L'Illustration n°4341 15 mai 1926
L'Illustration n°4341 15 mai 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4341 de 15 mai 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 98,7 Mo

  • Dans ce numéro : la mort du prince Napoléon.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L'ILLUSTRATION Le salon du maréchal Joffre et son poêle imprévu. Phot. 1. Clair-Guyot. L'enfilade des salles de la bibliothèque L'escalier d'honneur. — Phot. Sartony. UN BATIMENT MILITAIRE DE GRAND STYLE : L'HOTEL DU XVIIIe SIÈCLE QUI ABRITE L'ÉCOLE DE GUERRE
b MAI 1926 L'ILLUSTRA-1'10N No 4341 — 497 A PROPOS DU CINQUANTENAIRE DE L'ÉCOLE SUPÉRIEURE DE GUERRE UN HOTEL HISTORIQUE: L'ÉCOLE MILITAIRE On u commémoré samedi, en présence du président de la République, des maréchaux, des délégations des grandes écoles militaires et des attachés des puissances étrangères, le cinquantenaire de la fondation de notre Ecole de guerre. Après un sobre et émouvant discours du général Hernig, commandant actuel de l'Ecole, qui rendit aux morts un éclatant hommage, le président de la République a passé en revue lès cadres, lès 46' et 470 promotions et les officiers d'état-major de complément. Cette cérémonie ramène l'attention sur l'Ecole Militaire, un chef-d'oeuvre trop peu connu du dix-huitième siècle français, dont M. Robert Laulan, bibliothécaire de ce noble établissement, rappelle l'histoire. L'Ecole Militaire de Gabriel compte parmi ces richesses d'art que l'on redécouvre périodiquement. C'est que l'ancien Hôtel royal est demeuré, conformément à sa destination première, un établissement militaire. On n'y pénètre qu'avec une autorisation. ce qui est naturel, mais peu propice à la diffusion de ses beautés décoratives intérieures, qu'on ne peut connaître aisément, ni revoir à loisir. La transformation si fréquente du Champ-de-Mars en champ de foire, d'autre part, détourne ou rebute l'attention du promeneur privé du recul nécessaire pour admirer l'élégante solennité d'une façade à qui nuit déjà terriblement l'encadrement des deux casernes Napoléon III, si maladroitement pastichées du style de Gabriel. Mais que dire des baraquements de la place de Fontenoy, souvenirs de la dernière guerre, qui murent complètement la cour d'honneur et masquent la véritable façade, plus diverse, plus légère, plus belle que celle de l'avenue de La Motte-Picquet? les élèves, s'ouvrait sur la première cour et se fermait par une chapelle, appelée pompeusement l'église, qui se situerait à peu près à l'emplacement de la pyramide de la place de Fontenoy. L'infirmerie (dont il reste la charmante chapelle particulière, dépouillée de sa décoration et de ses boiseries et transformée en sellerie) ainsi 9ne la communauté des Soeurs hccupaient des bâtiments annexes du côté des Invalides. Les logements du persônnel, les cui- :;ines, la boulangerie, la buanderie, les écuries étaient disposés à l'opposé. Le château, objet de l'effort principal de Gabriel, qui devait être construit en dernier lieu, comprenait un étage sur soubassement à arcades, avec un étage d'attique surmonté en son centre d'un dôme quadrangulaire et flanqué aux ailes de pavillons carrés terminés par un belvédère. Scrupuleux artiste, Gabriel, afin de mieux juger de l'effet des motifs décoratifs, en fit dresser par l'architecte Laubart une maquette, de plâtre à laquelle travaillèrent Rousseau et Coustou. Pour des raisons d'économie, ce projet, dont il nous reste un plan et une vue cavalière gravés par Le Rouge. fut très sensiblement modifié à diverses reprises. La cour royale fut rapetissée, les bâtiments qui devaient l'entourer supprimés, mais le péristyle maintenu et l'église, dont les fondations étaient commencées, furent précipitées sur les marches de l'escalier qu'elles endommagèrent. La Salle du Conseil, appelée Salon des Maréchaux, où siège le maréchal Joffre est la plus splendidement décorée des pièces du château. Elle est entièrement revêtue de lambris de chêne peints en blanc et dorés, sculptés dans la masse d'après des dessins de Verberckt qui furent modifiés par Antoine Boulanger, auteur des sculptures entourant la glace trouée par une balle pendant la Commune. C'est Caffieri qui fournit les bronzes de la cheminée de cette salle, où le garde-meuble — qu'on supposait plus riche — n'a disposé que des sièges Empire d'un effet assez malheureux. Le Paon, peintre ordinaire du prince de Condé, ancien dragon retiré du service pour blessures, orna les panneaux de quatre toiles brossées entre 1772 et 1774 qui représentent les quatre faits militaires glorieux du règne : Fontenoy et Lawfeld, Fribourg et Tournai, et qui, après soixante ans d'absence, sont revenues à leur place primitive. Les dessus de porte de cette pièce, qui s'égale en richesse BOX salons de Versailles, sont dus à Casanove. Le rez-de-chaussée de l'aile du château, où se trouvent les appartements du gouverneur, est occupé par la bibliothèque de l'Ecole, suite d'élégants salon. La fondation de l'Ecole Militaire est l'oeuvre du célèbre financier Pâris-Duvernay et de la marquise de Pompadour, dont l'ardeur tenace eut raison de l'apathie de Louis XV. Fort adroitement, Pâris-Duvernay sut représenter à l'ambitieuse favorite le bénéfice que sa renommée tirerait d'une fondation patriotique procédant des mêmes motifs que celles des Invalides et de Saint-Cyr, et qu'on destinerait aux jeunes gens nobles, fils de militaires pauvres tués au service du roi. Et la marquise, émule de Mn" de Maintenon, se piqua au jeu jusqu'à consacrer à l'achèvement de l'Ecole son revenu d'une année à un moment où, les fonds étant épuisés, les ouvriers quittaient la plaine de Grenelle. Quand le roi signa, le 13 janvier 1751, l'édit de fondation de l'Ecole, entièrement rédigé de la main de Duvernay, il y avait vingt-cinq ans que celui-ci sollicitait pour faire accepter un projet conçu presque au début de sa carrière, au temps où ses fonctions de directeur aux vivres des armées le mettaient à même de constater le recrutement défectueux du corps d'officiers et son insuffisance professionnelle. Le programme d'installation, longuement médité, était tout prêt. C'est M"'" de Pompadour qui, pour le faire exécuter, imposa, d'accord avec son frère, M. de Vandières, Gabriel, premier architecte du roi. Celui-ci s'était déjà distingué dans les nombreux aménagements et remaniements des appartements de Versailles, de Fontainebleau et de Marly. Son plan de reconstruction de Compiègne, ses travaux de l'ermitage de Ar' de Pompadour à Fontainebleau et de la ménagerie de Versailles l'avaient mis tout à fait en vedette. Si le programme élaboré par Pâris-Duvernay entrait dans le détail, pour ce qui touchait aux conditions matérielles et, dirons-nous, hygiéniques du logement de cinq cents élèves, de l'état-major de cinquante officiers, de quinze maîtres de langue et de science, des écuyers, des prêtres chargés du spirituel et des religieuses de l'infirmerie et des nombreux domestiques, toute latitude lui était laissée pour réaliser une oeuvre où il lui était seulement recommandé de demeurer, pour la décoration, « dans les bornes d'une belle et noble simplicité ». Il était seulement prescrit de faire en sorte que le roi pût apercevoir à la fois, de son château de Meudon, l'Hôtel royal des Invalides et le nouvel hôtel qui, faisant face tous deux d'une part à, la rivière et de l'autre à la route de Paris à Versailles, seraient reliés par un boulevard. Ainsi, disait M"''' de Pompadour, la vue constante de la jeunesse ranimerait les vieux guerriers et égayerait la fin de leur carrière. Le premier projet soumis par Gabriel à l'approbation du roi, excellent connaisseur qui souvent indiquait de judicieuses modifications, comportait, en façade sur le Champ-de-Mars, 'un château destiné au logement de l'intendant, du gouverneur et de l'état-major, avec un corps de logis principal et deux ailes entre lesquelles s'ouvrait la cour d'honneur. Une cour plus ample, la cour d'exercices, bordée de portiques et entourée de bâtiments d'habitation pour Le Président de la République passe en revue les cadres de l'Ecole supérieure de Guerre et les élèves de la 46e et de la 47e promotion. ramenée dans le bâtiment du château, avec l'appellation plus modeste de chapelle. La première pierre du château, seul bâtiment de la construction de Gabriel qui nous intéresse, fut posée le 5 juillet 1769, en présence du roi et bénie par le cardinal de Beaumont. L'année suivante mourait Pâris-Duvernay, premier :ntendant de l'Ecole, qu'on inhuma par reconnaissance dans la chapelle où il repose encore. En 1771, les frères Lepaute installaient dans le dôme central l'horloge à quatre cadrans ornée de sculptures. C'est en 1774 seulement, vingt et un ans après leur début, que les travaux de la construction de l'Hôtel royal militaire furent terminés. Ils avaient coûté exactement 4.467.048 livres 7 sols 4 deniers. Mais ce chiffre considérable comprenait les frais d'une décoration que, même en ce temps fastueux, il n'était pas possible de qualifier de « noble et de simple » et sur laquelle nous allons un pela insister. Les mérites de l'oeuvre architecturale ont été commentés de telle façon dans l'ouvrage assez récent, sur Gabriel, du comte de Fels qu'il ne paraît pas nécessaire d'y revenir. Le vestibule de la porte d'honneur ouvrant sous le dôme quadrangulaire donne accès au magnifique escalier qui mène aux anciens appartements du gouverneur de l'Ecole, actuellement partagés entre le maréchal Joffre et le général Debeney. Cet escalier de pierre blanche, d'un mouvement plein de grâce et de majesté, dont la partie supérieure repose sur un berceau à caissons, s'orne d'une rampe de bronze et de fer fameuse. Le sieur Fayet qui la forgea semblait, au dire de l'intendant de l'Ecole qui en blâmait la magnificence, r avoir épuisé toutes les ressources de son art dans la composition de cet ouvrage qui ne déparerait pas le palais d'un grand roi ». Longue de 9 toises, elle revenait à 2.000 livres la toise, prix jugé énorme, si bien que l'on proposait d'en dérober la vue au public pour éviter des commentaires désobligeants sur le luxe de l'Ecole. Au long de cet escalier, des niches à. coquille abritaient les statues de Turenne, de Condé, de Luxembourg, du maréchal de Saxe, par Pajou, Rolland, Mouchy et d'Huez. qui. au moment du pillage de 1792, blancs lambrissés de chêne, reliés par un escalier, maintenant condamné, aux appartements supérieurs. La sculpture en est due à Verberckt. Les dessus de port( représentant des scènes militaires plus harmonieuses que celles de Le Paon sont de Cozette. maître tapissier de la manufacture des Gobelins, qui s'éteignit en 1801 après avoir fourni une carrière de plus (le soixante années. Cette charmante bibliothèque, exposée sur le Champde-Mars, toute blanche et lumineuse et naturellement peu connue puisqu'elle a un caractère privé, possède de rares ouvrages d'art militaire du seizième, dix- .septième et dix-huitième siècle et d'assez nombreuses reliures -aux armes fort riches, héritées des séquestres faits sous la Révolution dans les châteaux royaux et princiers de Versailles, de Chantilly et des environs. L'autre aile du château est occupée par la chapelle Saint-Louis, voûtée en berceau, ornée de bas-reliefs monumentaux dus à Pajou et d'ailleurs dépouillée de toute sa décoration et notamment de son maîtreautel transporté après 1870 à Saint-Pierre-du-Gros- Caillou. Convertie actuellement en magasin d'habillement pour la troupe, qui foule de ses chaussures cloutées la pierre tombale de Pâris-Duvernay, elle voit se dégrader tous les jours les admirables boiseries sculptées et dorées de sa porte d'entrée. Le Directoire avait donné l'exemple du vandalisme en faisant scier la balustrade de la tribune pour établir de plain-pied avec les salons du gouverneur le plancher d'une salle de bal. Souhaitons, puisque la dureté des temps ne nous permet plus de compter sur l'Etat, que l'initiative de quelque mécène obtienne l'évacuation des piles de culottes et des rangées de chaussures et transforme cette chapelle, où l'on célébrait la Saint-Louis à la lumière de cinq cents cierges, en un musée de l'Ecole Militaire. Quelques reliques de Napoléon, qui fut en 1785 élève de l'Hôtel royal, y voisineraient tout naturellement avec celles des maréchaux dont le plus glorieux, Foch, fut élève, professeur et commandant de l'Ecole supérieure de guerre. ROBERT LAULAN.



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