L'Eau Magazine n°24 nov 14 à mai 2015
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Patrimoine Paris  : et l’eau de Rungis alimenta la rive gauche L’aqueduc de Médicis a fêté, en 2013, ses quatre-cent ans. Il doit son nom prestigieux à Marie de Médicis, qui assurait la régence lorsque la construction de l’aqueduc fut lancée en 1613. Plus précisément le 17 juillet 1613, la première pierre a été posée par le jeune Louis XIII lui-même. L’intérieur du regard III de l’aqueduc de Médicis, appelé également le regard de la Loge est situé à Fresnes (Val-de-Marne) Mais revenons un peu en arrière. L’histoire de l’aqueduc remonte en effet encore plus loin. Son tracé suit globalement celui d’un aqueduc romain, construit au II ème siècle après JC. De cette première construction ne demeure quasiment rien, hormis quelques ruines et ce parcours. Les Romains avaient déjà repéré l’abondance en eau du plateau de Rungis, et plus d’un millier d’années plus tard les ingénieurs qui s’attelèrent à la tâche de construire un nouvel aqueduc s’en inspirèrent. Le projet royal, sur lequel travailleront ensemble jusque 600 ouvriers à certaines périodes, avait été lancé par Sully du temps d’Henri IV et fut finalement mené à bien après son assassinat pour alimenter la rive gauche de Paris qui manquait cruellement d'eau. 13 km de long L’ouvrage fut construit en dix ans, même s’il n’alimenta les parisiens en eau que quelques années A découvrir Dans la collection "Parcours du patrimoine" publiée par la Région Île-de-France, un ouvrage consacré à l'histoire de la construction de l'aqueduc  : L'aqueduc Médicis, des sources de Rungis aux fontaines de Paris. Renseignements  : Paris historique, www.paris-historique.org, + 33 1 48 87 74 31 http://400ansaqueducmedicis.org/plus tard. L’eau venait de la nappe de Rungis, à une altitude de 75 mètres. Elle était conduite sur 13 km jusqu’à l’actuel observatoire municipal de Paris, situé à une altitude de 57 mètres. L’aqueduc entre dans Paris au niveau de l’actuelle porte de Gentilly. La pente de l’ouvrage est de 1,4 ‰. L’aqueduc est presque entièrement souterrain, mais sa partie aérienne est impressionnante  : c’est un pont-aqueduc culminant à 18,86 mètres de haut. Long de 379 mètres, œuvre de Thomas Francine et Louis Métezeau, il traverse la vallée de la Bièvre vers Arcueil et Cachan. L’aqueduc est formé de deux pieds-droits distants d’un mètre, couverts d’une voûte d’environ 1,75 mètre de haut. Dans le fond est disposée une cunette bordée d’au moins une banquette, pour qu’il soit possible de parcourir l’ouvrage les pieds au sec. Tous les cinq cent mètres environ ont été construits des regards. Il y en a vingt-sept en tout. Ils permettent de descendre dans l’ouvrage pour inspection et pour mesurer le débit d’eau. Ils contiennent aussi un petit bassin de décantation, où sont piégées les particules en suspension. Dans le vingt-septième regard, surnommé « maison du fontainier » (située avenue de l'Observatoire dans le 14 ème arrondissement), logeait l’intendant général des eaux et fontaines du Roi. C’est dans cette ultime construction de l’ouvrage que se faisait la répartition des eaux en trois flux. Le premier était destiné au roi, à l’alimentation des bâtiments royaux et des fontaines du Palais du Luxembourg. Le deuxième parvenait aux congrégations religieuses. Le troisième, enfin, était destiné à alimenter le peuple, donc les fontaines publiques. Une trentaine de fontaines ont été alimentées par l’eau de Rungis. L’une des plus anciennes encore visible est la « fontaine des quatre saisons » (rue de Grenelle dans le 7 ème arrondissement), construite entre 1739 et 1745 et dessinée par le sculpteur Edme Boucherdon. Trois flux A noter que toute l’eau captée n’arrivait pas à la maison du fontainier  : tout au long du parcours, des ponctions étaient faites, appelées « concessions privées ». Elles étaient notamment accordées aux 30 L’eau magazine novembre 2014 N°24 Benoît Fauvet
propriétaires de terrains traversés. Au final, au XVII ème siècle, le débit est estimé à quelque 1280 m 3 par jour. Et le volume d’eau parvenant aux Parisiens n’a jamais suffi aux besoins... En 1845, un réservoir souterrain est construit sous la maison du fontainier. Cependant, il était destiné à stocker les eaux qui s’écoulaient de nuit. Il ne sera pas utilisé car l’eau sera en réalité acheminée vers le réservoir du Panthéon. Ces réservoirs préfigurent ceux construits par l’ingénieur Eugène Belgrand, notamment celui de Montsouris entre 1863 et 1873. A cette même époque, Eugène Belgrand construit l’aqueduc de la Vanne. A cette occasion, le pont-aqueduc d'Arcueil est surélevé pour accueillir cette nouvelle installation, qui se dirige vers le réservoir de Montsouris. De son côté, l’aqueduc de Médicis est déclassé lorsque l’exploitation du réservoir du Panthéon est abandonnée, en 1904. A partir de ce momentlà, l’eau ne circule plus dans la partie parisienne de l’aqueduc, à partir du regard 22. Néanmoins, un filet d’eau s’écoule encore aujourd'hui entre Rungis et Paris ; il alimente encore maintenant les lacs et cascades du Parc de Montsouris. L’eau magazine novembre 2014 N°24 Certaines parties de l’ouvrage ont été classées  : l’ensemble des constructions entre Rungis et Gentilly ; il en est de même du pont-aqueduc, de la maison du fontainier et de son sous-sol, du regard 25, et d’un tronçon souterrain situé entre le boulevard Saint-Jacques et la station RER Denfert- Rochereau. Ce classement et parfois intervenu trop tard, comme en témoigne la destruction du regard 23 lors de la construction de la ZAC Alésia-Montsouris en 1996. Ce regard a depuis été remplacé par une copie du regard 25, et cette affaire a accéléré la protection de l'aqueduc, qui reste l’un des monuments historiques les plus longs de France. Caroline Kim Patrimoine Benoît Fauvet La partie aérienne de l’aqueduc de Médicis, le pont-aqueduc d’Arcueil, culmine à près de 19 mètres pour une longueur de 379 mètres. 31



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