L'Illustration n°4341 15 mai 1926
L'Illustration n°4341 15 mai 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4341 de 15 mai 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 98,7 Mo

  • Dans ce numéro : la mort du prince Napoléon.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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494 --- N° 4341 L'ILLUSTRATION 15 MAI 1926 A l'intérieur, cette résidence s'enrichissait des plus intéressants souvenirs des deux Empires, des plus émouvantes reliques napoléoniennes : c C'est, disait notre collaborateur Gérard Harry dans L'Illustration du 12 novembre 1910, la plus saisissante des confrontations avec César luimême et avec chaque phase, presque ch a qu e heure, de la plus étonnante carrière d'astre humain : c'est un incroyable rêve qui prend corps, dont on touche du doigt l'évidence ; la plus retentissante voix des derniers siècles qui se réveille vous parle, vous convainc qu'elle n'appartient pas à la Fable et vous fait tres saillir de l'espèce d'hor.; reur sacrée qu'inspirerait la parole de Lazare émergeant de son sépulcre. Suis-je trop lyrique? Je défierai n'importe quelle sensibilité de ne pas s'émouvoir devant cette prodigieuse résurrection napoléonienne. a Le prince Victor-Jérôme-Frédéric Bonaparte était né à Meudon le 18 juillet 1862. Il était le fils aîné du prince Jérôme- Napoléon, — fils lui-même de l'ancien roi de Westphalie, — et de la princesse Clotilde de Savoie. Phot. Chusseau-noviens. Il fit, avec son cadet, le prince Louis, ses études Le prince Victor-Napoléon dans sa résidence de Bruxelles. au lycée Charlemagne, passa son baccalauréat ès sciences et alla compléter ses études à Heidelberg. Il y eut deux faits saillants LA MORT DU PRINCE NAPOLÉON dans sa vie : la brouille avec son père le prince Jérôme et son mariage romanesque avec la princese Clémentine de Belgique. Cinq semaines après la mort du chef de la Maison Après la mort du prince impérial au Zoulouland, de France, le représentant de la dynastie impériale en 1879, le prince Jérôme, de par la Constitution a disparu à son tour. Le prince Victor-Napoléon est impériale, devenait le chef dynastique de la famille des mort en quelques jours, comme le duc d'Orléans, et Napoléon. Mais en raison des opinions républicaines foudroyé, comme lui, en pleine vigueur, par un mal du prince et de ses sentiments irréligieux, nombre de imprévu. Tous les philosophes de la chronique quotidienne ont déjà commenté la coïncidence de ce double le reconnaître comme leur chef en s'appuyant sur une plébiscitaires, et non des moins actifs, se refusèrent à événement, historique ont dit les uns, en marge de phrase testamentaire du prince impérial déclarant que, l'histoire ont affirmé les autres. La veille du jour où il fut frappé, le prince Napoléon, en excellente santé apparente, avait été faire la promenade qui lui était habituelle dans le bois de la Cambre. Le lendemain, avec deux de ses familiers, le duc de Massa et le duc d'Albufera, il s'entretenait des chances que pouvait rencontrer au Parlement le projet, récemment déposé, de M. Edouard Soulié en faveur de l'abrogation des lois d'exil. Le prince interrompit la conversation pour passer dans sa bibliothèque. Une heure après, on le trouvait gisant inanimé dans un couloir au pied d'un escalier intérieur. Tous les soins qui lui furent donnés demeurèrent inutiles. Le prince s'éteignit à l'aube du 3 mai — 105 ans moins deux jours après le fondateur de la dynastie impériale — entouré de sa femme, la princesse Clémentine. de ses enfants, la princesse Marie-Clotilde et le prince Louis-Napoléon, de son frère le prince Louis, ancien lieutenant-général au service de la Russie, et de quelques fidèles. Cette mort, qui a provoqué une grande émotion dans le monde plébiscitaire, a mis en deuil les familles régnantes d'Italie et de Belgique, auxquelles, par sa filiation et par son mariage, le défunt se trouvait apparenté. Elle a donné comme chef un enfant de douze ans à un parti dont on ne peut dire que, depuis la mort du prince Jérôme, il a beaucoup troublé, par ses manifestations. — si rares et si discrètes, — la sérénité publique de notre pays. Dans le monde, sans cesse accru ces derniers temps, des princes en exil, le prince Victor-Napoléon faisait figure d'un philosophe et d'un solitaire. Avec les fortes moustaches noires, un peu lourdes, qui barraient son visage et qu'il tenait de la Maison de Savoie, ce « prétendant sans prétentions », comme disaient affectueusement de lui les Bruxellois, n'avait rien du masque napoléonien. Grand, brun, pâle, grave, mélancolique, réservé, peut-être timide, le prince menait, dans la capitale belge, depuis quarante ans, une existence, retirée, d'érudit et de collectionneur. On le voyait, aux beaux jours, chaque matin, se diriger à cheval vers le bois de la Cambre ou la forêt de Soignes. Son hôtel de l'avenue Louise se distinguait Le prince Louis-Napoléon. peu, extérieurement, des élégantes habitations voisines. Phot. 1. Lemaire. lui mort, il appartiendrait au prince Victor, fils aîné du prince Napoléon, de continuer l'oeuvre du Premier Empire et du Second. Dès lors, le parti plébiscitaire se divisa. Il y eut les c jérômistes » et les c victoriens ». Le prince Victor, pourtant, résista pendant des années à accepter de jouer un rôle public dans cette dissidence. Il témoignait de son affectueuse soumission à son père et fit sans incident son volontariat au 32° d'artillerie à Orléans. Mais les idées du prince Victor ne s'en opposaient pas moins à celles du prince Jérôme. Il y eut entre le fils et le père, à propos de l'attitude prise en politique par ce dernier, des scènes très vives qui rendirent la vie commune impossible et aboutirent à une rupture définitive. En mai 1884, le prince Victor s'installa au n° 64 de la rue Monceau et, l'année suivante, affirma, dans un manifeste, sa solidarité avec les idées exprimées dans le plébiscite de 1370. Le parti bonapartiste, dès lors, eut deux chefs et tous les essais de réconciliation, de c fusion », qui furent tentés, demeurèrent sans résultats. La loi d'exil qui atteignit le père ne pouvait épargner le fils. Dans son adieu à ses partisans avant de partir en Belgique, le prince Victor leur disait : c Vienne l'heure des grandes crises, je ne faillirai pas au devoir que me tracera mon patriotisme et que m'impose mon nom. Au revoir, messieurs. » Le prince ne devait plus revoir ses partisans que sur la terre étrangère, comme il ne devait plus revoir son père que sur son lit d'agonie, à Rome, en 1891. Le mourant, tant qu'il eut sa connaissance, refusa l'accès de sa chambre au fils qu'il déshéritait dans son testament en termes d'une extrême dureté et en désignant son second fils Louis comme repré.,ntant de la cause des Napoléon. Il n'y eut pourtant point, après la disparition de Jérôme, une nouvelle scission dans le parti plébiscitaire qui reconnut dès lors, en son ensemble, le prince Victor comme sin chef politique, non point sans lui reprocher parfois son peu de goût pour l'action, la lutte, les manifestations publiques. * ** Le prince Victor, en effet, n'était pas, comme les deux Napoléon qui portèrent la couronne, un créateur d'événements. Les premiers feux de la jeunesse éteints, il s'était organisé, dans son hôtel de l'avenue Louise, à Bruxelles une existence paisible de sage, d'érudit, de collectionneur. Il disait vouloir attendre les circonstances favorables où son intervention dans la politique ne risquerait point de provoquer des embarras funestes à l'ordre de son pays. Aurait-il pu prendre, vraiment, une autre attitude? Ses très modestes ressources personnelles, et qui eussent été insuffisantes sans une pension que lui faisait l'impératrice Eugénie, ne lui permettaient guère de soutenir matériellement l'activité de son parti, des publications de journaux, des luttes électorales. En réalité, la vie du prince était tout absorbée par le roman qui devait, comme les bons romans pour la famille, avoir un mariage pour épilogue. Depuis 1905, on annonçait le mariage du prince Napoléon avec la princesse Clémentine. Des raisons politiques s'opposaient à sa réalisation. Le roi des Belges, soucieux avant tout de sa tranquillité, avait dû prévoir le cas où cette union troublerait les bons rapports de voisinage qu'il tenait à garder avec la République française. Le prince Napoléon, qui a toujours entretenu avec la famille royale de Belgique les relations les plus amicales, la princesse Clémentine, respectueuse de la volonté paternelle, s'inclinèrent. Le projet fut abandonné, ou plutôt ajourné. Par déférence pour le roi Léopold, le prince et la princesse cessèrent de se voir. Ils se rencontrèrent cependant à l'occasion d'un paper hunt donné au bois de la Cambre. Le prince Napoléon, excellent cavalier, remporta le prix, et ce fut .1a princesse Clémentine qui lui attacha de ses mains le flot de rubans qu'il avait gagné. La mort du roi Léopold fit tomber l'obstacle qui s'opposait au mariage du prince français et de la princesse belge. L'union fut consacrée au château de Moncalieri, appartenant à la duchesse d'Aoste, soeur du prince. Sous la signature de notre collaborateur Gustave Babin, présent à ces fêtes tout intimes, un article illustré commenta cet événement dans L'Illustration du 19 novembre 1910. Depuis lors. ce fut une vie conjugale très unie, dont le bonheur fut complété par la naissance de deux beaux enfants, en 1912 la princesse Marie-Clotilde, deux ans plus tard le prince Louis-Napoléon. En 1912, le prince Victor et la princesse Clémentine furent, pendant quelques jours, les hôtes de la comtesse de Pourtalès, au château de la Robertsau, en Alsace, la seule province française. disait le prince, qui m'est encore ouverte. Il avait déclaré, en 1911 : « La France, qui repousserait un maître, attend un chef. » Et il répétait souvent ces dernières années : « Nous mourrons d'autorité absente et de fausse démocratie. » Mais ces propos, qui sont fréquemment ceux des hommes de gauche eux-mêmes, dans notre politique, ne prenaient pas l'accent ni les commentaires de manifestations publiques. Le prince, depuis son exil, vivait dans une dignité silencieuse. Il est mort dans la même atmosphère de retraite et de silence. ALBiRIC CAHUET.
L'ILLUSTRATION Le grand salon du premier étage. Le collier de grand maitre de la Légion d'honneur et le moulage de la tête La redingote grise et le petit chapeau , : en bas, le bicorne pris à Sainte-Hélène. de Napoléon III. Deux vitrines de reliques. LE MUSÉE NAPOLÉONIEN DU PRINCE VICTOR-NAPOLÉON, A BRUXELLES Photographies Chusseau-Plariens.



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