L'Illustration n°4324 16 jan 1926
L'Illustration n°4324 16 jan 1926
  • Prix facial : 3,50 F

  • Parution : n°4324 de 16 jan 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 75,4 Mo

  • Dans ce numéro : les inondations en Hollande.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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62 N. 43/A L'IL.LUSTH1a'1'1Uiv Lü JANVIER 1926 COURRIER DE PARIS RAFFINEMENT ET PRÉCIOSITÉ Une chanson célèbre nous a appris que les mains de femmes étaient des bijoux. Or, les bijoux ne sauraient se passer d'un écrin. L'écrin d'une main de femme, c'est le gant, et l'on nous invite, en ce moment, à étudier de près la psychologie spéciale de cet élément essentiel de l'élégance féminine. Les mains de femmes, depuis quelques années, ont un peu dérouté le lyrisme des poètes. Le candide Mayol avait décrit avec attendrissement leurs gestes préférés, tous plus touchants les uns que les autres. Les mains de femmes bercent les chérubins, caressent le front pensif de l'époux accablé, essuient les larmes et pansent les blessures. Mais, de nos jours, elles ne se contentent pas de ces rites traditionnels. Les mains de femmes se durcissent au contact de l'aviron, du guidon de bicyclette, de la raquette de tennis, du club de golf, du volant ou de la manivelle de l'auto et jonglent avec le fumecigarette. Mais, malgré leur tendance caractéristique à se viriliser, elles n'ont point perdu la coquetterie du gant. Bien plus, obéissant à une loi mystérieuse d'équilibre, elles apportent depuis quelque temps tous leurs soins à développer dans le sens du raffinement la technique de cette partie de leur toilette. Car il ne faut pas croire aveuglément à la passion des femmes d'aujourd'hui pour la simplicité et la sobriété des lignes et des couleurs. Sans doute, les conditions actuelles de la civilisation leur interdisent les robes à paniers et les coiffures compliquées. Mais si la nécessité les condamne au costume tailleur, elles s'efforcent d'en égayer la sévérité par toutes sortes de subterfuges. On enfonce une petite cloche toute simple sur des cheveux coupés courts, mais on se rattrape sur des détails accessoires : sur la chaussure, qui est devenue une mosaïque savante de peaux colorées, tressées, ouvragées, découpées, brodées, avec des boucles, des agrafes, des initiales, des monogrammes, des jeux de fines courroies et des brides entrecroisées, des talons oâjévris enrichis de métaux précieux ; sur la pochette de soie aux teintes vives et aux dessins hardis ; sur l'écharpe qui a l'éclat lumineux d'un vitrail et, enfin, sur le gant. •=1.. L'Exposition des Arts décoratifs a mis en lumière l'extraordinaire développement qu'a pris l'ornementation dans le domaine de la ganterie. Les professionnels de cette industrie en sont eux-mêmes tout étonnés. Il y a cinq ans à peine, le gant était encore soumis à une discipline classique extrêmement stricte. On se contentait de modifier très discrètement la largeur de ses trois baguettes et le nombre de ses boutons, et, soudain, l'on vit naître, ou plutôt renaître, la manchette mousquetaire et le crispin. Et ce fut la floraison immédiate des innombrables variétés du gant « à décor ». On peut voir dans cette mode un effet de la réaction qui s'établit, chez les gens bien élevés, contre la crise de vulgarité et de laisser aller qui, au lendemain de la guerre, fit abandonner, un certain temps, le vêtement de la main. Trop de femmes avaient renoncé à cette protection traditionnelle et avaient libéré leurs doigts d'un esclavage qui leur pesait. Les arbitres des élégances et, peut-être bien aussi, les grands industriels de la ganterie menèrent une telle campagne contre les mains nues que la propagande dépassa son but. Un gant digne de ce nom est, aujourd'hui, composé comme une reliure d'art, brodé, rebrodé, orné de points de chaînette, frangé, pyrogravé, « batiké », perlé, rehaussé d'ornements de métal, clouté d'acier, enrichi de plissés, de froncés, de soutaches, de lamelles, de fleurs, d'insectes, d'écailles, de bourrelets, de festons, de figures cubistes et d'arabesques de tous les styles. La secrète préoccupation de la femme moderne est donc bien de conserver dans sa toilette une petite zone où elle ait le droit de sacrifier à l'originalité, à la préciosité et au raffinement artistique. La vogue du gant semble assurée assez solidement dans la société actuelle. Mais, oserons-nous contrister les poètes en leur rappelant que les facteurs psychologiques n'ont pas toujours été les seuls à intervenir dans ce domaine délicat ? Souvenez-vous qu'il y a cent ans l'industrie des peaux chamoisées, qui était la source de prospérité de la région niortaise, subissait une crise grave. Un décret plongeait dans la misère d'innombrables familles d'ouvriers spécialisés dans le commerce de la « chamoiserie ». On venait, en effet, de supprimer, dans les troupes à cheval, le port de la fameuse culotte de peau ! D'ingénieux industriels trouvèrent le moyen de déplacer légèrement la question : quelques années plus tard, toutes les peaux inutilisées étaient devenues des gants, et la population ouvrière de Niort retrouvait sa prospérité de jadis. Une fois de plus, d'une façon pittoresque et inattendue, Vénus était venue au secours de Mars et les mains de femmes avaient accompli un de leurs miracles... LE SEMAINIER. LE ROI D'AFGHANISTAN ET LE PORT DU CHAPEAU EN TERRES MUSULMANES L'Illustration du 19 décembre dernier a signalé les efforts actuellement faits par Moustapha Kemal président de la République turque, pour obliger ses compatriotes à adopter les coutumes vestimentaires de l'Occident et notamment pour leur faire abandonner le fez qu'il veut leur voir remplacer par le chapeau. Il est intéressant d'indiquer à ce propos que, contrairement à ce qui a été bien souvent dit et écrit depuis quelque temps, Moustapha Kemal n'est pas le premier chef d'Etat islamique qui ait officiellement adopté le chapeau pour coiffure et renoncé ouvertement au fez. C'est en réalité le roi d'Afghanistan, S. M. Amenoullah Khan, qui, le premier, arbora dans son pays un chapeau européen, plus d'un an au moins avant le dictateur turc. Et cependant le royaume afghan est certainement, au point de vue musulman, un pays autrement orthodoxe que la Turquie. Certes, le roi Amenoullah Khan veut faire de son État un État très moderne, et tous ses actes le prouvent bien. Il estime aussi, comme Moustapha Kemal, qu'à l'époque où nous vivons, certains modes d'habillement et de coiffure, par leur originalité ou leur ancienneté trop grandes, contribuent surtout à isoler en quelque sorte les groupements humains dont ils sont la caractéristique depuis parfois des siècles, en prolongeant leur différenciation d'avec les autres groupements, d'une manière nuisible. Et il est indéniable qu'un peuple peut très bien prouver son originalité propre sur d'autres terrains que le terrain vestimentaire. Mais ce roi sage estime aussi que brutaliser certaines coutumes, certaines habitudes, c'est risquer de les enraciner davantage, jusqu'à leur faire attribuer même des vertus et des significations auxquelles personne n'avait encore songé jusque-là. En Afghanistan, le souverain, lorsqu'il est en civil, se montre partout à son peuple coiffé d'un chapeau mou. Ses proches l'ont imité, comme il était à prévoir. Aucun ordre n'a été donné, aucune violence n'a été commise et le mouvement gagne sans étonner qui que ce soit. Si des paysans, des nomades continuent, et continueront longtemps encore sans doute, à porter des coiffures anciennes, mais pratiques parce qu'adaptées au genre de vie qu'ils mènent, il est certain qu'ils ne songeront jamais à attribuer à ces coiffures la moindre valeur d'un symbole quelconque, opposé au chapeau porté par leurs compatriotes des villes. Et ceux-ci ne penseront pas un seul instant qu'ils sont moins bons musulmans ni moins bons patriotes depuis qu'ils ne se coiffent plus du fez ou du kalpak, et qu'ils se sont, extérieurement, rapprochés des Occidentaux. La réforme du chapeau n'a donc pas été, ainsi que nous venons de le voir, inventée par Moustapha Kemal. C'est dans la façon d'appliquer cette réforme que le ghazi a, par contre, quelque peu innové, en chargeant la police et les tribunaux du soin d'obliger tous les Turcs à suivre son exemple. JEAN LEDNE. LES LIVRES ET LES ÉCRIVAINS LES ROMANS La trêve des confiseurs se prolonge, d'ordinaire, jusqu'à la mi-janvier. En attendant que nous arrivent les livres de l'an nouveau, occupons-nous encore de quelques bons ouvrages parus durant les derniers mois écoulés : Les Bi8CM8 d'Argile, où M. Max Begouen nous raconte les chasses et les luttes de la tribu des Bisons Rouges, est moins un roman qu'une reconstitution imagée des moeurs préhistoriques. Dans ce livre, se composent des tableaux et des scènes de l'âge de la pierre taillée, documentés avec précision par les recherches de l'auteur luimême et de ses frères dans la région pyrénéenne. La plus célèbre de ces découvertes, celle des bisons modelés dans l'argile de la caverne du Tue d'Audoubert, s'évoque dans l'une des belles pages où M. Begouen nous explique la signification mystérieuse de ces figures primitives. M. Charles Silvestre, évocateur artiste, sensible, qui connaît admirablement dans le présent et le passé la province limousine où il vit son oeuvre d'écrivain, nous donne un roman dont le titre s'embaume d'un parfum vieille France, Belle Sylvie. C'est une histoire d'amour qui traverse la Révolution où elle se meurtrit, s'endeuille, puis semble renaître pour, de nouveau, s'évanouir dans des brumes et du mystère. « Belle Sylvie » a le visage attachant et racé d'une jeune aristocrate de province que la Terreur surprend en pleine félicité conjugale. La passion, à la fois redoutable et protectrice, qu'elle inspire au plus vaillant garçon du village, tandis que son mari émigre et sacrifie son foyer et sa vie au service de son roi, parviendra-t-elle à émouvoir la jeune femme ? Celui qui a porté le deuil dans une maison a-t-il le pouvoir d'y ramener le bonheur ? M. Charles Silvestre traite ce « cas moral » avec beaucoup de sensibilité, de mesure, de tact, et l'action, tour à tour aimable et douloureuse, évolue dans un cadre provincial exact et précieux sous sa patine séculaire. Le roman posthume de M. Victor Debay : Ti Karantez (la maison de l'amour), tendrement et joliment écrit, nous prouve que nos petites midinettes peuvent avoir de grands coeurs et qu'une grâce frivole travestit parfois de profondes abnégations. L'héroïne de M. Victor Debay sait que, dans l'intérêt de celui qu'elle aime, son premier amour ne peut pas être un amour durable. Cet amour en effet ne dure pas. Mais le temps guérit les plus cruelles blessures et l'avenir tient en réserve des joies pour les coeurs sacrifiés : la petite Rose- Marie finira par trouver la paix et le bonheur dans la tendresse d'un brave marin qui pardonne. Elle reprendra la coiffe blanche de son coin de Bretagne qu'elle n'aurait jamais dû quitter. M. Victor Debay a su fortement évoquer en ces pages la terre bretonne mystique et superstitieuse à la fois où il dort maintenant son dernier sommeil. Des romans juifs assez nombreux que l'on nous a fait lire cette année, le Messie sans peuple, de Salomon Poliakov, dans la traduction de J. Kessel, est sans doute le plus captivant. Sabbatai Zevi est le jeune juif smyrniote qui, au dix-septième siècle, se proclama le Messie attendu par ses coreligionnaires et finit, après avoir un instant troublé l'Europe, par se convertir à la religion musulmane. L'évocateur nous montre son personnage, ardent mystique, nourri des écrits des prophètes, d'abord effrayé par le rêve qu'il a conçu, puis entraîné comme malgré lui à le réaliser par le zèle redoutable de ses amis. Sabbataï Zevi est enfin convaincu de sa mission divine par Sarah, la pécheresse qui vient de Hollande, après mille aventures, se jeter à ses pieds. L'exaltation du nouveau Messie grandit avec l'enthousiasme des juifs qui accourent vers lui de toutes les cités turques. Le sultan, effrayé, fait arrêter l'homme-dieu. Sabbataï Zevi se dérobe à l'épreuve des flèches empoisonnées malgré les supplications de sa fidèle Sarah qui attend un miracle. Quand le « Messie » a coiffé le turban vert des mahométans, les juifs ne reconnaissent plus leur maître et Sarah presque folle devient l'esclave du sultan. Ce livre imagé, informé, très vivant, exprime l'âme juive à la fois dans sa torpeur morne et dans sa ferveur exaltée. Les Contes juifs, de M. Gustave Kahn, où se manifeste également une connaissance profonde de l'âme juive, nous transportent d'abord dans la Palestine aux temps bibliques et nous ramènent ensuite peu à peu à notre époque où certains croient voir se réaliser le grand rêve de résurrection du royaume d'Israël. Mme Marion Gilbert (le Joug) nous achemine sur le calvaire d'une pauvre fille victime tour à tour de la dureté de sa mère qui fait disparaître l'enfant né de la « faute » et ne permet pas au père de « réparer », de la jalousie féroce de sa soeur qui lui interdit de rechercher son enfant, de l'indifférence cruelle enfin de ce fils retrouvé qui ne vient s'installer au foyer que pour outrager sa mère et détruire ses derniers espoirs dans le destin. Mme Marion Gilbert nous rend sensible la vie monotone et triste d'une petite ville normande. Elle analyse avec beaucoup de pénétration les sentiments de ces ruraux protestants esclaves de leur intérêt immédiat, soucieux, jusqu'à la cruauté, de leur réputation comme de la tranquillité de leur vie dans le village. Ames fermées que seule une observatrice de la qualité de Mme Marion Gilbert peut réussir à découvrir complètement. M. Louis Dumur, en son oeuvre nouvelle la Croix rouge et la Croix blanche ou la guerre chez les neutres. demeure fidèle au roman de réalité dont l'action se déroule dans le cadre de la guerre. Une jeune fille suisse, Clermonde Tallatin, a préféré à Simon de Sergy le brillant Berthold von Giessbach, à qui elle s'est fiancée. La guerre éclate. Clermonde, qui a consacré ses loisirs à l'OEuvre des prisonniers de guerre ainsi que Simon de Sergy, n'accepte plus de lier son destin à un germanophile ardent et rompt avec Berthold pour épouser Simon. M. Dumur nous dit les espoirs et les déceptions successives du parti germanophile et du parti francophile qui partageaient la Suisse en deux camps ; il évoque l'affaire des colonels et le départ pour la Russie de Lénine et de ses camarades les chefs futurs de la révolution bolcheviste. M. Edmond Rocher, écrivain sensible et généreux, nous conte, dans les Pires Joies, l'histoire pathétique d'un pauvre petit sculpteur sur bois parisien qui poursuit l'impossible amour rêvé parmi des lectures romanesques. Après une première aventure où nous voyons l'aimée sombrer dans la folie, l'humble artiste n'échappera que par miracle à l'amour pervers et à l'amour vénal, mais ce sera pour devenir l'esclave d'un amour charnel, et le pire. Délivré de cet envoûtement des sens et de l'âme au cours d'un drame macabre, le jeune artiste trouvera, au seuil d'une vie nouvelle, un refuge que lui prépare la sollicitude généreuse d'un ami. Le livre de M. Marcel Roland, amant le rajeunisseur. prend un accent très personnel parmi les oeuvres romanesques inspirées par les expériences des docteurs Voronoff et Jaworski. C'est une fiction à la fois scientifique et légère d'où n'est pas exclue l'étude du coeur humain. Par un
16 JANVIER 1926 L'ILLUSTRATION N" 4.514 "—"" 63 sérum dont il est l'inventeur, le docteur Osmant, petit médecin de village, prolonge, durant de longues années, la vie d'un de ses clients, le vieux Mathias, sans parvenir toutefois à annihiler en son sujet d'expérience « l'instinct de la mort ». On peut regretter que la vie savoureusement décrite des Cauvignol, nobles ruinés, cousins de Mathias, reste trop longtemps étrangère à l'action où elle ne se mêle qu'à la fin du récit lorsque le gendre des Cauvignol, le docteur Oudaille, intervient pour permettre au vieux Mathias de mourir. A la Belle Bergère, ou quand Gaspard de guerre revint. C'est, évoqué par M. Henri Pourrat, un drame du coeur qui se situe, au début du dernier siècle, dans les paysages d'Auvergne. Ce livre des champs, divisé en veillées et en pauses, est écrit dans un style vigoureux et imagé. M. Henri Pourrat sait nous décrire en observateur et en poète les moeurs d'une vieille région de France. Ecoutons-le nous narrer le retour de Gaspard : « Il arriva sur les quatre heures, un soir, alors que les moissonneurs assis sous un arbre mangent la salade à l'huile de noix. C'était bien le pays, la poulaine qui gratte le crottin sur la route l'auberge à l'enseigne peinte, avec un char de sapins lié de chaînes devant la porte, et je ne sais quelle vieille senteur triste de montagne dans le vent...» Mlle Kikou Yamata, fille d'un Japonais et d'une Française, petite-fille d'un Samourra, a vécu son enfance dans notre pays et son adolescence au Japon. Revenue naguère à Paris, elle poursuit en Sorbonne ses études de licence ès lettres. Son premier roman, Masako, témoigne qu'elle écrit très purement notre langue avec néanmoins quelque préciosité. Ce récit a la fraîcheur joliment maniérée des estampes nippones. Il nous révèle le coeur modernisé d'une jeune Japonaise qui, malgré ses deux vieilles tantes outrées par « l'inconvenance d'un mariage d'amour », épousera Naoyoshi « dont le baiser fondant et doux met sur les lèvres le goût de la prune mûre mangée à jeun dans le jardin ». M. Michel Dürer a donné à son livre, le Meneur de morts, le titre du premier des trois contes qu'il groupe en ce volume. Ces récits, du répertoire tragique, nous font assister successivement à la mort d'un berger tué par ses bêtes, à la mort d'une mère tuée par son fils à la suite d'une tragique plaisanterie, à la mort enfin d'une femme dont le mari, dupé et trahi, est faussement accusé d'un crime. CommeRaboliot, le braconnier de M. Maurice Genevoix, Roux le bandit, de M. André Chamson, a maille à partir avec les gendarmes, mais pour des raisons moins excusables, car si le braconnage, dans certains cas, peut mériter quelque indulgence, la désertion est toujours odieuse et Roux, malgré tous ses arguments tirés des textes bibliques, n'arrive pas à nous convaincre qu'il eut raison, pour ne pas tuer, de « refuser de partager la souffrance et la peine des hommes ». Combien plus noble sans être moins humaine cette pensée de M. Henri de Montherlant glanée dans le Chant funèbre pour les morts de Verdun : « C'était le désir de souffrir, d'aimer, de servir qui nous permettait de partir. Pas le désir de tuer, oh ! non ! Ceux qui vous traitent de brute casquée se méprennent du tout. Ils ne comprennent pas que ce que vous regrettez dans la guerre, c'est l'amour. C'est le seul lieu où vous avez pu aimer puissamment les hommes. » ALElùRIC CAHTJET. Les Bisons d'Argile, Fayard, édit., 7 fr. 50. — Belle Sylvie, Plon, édit., 9 fr. — Ti Karantez, édit. A l'Enseigne de l'Hermine Dinard. 7 fr. — Le Messie sans peuple, édit. de la. Nouvelle Revue française ., 7 fr. 50. — LesContes juifs, Fasquelle, édit., 8fr. 50. —Le Joug, Ferenczi, édit., 7 fr. 95. — La Croix rouge et la Croix blanche ou la guerre chez les neutres, Albin Michel, édit, 9 fr. — Les Pires joies, Ed. du 7. Jour, 5 fr. — Osmant le rajeunisseur, Albin Michel, édit., 7 fr, 50. — A la Belle Bergère, ou quand Gaspard de guerre revint Albin Michel, édit., 7 fr. 50. — Masako, Stock, édit., 7 fr. 50. — Le Meneur de morts, Picart, édit., 4 fr. 50. — Roux le bondit, édit. des . Cahiers verts I., 9 fr. Une soutenance de thèse à l'Université de Montréal. Assis au centre, M. La Fontaine, doyen de la Faculté de droit, ayant à sa gauche M. Jean Delalande, consul de France, qui a soutenu la thèse, et à sa droite Mgr Piette, recteur de l'Université; debout derrière M. Delalande, M. Montpetit, secrétaire général de l'Université. LE PREMIER FRANÇAIS DOCTEUR EN DROIT DU CANADA Il y a quelques semaines, l'Université de Montréal éprouvait un joyeux et fier émoi. Il ne s'agissait pourtant que d'une soutenance de thèse pour le doctorat en droit. Et, sans doute, le sujet offrait un double intérêt, historique et d'actualité, puisqu'il portait sur l'ancien Conseil souverain de la Nouvelle-France, et qu'il s'agissait de savoir si, dans le silence du Code actuel de la Province de Québec, on peut recourir aux dispositions des anciennes ordonnances des rois de France, bien que celles-ci n'aient pas été enregistrées par le Conseil souverain de Québec. Mais c'est la personnalité du candidat qui conférait à cette soutenance un e importance particulière. Tandis que de nombreux Canadiens viennent chez nous parfaire leurs études supérieures, un Français se présentait pour la première fois devant une Faculté canadienne ; et ce Français n'était pas un étudiant, ni même un professeur banal, mais bien un de nos jeunes diplomates les plus distingués, M. le consul Jean Delalande, adjoint au consulat général de France à Montréal. Pour l'entendre, discuter avec lui et, enfin, le proclamer docteur, les maîtres les plus éminents s'étaient empressés. Nous citerons seulement, aux côtés du recteur, Mgr Piette, l'honorable juge La Fontaine, doyen de la Faculté de droit, et le secrétaire général de l'Université, M. Edouard Montpetit dont, il y a quelques mois, les cours publics sur le Canada attirèrent en Sorbonne une foule charmée. Mais cette soutenance, et c'est pourquoi nous en parlons ici, fut plus et mieux qu'un événement universitaire : une éclatante manifestation de l'amitié franco-canadienne. Elle donne un caractère nouveau à cette collaboration intellectuelle qui, depuis quelques années surtout, fait de Québec et de Montréal des centres de culture française. En réclamant le premier le bénéfice de cette équivalence conférée par notre Université à certains diplômes canadiens, M. le consul Jean Delalande a montré querra France ne songe pas seulement à attirer chez elle des étudiants-amis, mais qu'elle entend traiter en égales les grandes institutions qui, comme l'Université de Montréal 'et l'Université Laval à Québec, perpétuent, sur ce et:intiment anglosaxon, les meilleures traditions françaises. H. GAILLARD DE CHAMPRIS. LES EXPOSITIONS La dure nécessité de produire que notre époque impose à la classe intellectuelle provoque la naissance de nombreux groupes qui multiplient les occasions de contact entre les artistes et le public. Il est loin le temps où les peintres, les sculpteurs, ne se manifestaient que dans les grands salons auxquels ils s'étaient préparés par des oeuvres longuement mûries. Beaucoup de ces groupes donnent l'impression d'une hâte déconcertante. Aussi est-on heureux de signaler les expositions collectives qui s'efforcent vers la sélection et la cohésion. La Société internationale est du nombre. On trouvera dans l'hôtel Jean Charpentier les natures mortes de M. Jules Griin, les intérieurs de M. Hugues, les portraits colorés de M. Cyprien Boulet et ceux de M. Gonin. Parmi les paysages de M. Montézin, il faut surtout retenir une futaie aux ombres douces derrière laquelle flamboie une vallée ensoleillée. M. Robert Lemonnier expose toute une suite de vues de montagnes, bien composées et d'une harmonie sobre, et M. Lecomte des études de Venise dans une note lumineuse et juste. Nous citerons encore les oeuvres de MM. W. Ablett, Bouchor, Santaolaria, certaine neige de M. Chapuy, une vue de l'Eure, à Chartres, de M. Gradvol, dans cette gamn.e de gris fins qui lui est habituelle, des crayons de M. Guinier, ports de Bretagne, impressions franches, directes, et nous n'oublirons certes pas un nu de M. Bivel, un corps de femme nonchalemment étendu sur un coussin rose, dont il prend les reflets, oeuvre d'un art infiniment sensible et délicat. A la galerie Durand-Ruel, un solitaire, M. Lucien Mignon, a réuni ses études, ses notes d'atelier, quelques petits portraits, des dessins rehaussés, libres et charmants, d'une inspiration qui rappelle celle du dix-huitième siècle. Il y a une simplicité émouvante dans cette présentation d'oeuvres créées pour lui-même, loin des mouvements, des luttes, des compétitions. Par chacune de ses petites toiles, l'on sent qu'on pénètre dans l'intimité d'un talent délicat, sensible aux fines harmonies, encore épris de grâce française. — J. B. LA PÉNÉTRATION AFRICAINE PAR L'AUTOMOBILE La carte que nous avons publiée, dans notre dernier numéro, sur la pénétration africaine par l'automobile et l'avion en 1924 et 1925, ne pouvait, nécessairement, faire état que des plus grands raids de ces deux dernières années, et elle a dû négliger d'enregistrer certaines entreprises particulières ayant accompli, dans telle ou telle région de l'Afrique, des voyages d'étude plus ou moins considérables. Il est cependant une de ces initiatives privées qu'il convient de mentionner, non seulement à cause de la personnalité qui l'a prise, mais aussi en raison des résultats qu'elle a atteints. Depuis 1922, le prince égyptien Kemal el Dine, parent du roi Fouad et grand ami de la France, a exécuté dans le désert de Libye une série de randonnées, destinées à compléter la carte d'Afrique qui, dans cette région, présente encore beaucoup de lacunes. En 1924, le prince Kemal el Dine a réussi à découvrir, au Sud-Est de l'oasis de Koufra, la bouteille que l'explorateur allemand Rohlfs avait laissée sur place, en février 1874, dans le but de situer le point le plus méridional atteint par lui. En 1925, le prince a poursuivi ses recherches encore plus au Sud et relevé tous les points importants du massif de °grenat, sur le tropique du Cancer. Il a établi une liaison avec les territoires de l'Afrique équatoriale française, à 700 kilomètres environ an Nord d' Abecher. En ce moment même, le prince rayonne dans ces régions. Sa mission utilise des voitures Ford et des autochenilles Citran- Kegresse. LES THÉATRES La Viveuse et le Moribond : tel est le titre de la nouvelle pièce de M. François de Curai, que vient de représenter le théâtre des Arts. Ce moribond se porte assez bien : c'est seulement un candidat au suicide. Quant à la viveuse, c'est une pure jeune fille à qui les grands blessés qu'elle soignait naguère dans les ambulances du front ont donné oe beau surnom, pour la foi dans la vie qu'elle exaltait en eux. Héros magnifique de la grande guerre, Philippe de Pommé' ieux n'a pas su redescendre de ce plan sublime à la banalité quotidienne et médiocre. C'est-à-dire qu'il est redescendu trop bas. L'oisiveté et la dissipation lui ont laissé un immense dégoût des autres et de lui-même. Le remords d'une faute grave — une femme, qu'il a laissé se tuer pour lui — fait déborder la coupe. 11 se supprimera d'une balle de revolver, sur la tombe du Soldat inconnu. Mais il a commis l'imprudence heureuse de confier à trop de monde son funeste projet. Quand il revient, pour l'accomplir, au castel familial, il y trouve réunie toute une conjuration généreuse et tutélaire : une mondaine, frivole peut-être, mais gentiment prête à toutes les complaisances, sa vieille servante, un ancien compagnon d'armes, qui est prêtre, une nonne quêteuse suivie d'une novice au regard extatique. Comme il est agréable de mourir parmi tant de sympathies en émoi ! On conçoit que Philippe fasse durer le plaisir. C'est la novice qui le sauvera. Elle a réalisé d'autres miracles ; n'est-elle pas la « Viveuse » ? Elle aussi, le monde l'a déçue et elle a voulu se réfugier en Dieu, comme Philippe dans la mort. Tous deux s'arrêteront à mi-chemin, au mariage. M. François de Curai a conçu le noble dessein de peindre le désarroi de l'après-guerre chez quelques âmes d'élite, qui se sentent désormais trop grandes pour elles, comme dirait M. Jean Sarment. Seuls les humbles, comme la servante, le jardinier ou la bonne soeur, échappent au tourment de l'absolu, parce qu'ils ne pensent pas. Les autres, qu'habite l'esprit, s'analysent et• souffrent. Quoi d'étonnant à ce que ces personnages nous apparaissent un peu en dehors de la réalité, comme des symboles ? Ils ne sont là que pour remuer des idées. Ils le font, du moins, dans une langue nombreuse et imagée dont l'impeccable tenue littéraire prend l'aspect, dans le théâtre contemporain, d'un anachronisme- volontaire et aristocratique. L'action, plus intelleetuelk e drametique, se joue entre:Vari4à k e le Sylvie, porte-parole dignes de l' a r. Cons- mad ro y- tant-Rémv nous ente ou m: pro- fonde et inquiète d'un prêtre:Y.111 Gina Barbieri et M. fiuvelleroy leur opposent de simples cceurs . Quant à Mlle Renée Corciade, aux féminines faiblesses, son personnage, qu'elle rend si bien, a ce charme de plus de nous ramener à le mesure de l'humanité. Nous avons eu, déjà, les spectacles de la Chauve-Souris et du-Coq d'Or. qui nous ont fait connaître un art fort curieux et pittoresque de cabarets russes : mélange de danses, de chants, de musique,›, parades burlesques ou même de comee brèves, empruntant surtout leur ceraètère à l'originalité du décor et à la science des éclairages. C'en est, somma- toute, une-réplique que nous offrent, au théâtre Femina, MM. Efremoff et Mouratoff, avec l'ensemble des présentations qu'ils ont intitulé le Miroir juif. Le judaisme a été mis à la mode, en ces dernières années, par la littérature, le théâtre et même le cinéma. De fait, les ghettos balkaniques ou orientaux abondent en particularités, en coutumes familiales, en rites religieux, susceptibles de satisfaire notre goût d'exotisme. Telle est la matière de ce Miroir juif. Les tableaux successifs qu'il reflète ne manquent ni de couleur, ni d'humour. Certaines scènes, plus spécifiquement bibliques, sont plus banales. Peut-être aussi ne faudrait-il pas abuser, si courtes soient-elles, des comédies en yidisch, dont la plupart des spectateurs ne sauraient saisir les finesses. Les organisateurs ont d'ailleurs eu la franchise et la modestie d'avertir le public que ce n'était là qu'un essai et qu'ils s'efforceraient, la prochaine fois, de faire mieux. Ce début, néanmoins, est fort honorable. —R. B.



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