L'Illustration n°4341 15 mai 1926
L'Illustration n°4341 15 mai 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4341 de 15 mai 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 98,7 Mo

  • Dans ce numéro : la mort du prince Napoléon.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA VISITE D'UNE DIVISION DE L'ESCADRE FRANÇAISE DE LA MÉDITERRANÉE A MALTE, LE 27 AVRIL Le vice-amiral Viollette, commandant l'escadre de la Méditerranée, accompagné par le représentant du gouverneur de l'île, passe en revue la compagnie d'honneur; dans la baie, quelques unités anglaises et, à gauche, le cuirassé français Bretagne. Photographie Richard Ellis. r r C U) ti
15 MAI 1926 L'ILLUSTRATION Na 4.341 — 509 Réception du vice-amiral Viollette au débarcadère de Malte. NOTRE ESCADRE DE LA MÉDITERRANÉE A MALTE ET SUR LES COTES DE TUNISIE .1u lendemain du voyage de M. Mussolini en Tripolitaine, qui a donné au patriotisme colonial de l'Italie un nouvel essor, l'escadre française de la Méditerranée est allée faire sur les côtes de Tunisie des manoeuvres, qui ont opportunément rappelé aux' populations musulmanes que la France, elle aussi, est une grande puissance méditerranéenne. Une de ses divisions s'est ensuite détachée, pour aller jusqu'à Malte, le 27 avril, saluer la flotte anglaise et rendre à l'amiral Keyes la visite qu'elle avait reçue de lui en juin dernier. Ces déplacements n'ont été connus que par de brefs communiqués de presse et le public ignore trop souvent l'activité de notre marine. Bien qu'appauvrie par la guerre, c'est une force valeureuse et souple qui répare ses pertes par le sang nouveau que lui apportent les bâtiments neufs du programme naval, et qui est à la hauteur du rôle qui lui incombe pour la sécurité de nos colonies et de nos protectorats. On lira donc avec intérêt les notes qui suivent et qui, d'ailleurs, décrivent - beaucoup plus la vie cinématographique et superficielle de nos vaisseaux que celle profonde des hommes qui les actionnent, mais l'activité des uns laisse deviner Pinyincible foi et la joyeuse ardeur des autres. L'APPAREILLAGE L'escadre appareille. Ça ne fait pas grand bruit, une escadre qui part. Sur la rade calme et pailletée de soleil, les cuirassés semblent dormir paresseusement, pachydermes agenouillés aux pâturages riches de cobalt. Une fumée légère court dans le ciel lavé de mistral. L'ombre discrète d'un torpilleur glisse clans l'éclaboussement de la lumière ardente. Des flots de rubans montent aux vergues frêles pour annoncer à tous la joie de partir et de vivre et de courir aux collines profondes frangées d'écume. Hennissant, un à un, les torpilleurs ont laissé pour la course leur râtelier du fond du port. Les puissantes poitrines de ces millions de chevaux de race s'emplissent d'un souffle rauque et brûlant, violent à faire craquer leurs côtes d'acier. Un panache opalin de mazout vomit leur impatience. Ils sont partis. Les gros s'éloignent à leur tour, trahissant à peine leur mouvement d'une foulée luisante, comme le sillage des grands bœufs dans l'herbe drue et haute. Un silence chaud pèse sur ce départ de midi du troupeau gris des cuirassés. Une musique vaniteuse voudrait éclater en accents de triomphe que l'immensité du ciel et l'inconstance de la brise et les •échos de la rade fermée modulent traîtreusement en triste mélopée d'accordéon tour à tour rugissant et plaintif. Mais voici — et combien nous le préférons! — le claquement des clairons nerveux dressés vers le ciel sur leurs ergots de cuivre. Les équipages se figent pour le salut. Du musoir de la jetée, un petit mouchoir sentimental et mauve, un sourire navré, que la distance efface, cherchent un cœur perdu dans la ligne blanche des poitrines uniformes et anonymes. Maintenant, l'escadre est un paquet de fumées brunes dans le ciel plus clair. Les cuirassés s'en vont par la houle molle, dodelinant leur petite tête curieuse juchée très haut sur un col à trois pieds. Plus loin, poussés par le bouillon-' nement de leurs hélices vibrantes, crachant des volutes d'écume, les torpilleurs vont s'enfoncer sous l'horizon pour jouer à cache-cache avec les gros camarades lorsque la nuit sera faite. Turbulents, ils s'ébrouent, s'éclaboussent, ruent, se cabrent, se couchent, frères aînés des marsouins luisants qui viennent en troupeaux effleurer leurs étraves coupantes. d'un grand général. La fraternité de la nuit s'établit entre ces hommes de tous grades et de toutes conditions qui veillent ensemble, anxieux, dans le noir, une ombre noire insaisissable et dangereuse. Il est l'heure où, à défaut de regards loyaux, les hommes savent donner à leur voix des nuances chaudes d'affection confiante. « Ne vois-tu rien... par là, mon petit? », s'enquiert une moustache à cinq galons penchée sur la lueur diffuse d'un compas cliquetant. « Non, commandant », chantonne dans un coin une voix jeune de Paimpol ou d'ailleurs. Un changement de route furtif déroutera peut-être les rôdeurs de nuit. L'amiral, incliné sur l'éblouissement d'une carte, vient de donner un ordre. Cette volonté précise chemine maintenant dans des tuyaux de bronze pour être traduite plus loin en langage cabalistique. Elle va cliqueter sous un manipulateur ardent, circuler dans les veines électriques d'un monstre chantant qui fleure l'ozone, glisser sinueuse aux fils légers perdus dans la nuit, s'envoler dans l'obscur du ciel, se diffuser, immense, se prendre multiple et une aux pièges que lui tendent les vaisseaux frères, pénétrer affaiblie aux fonds mystérieux, rebondir vivifiée au sein- de lumignons bleuâtres, dépouiller sa forme serpentine peu idoine à la représenter, chanter aux oreilles d'écouteurs attentifs, délaisser aux cerveaux tendus son rythme aérien, fluer dans des conduits nerveux pour venir s'étaler en lettres majuscules au bout de crayons hâtifs. Trop tard! Un pan de lumière violette s'est abattu pesamment sur un malin petit torpilleur ; il rit de toutes ses vitres de passerelle incendiées. Un claquement see annonce le départ de sa torpille. Un coup de queue et le voilà perdu clans le noir, laissant derrière lui le pinceau de lumière tremper dans une tache d'eau glauque marbrée d'écume. Les cuirassés tendent vers l'horizon leurs tentacules de feu. Ils rament de ces grands bras comme des aveugles cherchant, de leurs cannes tremblantes, à dissiper lés ténèbres de leur route. La fantasia des torpilleurs continue, car voici les frères jumeaux du premier assaillant ; ils s'engagent en rangs serrés, avec furie, dans le barrage des feux. Cabrés dans la houle, couchés sous le vent, ils secouent leurs crinières d'embruns. Les canons crachent de très pacifiques signaux de convention. Le drame s'épuise vite à quatre-vingts à l'heure. Tout retombe clans l'ombre, sauf une chenille de lampions qui rampe derrière les cuirassés. La flottille, assagie et calmée, a ra:lumé ses feux. Gabès, paysage naïf. Une ligne de sables gris, quelques carrés blancs de maisons en carton et, par-dessus, les palmes métalliques de dattiers incurvés, l'ardeur dévorante du ciel africain.. On pense à ces cartes postales improvisées par le pinceau d'artistes sénégalais pour les visiteurs d'expositions coloniales. Les embarcations viennent d'éclater comme des grenades mûres, projetant sur le quai des gerbes de pompons rouges. La vie étrange de l'oasis. Des glissements d'eau soyeuse, des chants de femmes enfouies sous les bosquets, le trot sec d'un bourricot et les claquements d'un lavoir sur l'oued. Ici, le grondement d'une cascade et l'arche bleue d'un pont croulant de vigne tendre. Une lente caravane de chameaux avance d'un pas mou sur le sable crissant. « On dirait, pense Jean Gouin, qu'ils marchent sur leurs chaussettes. » Le midship, centaure marin, juché sur une rosse, fredonne un air nostalgique de Borodine et l'aveugle qui mendie dans la poussière lui répond en nasillant une chanson sans fin. Aux troncs rugueux des palmiers grimpent de petits singes fous aux dents éclatantes ;. ils demandent l'aumône, naïfs, à de nobles cavaliers préoccupés uniquement du charme de l'heure et des écarts possibles de leurs montures. Sfax, citadelle impavide aux cieux cuivrés de simoun... Le soleil roule, pâte, tout près de sa fin, dans la nuée de sable ardent. Sur la rade tourmentée de clapot aigu s'abattent, aux poupes des vaisseaux gris, les grands pavillons pro lecteurs. M. C. L'ATTAQUE DE NUIT C'est un grand félin qui les conduit à la curée. Souple, élégant, étiré, vite, il court à longues foulées sur les rouleaux de mer. La nuit est venue, l'escadre chemine lentement sur une encre épaisse aux révoltes phosphorescentes contre les flancs d'acier qui la violentent. Les mâtures invisibles s'éclairent de chuchotements mystérieux. Puis les lumières s'éteignent ; les yeux verts et rouge': des bons gros bateaux se ferment euxmêmes, alourdis de sommeil sans doute. Sur les passerelles noyées d'obscurité, on se meut à tâtons. Tel jeune enseigne s'écarte respectueusement pour laisser passer sur ses pieds un quartier-maître qui se jette aussitôt dans les jambes du commandant en évoquant les mânes Distraction de marin à terre : une promenade à cheval dans l'oasis de Gabès.



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