L'Illustration n°4345 12 jun 1926
L'Illustration n°4345 12 jun 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4345 de 12 jun 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 111 Mo

  • Dans ce numéro : la révolution militaire en Portugal.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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606 — No 4345 L'ILLUSTRATION 12 JUIN 1926 A Djeddah : habitations du centre de la ville, toutes pourvues de balconnets de bois ouvragés en « moucharabiehs ». UNE CITÉ D'ART ARABE DJEDDAH, « LA VILLE DE LA GRAND'MÊRE » L'esprit de tolérance d'Ibn Séoud, nouveau roi du Hedjaz, va permettre, comme on vient de le lire dans l'article précédent, la reprise immédiate des grands pèlerinages de la Mecque. Ainsi, l'attention des musulmans du monde entier est attirée sur Djeddah et Yambo, les petits ports de la mer Rouge d'où, par caravanes, les fidèles arrivés par mer, principalement de Java. des Indes, de l'Afrique du Nord, débarquent et gagnent à chameau les sanctuaires de la Mecque et de Médine. A Médine, dont le port est Yambo, éloigné de dix étapes, ils trouvent le tombeau ,1e Mahomet, suspendu par des cordons de soie, à côté de ceux d'Abou- Bekr et tl't hear. A la Mcoque, où tout, croyant souhaite parvenir une fois dans se vie et gagner ainsi le tit re de « El Hadj » (le pèlerin), ils contemplent avec respect, au milieu d'une place rectangulaire, une très simple construction cubique de pierre grise, la e Kaaba ». qui serait l'oratoire d'Abraham et d'Ismaël. Cette e maison de Dieu » (Bayt-Allah) servit jadis de Panthéon arabe : le Prophète y détruisit toutes les statues et images, y compris celle d'Abraham ; son angle Nord-Est enchâsse une pierre noire très vénérée. Chaque année, la Kaaba est recouverte d'un voile d< soie noire avec une large ceinture à cercles d'or et d'argent, qui est apporté d'Égypte et dont les pèlerins s'arrachent les morceaux comme reliques. Non loin de là est aussi le puits de Zemzem où Agar. répudiée, trouva de l'eau pour Ismail mourant de soif, sauvant ainsi de la mort le père des Arabes. Les deux villes saintes. distantes de 432 kilomètres l'une de l'autre, sont reliées par le chemin de fer du Hedjaz qui remonte de là vers le Nord et, gagnant Damas, tachait, avant la guerre, au réseau de la Turquie d'Asie. Mais cette ligne a beaucoup souffert pendant les hostilités et sa destruction a été totale en de nombreux points. D'autre part, depuis quelques années, en raison de l'état. longtemps troublé du pays, aucun pèlerinage officiel n'a pu avoir lieu. Aux souffrances d'une guerre intérieure est venue s'ajouter la privation de l'afflux d'or apporté par les fidèles de toutes les parties du globe islamisées. Aussi, la première préoccupation du chef des Wahabites. le nouveau sultan du Hedjaz, devait-elle être, après avoir réussi à asseoir sa domination sur tout le pays, de rétablir l'animation des sanctuaires, si nécessaire à la prospérité de centres de 20.000 (la Mecque, 6.000 (Médine), 10.000 habitants (Djeddah), situés en régions quasi désertiques à peu près dépourvues de ressources naturelles. La cuve de pierre, longue de 80 métres, dite le ,t tombeau d'Eve qui a donné son nom à Djeddah. Actuellement, ce sultan, Abd-el-Az:z ben Abd-el-Rhaman al Fayçal. — que l'on nomme ordinairement., pour le distinguer du roi Faycal, e Ibn Séoud », — s'applique à la reconstruction de la voie ferrée et à la reprise des relations avec nos réseaux de Syrie que devront emprunter les pèlerins turcs allant à la Mecque. par le continent asiatique. Mais la reprise la plus importante de ce mouvement. se fera par mer et se dirigera sur Djeddah, le meilleur port, quoique assez encombré de bancs de sable, d'où l'on gagne habituellement la Mecque, éloignée de 90 kilomètres au Sud-Est, en cinq petites étapes de ch.imeau. Djeddah, elle aussi, est une ville sainte, appelée curieusement de son nom arabe : e Médine-ed-Djeddah » : e la ville de la grand'mère », c'est-à-dire d'Eve ellemême! Tout voyageur, entre l'Europe et. l'Extrême-Orient ou l'Est africain, passe en nier Rouge, au large de cette cité, et sans l'apercevoir : il perd la jouissance d'une merveille l'art très peu connue des. non-musulmans. Deux années de guerre l'ont malheureusement tenue en grande détresse et désolée par des épidémies terribles : un veto s'est opposé longtemps au séjour de tout. visiteur étranger, qui pouvait arriver à Djeddah par cieux lignes régulières de navigation, 1. -une égyptienne, la Compagnie khédiviale. touchant par ses services bimensuels tous les ports d'Asie, de Constantinople à Aden, et l'autre, italienne, dont les passages sont moins fréquents. Longtemps Djeddah, débouchant sur une mer libre, a résisté aux pressions des Wahabites qui détenaient l'intérieur du pays et l'encerclaient. En février dernier seulement, après avoir épuisé tous ses moyens de résistance, son roi Ali prit place sur un bateau anglais pour être ramené auprès du roi Hussein, son père, cependant qu'Ibn Séoud prenait possession de cette clef du Hedjaz, importante et si longtemps convoitée, et marquait par là son succès définitif. Au moins, des destructions furent ainsi évitées et l'on éprouve la satisfaction de voir épargné le plus bel ensemble architectural de la côte arabique : il s'agissait là d'édifices délicats et fragiles qu'incendies ou pillages auraient facilement détériorés, sinon anéantis. Détail des façades ouvragées en bois scuplté. A Djeddah, les vapeurs jettent l'ancre loin du rivage et c'est par un chenal étroit
12 JUIN 1926 L'ILLUSTRATION N0 4.345 — 607 et sinueux que les vedettes et les barques s'approchent de la ville. Elle surgit toute blanche, régulière, audessus de l'eau et des sables, en prestigieuse apparition de l'Orient le plus pur, d'un Orient arabe très affiné. De hautes silhouettes de maisons à quatre ou cinq étages se dressent serrées les unes contre les autres, non pas en cubes blancs géométriques un peu monotones d'aspect extérieur, comme les demeures algériennes ou marocaines, mais en successions de façades de pierre blanche, légères, élégantes, merveilleusement ornementées de dessins, rosaces, arabesques, de stuc blanc en creux et en relief. Ces façades sont agrémentées d'une quantité de balconnets saillants et fermés en moucharabiehs de bois ajouré à petits volets et vantaux mobiles. On dirait autant de gracieuses cages suspendues, dont les toits ont une forme légère en accent circonflexe à rebord découpé et finement sculpté. Cette délicate architecture de l'ancien style arabe décore toutes les rues et placettes de la ville, avec une surprenante homogénéité, sans la tache d'aucun bâtiment moderne, ni d'aucune construction à l'européenne. Là réside le charme de cette vieille cité intacte, par ailleurs dépourvue de monuments publics, tels que ces fontaines ou ces mosquées qui sont la gloire du Caire ou de Damas. Ce décor, resté si pur, se complète d'une figuration très colorée et très particulière : les guerriers du Hedjaz s'enveloppent de draperies flottantes et laissent tomber sur leur nuque et leurs épaules un voile chatoyant une double couronne souple très originale : elle est formée alternant avec de petites sphères de lainage à tons vifs. Les o id 4- ffee • Magal À rza Chab Medine e N, El • , b ah/. 1E1 ith‘odba • 'jurera/il Po—t r .-Soudan ouakin— o Aisiourj \ • c„;,ifoda ; • Ciat(o/ea I Ras. Elba (7/ • drehib FfIfite pleine tr> Dieddah ' KherChea la Q o Ha da, Roua. la Mecque Désert( 0 de 0 I Ida ‘• aadieh Cha eubie‘e, Ali fse kakia • 50 100 Le Belad-el-Aram (pays sacré) des villes saintes : la Mecque, Médine et Djeddah, en face du Soudan anglo-égyptien. maintenu replié sous de torsades d'argent femmes sont, comme en Egypte, de noir vêtues et encore rigoureusement voilées, alors qu'au delta du Nil elles cessent peu à peu de l'être. Le haut de leur coiffe est rigide et sa forme carrée leur donne l'aspect, de certaines religieuses. En pleine rue campent les caravanes venues du dehors ; des tentes s'établissent aux carrefours. Le malheur des temps a longtemps voulu que les voies publiques soient jonchées de cadavres d'ânes et de chameaux, parmi lesquels des affamés cherchaient leur subsistance... A la périphérie de cette ville si pittoresque, les grands édifices font brusquement place à la plaine nue et sableuse au delà de laquelle ondulent les collines arides du Hedjaz. Au sortir de la cité, un vaste cimetière musulman contient le très singulier édifice d'où la ville tire son nom. Ce sont deux longs murs parallèles réunis aux extrémités par deux petites coupoles abritant chacune un pilastre, et au centre .par une petite mosquée. Les pèlerins de la Mecque ne manquent pas d'y venir faire leurs dévotions; il s'agit là, assurent-ils, du tombeau d'Eve, notre ancêtre à tous, et, à les en croire, cette « grand'mère » devait être vraiment, une « mèregrande ». car la distance entre les deux pilastres qui marquent tête et 'pieds n'est pas inférieure à quatrevingts mètres! Tombeau d'Eve et demeures quasi aériennes de féerie orientale ; c'est ainsi, par une tradition surprenante et par un ensemble saisissant d'art, que les pèlerins, bientôt, vont. de nouveau, aborder au « Belad-el-Aram », le pays sacré, tout vibrant encore de la lumière du prophète! GEORGES DE GIRONCOURT. • r 4«. 1111.1111 Md 1111111111111111111111.111..1 ..111111.1.1.1. ...MM Une petite place à Djeddah où les chameaux campent librement.



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