L'Illustration n°4326 30 jan 1926
L'Illustration n°4326 30 jan 1926
  • Prix facial : 3,50 F

  • Parution : n°4326 de 30 jan 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 58,8 Mo

  • Dans ce numéro : les sports d'hiver à Chamonix.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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102 — N° 4326 L'ILLUSTRATION 30 JANVIER 1926 ..es' icratinse: rnaleraistrem trutertrm.44ectiat raki ecirterir; tr..9“e" f+ere e „,„,„4-reforcr err==ier+r andrernersi er.'".414• 1.05rnel=4.14-deet uk.,,nneert tryrn; },1 9und(c~dmaa,nulwn irleInntrr"ṯeu"' G " 444"—'rer-414111: rr.r.t(luri.444,74.t.4eresilwn ,,44fertrercLi • • ks Trlerrer7 reer ei“e'r-drY-4 , -mur, u,.>.rnateuz-:$0 ee 1J 5 -teriud,P14.1,...zur-.C.U.I rmi,..4.4fàfp..v..ceiLunuf (4=i,;(*.tf 1 ah emerarn u"1 4.11,1 queendut 1r TT,IT7IYVV 111-17TT a , ,44 I. er.•e.0 ..1,11•31.1.irte tira,e tee endmea., >L4.011.e rs1.« elmer« • 4r44. deteur . w.em,pe.,e avr{.1 IlfteV-INYfflMAr Acteurs de la comédie des « Adelphes de Térence. (Manuscrit du ixe-xe siècle.) Annonciation aux bergers. (Apocalypse de saint Sever, xze siècle.) L'EXPOSITION DU MOYEN AGE A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE Les expositions organisées, depuis deux ans, rue Richelieu répondent évidemment au désir qu'avait le public de connaître les oeuvres précieuses et rares conservées dans les collections nationales. Elles permettent, d'autre part, aux fonctionnaires de concilier leurs responsabilités professionnelles avec le droit, que tous les citoyens possèdent, de voir les livres, les manuscrits, les monnaies, les médailles, les gravures, etc., dont seuls, jusqu'ici, quelques initiés pouvaient apprécier la valeur comme la beauté. Nous avons rassemblé, cette année, les principaux manuscrits à peintures, célèbres entre tous, dont se composent nos fonds grec, latin et français; une suite de remarquables gravures sur bois en couleur des quatorzième et quinzième siècles, conservées au Cabinet des Estampes, ainsi qu'un grand nombre de reliures en métal et ivoire, d'orfèvreries, de monnaies, de médailles, de camées et intailles. Ces oeuvres du moyen âge étaient, pour la plupart, inconnues du grand public. Au surplus, nous avons cru opportun de placer sous les yeux des visiteurs les incunables qui marquent, au quinzième siècle, la transition entre le manuscrit enluminé et le livre à miniatures, tels le Valturius, la Bible dé Nicolas Jenson, les Chroniques de France et deux très beaux Verard, la Mer des Histoires et la Légende dorée. Nous avons exposé de même quelques portulans fort anciens, dont celui d'Angelino Dulcert (1339) apporte la preuve que, vers la fin du treizième siècle, un architécte de Grenade construisit, sur les bords du Niger, des palais et des mosqUées. Enfin, plusieurs documents et objets' d'une exceptionnelle' qualité complètent cet ensemble: deux manuscrits de Grégoire de Tours (vif siècle), les Serments de Strasbourg (842), la minute originale de l'un des interrogatoires du Procès des Templiers (1309- 1311), une « montre » des hommes d'armes de Du Guesclin, deux expéditions du Procès de condamnation de Jeanne d'Arc, etc. Il est donc permis d'écrire qu'aucune exposition d'une qualité semblable n'avait encore été ouverte, rue Richelieu, depuis celle que Léopold Delisle et Th. Mortreuil organisèrent, en 1904, digne complément des '« Primitifs français », dont Henri Bouchot fut l'initiateur. Aussi bien, et c'est là une supériorité sur la manifestation précédente, jamais la collaboration des quatre départements de la Bibliothèque n'avait été tentée pour le moyen âge. Il ne saurait être question de décrire d'une façon même sommaire les oeuvres réunies dans notre salle. Pour les seules monnaies et médailles, une longue étude s'imposerait. Elle nous permettrait de démontrer, du reste, qu'une conception trop étroite fit longtemps tenir à tort comme barbares maintes pièces dont la force, la largeur d'accents, le mérite décoratif les classent hors de pair. L'Enz de saint Louis, l'Agnel de Philippe le Bel, le Pille Ville, le Fort de Guyenne justifient cette affirmation, non moins que les Bractéates d'Allemagne et les Monnaies de Castille. Les médailles commémoratives de la fin de la guerre de Cent ans, toutes proches du type monétaire, ont des qualités égales ; celles d'Héraclius et de Constantin, commandées par le duc de Berry, sont, au contraire, plus classiques. Les estampes en couleur qui ornent la cimaise exigeraient aussi une description savante et minutieuse. Elles offrent un intérêt de premier ordre. Leur caractère inédit acepoîtra, pous,le public, la valeur' qui leur est propre. Elles témoignent de la maîtrise qui, dès la fin du moyen âge, s'affirma dans l'art de l'estampe ; rarement la simplicité de facture et de composition, l'ampleur du style et la science du trait ont été dépassées depuis lors. Il n'existe plus de séries semblables qu'à Vienne, Berlin, Munich et Londres. Composées et tirées vers la fin du quatorzième et durant le quinzième siècle, vraisemblablement en Bourgogne, en Lorraine, dans la région rhénane, en Artois et dans les Flandres, ces images étaient vendues par les confréries, les couvents, Samson et Dalila. (Psautier de saint Louis. mi' siècle.) avec les lettres d'indulgences. Les nobles, les bourgeois, les marchands, qui les achetaient, les plaçaient le plus souvent à l'intérieur de leurs coffres de voyage ou sous leurs vêtements. Ils croyaient ainsi se protéger contre la mauvaise chance. L'usure de pareilles pièces fut donc extrême ; les destructions que provoquèrent les luttes religieuses vinrent l'aggraver. Quoique répandues à des milliers d'exemplaires, les estampes de cet ordre devinrent ainsi fort rares. Une obscurité complète pèse, d'ailleurs, sur leurs origines : leur édition, effectuée en fraude des privilèges que détenaient les corporations de maîtres écrivains et enlumineurs, excluait tout nom d'auteur, toute , indication de provenance. Quoi qu'il en soit, quelques-uns de ces xylographes, tels le Christ au Jardin des Oliviers, une Mise au tombeau, un Portement de Croix, le Saint Bénigne, la Vierge debout, évoquent le grand caractère des motifs sculptés aux porches des cathédrales ou celui des personnages peints sur les vitraux du quatorzième siècle ; certains sont de purs chefs-d'oeuvre de grâce naïve et touchante, comme la Nativité ; d'autres, le Saint Christophe, par exemple, rappellent les imageries russes, dont ils ont la saveur de dessin, la violence de coloration. Il en existe, comme le Saint Jérôme, la Sainte Ursule et le Saint Gédéon, dont les lignes allongées sont pleines de noblesse stylisée; plusieurs avaient enfin une destination décorative incontestable, car les artistes s'efforcèrent d'y transposer les formules des tableaux ou des grandes miniatures, ainsi l'émouvante Présentation au peuple, une Passion, un Calvaire. Si bien qu'il n'est aucune des estampes exposées qui risque de laisser indifférent le visiteur averti. Elles recèlent toutes des mérites singuliers, très proches de ceux que nous préférons aujourd'hui. Mais quelque importante que soit la contribution en exemplaires de haute valeur, dont s'honorent les Cabinets des Médailles et des Estampes, l'exposition des miniatures la prime et, la surpasse. Grâce aux choix, dont ils ont fait l'objet, dans les collections de notre département des Manuscrits. les ouvrages présentés permettent au public, dans une suite éblouissante, de discerner aisément l'évolution d'un genre admirable, tant en France qu'en Flandre et en Italie. Leur richesse égale leur variété. Jamais les manuscrits du fonds grec n'étaient sortis de l'ombre. Leurs peintures, que l'antiquité classique et l'Orient marquent alternativement de leur influence, constituent, avec leur archaïsme imposant, leur froide somptuosité, des monuments capitaux de l'art qui prévalut à Byzance et Ravenne : la décollation de saint Jean-Baptiste de l'Evangile de saint Matthieu (VI' siècle), le David du psautier fameux, les figures d'un exemplaire de Saint Grégoire de Nazianze sont, entre tous, remarquables. Quant au fonds latin, il est représenté par des manuscrits, dont les plus anciens remontent au septième siècle, comme le Pentateuque de Tours, et les plus récents datent de la fin du quinzième siècle, luxueux ouvrages, que firent exécuter les
30 JANVIER 1926 ATION N° 4326 — 103, bibliophiles Mathias Corvin et Louis, de Bruges. Pour- marquer l'importance de cet ensemble, auquel nulle autre collection des deux mondeS ne peut être comparée, quelques exemples suffisènt. Parmi les manuscrits carolingiens, l'Evangéliaire de Charlemagne, celui de Lothaire, le Psautier de Charles le Chauve témoignent d'une science ornementale déjà prestigieuse. Les oeuvres de la période monastique, l'Apocalypse de saint Sever plus que toute autre, portent la marque de cette grande école, dont les parties décoratives de nos églises romanes, dans le Sud-Ouest, révèlent l'extraordinaire et puissante influence. Le style du Psautier de saint Louis et de la Bible moralisée atteint un sommet. Les miniatures qu'ils renferment furent peintes durant le mue siècle. Alors l'art français fut tout près d'égaler celui de la Grèce. Par leurs légers encadrements gothiques, l'expression, l'attitude, le costume de leurs personnages, — fins sourires, gestes courtois et mesurés, vêtements aux longs plis calmes, — ces manuscrits constituent le miroir réduit, où se reflète la grâce majestueuse et si pure des cathédrales, dont le ciel de l'He-de-France baignait la blancheur ingénue. Enfin, les ouvrages des 'cive et xve siècles ne sont pas d'une qualité sensiblement différente, telles les Heures d'Anjou, les Grandes Heures du duc de Berry, les Heures de Laval, de Nevill et du Roi René. Du fonds français, l'exposition peptet aussi de mesurer l'ampleur. La conception toute religieuse de l'existence y voisine avec un réalisme enjoué, parmi maintes scènes pathétiques, fastueuses ou familières. Mais on ne peut ici noter que des titres encore : tout d'abord et à part, l'Album de dessins de Villard de Honnecourt (mn' siècle), document unique et témoignage d'une vaste intelligence, que servit la technique la plus magistrale ; puis les Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit au droit désir à la décoration éblouissante d'or et de délicieuses couleurs, le Livre des Merveilles, qui renferme la relation, dont Hayton fit hommage à Jean sans Peur, le meilleur exemplaire du Livre de chasse de Gaston Phebus, le Livre des femmes nobles et renommées de Boccace, les Miracles de Notre-Dame et leurs grisailles fameuses, le Psautier d'André Beauneveu; le grand artiste que s'attacha le duc de Berry ; la Con. quête de la Toison d'Or, les Antiquités juives de Josèphe, etc. Chaque miniature de ce manuscrit, pour ne retenir que lui, est l'oeuvre de Jehan Fouquet, le maître plein de savoir, d'équilibre et de pénétrante intelligence, peintre de portraits sagace et paysagiste charmant. Ajoutons que, dans les vitrines murales, se trouvent présentées plusieurs reliures de la haute époque (huitième au treizième siècle) qui comptent parmi les pièces les plus rares de ce genre que l'on connaisse aujourd'hui. Splendidement ornées, presque intactes, elles appartiennent, comme les œuvres précédentes, au département des Manuscrits. L'Evangéliaire de saint Lupicin et les Evangéliaires de Metz, de saint Denis et de la Sainte-Chapelle se distinguent, entre autres, par une ampleur d'exécution vraiment souveraine. Notre exposition fait apparaître maint chef-d'œuvre, il va sans dire ; mais, grâce aux comparaisons qu'elle propose, elle permet à chacun de dégager librement les rapports qui purent exister, au moyen âge, entre l'art de la miniature et ceux de la décoration murale, de la statuaire, de l'ivoire, du vitrail, de la tapisserie, de la gravure sur bois, voire la mise en scène des Mystères. Elle éclaire tout le domaine religieux ; elle nous fournit les données premières sur quoi nos ancêtres fondaient leur vie intellectuelle, leur loi morale, dont elle nous précise l'évolution, les progrès ; elle constitue la source d'innombrables documents, en ce qui concerne les moeurs, les travaux, le costume depuis le vie siècle jusqu'aux approches de la Renaissance. On y trouve enfin le portrait de maint personnage célèbre. Ajoutons que le concours des bibliothèques de la Chambre des députés, de l'Arsenal, Sainte-Geneviève et Mazarine, des musées des Gobelins, de Sèvres et des Arts décoratifs nous permit, avec celui de M. Larcade, d'enrichir provisoirement nos collections de manuscrits, de tapisseries ou d'objets décoratifs qui la complètent heureusement. La collaboration de MM. Pol Neveux, Richard Continelli, Th. Mortreuil de la Roncière, P.-A. Lemoisne. C. Couderc et d'Espezel était, d'ailleurs, pour la nouvelle exposition, une garantie de valeur scientifique autant que de tenue très sûre. Nous voulons croire que les soins pris par son personnel pour mettre davantage en valeur la Bibliothèque nationale et la mieux adapter aux besoins nouveaux de tous ceux qu'anime le noble goût du savoir nous garantiront les concours dont nous avons besoin. Les crédits dont dispose notre établissement sont faibles. Leur modicité nous empêche d'entretenir et de développer nos collections, comme nous le voudrions. Les ressources nous manquent, qu'il s'agisse soit d'acquérir un nombre suffisant de volumes et de périodiques étrangers, d'ouvrages et de documents anciens, soit de relier nos imprimés, soit de réparer nos vieux recueils d'estampes et de publier nos catalogues. Loin de solliciter une allocation supplémentaire de l'Etat, nous demandons simplement que l'on nous autorise à recevoir des dons et des legs, sans longues formalités, et à effectuer, comme au Louvre et dans tous les grands musées et bibliothèques du monde, des recettes sur les photographies, les moulages, que nous sommes contraints d'autoriser gratuitement. Avec celle des entrées aux expositions, leur taxation nous rapporterait Reliure d'orfevzérie d'un évangéliaire de la Sainte-Chapelle. (A gauche, xzne siècle ; à droite, X1Ve siècle.) la somme qui nous fit défaut en 1925. La bienveillance ministérielle nous est acqUise. Puisse le Parlement entendre notre vœu! Au delà de l'école, du lycée et de l'université, dans un temps où le prix des livres ne cesse de croître, il ne reste que la Bibliothèque nationale et quelques établissements du même genre, comme centres de travail, impérieusement utiles à la culture des citoyens. P.-R. ROLAND-MARCEL. tr. interner fc ft.itte andr iitrn trs tom nt ait pic& cii fit failli en Ifs ittnt en nt Item 'frette Itfpurn tr ive a mettra lint ru te fut.lotitt cent motta q tic trimer I, tern tir a Intalltn•tt rintoya «pulite nt iirricapour fentatrkurnoneet lcurntttn 41:t agttctlz en ne' frnt ropmenœ. Ce. infpefor f6 etuttl amtintfiliwurftetteRif 1.1›, La prise de Jéricho. (Miniature de Jehan Fouquet, XVe siècle.)



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