition charmante, c'est l'admiration et l'amitié qui offrent aux académiciens nouvellement élus leur épée dont le symbole, par les soins d'un art ingénieux, prend sa forme expressive. Le 8 juin dernier, les admirateurs et. les amis d'Albert Besnard, auquel, cette semaine, l'Académie française faisait son accueil officiel, remettaient au maître, dans une cordiale et touchante réunion intime, prologue de la séance solennelle, l'épée que lui offrait un comité composé sur l'initiative de M. Pierre d'Espezels, directeur des Cahiers de la République (les Lettres, et où se rencontraient, autour d'artistes comme Aman- Jean et Maurice Denis, d'écrivains comme Georges Lecomte, Marcel Prévost et J.-H. Rosny aîné, de critiques et d'amateurs d'art comme Armand Dayot, Paul Jamot, Frantz Jourdain, Raymond Koechlin et Camille Mauclair, de diplomates comme Camille Barrère. L'exécution de l'épée avait été confiée au sculpteur Bourdelle, qu'une amitié ancienne lie à Albert Besnard. Dans la poignée que nous reproduisons ici, le sculpteur a voulu synthétiser l'oeuvre d'Albert Besnard, chantre lyrique de la beauté féminine. C'est la mère des humains, Eve, qui représente toutes ses filles. Son corps dressé forme la fusée de l'épée, que couronne sa tête renversée; ses pieds reposent sur la garde, ses bras achèvent de dessiner la poignée. Avec son audace géniale, Bourdelle a identifié Eve à l'arbre de la science du Bien et du Mal. Ses pieds s'enracinent, son corps forme le tronc du pommier fatal, ses bras se transforment en branches et ses mains laissent échapper les pommes en une longue guirlande d'où naît enfin le Serpent qui fixe son regard sur le visage de la Femme. Cette figure d'Eve est si admirablement architecturée, si vaillamment modelée, qu'elle pourrait être grandie jusqu'à des proportions colossales. Elle est digne des deux grands 41-listes dont elle unit et glorifie les noms. UN PORTRAIT DE M. MUSSOLINI Nous ne pouvons passer sous silence la brève exposition, dans les galeries Georges Petit, d'une oeuvre qui a pris la portée d'une page d'histoire. C'est le grand portrait équestre de Mussolini par notre collaborateur Georges Scott. Le Duce, dans son costume noir, bien campé sur un cheval nerveux, se détache sur un paysage de Rome qu'il domine et rappelle, par son allure, la fierté de son attitude, le général Prim, de Regnault. M. Georges Scott, pour une oeuvre qu'il pensait entreprendre à loisir, comptait prendre uniquement des notes dans les entrevues que lui accordait Mussolini et qui étaient loin d'être des séances de pose; mais, saisi par le caractère, l'autorité de cette grande figure, il commença sur place et, du premier jet, l'exécution définitive de la toile. Le portrait traité ainsi prend l'accent, auquel on ne se trompe pas, d'une vision directe. FAITS DE LA SEMAINE L'épée d'académicien d'Albert Besnard, ciselée par Bourdelle. — Phot Li& de Feance. -- Le congrès féministe vient de se clore. Samedi dernier, une séance solennelle eut lieu au Trocadéro sous la présidence de M. Herriot. La veille, une manifestation en autocars avait parcouru les grands boulevards et les vingt arrondissements de la capitale. -- L'abbé Tauleigne, titulaire, depuis octobre dernier. du prix de 5.000 francs et de la médaille d'argent de la fondation Carnegie, à Chicago, physicien et radiologue de très haute valeur, sans-filiste éminent, vient de mourir, âgé de 56 ans, victime de la science. -- Le nouveau procès du peintre suisse Hans Bossard, qui, condamné par contumace, en 1923, pour complicité d'intelligence avec l'ennemi, s'était constitué prisonnier, s'est terminé cette fois par un acquittement. -- Le sculpteur Paul Landowski a été élu membre de l'Académie des beaux-arts.



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