L'Illustration n°4327 6 fév 1926
L'Illustration n°4327 6 fév 1926
  • Prix facial : 3,50 F

  • Parution : n°4327 de 6 fév 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 87,5 Mo

  • Dans ce numéro : Marrakech, ville de tourisme.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 34 - 35  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
34 35
L'ILLUSTRATION A la lisière de la grande palmeraie de Marrakech, sur la nouvelle route qui conduit vers la ville. Photographie Flandrin.
6 FÉVRIER 1926 L'ILLUSTRATION Na 4327 — 123 riad clos et calme, planté en contre-bas de menthe et de gembo et parfois d'un jasmin, plein de soleil, propre et tout embaumé. Les enfants, la négresse s'agitent, la dame se cache au fond de son alcôve à coussins. Nul n'aurait soupçonné cet asile de fraîcheur, derrière ces murs en ruines. C'est le charme de la cité, son secret, sa coquetterie. Alors qu'il est aisé d'être autorisé à visiter une maison princière, comme celle du pacha Hadj Thami el Glaoui, on ne doit pas songer à franchir le seuil d'une de ces modestes demeures sans y compter des relations personnelles. S'il faut déplorer, pour le contentement du touriste, les obstacles qui l'arrêteront, il faut s'en réjouir aussi. Du touriste émane l'esprit destructeur : devant lui les choses ne seraient plus elles-mêmes, sa seule présence détruirait l'intimité du jardinet, l'ordonnance domestique... Qu'il lui suffise d'imaginer, cachés par ces murs misérables, des familles qui laissent couler les jours dans un confort réel, des foyers où l'on mange commodément les poulets rissolés, où le thé est servi brûlant et bien parfumé de menthe. Occupés de ces aspects divers, les jours couleront aussi pour le visiteur de la capitale du Sud. Il ne voulait que passer, à l'aide des auto-circuits nordafricains qui rendent tout déplacement aisé : il restera peut-être. Aussi bien, l'hôtel Maïmounia déjà s'est agrandi. De plus en plus, quand se multiplieront les hôtels à prix divers, Marrakech deviendra station d'hivernage. La douceur de l'habitant, son rire facile, son indolence propagent une contagion. Sous le soleil, milieu naturel du flâneur, bien vite on aime la promenade pour la promenade, et l'errance pour le plaisir de rêver... Alors, l'Aguedal, qui est le jardin du palais du sultan, la Menara, hors des murs, ouvrent leurs allées vastes. Les oliviers, plantés en quinconce, répandent la douceur de leur feuillaison grise. Dès novembre, çà et là, les fruits des orangers y sèment des points d'or. Les grands bassins, encadrés dans le marbre, ne reflètent qu'un pavillon désert, et le ciel que des cigognes animent de leur vol. Au loin, la montagne apparaît, modelée par l'ombre bleue des vallées de noyers et de thuyas ; sa ligne extrême, veloutée de neige, découpe le bord de l'azur. Que l'on fasse le tour des portes et des murs, ces murs élevés au onzième siècle par l'émir almoravide Youssef ben Tachfine, ces murs qui brûlent sous le soleil, qui semblent encore rouges de tout le sang qui a coulé pour leur conquête et leur défense, la montagne, toujours, occupe un coin du ciel de sa masse émouvante ; que l'on traverse la palmeraie sur la piste nouvellement tracée aux voitures, le regard accroché par les régimes de dattes couleur de feu à l'aisselle des palmes ou par la flamme des petits grenadiers qui se défeuillent sur la terre rouge, toujours, à quelque détour, se découvrent l'horizon Sud et la montagne... On en connaît bientôt le détail, le dessin, la ligne tourmentée. On s'essaie à nommer les grands sommets chargés de neige. Enfin, on perçoit leur appel. Qui a aimé une fois la montagne plus jamais n'y reste insensible. On subit l'attirance de ces désertes étendues. On désire l'air d'en haut, le souffle qui a passé sur la neige, et le brouillard du versant, et l'effort du chemin. A voir constamment la montagne, on la veut, on y va. C'est extrêmement simple. De bonnes routes automobiles conduisent à l'embouchure des vallées principales. La montagne est proche, ses accès sont faciles, l'alpinisme est ouvert, et dans le grand Atlas ! Voilà un des attraits, sinon le plus grand, de Marrakech la Rouge. La fin de l'hivernage permet cet admirable sport d'été. Hors des chemins muletiers pratiqués par les indigènes, améliorés par les autorités militaires, le massif est inexploré. Des sommets de plus de 4.000 mètres se dressent, dont deux seulement ont été atteints par une caravane du Club alpin (section Maroc), sous la conduite de son président, M. de Segonzac. Le Syndicat d'initiative de la région, sous l'impulsion de son actif président, M. Dorée, a organisé à l'usage du promeneur plus modéré dans ses ambitions les refuges nécessaires pour connaître les grandes vallées intérieures de l'Atlas. A 5o kilomètres de Marrakech, Asni ; à 66 kilomètres, Tazert, sont les points où l'on quitte l'auto pour la mule. Si l'on parcourt le pays glaoui, magistralement décrit par les frères Tharaud ; si, d'Asni, on visite le cirque d'Around et que l'on veuille remonter les vallées de l'Ourika et de la Reraïa, on trouvera pour le coucher soit une maison forestière, soit une maison indigène recrépie, divisée en deux chambres pour sept à huit personnes, sommairement meublée. Le Syndicat y fera parvenir les vivres nécessaires et un cuisinier pour chaque excursion annoncée. Les pistes grimpent aux flancs abrupts, tapissés de genévriers et de lauriersroses. Les villages berbères s'échelonnent sur la pente parmi les oliviers, plus haut les amandiers, accrochant leurs terrasses et leur petite culture jusqu'à 2.000 mètres. On voit se dérouler cette existence féodale autour de la citadelle du caïd ou du cheikh. On assiste aux marchés et aux danses du soir. Ici, le spectacle social se mélange au spectacle de la nature. Les méandres du N'fiz et de l'Agoundis ont été descendus depuis les temps reculés par les travailleurs du Souss, allant chercher leur vie à Marrakech, la capitale du plaisir. Les caravanes rencontrées amènent à ses fondoucks les produits des vastes régions en deçà de la montagne. Dans la sécurité parfaite, des aspects de l'activité et de l'effort approfondiront la splendeur des grands paysages. La vallée d'Anougal, dont les noyers couvrent 5o mètres d'ombre, les sources d'Imintala, les gorges aux parois en tuyaux d'orgue rouges sous le ciel bleu, Tagadirt el Bour, les ruines de la mosquée almohade de Tinmel, la casbah d'habitation du caïd, et l'inoubliable silhouette de la forteresse de Taguendaft... cet itinéraire, entre autres, a de quoi captiver le coureur de montagnes le plus exercé de l'Europe. Au retour, du pont portugais jeté sur l'oued rapide, la Ville rouge qui dans le loin s'étire, avec ses belles promesses, ses richesses, ses danses, flambe et brille au soleil du soir, comme devant le coeur altéré du chamelier de Taroudant. La France présente au tourisme les paysages les plus riants et les plus sévères, dans la brume et dans le soleil, dans la douceur du ciel tempéré. Il est évident que l'alpiniste trouvera en Savoie la haute montagne, que l'hiverneur qui veut le soleil méridional, sur la Côte d'Azur, verra croître l'olive et l'orange. C'est moins loin que les neiges de l'Atlas ou les olivettes berbères. Mais il est des promeneurs qui aspirent à satisfaire leur imagination par des aspects violents, des figures, des images dont le contraste, sollicitant constamment l'attention, l'accapare, l'extrait des soucis habituels. A ceux-là, Marrakech offre un séjour extraordinaire. En même temps que ses monuments, ses foules et la magnificence de la montagne, la ville découvre à chaque pas au visiteur un paysage d'âme, si j'ose dire, un aperçu sur une civilisation qui s'évanouit et qui fut immense, sur une méthode de vivre qui demeure, résistant à l'afflux qui vient du Nord. Et c'est là que réside peut-être le trait de génie d'un Lyautey qui a su laisser à cette ville, si proche de la, civilisation envahissante, son caractère ; il a su l'adapter aux nécessités de la politique, des affaires et même du tourisme, sans effacer en elle les traces majestueuses ou exquises du passé. Sans doute l'instant fuit et s'écoule, le visage actuel de la cité n'est qu'un moment dans l'histoire d'un peuple et d'une colonisation. Mais le changement est lent, les gradations insensibles, car la capitale du Sud, par sa situation géographique, a son existence, sa population, son commerce propres. La plus grande France recèle cette grande cité d'Islam qui doit attirer, qui attirera tous les amoureux de beauté, tous les assoiffés de vie nombreuse, tous ceux qui désirent, au soleil, sous un beau ciel, rencontrer la simplicité et réapprendre le loisir. NANCY GeoRGe. Les remparts de Marrakech. — Phot. I. Clair-Guyot.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 1L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 2-3L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 4-5L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 6-7L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 8-9L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 10-11L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 12-13L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 14-15L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 16-17L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 18-19L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 20-21L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 22-23L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 24-25L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 26-27L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 28-29L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 30-31L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 32-33L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 34-35L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 36-37L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 38-39L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 40-41L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 42-43L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 44-45L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 46-47L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 48-49L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 50-51L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 52-53L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 54-55L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 56-57L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 58-59L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 60-61L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 62-63L'Illustration numéro 4327 6 fév 1926 Page 64