L'Illustration n°4325 23 jan 1926
L'Illustration n°4325 23 jan 1926
  • Prix facial : 3,50 F

  • Parution : n°4325 de 23 jan 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 85,7 Mo

  • Dans ce numéro : une crise de la démocratie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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84 — No 43Z L'ILLUSTRATION 23 JANVIER 1926 L'arrivée du baliseur Léon-Bourdelles, le 16 janvier, devant l'île de Sein. A gauche, le phare ; à droite, la petite église construite sans clocher pour ne pas donner prise au vent. Cette photographie a été prise à marée basse; à marée haute, les maisons apparaissent au ras de l'eau. A L'ILE DE SEIN APRÈS TROIS SEMAINES DE TEMPÊTE (DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL) L'hiver, cette année, provoque de grandes perturbations. Des inondations ravagent des provinces entières en France et à l'étranger. Notre Midi, d'habitude si privilégié, a été couvert de neige ces jours derniers et un redoutable abaissement de la température y anéantit les plantes délicates et y compromet même l'existence de certains arbres. En Bretagne, si la température se montre moins rigoureuse qu'ailleurs, l'océan, démonté depuis plus d'un mois, a non seulement rendu la navigation impossible sur les côtes, mais encore menacé l'existence des populations de ces petites îles parsemées à la pointe du Finistère. La semaine dernière, d'alarmants télégrammes annonçaient à Paris que les habitants de l'île de Sein étaient restés dix-neuf jours sans pouvoir être ravitaillés ; dans Vile. le pain avait manqué. Comme on ne pouvait, approcher le fameux phare d'Armen qui émerge isolé à quinze kilomètres au large de la pointe du Raz, à l'Ouest de l'île de Sein, - ses gardiens n'avaient pu être « relevés » depuis plus de quarante jours. Enfin, un A bord du baliseur Léon-Bourdelles : l'ingénieur des travaux publics et les marins observent la bouée lumineuse de la chaussée de l'île de Sein. autre incident non moins sérieux était signalé : la grosse bouée lumineuse placée à quatre milles au large de ce phare était éteinte, disait-on, et devenait ainsi un danger pour les gros bateaux qui, la nuit, risquaient de se heurter contre elle. Une autre bouée lumineuse, celle de la chaussée occidentale des Pierres-Vertes, près de l'île d'Ouessant, était partie à la dérive, la tempête ayant rompu ses amarres, et on avait dû la remorquer jusqu'au port de Brest. Ces événements méritaient une enquête sur place. Mais, à Brest, nous dûmes nous montrer patient. Deux jours avant notre arrivée, le petit voilier Zénith, qui attendait depuis dix-neuf jours dans le port d'Audierne, avait pu réussir audacieusement à gagner l'île de Sein pour la ravitailler en pain et en farine, mais n'avait pu repartir que trois jours plus tard, à cause du mauvais temps. Depuis, l'état de la mer ne permettait aucune tentative pour approcher l'île, les phares ou la bouée éteinte. « Dès que nous le pourrons, nous avaient dit M. Covne. ingénieur des ponts et chaussées, pi Al.Crout on, ingénieur des travaux publics, tous deux chefs des services du port de Brest, nous irons voir ce qui se passe et, vous nous accompagnerez, puisque tel est votre désir. » Il nous fallut patienter jusqu'au samedi 16 janvier. Ce jour-là, à 7 heures du matin, muni de l'autorisation de M. Babin, directeur des Phares et Balises, nous embarquions à bord du Léon-Bourdelles, le baliseur entraîné eux plus rudes épreuves. et nous mîmes le cap sur la bouée de la chaussée de Sein. Avant le passage du goulet de la rade, nous croisons l'Iroise, le puissant vapeur de l'Union française mar M• Crouton, ingénieur des travaux publics (à gauche) et M. Ambroise Menou, patron du canot de sauvetage, M. Partzmoguer (au centre) maître di port de file de Sein. et sa fille portant la coiffe de drap noir des femmes de l'île. M. Jules•Fouquet, maire de Vile de Sein (à gauche), sue le quai du port. — • Pholoraphies J. Clair-Guyot.
23 JANVIER 1926 L'ILLUSTRATION N" 4325 L'un des gardiens du phare d'Armen, M. Cochard, qui n'a pu être relevé qu'au bout de cinquante-trois jours. Les deux menhirs se dressant sur la place de l'Eglise, à l'île de Sein. time, qui rentre au port après avoir vainement cherché autour de I île d'Ouessant une goélette de Paimpol, les ,Sept-Frères, signalée en perdition. Trois heures durant, sur la « mer houleuse », comme dit le communiqué maritime quotidien, le Léon-Bourdettes navigue allégrement, assez sérieusement ballotté par des vagues hautes parfois de plus de dix mètres. La bouée de la chaussée de l'île de Sein nous apparaît alors, énorme au-dessus des flots, sautant presque verticalement comme le bouchon d'une ligne lorsque le poisson mordille l'appât. On ne peut l'aborder. M. Crouton et les marins observent attentivement l'engin et constatent que le bec de gaz qui éclaire la lanterne de la bouée lumineuse brûle toujours, mais que, déformé sans doute par les terribles secousses de l'interminable tempête, le manchon incandescent, se déplaçant sur la flamme, donne un feu irrégulier. Quand la mer sera plus calme, on viendra changer le manchon. Continuant sa course sur les vagues vertes frangées d'écume blanche, le Léon-Bourdelles se dirige alors vers l'île de Sein, à proximité de laquelle il stoppe, car c'est la marée basse — grande marée de midi — et il serait alors impossible d'entrer dans le port presque à sec. Nous voici donc, enfin, dans cette île restée dix-neuf jours sans communications avec le continent. Les habitants vont et viennent sur le port, car le Zénith, le petit voilier qui sert de courrier, vient d'arriver (l'Audierne avec les lettres et des provisions. En temps normal, on n'y prend pas garde, car deux fois par semaine, le mercredi et le samedi, il rentre au port de l'île, le mardi et le vendredi il repart pour Audierne. Actuellement, le Zénith navigue quand il peut. — Regardez le livre des entrées, nous dit aimablement M. Portzmoguer, maître du port. Voyez : 18 décembre, départ de Sein ; retour le 19 ; mais, sorti le 24 décembre, le courrier n'est revenu que le 6 janvier. Dix-neuf jours se sont donc écoulés sans que nous recevions ni provisions, ni lettres. Le maire, M. Jules Fouquet, nous confirme que les vivres devenaient rares dans l'île. — Le pain et la farine manquaient, nous dit-il. Les familles pauvres n'ont pas les ressources suffisantes pour s'approvisionner abondamment en réserves. Puis, quand le courrier réussit enfin à revenir, le 6 janvier, il apportait du pain moisi parce qu'il avait attendu quatorze jours à fond de cale. — On ne pouvait pas le manger, affirme une jeune fille. — Mais si, riposte un vieillard, en enlevant ce qui était moisi, le reste était mangeable... Après avoir écouté les récits impressionnants de M. Ambroise Menou, patron du canot de sauvetage qui fit cet hiver trois sorties périlleuses, M. Crouton nous conduisit jusqu'à la digue qui protège les mille habitants de l'île contre les assauts incessants de la tempête. Depuis quelque temps, les vagues creusent le sol à la base de l'ouvrage et il faut consolider rapidement les brèches. Enfin, dans une des petites maisons si proprettes, près de l'église au clocher bas et des deux mystérieux menhirs, nous nous sommes entretenu avec M. Cochard, que la barque Rose-du-Printemps était allée chercher quelques heures auparavant, au phare d'Armen, pour le « relever » après cinquante-trois jours de service. — C'est mon record, nous dit en souriant M. Cochard. Mais ce n'est pas celui des gardiens du phare : ils sont restés une fois quatre-vingt-dix-neuf jours sans qu'on puisse venir les relever. Ces derniers jours, ç'a été rude ; à certains moments, au plus fort de la tempête, les vagues encapuchonnaient le phare, qui est pourtant haut de 38 mètres au-dessus du niveau de la mer, à marée basse. La nuit approchait ; il fallut quitter l'île de Sein. L'enquête faite n'avait pas été inutile, puisqu'elle apaisait l'inquiétude causée par les alarmantes nouvelles qu'on sait. On voit ce qu'est, en hiver, l'existènce de ces courageuses populations des côtes et des îles bretonnes. Et n'est-ce pas une force supérieure qui les maintient, malgré tout, attachées à leur coin de terre ou simplement de roc? JEAN CLAIR-GUYOT. En Bretagne, pendant la dernière tempête : l'assaut des vagues sur les côtes déchiquetées de l'île d'Ouessant. — Phot. Cevne



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