L'Illustration n°4326 30 jan 1926
L'Illustration n°4326 30 jan 1926
  • Prix facial : 3,50 F

  • Parution : n°4326 de 30 jan 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 58,8 Mo

  • Dans ce numéro : les sports d'hiver à Chamonix.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 18 - 19  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
18 19
96 — N° 4326 L'ILLUSTRATION 30 JANVIER 1926 CONCOURS DE DANSE A L'OPÉRA A l'Académie nationale de musique comme au Conservatoire, on s'efforce de conserver aux concours de classement des artistes de la maison un caractère nettement scolaire. L'administration semble préoccupée avant tout d'inspirer à ses pensionnaires une sage humilité chrétienne et une modestie édifiante. Aux danseuses qui viennent briguer la récompense due à leur travail et à leur talent, on semble dire, comme aux jeunes chanteuses et aux instrumentistes de la rue de Madrid : « N'espérez pas vous faire prendre trop au sérieux, vous êtes des élèves et seulement des élèves. Cette nuance s'affirme dans la mise en scène de l'épreuve. On ne dépouille pas les loges de leurs housses de lustrine. On opère à huis clos. — entendez par là que les invités n'ont pas le droit de s'asseoir aux fauteuils d'orchestre et qu'ils s'entassent dans les baignoires et les galeries. La critique musicale n'est pas convoquée. Les chefs de service spécialement chargés M. Peretti achevant une sissonne. de la musique dans la maison sont également exclus de l'aréopage qui siège au centre de la salle. Tout semble systématiquement soustrait au plan artistique pour être enfermé dans une sévère discipline pédagogique. Et cependant... Je suis de ceux que les concours de jeunes artistes émeuvent beaucoup plus profondément que les exploits des professionnels chevronnés. Lorsqu'il s'agit, comme ici, des aimables prêtresses de Terpsichore, le caractère vivant et généreux de l'effort d juvénile est particulièrement sensible. Voilà un poème parfait de la grâce adolescente. Voilà des jeunes filles dont l'ambition et la mission essentielle doivent être de séduire. Toute leur technique est basée sur le désir de plaire. Leur costume, leur entraînement physique, la mise en valeur de leur beauté, tout concourt à les parer d'un charme féerique. Par le voeu des compositeurs et des auteurs, elles sont des lutins, des sylphides, des ondines, des naïades et des nymphes. La corolle de tulle qui s'épanouit autour de leur taille semble les alléger et les soustraire aux lois de la pesanteur. L'artifice de la pointe a pour but de nous donner l'illusion que ces créatures aériennes ne daignent effleurer le sol que de l'extrémité de leur orteil rose. On leur apprend à assouplir leurs bras pour accroître l'élégance et la légèreté de leurs élans. La danse représente toute une écriture savante qui, avec ses pleins et ses déliés, trace dans l'espace des mots enchantés. L'art du maître de ballet consiste à se servir intelligemment de cette splendide calligraphie pour faire passer sous nos yeux les stances d'un hymne à la beauté. Or, à aucune époque de leur vie, les danseuses ne prêtent plus ardemment leur corps à la musique et à la poésie qu'à l'époque où les ailes commencent à leur pousser aux épaules. Elles ne connaissent pas encore toutes les ressources de leur technique. Elles ont beaucoup de secrets à apprendre. Il leur manque la maîtrise professionnelle et l'entraînement gymnas- -15 Mlle Lorcia : attitude. tique. Certaines ont encore la gaucherie de leur enfance toute proche. Tout cela est incomplet et inachevé, mais il n'en est pas moins très intéressant de voir les efforts passionnés que tentent certaines de ces chrysalides pour devenir des papillons. Il y a dans ces jeunes corps souples tendus vers un idéal de gloire et de succès une ferveur et une ardeur que l'âge éteindra. L'émulation les transfigure et les embellit. Elles n'ont que quelques instants pour courir leur chance et franchir une des étapes de la voie hiérarchique de l'Académie de danse. La minute est intense. Le désir de vaincre, s'il paralyse quelques timides, galvanise plus d'une de ces futures conquérantes. Dans quelques années, beaucoup de ces étoiles seront devenues des fonctionnaires qui se rendront à leur loge comme à un bureau. En ce moment, au contraire, le spectacle est délicieux de ces jeunes amazones cambrées, piaffantes, impatientes, les yeux brillants, qui vont s'élancer au combat. Dans les corps de ballet étrangers, les ensembles gont plus impeccables que chez nous. En France, l'indi- Is .7 Mlle Rousseau : relevé sur les pointes en cinquième. Croquis de L. de Fleurac. vidualisme exerce ses ravages jusque dans les classes de danse. Chacune de ces fillettes ou de ces jeunes filles trouve le moyen de tirer son épingle du jeu, invente une petite coquetterie personnelle, découvre une façon spéciale d'orner son corsage ou de disposer sa chevelure. Toutes les nuances de la race française défilent devant nous. Il y a les petites créatures saines, fraîches et robustes, dont l'hérédité paysanne n'est pas encore très lointaine et qui luttent courageusement contre le handicap d'une ossature un peu lourde et d'un tissu musculaire un peu dense. Leur effort est attendrissant et sympathique. Il y a la petite Parisienne un peu trop frêle qui puise dans ses nerfs d'acier une résistance insoupçonnée et qui trouve, d'instinct, les solutions les plus élégantes aux problèmes de l'équilibre plastique. Il y a les plébéiennes et les aristocrates, les chevilles fragiles et les solides attaches, les jambes sveltes et les hanches épanouies, les poitrines menues et les opulents décolletés. Il y a surtout l'étonnant miracle de la jeunesse qui crée autour de ces fillettes-libellules un délicieux rayonnement. Et l'épreuve se déroule selon les prévisions d'une règle du jeu inaccessible aux profanes. Autour de M. Rouché, les juges inscrivent leur vote sur de petits papiers soigneusement pliés qui sont les billets de loterie de la gloire et de la fortune. Dans la salle, on murmure avec admiration, après le concours si brillant de M. Peretti. On s'extasie sur l'étrange et mystérieuse séduction de M"" Lorcia, qui semble née pour inscrire dans les airs des arabesques ,l'une élégance déliée qui lui est personnelle. On admire la science de M"`' Rousseau. On est charmé par la grâce fine et précise de M"" Rosita Cérès, qui passe triomphalement dans la classe des grands sujets après une épreuve extrêmement brillante qui permet de fonder de grands espoirs sur sa carrière. Et l'on chu- M. Lebercher : contretemps arabesque. chote que sa camarade de triomphe, Mile Géloz, ajoute à ses succès chorégraphiques des lauriers universitaires, des parchemins de bachelière et qu'elle expose des toiles fort intéressantes, après avoir travaillé sérieusement la peinture avec Lévy Dhurmer, pendant que sa jeune sœur, qui appartient également au corps de ballet de la maison, est une musicienne remarquable pour qui le répertoire de Debussy et de Ravel n'a pas de secrets. Trois petits tours, et les ravissantes marionnettes s'en sont allées. Le jury demeure impénétrable. Les accompagnateurs ferment le piano poussif qui a servi à rythmer les ébats de ces feux follets. Et il ne reste plus sur la scène que le jovial arroseur qui, entre chaque danse, rafraîchissait le plateau poussiéreux de savantes gouttelettes à l'aide desquelles il dessinait des inscriptions mystérieuses contenant, pour les jeunes élèves superstitieuses, l'énigme de leur destin obscur ou éblouissant. EMILE VUILLERMOZ.
L'ILLUSTRATION A travers les hauts plateaux de la Mongolie : la caravane de cent vingt-cinq chameaux transportant les vivres et l'essence de M. R. C. Andrews pour une campagne de six mois. nécessaires à l'expédition DES MONGOLS VIEUX DE VINGT MILLE ANS LA TROISIÈME CAMPAGNE D'EXPLORATION DE M. R. C. ANDREWS, « L'HOMME DES ŒUFS DE DINOSAURE » DANS LE DÉSERT DE GOBI Dans ses numéros du 22 et du 29 décembre 1923, L'Illustration a consacré deux articles aux découvertes effectuées dans l' e Eden animal de la Mongolie » par l'expédition américaine de M. Roy Chapman Andrews, sous les auspices de l'American Museum, of Natural History et du grand magazine Asia. Il s'agissait, on s'en souvient, de vérifier expérimentalement une hypothèse émise il y a plus de vingt ans par le directeur du Museum d'histoire naturelle de New- York, le professeur Henry Fairfield Osborn. à savoir que l'Asie centrale était le berceau de la vie animale, qui aurait émigré plus tard en Europe et en Amérique. Deux campagnes eurent lieu, de cinq mois chacune. en 1922 et en 1923, explorant environ dix mille kilomètres de régions virtuellement inconnues. Les résultats obtenus furent considérables et convaincants. L'expédition put établir non seulement, qu'aux plus récentes époques géologiques une terre ferme réunissait l'Asie et l'Amérique par l'Alaska, mais encore qu'il y a quelque dix mille siècles, à un moment de l'évolution du globe où l'Europe et l'Amérique n'émergeaient guère au-dessus du niveau des océans, la Mongolie était un plateau sec. avec des plaines fertiles, forestières et à climat Deux nouvelles trouvailles d'ceufs de dinosaure, dont un petit nombre seulement sont en bon état, et dont les plus grands mesurent environ trente centimètres de long. Copyright by « Anierican Museum of Natural History » and « Asia Magazine ».



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :