L'Illustration n°4335 3 avr 1926
L'Illustration n°4335 3 avr 1926
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°4335 de 3 avr 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 101 Mo

  • Dans ce numéro : les femmes grecques.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 26 - 27  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
26 27
306 — No 4.r; ;1, L'ILLUSTRATION 3 AVRIL 1926 AVIS A NOS ABONNÉS L'augmentation des frais d'affranchissement nous oblige à rappeler à nos leteurs qu'il ne sera répondu qu'aux lettres contenant un timbre pour l'affranehissement de retour. Nos correspondants de l'étranger ne disposant pas de timbres français peuvent remplacer ceux-ci par un coupon-réponse international. Ceux de nos abonnés qui nous demandent un accusé de réception des mandats-cartes, chèques ou virements qu'ils noue adressent nous astreignent une dépense bien inutile — puisqu'ils conservent le talon de leur coupon — et dont nous nous abstiendrons dorénavant. Nous rappelons, en outre, que les demandes de changement d'adresse doivent être accompagnées d'une bande et de la somme d'un franc en timbresposte ou coupon-réponse. En raison des nécessités du routage, ces demandes de changement d'adresse, pour avoir leur e fet sur le numéro de la semaine, doivent nous parvenir au plus tard le mardi. L'OEUVRE DE LA CIVILISATION BLANCHE EN PÉRIL Depuis des sièel(-, l'Europe tient, irrésistiblement, la première place dans le monde. Elle a envahi et dominé les deux continents; elle dominait hier tous les peuples, même les masses grouillantes d'Asie, même celles de l'immense Chine qui n'a pu résister à la poussée, à l'emprise économique des races ang1Osaxonne, latine et. slave. The white man's rade, la loi de l'homme blanc, s'imposait sur les deux hémisphères, sous tous les climats : elle faisait surgir du sol toutes richesses latentes; la jungle, la plaine inculte, la savane ou la pampa se transformaient. produisaient café, cacao et sucre, caoutchouc et gutta, textiles de toutes sortes, oléagineux, etc., ou nourrissaient d'immenses troupeaux. Des routes s'ouvraient... Les populations, dans une sécurité des personnes et des biens inconnue jusqu'ici, s'accroissaient rapidement dans un bien-être insoupçonné. La population de Java. par exemple, sous le régime des Hollandais, passait de 14 à 37 millions d'âmes, de 1865 à 1905, soit en quarante ans; cette merveilleuse croissance est un fait que tous les sophismes de l'indépendance « intégrale » ne sauraient rapetisser. Sous la loi de l' « homme blanc n, la tyrannie, la misère s'effaçaient, les luttes sanglantes de clan à clan, de tribu à tribu, les rivalités homicides des roitelets disparaissaient; dévastation chronique, destruction d'humanité par le fer, par la faim, tout ce fardeau maudit des âges anciens s'évanouissait dans le passé. La loi de ,justice, la vraie loi humaine s'affirmait, dominait, cette fois, rejetant dans le lointain des souvenirs l'atroce loi de la jungle. Hier donc, sur les continents, sur les océans, la race blanche, dans l'ordre politique comme dans l'ordre économique, régnait par la vigueur de son intelligence créatrice, de sa volonté. En sera-t-il toujours ainsi et pour combien de temps? En tout cas, un fait aujourd'hui indéniable, c'est que la loi de l' « homme blanc » est, surtout en Asie, dénoncée comme trop lourde, comme attentatoire à toute dignité humaine. « Protectorat » prend la signification de domination absolue, tyrannique; et la soumission à pareil régime est traduite par le mot u servage »... C'est une erreur, un mensonge sans doute, car, aux peuples enfants que certaines déclarations ont exaltés, dévoyés, il faut un tuteur. Mais prenons garde : une telle propagande; qu'elle soit le fait d'ambitions impérialistes ou bien de rêves humanitaires, prépare, à n'en pas douter, de nouvelles guerres. Peut-mi prévenir pareils conflits si redoutables' Y a-t-il des moyens? Sans doute, mais l'application difficile, en raison de certaine doctrine dont le danger échappe à trop de gens : nous en parlerons. En attendant, j'envisagerai la situation actuelle de l'Asie, puisqu'elle représente 900 millions d'êtres, dont la production est devenue indispensable à l'Europe. Mais quelles sont les deux grandes masses humaines de l'Asie? Sans aucun doute, celles appelées chinoise et hindoue, dont le total n'est pas loin d'égaler 700 millions d'âmes. C'est donc vers elles que doivent aller nos préoccupations, sans oublier d'autres pays soumis au régime dit « de protectorat ». ** L'Inde, on le sait, n'est qu'une grande colonie de domination anglaise. Mais il serait vain de nier que cette immense péninsule tant de fois envahie, piétinée par tant de conquérants, cette Inde périodiquement meurtrie par le fer, par la faim, avait enfin trouvé la paix, le siècle dernier, sous la loi de l'Européen, de l'Anglais. L'ordre, la sécurité des personnes et des biens ont régné pendant que de longs rubans d'acier ont permis de transporter, d'un district favorisé dans un autre, le blé ou le riz qui n'avaient pu y pousser. De grands travaux d'irrigation ont créé de la fécondité là où depuis des siècles il n'y avait que stérilité. La science médicale, l'hygiène ont aussi fait merveille, sauvé tant d'existences qu'un prince indien mettait en garde un gouverneur anglais contre les conséquences prochaines du rapide accroissement de la population : « Comment l'Inde allait-elle nourrir tous les enfants qu'on lui conservait, tous les hommes mûrs qu'on arrachait aux épidémies, à la ‘ariole, au choléra, à la peste? » En dix ans, cette population augmentait de 20 mil- IIOUS et l'Angleterre tutélaire prévoyait, organisait, et l'accroissement de production allait de pair avec celui de la masse vivante. Rares devinrent les famines, et de plus en plus localisées, combattues. On eût done pensé que l'Indien était satisfait de son sort et bénissait son protecteur, son réel bienfaiteur. Il n'en est rien : des lamiers, de jeunes avocats indiens induis de panacées, de chimères sociales prises dans les grandes cités d'Europe et d'Amérique, veulent aujourd'hui tout bouleverser et surtout se substituer brusquement, sans transition, au protecteur actuel, à l'Anglais dont ils n'ont ni l'expérience politique ni les puissants moyens d'action. Par esprit d'imitation, sans tenir le moindre compte des réalités biologiques, ils vont jusqu'à parler (l'instituer le suffrage universel, ce fétiche si décevant, même pour les peuples très évolués; instituer le suffrage universel dans l'Inde, en ce pays des castes si rigoureusement fermées, où l'ombre seule (1'1111 homme de caste inférieure tombant sur les affluents qu'un brahmane est en train de préparer suffit pour les souiller, les faire rejeter avec &goût! Naturellement, les masses écoutent la nouvelle pa vole, ces promesses d'une ère nouvelle toute (le félicités; elles suivent les meneurs, car leur crédulité est sans limites, comme leur ignorance. Elles s'agitent de plus en plus, tendent à rendre responsable de toutes leurs misères le « rajah » étranger, même de leurs misères récentes, dues cependant en grande partie au fanatisme de Gandhi, ce grand rêveur soviet, soutenu par des éléments étrangers. Il s'est même formé un peu partout, mais surtout au Bengale, un parti extrémiste — qualifié red (rouge) par les Anglais — dont l'arme favorite est le terrorisme à la façon de Moscou. Or, quels troubles à répercussions diverses et lointaines ne causerait pas un soulèvement des masses de l'Inde! Ce ne serait pas l'Angleterre seulement qui serait touchée, mais encore la plupart des nations de l'Europe qui ne peuvent plus se passer de ce grand marché. En ce qui concerne l'Inde elle-même, si, un jour, dévoyée par quelques mauvais bergers, elle se jetait, avec ses 320 millions d'âmes, dans une aventure swarajiste (home rule), ee serait l'anarchie aussitôt, l'anarchie fatale dans un immense pays, aux races, aux religions antagonistes et multiples. Ce seraient les massacres, surtout entre Hindous et musulmans, une prompte ruine économique. Il faut donc espérer que l'Angleterre, qui a joué dans le monde un si grand rôle de pacificateur de peuples, retrouvera sa fermeté ancienne et maintiendra la paix dans l'Inde. Mais cette fermeté sera inopérante si elle continue de s'inspirer de certaine idéologie récente, défendable du point de vue philosophique ou sentimental, mais désastreuse en politique, fatalement génératrice de troubles. D'ailleurs, une réaction de fermeté s'accuse depuis quelque temps chez les Anglais; c'est qu'une grave menace extérieure se matérialise de plus en plus contre l'Inde, de même qu'elle s'affirme en Extrême- Orient contre tous les intérêts économiques des grandes nations d'Europe ou d'Amérique. Il s'agit de l'action bolchevique, d'une propagande effrénée, destructrice de tout ordre social ou économique, par l'exaltation systématique des plus bas instincts ou préjugés chez des peuples encore primitifs. Jamais, peut-on dire, pareil flot de mensonges n'avait encore battu en brèche dans toute l'Asie les positions de la race blanche et son rôle nécessaire de pionnier ou de tuteur. Pour qui sait comprendre, ce sectarisme de Moscou n'est au fond qu'une forme d'impérialisme brutal et cynique entre toutes, pour lequel l'univers entier n'est pas trop grand. * ** Mais il n'y a pas que l'Inde qui soit touchée par ces idées de libération immédiate de toute tutelle, quelque bienfaisante soit-elle et même nécessaire. Java et Sumatra, la péninsule malaise, les Philippines, l'Indochine française sont entrées dans le mouvement. Et l'intérêt de la situation, ou plutôt son danger, c'est que le bolchevik utilise en ce moment le Chinois pour sa propagande, en particulier celui du Sud, Cantonnais ou Fokiennois, enrôlés sous la bannière du Kouo Ming Tang, ou parti extrémiste anti-étranger, dont le coryphée fut le docteur Sun Yat Sen. Le plus curieux et ce qui montre bien l'empire du bolchevik en Chine, c'est qu'il a réussi à faire de ses adeptes chinois les meilleurs propagateurs de sa doctrine dans ces pays. Ils y trouvent un champ d'autant plus vaste à exploiter, ces adeptes, que les émigrés de leur race se comptent par centaines de mille à Java et Sumatra ou dans la péninsule malaise, qu'ils y occupent une situation importante dans l'ordre social et économique, généralement supérieure à celle de l'indigène. Certains de ces Chinois, possesseurs d'énormes fortunes réalisées sous la protection et l'aide de l'Européen, ont toujours été les bailleurs de fonds des partis extrêmes de leur pays d'origine, du docteur Sun Yat Sen en particulier. Ce qui donne aussi une grande force à ces groupes coloniaux, c'est que le Chinois ne vit jamais isolé, indépendant, mais au contraire fait toujours partie d'une guild ou même d'une société secrète avec d'immenses ramifications dans tout l'Extrême-Orient. Inutile d'ajouter que tout ce monde n'est nullement actionné par le mirage des principes communistes, mais bien plutôt par l'espoir d'une renaissance du Céleste-Empire, de sa puissance ancienne, par l'espoir d'un retour aux temps bénis où tout Chinois se croyait, en toute candeur, le dominateur de l'univers et le seul civilisé. Il y a dans ce mouvement, avant tout, une question de « face », une poussée de cet immense orgueil racial si caractéristique du Fils de Han. Quoi qu'il en soit, le bolchevik a su en tirer parti au maximum. Son succès n'est que trop réel. En ce qui concerne la France, ce serait une erreur funeste de s'imaginer que les groupes chinois de l'Indochine restent, par prudence, en dehors de ce mouvement : ils y participent, sans le moindre doute. Quant à l'Annamite, le Jeune-Chinois bolchevik de Canton ne manque pas de lui expliquer qu'il est le « Fa Kouo ti Nou », c'est-à-dire « esclave du Français », et qu'il ne saurait plus longtemps supporter « pareille honte n. D'où une idée de sujétion toujours présente à l'esprit de notre protégé et d'autant plus dangereuse que l'Asiatique sacrifie tout à la « face n, même son bien-être. On ne saurait oublier, d'autre part, que Canton est la capitale d'une grande province limitrophe du Tonkin, laquelle province subit aujourd'hui une vraie dictature bolchevique. Mon expérience des divers milieux d'Extrême- Orient me permet d'affirmer que le sort des colonies étrangères du Pacifique, de l'Indochine en parti-
3 Aval', 1926 L'ILLUSTRATION N° 4335 — 307 eulier, se trouve désormais lié à l'évolution présente de la Chine. Les grandes puissances doivent donc faire en sorte que cette évolution se réalise non dans l'anarchie, comme aujourd'hui, mais dans l'ordre, le retour à la vieille sagesse du Chinois. Cependant on est contraint d'avouer que, jusqu'ici. les puissances s'en sont tenues à la dangereuse politique du wait and see. J'en aurai fini avec les colonies quand j'aurai dit un mot des Philippines. On sait qu'il y a trois ou quatre ans les Etats- Unis crurent devoir promettre l'nidépendance aux Philippines, leur déclarer que l'administration américaine ne tarderait pas à regagner la mère patrie. Or, pour l'Asiatique, pareille promesse comporte une exécution immédiate : le « futur » se confond, pour lui, avec le « présent » ; comme l'enfant, il distingue fort mal l'un de l'autre. Tous ceux qui ont vécu en contact avec lui le savent. Donc, pour le Philippin, la promesse de libération devait se réaliser aussitôt, dans l'année même. Les Etats- Unis, devant l'exode annoncé de tous les colons et hommes d'affaires américains ou étrangers effrayés par l'anarchie qui allait suivre, n'ont pas manqué de se raviser et ils ont fini par comprendre leur erreur de pur sentimentalisme. Une erreur moins néfaste encore pour les intérêts de l'Amérique que pour ceux des Philippins, bien incapables de se gouverner en leur stade actuel d'évolution. Reste à observer, sur l'échiquier asiatique, la Chine, cette masse grouillante de populations dont les sursauts ne peuvent que nous préoccuper grandement. Personne n'ignore l'état d'anarchie où se débat la Chine depuis qu'on lui a enlevé le « Fils du Ciel », cette toute-puissance qui symbolisait religion et morale, c'est-à-dire toute discipline familiale et sociale. Les grandes nations signataires du pacte de Washington ont laissé grandir cette anarchie parce qu'elles n'ont jamais pu s'entendre sur une politique commune; parce qu'elles se combattent au contraire sournoisement, mais sans répit, derrière des fantoches qu'elles poussent alternativement au pouvoir. Les Etats-Unis, en particulier, ont toujours fait fausse route par incompréhension de l'âme chinoise. Surtout, les puissances ont eu l'imprudence de laisser des éléments avancés de leur population propager dans toute l'Asie certaines chimères politiques et sociales qui ne pouvaient être que génératrices de troubles en des pays plus près du moyen âge que du vingtième siècle. La grande erreur a été de vouloir, sans transition, initier la Jeune-Chine ou la Jeune-Indochine à un haut enseignement qui n'est assimilable que par des cerveaux déjà très évolués que seules peuvent enfanter certaines civilisations créatrices. Trop de jeunes Asiatiques ont été envoyés dans les grandes écoles d'Europe et d'Amérique, sans préparation ni surtout sélection rigoureuse. Faisant table rase du passé, d'imprégnations millénaires qui les éloignent tant de nos concepts, ils veulent, ces gradués d'Universités étrangères, sitôt de retour, créer de toutes pièces une Chine nouvelle, une Inde nouvelle, sur le modèle de nos démocraties. Ils se mettent à saper, ii détruire sans avoir rien de stable à mettre à la place, rien surtout d'adapté à leurs traditions. Conséquences : désordre et misère. La Chine en est un exemple poignant, en ce moment. Et il en serait de même de l'Inde, si une autorité étrangère ne veillait sur l'armature sociale et n'assurait l'ordre. On m'a souvent demandé, en France, si le communisme faisait réellement des adeptes en Asie orientale : sans aucun doute, mais surtout parmi la jeunesse des écoles. L'étudiant chinois, annamite ou indien, une fois en Europe, échappe naturellement à l'influence de son milieu ancestral. Cet étudiant, brusquement jeté dans un milieu nouveau si différent du sien, perd vite toute orientation, s'en va au hasard, à la dérive. Désormais sans défense, il est à la merci de toutes les influences; et l'observation nous enseigne qu'il va presque toujours aux idées extrêmes, en grand enfant qu'il est. De retour dans son pays, il s'en fait l'ardent zélateur, d'autant plus que, d'une révolution sociale, il escompte un bénéfice personnel, un mandarinat — cette suprême convoitise — s'il est Chinois ou Annamite. Le communisme, le bolchevisme brutal, qui saisit le pouvoir, la propriété et s'y installe solidement, a done de nombreux adeptes parmi la jeunesse ambitieuse de Chine et des colonies asiatiques. Il s'y mêle sans doute une certaine dose de nationalisme, d'orgueil racial plutôt, fortement teinté de xénophobie. Mais le grand appât reste le mandarinat avec ce droit traditionnel qu'il confère de s'enrichir rapidement. Ainsi que l'exprime le vieux dicton chinois plus que jamais en honneur : « Mieux vaut être mandarin un seul jour que dix mille ans simple paysan. » Mais, étant donné la forme sociale actuelle des pays asiatiques, l'expérience du communisme provoquerait un immense bouleversement, une répétition en Chine, par exemple, de la révolte des « T'aï Ping n, de triste mémoire, ou encore de la période « boxer », mais singulièrement aggravée cette fois. Aussi, quelles n'en seraient pas les conséquences pour les grandes puissances! Ce serait leur intervention fatale, car il s'agirait de défendre la vie, les biens de milliers de leurs sujets, dont un grand nombre de femmes et d'enfants. Donc, expédition militaire en un lointain pays, forcément très onéreuse en sang et en argent, du fait de l'armement actuel de la Chine. Mais, au même moment, sans aucun doute, Moscou persuaderait les éléments avancés de l'Inde, les « rouges » du Bengale, de profiter de pareille aubaine pour mettre à mal l'Anglais. Celui-ci aurait donc à faire face à deux dangers à la fois : tout en coopérant avec les Etats-Unis, le Japon et la France en Chine, il devrait assurer un immense effort dans l'Inde. Double expédition aussi pour la France, si l'Indochine, comme c'est probable, était touchée par l'action bolchevique, utilisant le Chinois comme instrument, les divisions « rouges » du Koantong, le long d'une frontière commune de 1200 kilomètres. De simples hypothèses, pensera-t-on : gardonsnous de le croire. * ee Il n'est donc que temps, pour certaines nations, de se rendre compte de la situation réelle de menace politique et économique qu'elle comporte. Il faut que les gouvernements reconnaissent enfin que certains principes, excellents pour des groupes humains très évolués, sont au contraire néfastes pour des peuples qui n'ont pas encore atteint l'âge de la maturité psychique et sociale. Concéder à ces peuples la self-determination ou les pousser à l'adoption d'un régime politique en opposition avec leurs traditions, leur stade d'évolution, n'est rien moins qu'une grave erreur, fatalement génératrice de troubles. Les traditions, rien ne devrait être plus respecté. S'il en est d'archaïques, la majorité n'en constitue pas moins un sûr guide, la force motrice de toute race, qu'elle soit blanche ou de couleur, sa grande force inconsciente. Trop de gens veulent européaniser ou américaniser à tout prix. Rien ne sert cependant d'habiller de nos idées et d'un complet veston un Noir ou un Jaune : il garde fatalement l'âme façonnée par ses ancêtres. Si toutefois vous cultivez ses instincts, ses impulsions, il ira très loin dans le mal, car il est moins bien défendu que nous par son atavisme. Mais, pour certains doctrinaires. il est un nouveau credo : l'égalité intégrale en tout et partout, d'où une vraie démence d'unification. Unification des races, de la couleur des peaux, unification des valeurs physiques et mêmes psychiques : d'où unification politique. Comme si l'inégalité n'était pas, au contraire, la règle, la loi! Regardez autour de vous, observez le monde vivant et vous verrez que la nature se refuse à unifier, qu'au contraire, elle diversifie à l'infini, car il lui faut des êtres pour toutes les tâches : c'est là le secret de la vie, de sa durée à travers les siècles. On ne violente pas la nature : aucun sophisme n'y suffirait. Ses lois sont immuables autant qu'impitoyables. Elle a créé les peuples inégaux comme les individus: aucune vue de l'esprit n'y changera rien. L'Européen restera donc pratique, réaliste dans ses colonies ; et bonté, justice s'accompagneront de fermeté pour le bien-être de tous. En ce qui concerne l'indigène, on se gardera avant tout de le traiter comme une clientèle électorale : on aura, au contraire, une politique souple adaptée à son degré d'évolution, à ses caractéristiques raciales. S'il est un peuple-enfant, il sera gouverné comme tel. En particulier, ce serait une grave erreur de le gâter sous couvert d'une philanthropie larmoyante : on atrophierait ainsi ses qualités pour développer ses vices; on le rendrait « inefficient n à son détriment et au nôtre. Surtout dans les pays de colonisation, il convient d'écarter les prêcheurs de l'ordre humanitaire et social, de laisser agir ingénieurs et médecins : ils feront plus pour l'indigène par leurs travaux, leurs interventions que toutes les combinaisons des sophistes égalitaires. ** Mais envisageons l'heure où, sous une poussée idéologique, comme le sophisme wilsonien, par exemple, les grandes puissances songeraient à concéder l'indépendance totale à leurs colonies, aux Asiatiques en particulier. Qu'arriverait-il? Avant tout, ce qu'il convient d'avoir toujours présent à l'esprit, c'est que certaines races, si elles sont abandonnées à elles-mêmes, libérées, cesseront de produire ce que nous appelons les « denrées coloniales » : leur paresse sera plus forte que l'appât du gain. Il importe aussi de retenir ce fait : que si les peuples sont largement pourvus en denrées précieuses telles que café, thé, cacao, sucre ; certains corps gras et textiles ; caoutchouc, métaux, pétrole, ils le doivent à l'initiative, aux capitaux et surtout au contrôle de l'Européen dans le monde entier. Hors de ce contrôle, en particulier sur les peuples primitifs, rien n'émerge, rien ne se matérialise. Donc, à chaque race sa tâche, en harmonie avec son évolution. Si la race blanche venait à faillir à son rôle, dans quel chaos l'humanité ne retomberait-elle pas? Car certains peuples ne rentreront pas seulement dans la stérilité économique, mais reviendront vite à la « loi de la jungle », recommençant à s'exterminer, ainsi que dans le passé, ou revenant à l'exploitation cynique du faible par le fort. Ce serait la misère à nouveau pour ces peuples, mais aussi la disette véritable, sinon la disparition sur le marché mondial d'une quantité d'aliments ou de matières premières indispensables à l'Europe. Ce serait pour celle-ci une crise économique d'une telle gravité, d'une telle répercussion sur son existence même qu'elle serait obligée d'aller reconquérir ses colonies. Déjà nous payons plus cher diverses den rées parce que certains Européens — et non pas seulement des bolcheviks — ont exporté ce système d'arrêt du travail qu'on appelle la grève, l'ont introduit en Chine, dans l'Inde, à Hong-Kong. C'est naturellement l'Europe qui fait les frais de ce beau zèle doctrinal : nous travaillons contre nous-mêmes. On crée le désordre économique pour mieux réaliser, au bénéfice d'une prétendue évolution, tout un bouleversement social, ni plus ni moins que le bolchevik. * Ces niasses énormes. composées surtout de paysans, ces masses silencieuses ne manifestent d'ailleurs aucun intérêt pour les nouveaux dogmes ; elle les tiennent au contraire en grande suspicion, en ayant déjà souffert. On peut dire que tout ce monde paisible des champs ou des rizières n'a d'autre souci que le pain ou le riz quotidien. Pour lui, manger en paix importe plus que toutes les panacées sociales. Tous les bavardages, toutes les promesses des frelons sociaux le laissent indifférent. Ce qu'il comprend, apprécie, c'est l'utilité d'un chemin de fer, de ces voies rapides et commodes qu'il doit aux capitaux et aux techniciens d'Europe. non moins en Chine que dans l'Inde. Et si vous vous adressez à l'élite, à l'un de ces propriétaires terriens ou de ces lettrés chinois de



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 1L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 2-3L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 4-5L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 6-7L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 8-9L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 10-11L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 12-13L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 14-15L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 16-17L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 18-19L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 20-21L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 22-23L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 24-25L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 26-27L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 28-29L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 30-31L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 32-33L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 34-35L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 36-37L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 38-39L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 40-41L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 42-43L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 44-45L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 46-47L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 48-49L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 50-51L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 52-53L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 54-55L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 56-57L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 58-59L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 60-61L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 62-63L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 64-65L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 66-67L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 68-69L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 70-71L'Illustration numéro 4335 3 avr 1926 Page 72