L'Illustration n°4335 3 avr 1926
L'Illustration n°4335 3 avr 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4335 de 3 avr 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 101 Mo

  • Dans ce numéro : les femmes grecques.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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328 — No 4,33e L'ILLUSTRATION 3 AVRIL 1926 nimité des membres du comité président de la Société des Gens de lettres et les écrivains se loueront de ce choix très heureux. M. Edouard Estaunié, en effet, a eu jadis un rôle actif dans les conseils de la grande Société dont il dirige aujourd'hui les destinées. Il a occupé, d'autre part, de grands postes dans l'administration et il est l'un des rares écrivains dont les carrières administrative et littéraire se soient poursuivies avec un égal bonheur. Cette forte expérience ne sera pas inutile à l'éminent romancier que la Société des Gens de lettres vient de se donner pour président. Bretagne est à jamais fixé sous une forme définitive. Grâce à lui, tous ces trésors des traditions bretonnes, tout ce monde de mystères, en marge desquels le Breton vit depuis qu'il est Breton, a été recueilli dans ce grand livre : la Légende de la mort chez les Bretons armoricains. Tout ce que des générations de Bretons ont ajouté par l'imagination et par le rêve à la matière quotidienne de la vie, toutes ses épouvantes, ses superstitions et ses croyances, et ses conceptions si étranges de la mort et des mondes effrayants qu'elle ouvre, la vie même infiniment plus diverse et plus multiforme de ceux que le Breton appelle les « trépassés » et non des « morts », tellement il est convaincu que l'autre ANATOLE LE BRAZ l'hot. G.-L. Manuel. M. ÉDOUARD ESTAUNIÉ PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES La Société des Gens de lettres, dans son assemblée générale annuelle qui s'est tenue dimanche dernier, a fait des adieux émouvants à son président sortant, M. Georges Lecomte. Après ses onze années de présidence qui ont grandi la Société et l'ont faite ce qu'elle est aujourd'hui, le sympathique académicien avait le désir légitime de prendre un repos que ses confrères ne lui eussent peut-être pas accordé si les statuts de l'association ne rendaient inéligibles pendant un an les membres sortants du comité, parmi lesquels se trouvait le président d'hier. D'autre part, M. Georges Lecomte avait manifesté le désir que l'on eût à pourvoir à sa succession d'une façon durable. L'accord s'était fait sur le nom de M. Edouard Estaunié dont on prévoyait l'élection brillante au scrutin d'hier, et qui est un ami personnel de M. Georges Lecomte. La seule difficulté avait été de vaincre les résistances de l'auteur de l'Empreinte et de l'Appel de la route, hésitant à assumer les obligations multiples et la charge, devenue extrêmement lourde, de cette haute magistrature morale. Lundi. M. Edouard Estaunié a été élu à l'una- Voilà ouelques jours, Anatole Le Braz, — dont nous signalions la disparition dans le dernier numéro. — ce chantre de la e Bretagne éternelle », comme il avait coutume d'appeler sa petite patrie, s'est éteint à Menton où il était allé chercher cette « douceur de vivre » que le climat rude de son pays natal refusait à sa vieillesse maladive. Ce qu'il fut? Il est bien difficile de le dire en peu de mots. Son génie était multiple, mais il peut être synthétisé en un seul mot : il était breton. Le Braz, comme beaucoup de ceux de sa race, était poète. Il le fut complètement et somptueusement dans son recueil : la Chanson de la Bretagne, où sa sensibilité de jeune écrivain s'exhale sous une forme déjà très sûre et originale et que traverse cependant l'inspiration parnassienne de son maître et ami J.-M. de 116rédia. Mais ce n'est pas seulement dans ses vers que A. Le Braz est poète : il le fut constamment à travers son oeuvre entière ; il le fut dans ces admirables contes dont la saveur de terroir est si pure et le charme si profond ; où l'on retrouve toute la sensibilité aiguë et ce sens du mystère du Loti de Pêcheur d'Islande. Il l'est dans son unique roman : le Gardien du jeu, dont un lettré, M. Ch. Cassé, vient d'écrire qu'il « est construit comme une tragédie de Sophocle ». La force aveugle du Fatum antique pèse sur les personnages du roman comme elle pèse sur le malheureux Œdipe. Il l'est surtout, poète, dans le Pays des pardons, cette oeuvre unique, dont chaque chapitre est comme un long poème en prose et dont les titres seuls annoncent le caractère éminemment poétique : — c le Pardon des Pauvres », « le Pardon des Chanteurs », c le Pardon du Feu », « le Pardon de la Montagne », « le Pardon de la Mer », — immense fresque (il l'a dit lui-même de son sujet) où, à la manière d'un Maurice Denis, Anatole Le Bras a peint les somptueux cortèges des processions : « Vous diriez, écrit-il, d'une fresque immense où se déroulerait, en une pompe d'une mysticité barbare, un choeur de prêtresses du vieil Océan. » Et ce poète se double aussi d'un folkloriste et d'un savant. Le Bras a poursuivi ses recherches, non seulement dans les archives bretonnes, mais en Angleterre, au berceau même de la race celtique émigrée du pays de Galles où Le Braz a eu la satisfaction de rencontrer quelques vieillards dont la langue — le cornique — a une parenté si étroite avec le breton. Anatole Le Braz a élevé en l'honneur de son pays un monument impérissable. Grâce à lui, le passé de la Anatole Le Braz. — Phot. E. Hamonic. vie n'est qu'un prolongement de celle-ci, tout cela, Le Braz l'a noté avec une précision, une abondance, une perfection qui font dire à M. Léon Daudet : « Il laisse en mourant un témoignage ineffaçable de splendeur discrète et fière du peuple et du pays bretons ; il ne disparaît pas tout entier. » Anatole Le Braz fut grand par le coeur, comme il fut grand par l'esprit. Il eut l'art de se faire aimer de tous ceux qui l'approchèrent et, déjà en Bretagne, on dit et on écrit de lui, réservant le mot < enchanteur » pour un autre grand Breton qui dort sur un rocher à Saint-Malo et qui fut d'ailleurs son modèle : Le Braz fut un « charmeur »... RENÉ VILLARD. Au a GRAND NATIONAL e DE LIVERPOOL les chutes des concurrents, cavaliers et chevaux, après le passage du Becher's Brook e, l'obstacle le plus redoutable de la traditionnelle course anglaise. Des trente concurrents qui participèrent, dimanche dernier, à cette classique épreuve, quinze seulement achevèrent le parcours de 7.200 mètres, après avoir franchi les trente ob,tac dont la grande banquette, en dehors de notre cliché, sur la gauche.
3 AVRIL 1926 L'ILLUSTRATION ANN. — 28 LA ROUTE DES ALPES DE NICE A AIX-LES-BAINS PAR GRENOBLE Il n'est pas de voyage dégageant un attrait plus vif et plus fertile en sensations expressives que de s'engager, quand est venu décembre avec ses gels mordants et sa neige abondante, sur cette « Route d'hiver des Alpes » ouverte depuis quelques années à ceux qui savent goûter le charme prenant du tourisme hivernal. Pittoresque et attachante, elle permet d'éprouver les contrastes les plus saisissants : part nt d'Aix-les-Bains, la ville claire où l'on admire l'éclatante émeraude du lac du Bourget et les champs de ski du Reva d, elle court au bord des torrents, puis s'enfonce, par le célèbre « Désert », dans le Massif de la Grande-Chartreuse, aux frondaisons séculaires, pour mener à Grenoble, grandiose dans son cadre montagneux, et dévaler, enfin, vers Nice, domaine incomparable de l'éternel été. Col de Rode GRENOBLE cers =MC Z se du 80,;>tà° Chambéry Col du Frêne Aspres Sisteron Route 0•11ver _ z i le stAnarry, vers Crama/et. et nu, AIX•LES BAI sss Albertvele St Pierre • e Chartreuse . de PrInternps d• Ete '7-9(itla s m la Crave Monstres • de Clermont DIGNE ; StJean de Maurienne,' e L" 'n Col duCalible dulatRarr BRIANÇON Cesanre Col du W. Genévre Coeileciard • r Chi? ea,tj eleyras Cuillestreri Col dey:rs COI de la Cayatte I, Entraunes Gorges de Dalu ș„ É." eefleethher; Entrevaus Touet•Oe Beut NICE Les trois itinéraires de la Route des Alpes. En cette saison glacée, c'est une surprise attendue, mais toujours délicieuse, une impression exquise et rare de trouver, à quelques heures des neiges du col de la Croix-Haute, un ciel de turquoise, la mer bleue, une haleine de printemps chaleureux à Nice, où l'on entre vers le crépuscule, à l'heure étincelante qui allume les mille lumières de la promenade des Anglais, — pourvu que l'on n'ait pas quitté Grenoble trop tard. Combien de générations, combien de races d'hommes ont fait du soleil un dieu. La joie et la force ne s'épanouissent en l'homme que dans la lumière et dans la chaleur à la condition que celle-ci soit mesurée. Et quel élément mieux que la mer apporte le tempérament désirable aux terres que coiffe un ciel toujours serein et que baignent les ardeurs d'un soleil à peu près immuable ? Nice possède un ciel d'une pureté qui est une merveille. Et la plus belle de toutes les mers qui étendent leur nap e à la surface du globe lui dispense la fraîcheur régulatrice de ses eaux. On ne sait ce qui séduit le plus, à Nice, de son ciel ou de sa mer, de l'azur qui l'enveloppe ou de l'azur qui la baigne ; de l'harmonie de l'amphithéâtre où elle s'étage ou de la miraculeuse courbe de sa baie des Anges, chefd'oeuvre qui veut une signature d'architecte divin ; des voluptueuses rondeurs de ses collines : collines du Château, témoin et théâtre de toute son histoire, Mont Boron, aux sous-bois parfumés, Cimiez, qu'élut pour L'admirable Vieux Grenoble et le Saint Eynard (1.359 m.) résidence une impératrice de Rome, Mont Gros, hauteurs du Falicon et de Gairaut, qui la protègent contre les vents glacés du septentrion, ou de son propre vis ge urbain, tout de finesse aristocratique et paré de cette teinte de fleur de pêcher que l'on voit aux joues seulement des très jeunes et très jolies femmes. Jardins de Nice, où foisonnent palmiers africains et lauriers d'Occident, tout embaumés de roses et de la senteur profonde des orangers ; Jardin public, tout étincelant de couleurs, où s'amarre, comme un joyau maritime, le Palais de la Jetée ; demeures de marbre et de blanche pierre ; place Masséna, fière de son Casino et de son majestueux dessin ; marché aux fleurs, matinale orgie de nuances, féerique débauche de Peeil ; et vous aussi, Niçoises captivantes, en jupe claire, que protège des rayons offensants du jour le large chapeau conique que vous semblez avoir emprunté à l'Asie, qui dira la part que vous avez prise à retenir tel heureux de ce monde, venu comme un passant et qui s'est senti incapable de repartir ! Il n'est donc pas de v-yage plus intéressant à entreprendre que de descendre en hiver d'Aix-les-Bains à Grenoble et de Grenoble à Nice par la « Route d'hiver des Alpes » si ce n'est, peut-être, quand le printemps dessine son sourire et sonne à toute la nature son allègre réveil ou, plus tard encore, en été, quand le grand soleil règne sur la montagne, de reprendre la même route... à rebours. Toujours la Route des Alpes offre au regard des tableaux constamment renouvelés. Il faut dire aussi qu'elle met à la disposition du touriste, non pas un seul, mais trois itinéraires, sensiblement distincts sur une grande partie de leur parcours, un par saison, comme une coquette a sa rechange de toilettes. L'itinéraire d'hiver, décrivant un mol arc de cercle, par Digne et Sisteron, monte vers Grenoble et, par Chambéry, conduit à Aix-les-Bains et aux rives lacustres que chanta Lamartine. Au printemps, on abandonne, à Annot, ce trajet. Par le col d'Alios, on gagne Barcelonnette et, par le Mont Dauphin, Briançon puis Grenoble. Mais ce trajet n'est pas accessible avant les premiers jours de juin. Enfin, la variante d'été déserte, à Pont-de- Gueydan, la route de Digne, touche Barcelonnette par Entraunes et le col de la Cayolle, et s'en éloigne vers Briançon par les régions pittoresques des cols de Vars et d'Izoard. Trois chemins, et quels chemins désirables pour l'homme épris des beautés de la nature conduisent donc de Nice, par Grenoble, fille de prédilection des Alpes, à Aix-les-Bains lumineuse, entre le Revard altier et le vert miroir de son lac. Ce n'est pas là, Dieu nous en garde, inviter les hivernants de Nice à la désertion. Nice est un séjour d'un perpétuel enchantement dans toutes les saisons. Le charme tout à fait particulier, réellement unique de Grenoble, étendue dans le berceau que la montagne semble lui avoir préparé avec un amour jaloux, le cachet d'Aix-les-Bains, limpide, net et discret, comme d'une élégante alerte en « tailleur » blanc ne banniront pas l'inoubliable Nice des affections de ceux qui, dès ce bas monde, vont demander à son climat une part de paradis. Mais ils planteront de précieux souvenirs relevés d'intentions de retour dans l'esprit du touriste qui se donnera la joie délicate de ce beau voyage. S'il n'est pas une région de France — pas une seule, et l'on peut écrire cela avec orgueil — qui n'offre aux regards du passant des beautés diverses dignes de le retenir, il en est peu qui, sur une distance réduite, réunissent, au même degré que la route qui relie Nice à Grenoble et à Aix-les-Bains, tous les caractères qui constituent l'essence même du paysage émouvant : ici, vallées riantes, gorges pittoresques, sommets élancés, lacs cristallins, hameaux accrochant au roc leurs vieux toits ; là, forêts de sapins, pâturages égayés de troupeaux ; ailleurs, la palette incomparable de cette flore de la Provence qui a son expression la plus saisissante dans ce terroir de Grasse, qui n'est qu'un immense jardin. C'est tout cela qui constitue, par une admirable synthèse de la mer et de la montagne, la « Route des Alpes », une et trinitaire, la route d'été, la route de printemps, la route d'hiver. Parcourue naguère par les seuls dilettantes de la montagne, elle est, aujour- Nice. — Le Jardin Albert-1er et le Casino municipal. — Phot. I. Giletta. d'hui, devenue la grande voie vers le Nord. On ne compte plus maintenant les automobilistes qui l'empruntent à la fois pour son pittoresque et parce qu'elle est la plus directe. Les grandes entreprises d'autocars y font circuler leurs voitures. L'intérêt puissant qu'elle présente pour le mouvement touristique a conduit la Compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée à organiser, depuis la fin de l'année 1924, des services réguliers d'autocars de Nice à Grenoble et à Aix-les-Bains. Ils fonctionnent du 15 décembre au 15 septembre, suivant des horaires adaptés aux saisons. Un car-limousine du service d'hiver du P.L.M. Nons retrouverons, sur la Route des Alpes, ces grands véhicules agiles, abattant leurs 30 kilomètres dans l'heure, puisque sur le beau voyage de la Côte d'Azur à la Savoie, à travers les Alpes dauphinoises, nous nous proposons de revenir (1). Mais, peut-être, en aurez-vous assez lu déjà pour vous mettre, s,ns plus tarder, en devoir de l'accomplir. PLERRE CAVAILLB. (1 La suite de celte chronique paraîtra dans les numéros de L'Illusfralion des 17 avril et 22 mai prochain. L'Établissement thermal d'Aix-les-Bains. —Phot. I. Giletta.



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