L'Illustration n°4342 22 mai 1926
L'Illustration n°4342 22 mai 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4342 de 22 mai 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 103 Mo

  • Dans ce numéro : la fin de la grève en Angleterre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L'ILLUSTRATION Une partie du village de Bardaï (où habita, en 1869, l'explorateur Nachtigall, le premier Européen qui ait pénétré au Tibesti). Toubous mandaganas de Yebbi (Tibesti central). Campement d'Arabes mahamides dans le Tama. Roches du Tibesti, entre Yebbi et Gouro. DU TIBESTI A L'OUADAI, DANS UNE DES RÉGIONS LES MOINS EXPLORÉES DE L'AFRIQUE
22 MAI 1926 L'ILLUSTRATION N0 4342 — 529 presque chaque jour une eau limpide, quelques touffes de pâturage, et les anfractuosités des roches y offrent de nombreux abris contre le soleil le jour, contre le vent la nuit. Que demander de plus au désert ? Quelques gazelles enfin, là comme ailleurs, se montrent et permettent assez souvent aux voyageurs de corser un peu le menu de leurs repas. On descend de ce plateau, lorsqu'on suit l'itinéraire qui nous occupe, par les gorges magnifiques d'Asafao. Puis on arrive à Djanet, perché sur une roche, au tond d'une vaste et riante palmeraie qu'encerclent des hauteurs. Tout ce pays, sur une superficie d'environ 300.000 kilomètres carrés, est occupé par les Touareg-Azger ou Azdjer. Ils ne formaient jadis avec les Hoggar qu'une seule et même confédération. Ils se sont séparés de ceux-ci il y a une centaine d'années et ont, depuis lors, leur amenokal, ou chef suprême, indépendant de l'amenokal des Hoggar. Les habitants du Tassili des Azdjer et de ses environs immédiats sont au nombre d'environ 3.000. Ils comprennent trois grandes tribus de Touareg nobles, dont chacune se divise en plusieurs fractions ; quelques tribus d'imrads, sorte de serfs bénévoles, et un certain nombre de harratines, nègres cultivateurs. Ils possèdent des chameaux, des moutons, des ânes ; on trouve des boeufs zébus dans quelques centres de culture. Ils n'exercent pas d'industrie et vont en général s'approvisionner en Afrique occidentale. Les Azdjer sont de teint très foncé pour la plupart ; certains se rasent la tête ; d'autres portent les cheveux longs et les laissent dépasser verticalement de leur voile en mèches hérissées. D'une résistance et d'une sobriété extrêmes, ils paraissent n'avoir qu'une musculature assez faible ; M. de Laborie remarquait souvent, lorsqu'on déchargeait ses chameaux, la difficulté qu'ils avaient à soulever des caisses qui, pourtant, n'étaient pas d'un poids considérable. Musulmans, d'ailleurs assez tièdes, toutes leurs coutumes ne sont pas réglées par le Koran : ils sont à l'ordinaire monogames, et certains rites de leurs mariages s'écartent de la tradition islamique. La femme jouit chez eux, comme au Hoggar, d'une indépendance qui la place sensiblement sur le même pied que l'homme. Leur chef, du noie de Brahim ag Abakada, n'est pas, si l'on se réfère aux traditions locales, le véritable héritier du pouvoir. Celui-ci est Bou Baker ag Allegoui. Lors du passage de M. de Laborie, il était en dissidence à Rhat. Fils d'un Targui noble et d'une esclave, Brahim commandait antérieurement l'une des bandes armées qui se déclarèrent contre nous en 1916. Il s'est toujours comporté en ennemi loyal, n'achevant pas les blessés, renvoyant même les prisonniers qu'il faisait. Sa soumission, en 1919, eut une grosse influence sur celle des autres dissidents. Le Tassili des Azdjer est aujourd'hui tranquille. Les dernières tribus rebelles, les Kel Abada et les Imequaressen, sont rentrées dans l'ordre en 1922. Le 2 novembre, M. de Laborie quittait Djanet avec une modeste escorte le brigadier Girles et quatre méharistes — auxquels s'ajoutaient une dizaine de guides et de chameliers dont le chef était un Targui d'une des familles les plus considérées. Il atteignait sans encombre le puits d'In-Ezzan où se remarque une grotte dont les murs sont chargés d'inscriptions en caractères arabes ou tifinar, enfin le puits d'Orida, voisin de la palmeraie de Djado. Il y a, à Djado, un ksar en ruines, curieux vestige des habitations des Kanouris, véritable petite forteresse de terre et de pierres ; un pauvre poste, inoccupé en temps ordinaire, et de rares habitants parfaitement misérables. On jugera de la paresse des populations de cette région lorsqu'on saura que, pour éviter de cultiver la terre, les gens du Kaouar, un peu plus au Sud, se nourrissent de quelques dattes, de sauterelles grillées, et d'une sorte d'asticot dont ils provoquent l'éclosion en immergeant une pièce de bois dans l'eau, et qu'ils font cuire ; enfin, de luzerne crue. L'adjudant Dexemple, envoyé par le commandant du cercle de Bilma pour patrouiller aux abords du puits, attendait la mission avec quelques hommes ; il précédait de peu le capitaine Robin, qui, avec 50 tirailleurs méharistes et le sergent Pigeon, devait en assurer la sécurité jusqu'à Yebbi, c'est-à-dire pendant la première partie de la traversée du Tibesti. Après une dizaine de jours de marche dans une région où la roche alternait de plus en plus avec le sable à mesure qu'on progressait vers l'Est, l'expédition s'engageait dans les montagnes et rencontrait. au puits de Wour, les premiers Toubous. C'étaient de pauvres hères, vêtus de guenilles, dissimulant mal l'inquiétude que leur causait l'arrivée de cette troupe armée et vraisemblablement chargés par leurs congénères de recueillir des informations sur les intentions de celle-ci. M. Bruneau de Laborie les fit réunir aussitôt et réussit assez facilement à les rassurer, leur rappelant en quelques mots le caractère, essentiellement humain et protecteur, de la colonisation française. Le Tibesti est un vaste massif, de constitution surtout gréseuse, et dont l'altitude atteint, à l'Emi Koussi, 3.400 mètres. Il est d'un grand pittoresque. Ses roches brunes ou d'un bleu grisâtre, entièrement dénudées, aux découpures étranges, sont sillonnées de belles vallées encaissées au sol plan, au sable blanc que couvre par endroits une végétation verdoyante. En dehors de ces vallées, la progression y est d'ailleurs laborieuse. Il n'y a de pistes presque nulle part, et les chameaux marchent constamment sur des éclats de roches superposés qui les fatiguent et les blessent. Les Toubous sont représentés en plusieurs points de l'Afrique : à Koufra, notamment. Ceux du Tibesti, ou Tedas, sont vraisemblablement au nombre d'une dizaine de mille. Ils paraissent descendre de populations libyennes et sont musulmans. Ils se divisent en deux groupements principaux : les Goundas et les Tomaghras. Les chefs ou derdés du Tibesti sont fournis traditionnellement par trois familles tomaghras, mais les Goundas se soustraient, en fait, à leur autorité. D'ailleurs. celle-ci, en maint endroit, est purement nominale. Le Toubou est essentiellement indiscipliné, difficile à saisir en raison des innombrables refuges que lui offre ce labyrinthe de petites forteresses qu'est son pays. Il tue aisément et fait de la vengeance un strict devoir d'honneur. Celui qui passerait à côté du meurtrier d'un membre de sa famille sans l'attaquer à son tour serait déconsidéré pour toujours. Il glorifie également le pillage à main armée, qui a, au surplus, l'avantage de lui procurer des ressources. La manière dont il se marie procède de cette mentalité. La femme doit être enlevée de vive force, et, même quand un accord préalable est intervenu, il est d'usage que le rapt soit simulé, au milieu des cris de la fiancée et des membres de sa famille, et parfois d'une bataille énergiquement menée. La polygamie est fréquente. Au contraire du Targui. qui raille la jalousie, le Toubou est Au Tibesti : M. Bruneau de Laborie. couvert de peaux de moutons pour se protéger du froid, marche derrière son chameau. Restes macabres près d'un bouquet de palmiers entre Djado et le Tibesti. Des pillards avaient été surpris, dans leur sommeil, quelque temps auparavant, par les propriétaires du bétail qu'ilg avaient volé ; leurs squelettes sont encore étendus sur le sable. très exclusif en matière conjugale, et une infidélité peut coûter la vie aux coupables. Les villages ne sont que de simples groupements de cases, sans chef commun. Chaque famille y vit absolument indépendante des autres. Les Tedas se contentent d'une alimentation dont peu d'êtres humains pourraient vivre, ce qui ne les empêche pas d'être d'une incroyable résistance à la fatigue : quelques graines, des dattes, de la viande exceptionnellement, le tout en quantité minime. Leur sol produit peu. Leur industrie est rudimentaire, leur commerce infime, leur civilisation nulle. Leur attitude à notre égard a été longtemps hostile. Nous y avons répondu, chaque fois qu'elle s'est manifestée, d'une manière qui leur a donné à réfléchir. Une mission doit se garder sérieusement dans ces parages, et ce fut le cas pour celle de M. de Laborie. On a néanmoins le droit de croire que la politique à la fois ferme, humaine et sage appliquée par la France aura bientôt pour résultat l'apprivoisement au moins relatif de ceux des Toubous dont la confiance ne nous est pas encore acquise. Le premier Européen qui ait pénétré au Tibesti est Nachtigall, en 1869. Il a failli ne pas en sortir. M. de Laborié s'est entretenu, à Bardaï, avec un vieillard qui, après lui avoir dessiné sur le sol, avec un bâton, l'emplacement de la fruste demeure du célèbre explorateur, lui confessa, avec un sourire grimaçant, avoir fait partie d'une bande de jeunes polissons qui poursuivaient alors celui-ci à coups de pierre chaque fois qu'il s'aventurait au dehors. Nous possédons actuellement une bonne carte du Tibesti dressée, entre 1912 et 1917, par la mission Tilhô, et le capitaine Rottier a publié sur cette région et ses habitants une monographie très complète dans le Bulletin du Comité de l'Afrique française. M. de Laborie eut le plaisir de rencontrer à Bardaï le capitaine Lelong, qui venait, lui, du Sud. A Yebbi, son escorte a été relevée par la section méhariste du lieutenant Souverain. Il a atteint le poste de Gouro, puis, quittant le Tibesti qu'il avait ainsi traversé du Nord-Ouest au Sud-Est, et sur lequel il avait été assez heureux pour recueillir quelques renseignements nouveaux, il est allé passer plusieurs jours à Ounianga. Il espérait, en descendant vers le Sud, n'avoir plus à compter avec le froid, dont il avait souffert cruellement depuis Yebbi. Mais le vent glacé qui l'accompagnait dans sa marche, au cours de ses étapes quotidiennes, ne devait cesser que plus loin encore. Il arriva ainsi au poste de Fada, dans l'Ennedi, où il se sépara du lieutenant Souverain et de sa section. Cette région, avec le Borkou, situé plus à l'Ouest, sépare le Tibesti du Ouadaï. L'Ennedi présente un aspect tout particulier : de vastes plaines ou avenues de sable blanc, où des arbustes épineux sèment des points verts généralement espacés, et qu'encadrent de toutes parts de hautes roches lisses, à pic, de couleur claire au soleil. L'érosicin y a sculpté de curieuses figures, certaines de forme presque humaine. Les grottes d'Archeï, cachées dans un couloir rocheux, sont un de ses points les plus curieux. Les vallées du Zagaoua, avec leur végétation monotone, mais assez riche, où le climat est devenu plus clément, le gibier plus nombreux, les populations moins clairsemées, où le désert, enfin, s'arrêtait, ont conduit le voyageur au Tamara, presque semblable. C'est là qu'il a rencontré un proche parent d'un ancien sultan du pays, qu'une cécité complète affligeait cruellement. Interrogé sur l'origine de son infirmité, l'aveugle a répondu que le sultan, à son avènement, lui avait fait crever les yeux pour se garantir par avance contre toute tentative d'usurpation de son trône. C'était en effet la coutume, jadis, au Ouadaï. Si la colonisation, aujourd'hui, e des adversaires en Europe, c'est apparemment que beaucoup d'entre eux ignorent ou veulent ignorer que « l'indépendance » des peup'es ne fait pas toujours le bonheur des individus. Le mars, enfin, M. Bruneau de Laborie atteignait Abécher, la capitale du Ouadaï, qu'il visitait pour la troisième fois. Il avait marché près de six mois, depuis Ouargla, pour arriver à ce point. (A suivre.)



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