L'Illustration n°4345 12 jun 1926
L'Illustration n°4345 12 jun 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4345 de 12 jun 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 111 Mo

  • Dans ce numéro : la révolution militaire en Portugal.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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590 — N0 4345 L'ILLUSTRATION 12 JUIN 1926 NOS PROCHAINS SUPPLÉMENTS Succédant à \ ROSE DE SEPTEMBRE, nous publierons le 19 juin. dnni> lu série de La Petite Illustration théâtrale : Un Perdreau de l'année, une spirituelle comédie en trois actes, jouée au théâtre Michel, oit M. Tristan Bernard met en scène, avec sa verve coutumière, les mésaventures sentimentales d'un béjaune ; Et avec le numéro du ..?e; juin : Mozart, la comédie en trois urIcs dr M. Sacha Guitry. où Mme Yvonne Printemps fuit triompher depuis tant de mois, ouvris de l'auteur, au théâtre Edouard-1'H. la figure charmante et jeune d'un Mozart amoureux. LES MŒURS NOUVELLES LES FÉMINISMES Le féminisme, à propos du vote des femmes, vient de tenir à Paris ses assises internationales. Un congrès est un signe de puissance, assurément, mais aussi de diversité, et il arrive que la diversité, en s'affirmant, limite la pUissance. Même après cet effort, pourtant, l'heure des réalisations intégrales et définitives ne semble point encore arrivée. Essayons donc, à cette occasion, en dehors de ces innombrables associations et groupements féministes qui ne s'entendent pas toujours, de remonter au principe qui, tout à la fois, justifie dans la vie moderne les revendications des congressistes et explique les difficultés auxquelles elles se heurtent encore, notamment dans les pays de culture latine, comme la France. ** Et d'abord, au juste, qu'est-ce que le féminisme ? Beaucoup de féministes n'aiment pas ce mot. qui semble opposer un sexe à l'autre, comas» s'il s'agissait d'une rivalité naturelle, alors qu'il s'agit d'une inégalité sociale. La société française nous offre le spectacle ininterrompu d'une sorte de royauté féminine, depuis la châtelaine de la chevalerie jusqu'à la grande dame (ou la petite femme, si vous préférez) de nos salons ou de nos tennis. Nos moeurs ont été dirigées par la femme ; notre littérature, inspirée par elle. A toutes les époques, les arts et la vie ont été tournés vers l'amour, et l'amour (chevaleresque, précieux, marivaudant, romantique ou flirteur) a pris le ton et le tour que les amoureuses souhaitaient. Si même, aujourd'hui, certaines femmes se plaignent d'être moins aimées et proclament que le sentiment se meurt, c'est que la plupart d'entre elles n'y tiennent plus, préférant aux risques et au surmenage de la passion des plaisirs plus pervers et moins assujettisants. La femme a donc régné chez nous, et d'une manière plus absolue que nos rois, par la beauté, par la grâce tendre et le charme mondain, — bref, par sa féminité. Son pouvoir a été séduction. Mais cette reine, pourtant, ne ressemble-t-elle point à celle des cortèges populaires?... Chez elle, à son foyer, ne redevient-elle pas esclave ?... Peut-elle disposer de ses biens, de ses enfants?... Est-elle citoyenne?... Il existe donc une opposition brutale entre le prestige sentimental de la femme et sa condition légale : la belle amoureuse est restée une mineure. Le plus souvent, elle ne sent pas cette tutelle, ou même s'en réjouit, à cause de ce prestige : la contrariété n'en demeure pas moins flagrante, et l'on appellera donc féminisme, d'une manière générale, toute doctrine qui, touchant la condition sociale de la femme, fait abstraction de la féminité (soit parce qu'elle la dédaigne, soit parce qu'elle l'ignore) pour ne tenir compte que de la légalité. En d'autres termes, le féminisme veut faire accorder à la femme, en droit, ce qu'elle ne possède le plu> souvent que par faveur. Il faut que la souveraine cesse d'être en régence. Personnellement, je suis devenu féministe. lorsque j'ai découvert qu'une femme mariée IP' pouvait obtenir de passeport sans l'autorisation maritale, qu'il lui était interdit de disposer des revenus de sa dot et que, comme dans la pièce de Paul Hervieu, la Loi de l'homme, elle ne possédait aucun moyen légal de préserver ses enfants, contre la volonté paternelle, d'un mariage scandaleux. Alors il m'est apparu (et c'est proprement l'illumination féministe, le coup de foudre de la conversion) que le statut de la femme, en France, reposait sur le sentiment, non sur le droit. Il permet le bonheur, il n'assure pas la justice. C'est précisément de quoi expliquer, tout à la fois, que les uns y tiennent et que les autres entreprennent de le modifier. On comprend donc que le féminisme soit à la fois universel et très particulier. Dans l'ensemble, en effet, l'évolution de la femme a été partout la même. Dans les sociétés élémentaires où primait la force, elle s'est trouvée naturellement condamnée, par sa faiblesse, à la servitude. Elle était achetée comme une marchandise ou capturée comme un butin. Quand les lois se sont faites, elles se sont faites contre elle, ou du moins indépendamment d'elle. En son abaissement, elle n'a eu, pour se relever, qu'un moyen : plaire. Captive, elle a, à son tour, captivé son vainqueur. Elle a fait de l'amour son arme. Et, avec cette arme, elle a lutté durant des siècles, puis elle a triomphé et, maintenant, elle veut enregistrer sa victoire en l'inscrivant dans le code. Mais cet avènement sentimental de la femme ne s'est pas opéré partout de la même manière : le drame s'est joué, selon les nations aussi bien que selon les époques, avec des acteurs et des décors différents. Peutêtre même sera-ce là un des premiers bienfaits (un des dangers aussi) du congrès qui vient de se tenir, d'avoir rendu sensible cette multiplicité des féminismes. Sans doute les propagandistes ne cessent de le répéter, et le plus sincèrement du monde, qu'elles prétendent s'en tenir exclusivement à leur programme de revendications féministes. Mais le sort de la femme dans les sociétés d'aujourd'hui est lié à un ensemble trop complexe et trop variable de conditions pour que d'autres influences ne viennent point agir sur la conception même de ce programme. Par exemple, le sort des enfants illégitimes a été discuté, — grave problème. en effet. Les femmes du Nord ont prétendu abolir toute distinction et se déclaraient prêtes, pour leur compte, à traiter comme les leurs des enfants qui ne leur appartenaient point. A quoi des Françaises et des Belges ont répondu que ce serait là torpiller la famille et surtout offenser une sensibilité affinée par une longue tradition de tendresse patriarcale. Rien ne ressemble moins à la famille anglo-saxonne que la famille française : c'étaient là, non point des doctrines et des principes abstraits qui s'opposaient, mais des régimes sentimentaux. Ainsi tout s'en mêle et tout se mêle : la race, la tradition domestique. la religion, la politique aussi. Je me souviens d'avoir fait des conférences dans une même ville, à quelques années d'intervalle. Les deux fois, ayant à effleurer des sujets délicats, j'avais eu soin de me renseigner préalablement, et bien m'en prit, car, touchant le vote des femmes, notamment, il y avait eu un chassé-croisé entre deux partis politiques. Le vote des femmes avait d'abord été réclamé par la gauche (c'était le cas à mon premier passage), et, à mon second, l'on vint m'avertir que cette revendication était devenue le privilège de la droite. La raison de ce mouvement — d'ailleurs devenu très général — était chez les uns et les autres le rôle présumé que l'on attribuait à l'influence religieuse dans le choix des électrices. Et la littérature s'y est mise aussi. N'avons-nous pas vu des générations de petites femmes qui, sous l'influence des dramaturges et des romanciers du Nord renouvelant eux-mêmes quelque vieille tradition du romantisme français, se répandaient dans les salons en réclamant le droit à l'amour, le droit à la vie, le droit au bonheur. et qui ne poursuivaient ainsi q 'un prétexte et une justification de leur agitation sentimentale ?... Or, en France, l'une des caractéristiques du féminisme, c'est qu'il n'intéresse pas les femmes. Toutes les fois que j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec quelque dirigeante du mouvement ou d'intervenir personnellement dans un débat (ce qui n'est point sans risque, en vérité, car il est bien difficile de faire aux militantes leur part et leur accorder tout n'est pas toujours assez), je me suis évertué à leur remontrer que le principal de leur propagande devait viser à atteindre non pas les hommes, même politiques, mais leurs semblables. Par quelle agitation, par quels cortèges et manifestations dans la rue, des troupes compactes de suffragettes ont-elles conquis de haute lutte les droits politiques de l'Anglaise ?... Voyez-vous nos élégantes, nos dactylos ou même nos midinettes arborer quelque oripeau et processionner devant le Palais-Bourbon ou le Luxembourg ?... Et, sans doute (qu'on m'excuse d'insister un peu, tenons-nous dans cette observation une vérification saisissante de ce que nous avons dit plus haut sur les origines sociales et psychologiques du féminisme moderne. Dans les civilisations de développement relativement récent, en effet, les femmes n'ont pas eu le temps d'imposer, par une assez longue tradition sentimentale, le prestige de leur féminité ; peut-être aussi, par l'effet de la nature ou du régime social, cette féminité s'est-elle moins développée. Le certain, c'est que, dans ces conditions, mal défendue par son charme, la femme n'a pu recourir qu'à la légalité. Des moeurs puritaines, la rigidité de la morale et de la religion rendaient plus difficile ou impossible cet affranchissement par l'amour que revendiquaient, à si grands cris, les ibséniennes. C'est pourquoi, dans les sociétés de formation anglo-saxonne ou de culture septentrionale, on a vu la passion féministe remplacer les autres. La Française, au contraire, perpétue la double tradition antique de la famille et du plaisir. Elle se sent à la fois vénérable et charmante, respectée comme la mère, adulée comme la courtisane. Depuis les temps les plus reculés de la vie romaine, elle a eu le temps de se faire adorer et, sans se soucier des lois, de diriger les moeurs à son gré. Objet d'une si longue idolâtrie, dispensatrice de poésie et d'amour, créatrice de toute élégance et de tout luxe, satisfaite enfin et souvent même un peu grisée de sa féminité, elle craint que le féminisme, si avantageux aux autres, bien loin de
12 JUIN 192C L'ILLUSTRATION No 424F — 591 lui servir, à elle, ne l'abaisse et ne la déprécie. Qu'importe donc un bulletin de vote à celle qui, depuis des siècles, a vu tant d'hommes à ses pieds?... Notons, d'ailleurs, qu'il y a là un instinct tout à la fois si profond et si général que, même dans les pays où les femmes se sont acharnées à conquérir l'électorat et l'éligibilité, elles en ont fait un bien mince usage, et, comme si elles dédaignaient, elles-mêmes, leur victoire, elles ont juste envoyé deux des leurs aux Communes de la Grande-Bretagne. ('e qui leur convient le mieux, semble-t-il, c'est l'administration municipale; parce qu'une cité ressemble à une maison. Ainsi apparaissent les innombrables causes qui font du féminisme un protée ou, si vous préférez, qui lui donnent le flou de ces écharpes légères qui, selon la nuance de la peau et le mouvement des épaules, changent sans cesse de couleur et de forme. Mais, parmi tant d'espèces, il n'y en a tout de même qu'une (le bonne. C'est ce bon féminisme que je voudrais définir d'un mot. La femme se développe dans un double milieu : la Famille, en particulier ; la société. en général. L'erreur que commettent la plupart des militantes, c'est de ne pas faire cette distinction élémentaire, car le féminisme domestique risque surtout de nuire à la femme, alors que les revendications du féminisme social sont la justice même. Dans l'ordre familial, en effet, toute la question se réduit à une réforme du régime matrimonial. Que le mariage soit une institution parfaite, qui le prétendrait, grand Dieu? Je dis seulement que le mariage a été la plus belle conquête que la femme ait jamais faite et qu'elle aurait tort de l'oublier. Lui seul, à travers les âges et les civilisations, lui a assuré la dignité, l'autorité, le bien-être matériel et souvent le bonheur. Quelques inégalités, plus apparentes que réelles, y subsistent sans doute, mais compensées par combien d'avantages primordiaux ! La preuve, c'est que, dans les jeunes générations, les filles continuent à le désirer, alors que les garçons le redoutent. Mais j'ajoute que, pour discuter du régime familial, se placer au point de vue soit de la femme, soit de l'homme, c'est une erreur identique. De même que la nature a fait le nid pour les petits des oiseaux, la société a établi le foyer pour les petits des hommes. Cessez donc, mesdames, de nous rebattre les oreilles avec des revendications domestiques. Rien ne vous concerne plus que nous dans la famille. Les unes et les autres, songeons, je vous prie, au véritable et seul intéressé : l'enfant ! Puisqu'il y a tant à faire encore pour lui, travaillons ensemble et sans nous quereller sur les prérogatives de chacun. La vie sociale, au contraire, comporte des fonctions que nous ne sommes pas encore parvenus à concevoir en toute liberté de l'esprit : nous continuons de les envelopper de préjugés politiques, moraux, religieux, et bien souvent nous y mêlons le préjugé des sexes. Quelque temps avant la guerre, je suis allé demander, dans un bureau de placement, une nourrice : « Femme mariée ou fille mère? » me fut-il demandé. « Peu m'importe, répondis-je, pourvu que le lait soit bon. » Et l'on m'expliqua que, pour l'une, c'était vingt francs de moins que pour l'autre. Vingt francs dans ce temps-là ! 11n préjugé privait d'une somme importante, pour un même service, une malheureuse qui. par sa situation même, avait sans doute besoin de gagner davantage. De même, (lue je fasse nettoyer mes carreaux par un homme ou par une femme, est-ce que l'ouvrage n'est pas le même et le salaire doit-il être calculé par rapport au travailleur ou par rapport au travail? Il est possible, il est souhaitable que les femmes ne soient point aptes à toutes les besognes. Il est possible, il est peut-être souhaitable qu'il n'existe point d'égalité entre deux sexes que la nature a faits si dissemblables, et c'est à discuter ces questions inutiles lue le féminisme a parfois perdu de sa force et de son autorité. Mais, lorsqu'il arrive que les deux sexes accomplissent ensemble et de la même manière une même fonction sociale, par quel abus maintiendrait-on une inégalité économique? Que la société cesse donc, elle, de faire la moindre acception du sexe. Voilà le vrai et solide principe du féminisme. Puisqu'il plaît à la démocratie de donner le bulletin de vote à tous ceux qui répondent à certaines conditions élémentaires de civisme, on ne voit point de quel droit le sexe interviendrait pour limiter ces conditions. Une femme qui dirige une maison d'industrie n'aurait pas autant de valeur sociale qu'un des ouvriers qu'elle dirige?... Les femmes mènent présentement campagne pour aller aux urnes. D'aucuns prétendent qu'il vaudrait mieux retirer le vote aux hommes que de le donner aux femmes : c'est un autre point (le vue. En tout cas, tant qu'on le laissera aux uns, le refuser aux autres est une absurdité. Après comme avant le congrès qui empruntait à Paris un rayonnement particulier, le féminisme reste donc en plein combat, en pleine évolution aussi. Sa faiblesse, c'est qu'il est obligé, le plus souvent, d'employer des procédés masculins, alors que c'est par d'autres moyens que la féminité, dans la tradition, a triomphé. Sa force, c'est que, bien plus que les féministes, il a pour lui le mouvement même des moeurs et des idées. Peu à peu, la Française, elle-même, sent changer autour d'elle la vie, affranchit son esprit, prend conscience d'un régime où le charme ne suffit plus. Les derniers adversaires de son affranchissement définitif lui objectent son instabilité, sa passion, sa nervosité. C'est que, malgré tout, nous continuons de juger la femme par rapport aux valeurs masculines. Mais ne fautil pas aller plus loin? La vie moderne, dans son ensemble, a été construite par le cerveau de l'homme qui est naturellement un géomètre, un chimiste, un ingénieur et un architecte. C'est pourquoi notre civilisation matérielle est si développée. Mais en est-il de même pour la morale, la psychologie, pour la connaissance de l'âme enfin? Qui sait si ce n'est point par d'autres méthodes que ces sciences de l'avenir se feront, et qui sait si l'idéal de demain ne devra pas justement reposer sur l'intuition féminine? En tout cas, dès aujourd'hui, dans la faillite ou la carence des forces conservatrices de l'âme, alors que tant de périls accrus, dès leurs plus tendres années, guettent les générations nouvelles, l'éducation morale de la femme, de la jeune fille, de l'enfant est entièrement à faire ; n'est-ce point là, par excellence, une tâche, un devoir féminins ? Me voici donc, en terminant, plus féministe que toutes les féministes ensemble : ce n'est pas une raison pour que celles qui, par hasard, liront cet article en soient contentes. GASTON RAGEOT. DEUX GRANDES JOURNÉES D'AÉRONAUTIQUE MARCHANDE Les 25 et 26 mai, l'aéronautique marchande européenne s'est enrichie. Le premier jour, la ligne aérienne Paris-Lyon-Marseille a été officiellement inaugurée ; le second jour, en même temps que la branche Lyon- Genève raccordait cette nouvelle ligne Nord-Sud au réseau de l'Europe centrale, la grande liaison internationale Paris-Berlin était, pour la première fois, réalisée par des avions français et allemands. En inaugurant la ligne Paris-Lyon-Marseille, la Compagnie française « Air-Union » donne à sa ligne Paris-Londres un prolongement extrêmement opportun. Paris-Londres, en effet, n'intéressait guère, jusqu'ici, que les touristes, attirés par une belle et courte promenade aérienne entre les deux capitales ; et, comme les primes de l'Etat permettaient d'offrir cette partie de plaisir à des prix peu supérieurs à ceux des transports classiques, nombre d'Anglais et surtout d'Aillé- / Amsterdam /E de et vers Europe du Bord Londres Bruxelles ologne Strasbour. Paris Prague de et vers Europe Centrale Lyon Genève Berlin Varsovie Vers Bucarest et Constantinople Marseille Vers Rome. jkhénes et l'Esypte Dynes aériennes antérieures Lignes aériennes inaugurees /es 25 et 26 Mai Lignes aériennes reprises se/on fibnéraire direct Tracé des deux nouvelles lignes aériennes récemment inaugurées et des voies internationales d'aviation s'y raccordant. ricains l'inscrivaient au programme de leur « tour d'Europe » ; Paris-Londres était donc prospère, mais d'une prospérité un peu trop spéciale. Les dirigeants de « Air-Union », persuadés de l'avenir de l'aéronautique marchande au long des grands courants d'échanges commerciaux, ont, cette fois, pris position sur l'un de ces courants : joignant Londres et l'Europe du Nord à Marseille, assurant à cette ligne les correspondances de l'Europe centrale par le raccordement Lyon-Genève, ils définissent une route aérienne à laquelle les vols de nuit donneront toute son importance. Enfin, on doit penser que, de Marseille, la liaison aérienne vers Rome, Athènes et l'Egypte, au long du parcours fameux de la Malle des Indes, s'imposera dans un proche avenir. L'inauguration elle-même a été pleinement réussie. C'est une escadrille de cinq berlines Spad, qui, de Paris, a gagné Lyon, le 25 au matin, en vol de groupe. Elle y a été bientôt rejointe par M. Laurent-Eynac, sous-secrétaire d'Etat de l'Aéronautique, 'venu sur un sixième appareil, et la chambre de commerce de Lyon, dans une manifestation extrêmement imposante, a marqué l'intérêt qu'elle portait à la liaison nouvelle, intérêt qui ira jusqu'à favoriser financièrement la permanence du service aérien. Le 26, les parcours Lyon-Marseille et Lyon-Genève ont été à leur tour ouverts au trafic et, le 26 au soir, M. Herriot, maire de Lyon, a utilisé l'avion de l' « Air- Union » pour regagner Paris. M. Herriot a été reçu sur le terrain du Bourget par M. Laurent-Eynac, rentré à Paris par avion dès la veille, et qui avait ce jour-là plusieurs raisons pour une d'être à nouveau sur le grand aéroport parisien. Au même moment, en effet, on y fêtait l'arrivée du premier avion venant de Varsovie et de Prague pardessus le territoire allemand. Evénement important. puisque ce survol, redevenu possible, redonnait leur sens et leur valeur aux grandes liaisons aériennes de la C. I. D. N. A. (Compagnie internationale de navigation aérienne), après plusieurs années d'exploitation précaire. L'accord aéronautique avec l'Allemagne était visible, sur le terrain du Bourget, à un signe plus net encore. Sur l'aire de ciment où les avions de transport débarquent passagers et marchandises, M. Herriot et M. Laurent-Eynac pouvaient voir en effet, à côté des appareils arrivés à l'instant d'Amsterdam et de Londres, un grand trimoteur métallique d'aspect inusité : c'était l'avion allemand Junker qui venait d'inaugurer la ligne Paris-Berlin, désormais quotidienne ; et, au moment où on le rentrait au hangar, on apprenait que l'avion français des lignes Farman, parti de Paris le matin, atterrissait sur l'aérodrome berlinois de Tempelhof. Rarement, le caractère invinciblement international de l'aéronautique marchande était apparu d'une manière aussi sensible. H. B.



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