L'Illustration n°4341 15 mai 1926
L'Illustration n°4341 15 mai 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4341 de 15 mai 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 98,7 Mo

  • Dans ce numéro : la mort du prince Napoléon.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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498 — NO 4341 L'ILLUSTRAI' 1 ON 15 Mai 1926 Quant aux personnages, je n'ai pas à vous les présenter longuement ici. Il me suffira de vous dire qu'Epaminondas Wirsoq, à peine visible, mais formidable, essentiel, fatal, est l'un de ces dictateurs forbans de la vie économique moderne auxquels Pierre Frondaie manifeste, semble-t-il, l'admiration sans tendresse que l'on a pour les grandes forces à la fois constructives et destructives, pour les énergies impitoyables, mais réalisatrices; qu'en contraste, le peintre Pierre Levannier exprime le coeur plus dominant, les sensibilités plus douloureusement exaltées des races dont le rêve plane sur les réalités ; et qu'enfin Anne-Marie Wirsoq, née Française de la vieille France raffinée, incarne, sans doute, la sensitivité prenante et tourmentée d'une Manon qui serait femme du monde. Et je vous en ai assez dit, car vous donner plus de détails sur ce livre que vous aurez le plaisir de découvrir vous-même serait le raconter et le trahir. GASTON CHÉRAU A L'ACADÉMIE GONCOURT Mme et M. Pierre Frondaie dans les sables d'Assouan. NOTRE NOUVEAU ROMAN « L'EAU DU NIL » par PIERRE FRONDAIS M. Pierre Frondaie, dont l'oeuvre dramatique a connu de si nombreux succès et provoqué tant de discussions retentissantes, a fait, l'an dernier, dans L'Illustration, avec l'Homme à l'Hispano, un éclatant début de romancier. Notre public de France et de l'étranger continuera de suivre, avec le même très vif intérêt, dans une seconde oeuvre romanesque dont les pages liminaires paraissent aujourd'hui dans notre supplément, cette expression nouvelle d'un talent riche et fort. Nous avons déjà présenté le poète, le conteur, le peintre qui s'était révélé jadis en des oeuvres de jeunesse, avant sa brillante carrière au théâtre et qui s'est confirmé avec puissance dans le premier véritable roman de cet auteur dramatique. Nous avons vu comment l'écrivain s'est dégagé de l'artifice du décor pour entrer dans le paysage vivant, se mêler à la nature sensible et inspiratrice. L'Eau du Nil! un beau titre à significations multiples; un titre par quoi s'évoquent des grandeurs, de l'histoire mouvante, des civilisations construites et détruites, de la philosophie, du rêve, mais qui prend son sens dominant, à la fois moderne et éternel, dans le roman que vous allez lire. L'Eau du Nil, l'onde animée, chargée du limon créateur, nourrit toute l'Egypte, en sinuant parmi les spectacles de mort, les ruines des civilisations successives et les grands tombeaux, témoins de la relativité, symboles des limites de -tout ce qui est l'oeuvre humaine. L'Eau du Nil, c'est la vie qui triomphe de la mort. Sans elle, l'Egypte, malgré l'effort colossal des civilisateurs, des conquérants, des surhommes de l'histoire, qui la couvrirent de villes et de palais, ne serait qu'un désert sillonné par de maigres caravanes, un cimetière prodigieux livré aux recherches sacrilèges de quelques savants. Elle ne serait plus qu'une terre stérile habitée par des vieillards. Grâce au Nil, un hymne de vie et d'action s'élève de ce sol d'où jaillit une exaltation de forces renouvelées annonçant un autre avenir. Des livres célèbres ont exprimé la mélancolie des vestiges d'un passé couvert par le sable du grand sablier qui marque la fin deS heures et des âges. Pierre Frondaie a préféré se réjouir de la vitalité présente en ses éclatantes, tumultueuses, et parfois inquiétantes manifestations. II est intéressant d'opposer les conceptions, les visions, les lyrismes. L'auteur de l'Eau du Nil, pour réunir les documents et grouper les visages représentatifs de son oeuvre, a parcouru la Syrie, s'est mêlé au cosmopolitisme bruyant des grandes cités égyptiennes, a rêvé devant les barrages.. d'Assouan, les cataractes, le temple de Philae émergeant du Lac. Ici et là, ses visions furent différentes des visions d'un Louis Bertrand, qui, lui-même, avait eu des impressions en contraste avec celles dont se sont inspirées les méditations d'un Pierre Loti. Pierre Frondaie a situé une histoire d'amour, un rêve passionnel, sur un sol ardent dégagé d'une atmosphère de nécropole, et la tentative est vraiment trop intéressante pour ne point retenir et captiver l'attention du public. D'autant que l'observateur est également un artiste. Il perçoit l'harmonie des souffles qui se croisent ou se heurtent. Il a des tableautins saisissants qui sont le détail de plus grandes fresques. « Une fois, un faucon tomba du ciel comme une pierre et il remonta lentement entraînant dans l'abîme un serpent qui se chauffait devant le bungalow. On entendit le bruit aérien des ailes alourdies, gênées dans un duel inconnu. Un autre matin, des fleurs vivantes entrèrent dans la chambre, un vieux fauteuil devint un buisson constellé et puis tous ces papillons disparurent, presque mystérieusement, fanés dans le soleil. » Et ceci : c Au retour, il leur arrivait de rester longtemps captifs d'une première écluse. Etendus, ils ne voyaient plus rien au-dessus d'eux que le ciel et, sur ce terrible suaire bleu, la découpure, comme brodée, de longs nègres ouvriers qui couraient au faîte des murailles. a M. Gaston Chérau, fils intellectuel de Flaubert, a été élu, mercredi dernier; membre de l'Académie Goncourt. Election excellente, équitable, heureuse pour l'Académie des Dix, sympathique infiniment dans la Cité des lettres où l'ceuvre du nouvel académicien a des admirations ferventes et l'estime de tous. Rappelons que Gaston Chérau est né à Niort en 1874. Il fit ses débuts en 1901 et 1902, avec les Grandes Epoques et la Saison balnéaire de M. Thébault. Il donnait, en 1903, un livre alerte, amusé, charmant : Monseigneur voyage. En 1906, il publia le premier de ses grands romans : Champi-Tortu. Puis ce furent la Prison de verre (suite de Champi-Tortu); l'Oiseau de proie, le Remous, la Despelouquéro, études du pays d'Armagnac et des Landes ; le Monstre et le Flambeau des Riffault, fortes études paysannes; la Maison de Patrice Perrier dont les lecteurs de L'Illustration n'ont pas oublié le charme d'une sensibilité profonde et rare. Gaston Chérau, nous l'avons dit maintes fois ici et nous le répétons avec le même élan aujourd'hui, est l'un des premiers romanciers de ce temps. Champi-Tortu et Valentine Pacquault sont des oeuvres dont s'honore une littérature et qui ont la substance pure des livres durables. Elles sont l'humanité qui n'a pas d'âge. Valentine Pacquault aura, dans un siècle encore, la vigoureuse jeunesse de nos héroïnes classiques. La vie passionnelle et tragique de Valentine Pacquault, comme celle de Manon Lescaut et comme celle de la Madeleine, sont de la même féminité, passionnée, défaillante, généreuse, organiquement faible et violente à la fois, et qui fait, avec les mêmes cerveaux souvent, et la même chair, des filles sublimes et des prostituées. L'être humain, c'est de la boue et du ciel. Dans les personnages de Gaston Chérau, il y a cette argile et cette spiritualité qui sont en nous tous en des combinaisons infinies. Champi-Tortu, c'est tout le coeur de l'enfance blessée, mal aimée, moralement négligée alors qu'elle est avide de protection et de tendresse, et l'on songe aussi bien à des enfants de rois et d'empereurs, à l'orphelin du Temple ou à l'aiglon de Schcenbrunn, qu'à des enfants de coquettes, futiles et inconscientes, en marge de l'ordre social, au Jack de Daudet, par exemple. Champi-Tortu n'est d'ailleurs ni une réplique de Jack ni d'aucun autre personnage littéraire d'enfant malheureux. Il est une synthèse du malheur de l'enfance, un symbole animé d'une torture morale et physique si complexe que son expression ardente, sa lumière triste à la fois rayonne et obsède. Le créateur de ces deux figures de femme et d'enfant est un grand écrivain. Les jeunes gens qui présenteront leurs œuvres au jury des Dix sauront qu'en Gaston Chérau ils auront un juge lucide, respectueux des grands efforts et des réalisations loyales, ennemi de tout ce qui est factice, artificiel, éphémère. A. C. M. Gaston Cherau, de l'Académie Goncourt.
15 MAI 1926 L'ILLUSTRATION N0 4341 — 499 A LA RECHERCHE DES ÉPAVES SOUS-MARINES L'ADAPTATION DU CORPS HUMAIN AUX GRANDES PROFONDEURS DE LA MER Lorsque, il y a quelques mois, le grand submersible britannique .11-1 disparut sous les flots, l'opinion publique, vivement émue, suivit avec intérêt les infructueuses tentatives entreprises pour retrouver l'épave perdue au fond de la mer. Elle fut alors intriguée de voir la puissante Amirauté anglaise faire appel jusqu'en Allemagne au concours d'une société de sauvetage de Kiel (1). Or. aujourd'hui qu'il s'agit, au large d'Ouessant et dans une profondeur de mer jusqu'à présent inaccessible à l'homme, d'atteindre un trésor immense englouti depuis 1922, à la suite du naufrage du grand paquebot anglais Egypt, voici qu'on voit réapparaître la même société allemande. Quel est donc le mystérieux moyen de renflouage que détient cette société pour la faire ainsi rechercher de partout? S'agit-il, pour atteindre une épave trop profonde, d'un procédé tout nouveau, purement mécanique, sans scaphandre, du genre de celui représenté dans la photographie ci-contre, et qui a été essayé, près de l'île hollandaise de Terschelling, pour déterrer, dans le fond de la mer, sous 14 mètres de sable et sans la présence humaine, les 100 millions en pièces d'or engloutis depuis 1797 dans le navire anglais Lutine ? Il n'en est rien. En effet, ce procédé utilise une benne à mâchoires, analogue à celles que l'on voit manoeuvrer au bout des grues, dans les ports, bennes qui s'entr'ouvrent pour se remplir et qui s'enfoncent dans les matières pondéreuses à enlever, à mesure que se referment leurs mâchoires. Ici, pour mieux « mordre » le fond sablonneux ou vaseux du fond de la mer, des dents couronnent ces mâchoires. Mais, la consistance des terres agglutinées s'opposerait au remplissage de la benne si ces terres n'étaient pas préalablement désagrégées, affouillées par une violente c chasse d'eau » opérant à ses quatre coins. Or, il est évident que le résultat de l'affouillement ne dépend pas seulement de la nature et du degré de cohésion du sol sous-marin, mais aussi de la profondeur, car, pour que l'eau violemment refoulée ait encore la force de désagréger le sol, malgré la contre-pression qui règne dans ces bas-fonds et qui s'oppose à la chasse », il faut que la pression de refoulement l'emporte considérablement sur cette contre-pression. C'est dire que ce procédé, purement mécanique, n'est vraiment efficace qu'aux faibles profondeurs, précisément celles facilement atteintes par les scaphandriers ordinaires. D'ailleurs, dans l'opération qu'on avait en vue, près de l'île de Terschelling, on espérait atteindre le trésor non seulement à travers les sables, mais aussi à travers la coque du navire, évidemment pourrie et disloquée puisqu'il s'agissait d'un navire en bois ; en tamisant la terre remontée, on pensait retrouver des pièces d'or. Tout autres sont les épaves modernes ; les trésors qu'elles renferment y sont murés par des parois. métalliques. Il faut donc que l'homme puisse y accéder. D'ailleurs, sa présence est nécessaire pour reconnaître dans quelle position se trouve le gigantesque « coffre-fort noyé », pour mieux l'attaquer et procéder ensuite aux travaux délicats de l'éventrement. Le problème du sauvetage de cargaisons précieuses. perdues dans de profondes épaves sous-marines se ramène donc à celui de l'adaptation du corps humain aux grandes profondeurs. La société allemande si recherchée aurait-elle donc réussi à résoudre cette importante question ? LE MILIEU SOUS-MARIN L'homme qui plonge est soumis au fameux principe d'Archimède qui, à son poids, oppose une poussée ascensionnelle égale au poids d'eau déplacée. c Quand un homme est dans l'eau, écrivait Pascal dans son Traité de l'équilibre des liqueurs, tant s'en faut que le poids de l'eau le pousse en bas, qu'au contraire, elle le pousse en haut ; mais il pèse plus qu'elle et c'est pourquoi il ne laisse pas de tomber, mais avec bien moins de (i) Si la société en question n'a pu retrouver l'épave, c'est que cette dernière n'avait pas été préalablement repérée. La visibilité est trop limitée au fond de la mer pour espérer pouvoir distinguer dans le lointain une épave qu'on recherche. Si c'est au cours d'une marche sous la surface que le sous-marin a été abordé, l'engloutissement ne s'est certainement pas fait verticalement, mais, en vertu de l'élan acquis, très obliquement. De sorte que le bâtiment est allé s'échouer très loin du point d'abordage et hors de la limite de visibilité, même avec prosecteur. violence qu'en l'air, parce qu'il est contre-pesé par un volume d'eau pareil au sien qui pèse presque autant que lui ; et, s'il pesait autant, il nagerait... » Ainsi, dès cette lointaine époque, Pascal détruisait une idée fausse qui règne encore dans le public. On se figure que — sous la pression croissante des masses liquides qui s'amoncellent au-dessus du solide immergé au fur et à mesure de sa plongée — l'eau, de plus en plus comprimée, devient si dense, que la descente finit par s'arrêter ; la poussée ascensionnelle est devenue si grande qu'elle a fini par vaincre le poids et par empêcher le solide d'atteindre le fond. « Il ne laisse de tomber », répond Pascal, parce que ce corps est plus dense que l'eau. En effet, l'eau n'est pas complètement incompressible, comme on le croit généralement ; mais sa compressibilité est si faible que, sous la pression d'une atmosphère-(1 kilogr. par centimètre carré), la contraction de son volume spécifique, c'est-à-dire l'accroissement de sa densité, ne dépasse pas la valeur infime de 1/20.000. Or, une atmosphère, c'est le poids d'une colonne d'eau de 10 mètres de haut, réparti sur une surface de 1 centimètre carré. Donc, à 100 mètres de profondeur, c'est-à-dire sous la pression de 10 atmosphères ou de 10 kilogrammes par centimètre carré, la densité de l'eau ne s'accroît que de 1/2.000 ; à 1.000 mètres Benne articulée pour fouiller aux faibles profondeurs. Lorsque la benne est posée au fond de la mer, sa • mâchoire . entr'ouverte, — on en distingue les dents à la partie inférieure. — une violente chasse d'eau est envoyee par le gros tuyau souple. Les terres affouillées, la • mâchoire se referme en mordant le sol et la benne remonte aussitôt avec sa charge. de profondeur ou sous 100 atmosphères, de 1/200 et, à 10.000 mètres, c'est-à-dire à peu près la plus grande profondeur sous-marine, de 1/20. Comme les corps solides ont, en général, une densité au moins égale, ou supérieure de 1/20 à la densité de l'eau de mer, il s'ensuit qu'un corps plongeant dans l'eau est certain d'atteindre le fond des mers les plus profondes. Il en est d'autant plus certain que, sous la pression croissante qui le charge de plus en plus, dans sa descente, ce corps, tout solide qu'il est, se contracte, si peu que ce soit, mais assez pour réduire son volume, réduire, par conséquent, la poussée qui s'oppose à la descente et, ainsi, compenser la tendance à l'accroissement que cette même poussée reçoit du fait de l'accroissement de densité de l'eau. Ainsi un sous-marin en plongée ne sera jamais en équilibre stable. Toujours, entre son poids propre — accru du remplissage des waterballasts, formant lest liquide — et la poussée qui s'opposent, se révélera une différence qui, si petite que l'esprit puisse la concevoir, fera pencher la balance soit d'un côté, soit de l'autre, vers la montée ou vers la descente. Vous souvient-il de l'expérience du ludion qu'on fit autrefois devant vous ? C'était une éprouvette de verre, partiellement remplie d'eau et hermétiquement fermée par un couvercle dans lequel pouvait monter ou descendre un piston. Dans cette éprouvette, on voyait flotter à la surface une petite figurine de verre soufflé remplie moitié d'eau, moitié d'air. Quand on poussait le piston vers le bas, la figurine plongeait et descendait jusqu'au fond. C'est que l'air avait été comprimé à la surface de l'eau et que, par le petit trou qui perçait la figurine, la pression s'était transmise au petit volume d'air qui s'y trouvait, le comprimant à son tour et faisant entrer un peu de liquide. Le remplissage de ce waterballast minuscule alourdissait la figurine qui tombait au fond. Inversement, en remontant le piston du couvercle, l'air se dilatait; de l'eau était expulsée de l'intérieur de la figurine qui, délestée, remontait à la surface. On aurait pu alors vous faire constater qu'il était impossible de régler définitivement la valeur de ce lest liquide de façon à maintenir la figurine en suspens entre deux eaux. Il aurait fallu, pour cela, faire vibrer le piston continuellement, de façon à faire continuellement varier infiniment peu, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, le minuscule lest liquide qui l'alourdit. Ainsi, le sous-marin en plongée se maintient en suspens en respirant, en quelque sorte, c'est-à-dire en se gonflant ou en se contractant alternativement pour chasser et absorber sans arrêt de très faibles quantités d'eau de ses waterballasts. Dès lors, en quoi est-ce une innovation — comme l'ont fait entrevoir certains journaux à propos de la recherche de l'épave du sous-marin M-1 — de voir un scaphandre allemand d'un nouveau type utiliser ce phénomène si simple du ludion ? Pourquoi les scaphandres ordinaires ne l'ont-ils pas déjà utilisé pour monter et pour descendre dans l'eau ? C'est que le corps humain est un organisme excessivement délicat qui ne peut pas supporter sans danger les variations rapides de la pression hydraulique dans une descente et surtout dans une montée aussi brusques que celles du ludion et que, contrairement au scaphandre ordinaire, le nouvel appareil allemand a su mettre ce corps fragile à l'abri de ces pernicieuses variations. LA FAIBLESSE HUMAINE En effet, sur la surface terrestre, le corps humain, entièrement plongé dans l'atmosphère, supporte de sa part, extérieurement, à raison de 1 kilogr. par centimètre carré de superficie de peau, la charge formidable de 16.000 kilogr. Si une telle charge, de l'ordre de grandeur de celle d'un de nos grands wagons de voie ferrée, est supportée sans effort, c'est que le corps humain est, par le fait, une enveloppe creuse et que les poumons subissent aussi la même pression. Il en résulte qu'entre la charge extérieure considérable et la charge intérieure égale, il y a équilibre. Mais quand ce corps se trouve placé sous 10 mètres d'eau, c'est-à-dire sous une pression supplémentaire de 1 kilogr. par centimètre carré, les poumons restant en communication directe avec l'atmosphère, la charge extérieure, devenue 32.000 kilogr., n'est plus équilibrée par la charge intérieure restée, dans les poumons, à 16.000 kilogr. La poitrine est écrasée. Il en est de même, a fortiori, pour des prOfondeurs plus grandes, pour 20 mètres d'eau où la charge extérieure atteint 48.000 kilogr., pour 30 mètres où elle atteint 64.000 kil. Il faut donc augmenter parallèlement la charge dans les poumons. Il faut donc envoyer au plongeur de l'air comprimé à respirer, le taux de compression devant croître avec la profondeur à laquelle il travaille. C'est dans cet esprit qu'a été organisé le scaphandre ordinairement employé. Si le corps et les membres se trouvent emprisonnés dans un vêtement souple, imperméable (composé d'un seul tenant d'une feuille de caoutchouc pur entre deux étoffes de coton extra-fortes, croisées et tannées), les mains et la tête sont laissées libres. Mais la tête se trouve enfermée dans un casque métallique, garni de hublots. Ce casque se fixe à une pèlerine métallique posée sur les épaules du plongeur, en pinçant le haut du vêtement de caoutchouc. Etant ainsi parfaitement étanche, il peut recevoir depuis la surface, par un tuyau souple, l'air comprimé nécessaire à la respiration et qui doit équilibrer la pression hydraulique extérieure. Sur les parois du casque, le plongeur aperçoit deux manomètres qui doivent concorder, celui de la pression d'air et celui de la pression d'eau. Pour amener la concordance, il téléphone aux aides restés en haut qui manoeuvrent la pompe refoulant l'air. Sur le côté droit du casque, un clapet, réglable à volonté, laisse échapper dans l'eau l'air vicié ,et l'air en excès. C'est par cette soupape que le plongeur pourrait se transformer en ludion. Il n'aurait qu'à arrêter un instant l'échappement d'air qui, s'accumulant, gonflerait son vêtement et, par déplacement d'un volume d'eau plus grand, le ferait remonter rapidement à la surface. Mais il se garde bien, à moins d'extrême danger, de recourir à ce moyen périlleux, car il sait qu'une rapide ascension, une décompression trop brusque (1) produit sur l'organisme humain les plus dangereux effets. « On ne paie qu'en sortant », disent les professionnels ; et, de fait, Paul Bert a tracé un tableau impressionnant (t) La compression trop rapide résultant d'une descente trop brusque au fond de la mer peut également entraîner certains troubles, mais bien moins pernicieux. Ce sont généralement de douloureux battements de tempe, des bourdonnements d'oreilles, des maux de tête intenses que l'on peut faire disparaître rapidement en avalant sa salive. Une sen- ; sation d'oppression n'en persiste pas moins pendant un certain I temps.



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