L'Illustration n°4324 16 jan 1926
L'Illustration n°4324 16 jan 1926
  • Prix facial : 3,50 F

  • Parution : n°4324 de 16 jan 1926

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (290 x 380) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 75,4 Mo

  • Dans ce numéro : les inondations en Hollande.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L'ILLUSTRATION A TÉRÉRAN, LE 15 DÉCEMBRE 1925. — La réception des hauts fonctionnaires, par le nouveau shah de Perse, dans la Salle des glaces du palais de Golestan. Le nouveau shah, Sardar Cépeh Réza Khan Pahlavi, est assis sur le trône d'or, au soubassement de marbre blanc, sur lequel avaient successivement pris place. pendant cent trente-cinq ans, les chefs de la dynastie des Kadjars qu'il vient de supplanter. montrent avec quelle solennité et quel apparat militaire cette prise officielle de pouvoir s'est effectuée. Nos lecteurs pourront se reporter à une autre photographie, que nous avons publiée en double page, dans notre numéro du 12 octobre 1919 : ils reconnaîtront sans peine, avec ses vasques aux eaux chantantes, ses colonnea et ses revêtements muraux d'un précieux travail, la salle grandiose des cérémonies. Ils retrouveront le trône d'or, incrusté de pierreries, reposant sur des assises de marbre blanc. Seul le Maître a changé... Dans ce pays où cependant les contes les plus invraisemblables trouvent un certain crédit, la fortune rapide de Sa Majesté nouvelle, que d'aucuns voudraient comparer à celle de Napoléon, ne laisse pas d'étonner. Réza Khan, dont les parents étaient de simples bûcherons dans le Mazendéran, ne commandait encore, en 1921. qu'une partie du régiment des Cosaques et ne dut sa première heure de célébrité qu'à sa marche victorieuse sur Téhéran qu'il investit avec deux mille cinq cents hommes. Depuis ministre de la Guerre, président du Conseil, soutenu par une inébranlable énergie et aussi par une armée, qu'il sut rendre forte, il rétablit la sécurité à l'intgrieur du pays infesté de brigands et put assurer la réalisation de ses projets en tenant en respect à la fois les partisans de l'ancienne dynastie et les socialistes.
16 JANVIER 1926 L'ILLUSTRATION Nu 4324 -- 49 POLITIQUE ET DIPLOMATIE LES DETTES INTERALLIÉES Les négociations pour le règlement de la dette italienne à l'égard de l'Angleterre, retardées de quelques jours par le deuil national de l'Italie, viennent de s'ouvrir à Londres. Le comte Volpi, qui conclut à Washington l'accord italo-américain, représente cette fois encore les intérêts de son pays, à la tête d'une délégation de techniciens. Cependant M. Daeschner, ambassadeur de France à Washington, a présenté, le 4 janvier, ses lettres de rappel au président Coolidge, et son successeur, le sénateur Henry Bérenger, s'est embarqué au Havre le 13, pour rejoindre son poste. La reprise des conversations sur les dettes a d'ailleurs été amorcée par la publication d'un rapport de M. Mellon, secrétaire d'Etat américain du Trésor. Le Cabinet de Washington, malgré la campagne violente menée par les intransigeants, paraît animé de dispositions conciliantes. Les deux principes qui dirigent sa conduite sont nettement définis par M. Mellon : traiter séparément avec chaque débiteur sans qu'aucun précédent puisse être invoqué, et ajuster les conditions de remboursement à la capacité particulière de paiement de chacun. Le secrétaire d'Etat du Trésor fournit en outre certains chiffres qu'il est intéressant de citer à titre documentaire. Selon lui, les paiements à faire aux Etats-Unis d'après les accords de consolidation déjà intervenus représentent 4,6 % du budget anglais, 3,5 e/c du budget belge, 5,17 % du budget italien. D'autre part, l'annuité anglaise équivaut à 1,9 % du commerce extérieur britannique. à 0,4 % du commerce extérieur belge et à 2,87 % du cgmmerce extérieur italien. Enfin, les paiements en question représentent 0,94 % du revenu national anglais, 0,80 du revenu belge et 0,90 du revenu italien. M. Mellon fait également remarquer que la plupart des nations débitrices envers les Etats- Unis le sont aussi vis-à-vis de l'Angleterre, tandis que celle-ci n'a pas d'autre créancier que l'Amérique. LE CONFLIT DE MOSSOUL La sentence rendue par le Conseil de la Société des Nations relativement à l'attribution du vilayet de Mossoul, tout en se prononçant contre la Turquie qui avait d'ailleurs, par avance, récusé le jugement, n'excluait pas la possibilité de nouvelles conversations directes entre les deux parties. L'Angleterre y avait aussitôt invité le gouvernement d'Angora. Celui-ci a fait tenir sa réponse le 6 janvier. Celle-ci fait table rase de la décision de la Société des Nations, et prétend remettre en question toute l'affaire, par la recherche amiable d'une ligne frontière très différente de la « ligne de Bruxelles ». Toutefois, sans renoncer en rien à ses droits de souveraineté sur le vilayet, la Turquie, désireuse d'éviter un conflit armé, se déclare prête à négocier un modus vivendi provisoire sur les bases actuelles, à condition que la zone contestée soit complètement démilitarisée, que le commerce turc ait le droit de passage par Bagdad et Bassorah et que l'Angleterre s'engage à ne faire aucune propagande antiturque dans le Proche-Orient. UNE ÉVOLUTION DU BOLCHEVISME Le congrès du parti communiste russe, qui s'est tenu récemment à Moscou, a abouti à un renouvellement du bureau politique assez significatif. Deux tendances s'affrontaient : celle des intransigeants, représentés par le chef de la Troisième Internationale, M. Zinovief et les soviets de Leningrad ; d'autre part, celle des opportunistes, particulièrement moscovites, favorables à un relâchement de l'orthodoxie communiste, aussi bien dans l'administration générale du pays et la politique agraire que dans les relations extérieures. Ces derniers l'ont emporté à une forte majorité et l'événement peut avoir des conséquences considérables sur l'évolution de la Russie nouvelle. LA RENTRÉE PARLEMENTAIRE La Chambre et le Sénat français ont fait leur rentrée le 12 janvier et élu leurs bureaux. Ni M. de Selves, ni M. Herriot, les deux présidents, n'avaient de concurrents. M. Herriot a été réélu par 300 voix sur 324 votants. D'autre part, avant la rentrée, un Congrès national extraordinaire du parti socialiste s'était réuni pour se prononcer sur le principe de la participation ministérielle. Par 1.766 mandats contre 1.331 et 16 abstentions, cette participation a de nouveau été repoussée, mais la résolution votée, et que M. Léon Blum a particulièrement défendue, apporte de sérieuses atténuations au texte primitivement élaboré par MM. Lebas, Bouisson, Compère-Morel et Paul Faure. Le parti socialiste, tout en s'interdisant de collaborer à un ministère où il ne détiendrait pas la majorité agissante, se déclare néanmoins prêt à lui assurer son concours toutes les fois qu'il pro tiquera une politique en harmonie avec la sienne. R. L. Une communication faite à l'Académie des sciences annonce que le docteur Debedat s'est guéri du cancer des radiologues par la méthode dite de diathermocoagulation avec emploi des courants à haute fréquence. Au cours d'une prise d'armes sur le terrain du 34e régiment d'aviation, au Bourget, le général Gouraud a remis la cravate de commandeur au général Hué, au colonel de Goys et au commandant Pinsard. On signale la mort du Père C'enocchi. célèbre orientaliste italien et ami personnel du Souverain-Pontife. L'AFFAIRE DE BOIVIBON On n'eut jamais, sans doute, autant le goût du miracle que dans notre époque de scepticisme officiel et superficiel. On n'a jamais entendu parler autant de pénitence que depuis l'adoption de ce mot d'église par le vocabulaire laïque et fiscal. Miracles et pénitences ont de nouveau repris une valeur d'actualité, ces derniers jours, à propos d'une histoire assez extraordinaire dont on ne saurait dire qu'elle est tout à fait tragique, ni tout à fait comique. Je veux parler de l'affaire de Bombon. Les journaux quotidiens nous ont raconté ce petit drame avec un luxe de détails qui ont fourni pendant une semaine la matière pittoresque de leurs rubriques d'information. Je dis que l'affaire de Bombon est un petit drame parce que sa gravité se mesure à la compétence de la correctionnelle et qu'il ne faut pas, même pour faire plaisir aux délinquants, exalter, sous couleur de le flétrir, l'importance de leur délit. Bombon, petit village briard de Seine-et-Marne, au nom d'opérette, aura, en moins de dix années, été deux fois célèbre. Pendant un instant de la guerre, il a servi de quartier général au maréchal Foch. En pleine paix, il a été envahi par une douzaine de mystiques égarés, mais agressifs, qui ont réussi, après la messe dominicale, à s'emparer du curé, M. l'abbé Desnoyers, et de lui infliger dans sa propre sacristie, à l'aide de disciplines. la grande pénitence. Le motif : l'abbé Desnoyers aurait envoûté une sorte de voyante, une dame Marie Mesmin, prêtresse d'un culte interdit par l'autorité ecclésiastique. Pour obliger le prêtre à retirer le maléfice, on lui avait fait subir, avec une incontestable cruauté et au chant du Magnificat, le châtiment « ecclésiastique » de la fustigation. Sommes-nous au vingtième siècle ou conservonsnous, sous l'apparence moderne de notre civilisation, quelque survivance du Moyen Age ? Il ne faut pas répondre trop vite. Nous avons encore des sorciers dans nos campagnes. Dans nos provinces du Centre, les paysans, pour être d'opinion politique très avancée, même et surtout les esprits forts qui ne franchissent plus le seuil de leur vieille église, persistent à croire aux stryges, aux dracs, aux loups-garous, aux rondes de sabbat. « Voyez-vous, me disait un excellent prêtre d'une campagne corrézienne, chez nous, quand on ne croit plus à Dieu, on commence à croire au diable. » Et il faut reconnaître que, dans l'affaire de Bourbon, ii a surtout été question du diable. :V* La dame Marie Mesmin qui prétend être la victime du c sort » que lui aurait jeté le curé de Bombon est, à Bordeaux, la fondatrice non point d'une religion, mais d'une secte. Des fidèles la nomment Maman-Marie et elle se dit la filleule de la Vierge. Tout simplement. Avant de connaître sa présente gloire spirituelle et ses tourments diaboliques, Marie Mesmin était concierge au numéro 13 de la rue du Trente-Juillet, dans la capitale girondine. Notre insuffisance d'information ne nous permet pas de dire si elle était aimable ou irascible, et si elle remettait exactement leurs lettres aux locataires. Mais ce que l'on doit admettre, c'est que la concierge de la rue du Trente-Juillet avait des loisirs, beaucoup de loisirs, qu'elle tenait cercle dans sa loge, où elle recevait tous les exaltés du voisinage et d'autres lieux et que les habitants de l'immeuble dont elle avait la garde durent faire pendant des années preuve d'une patience que nous ne saurions affirmer louable. Un jour de l'année 1907, Marie Mesmin rapporta de Lourdes une Vierge de plâtre qui ne se distinguait point des autres figures du modèle connu tirées à des centaines de milliers d'exemplaires. La concierge installa la statue dans sa loge, vraisemblablement humide, et où la proximité d'un foyer facilitait la condensation des vapeurs. Et voici qu'en 1909, Marie Mesmin s'aperçut que l'eau coulait le long du visage et des vêtements de la statue de plâtre. Miracle ! La statue pleurait. Les habitués ordinaires de la loge constatèrent, les premiers, la réalité de ces larmes. Quand on a vu chose pareille, on n'en garde point le secret. La loge, bientôt, fut envahie par des visiteurs de toutes qualités et de toutes provenances, parmi lesquels les ecclésiastiques ne manquaient pas. L'archevêché de Bordeaux s'émut de cette agitation en même temps que les locataires de l'immeuble de la rue du Trente-Juillet manifestaient quelque humeur de voir leur concierge devenir la prêtresse d'un culte auquel sa loge servait de temple. Les faux mystiques ou les mystiques égarés, les illuminés, hallucinés, inventeurs de rites et créateurs de sectes ont toujours donné son plus grand souci à l'Eglise, hors des grands schismes qui la divisèrent. Sans cesse l'autorité ecclésiastique a dû s'ingénier, par la menace ou la persuasion, à discipliner des exaltations qui se manifestaient en parodies grossières de ses ferveurs et de ses rites. Et puisque l'Année sainte, aux nombreuses glorifications des saints, vient de finir, rappelons qu'il n'existe pas au monde de procédures plus minutieuses, plus sévères et plus prudentes que les procédures de canonisation avec leurs étapes successives, étendues sur de nombreuses années et parfois, comme ce fut le cas pour Jeanne d'Arc, sur plusieurs siècles. Notons aussi que les enquêteurs romains retiennent plutôt les témoignages qui affirment la hauteur morale d'une vie, la miraculeuse élévation morale qui dresse un être audessus de son humanité, que toutes les histoires de luttes contre le démon sur lesquelles brode l'imagination populaire. Si l'on e. fait un saint du curé d'Ars, ce n'est point en raison des persécutions diaboliques dont il aurait été la victime, c'est parce que toute son existence fut, au degré suprême, une exaltation de l'humilité et de la charité chrétienne. Marie Mesmin, gardienne privilégiée de la statue de Notre-Dame-des-Pleurs, fut invitée par l'autorité ecclésiastique bordelaise à se dessaisir de l'extraordinaire figurine qui, transportée dans un couvent, cessa aussitôt de verser des larmes. La loge du 13 de la rue du Trente-Juillet, privée de son attraction miraculeuse, FAITS DE LA SEMAINE — Le compositeur français Emile Paladilhe, qui eut son heure de célébrité, vient de mourir à l'âge de 81 ans. Son oeuvre la plus connue, Patrie, est inscrite au répertoire de l'Opéra. La propriété de Marie Mesmin, 24, boulevard Pierre-1e1, à Bordeaux. On voit, attenant à la villa, la petite chapelle où se trouve la statuette de la t Bambina e. — Phot. J. Clair-Guyot.



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