L'Eau Magazine n°22 nov 13 à mai 2014
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Territoires Saint-Michel-en-Grève dans la baie de Lannion, une des huit baies bretonnes à avoir adopté une charte de territoire contre les algues vertes. 32 sableuses enclavées, avec peu de profondeur et un faible renouvellement des masses d’eau (faibles courants résiduels) sont ainsi des conditions optimales pour la rétention, la croissance et l’échouage des algues vertes. Depuis quatre ans, le phénomène des marées vertes est de moins en moins important sur ces mêmes secteurs côtiers. En 2013, la Bretagne a même connu ses plus faibles échouages d’algues vertes depuis le début des suivis effectués par le Ceva en 2002, et ce, malgré des concentrations en azote toujours relativement élevées. Si les flux d’azote diminuent quand même depuis plusieurs années, cette baisse est surtout due à la faible présence résiduelle d’algues de l’année précédente. Le Ceva a en effet montré que le démarrage printanier des marées vertes (mai) dépendait peu des flux azoté avant et pendant cette période, mais pouvait être corrélé aux stocks d’ulves présents en fin de saison précédente. « Les conditions hivernales comme la forte houle ou les tempêtes jouent également un rôle en dispersant et en fragmentant les algues », ajoute Sylvain Ballu. La précocité et l’importance de ces phénomènes s’expliquent enfin par la rudesse de l’hiver et les températures de l’eau, comme ce fut le cas en 2013. À 11 °C, les algues maintiennent une faible croissance qui compense en partie la dispersion hivernale, alors qu’à 8 ou 9 °C, la croissance est nulle. Ceva Dix ans de suivi et d’études Depuis 2002, le Centre d’études et de valorisation des algues (Ceva) analyse les marées vertes en Bretagne afin de mieux comprendre les facteurs naturels et anthropiques responsables de ce phénomène. Une surveillance aérienne et de nombreuses mesures de la surface d’échouage et des biomasses, notamment la teneur en azote et phosphore interne des algues, interviennent dans le suivi mis en place. « Toutes ces données permettent d’objectiver l’évolution du phénomène, de mieux le comprendre et de réaliser des modélisations et ainsi déterminer les sources de nutriments en cause et les objectifs de qualité à fixer », précise Sylvain Ballu. Limiter et intercepter le flux d’azote Sur les huit baies identifiées par le Sdage, des chartes ont ainsi été mises en œuvre pour diminuer le flux d’azote d’origine agricole en établissant des mesures préventives. Ces dernières sont dans la continuité des réflexions et actions engagées dès 2005 en Bretagne, cinq ans avant le lancement du plan national. « Sur Saint- Brieuc, la baisse des concentrations en nitrate dans les cours d’eau est surtout due aux projets mis en place à cette époque. Le temps de réponse d’une action sur le bassin versant est compris entre 3 et 8 ans », pointe Wilfried Messier, animateur du Sage du Pays de Saint-Brieuc. Sur ce territoire, alimenté par quatre sous-bassins versants, des inventaires et des diagnostics ont été menés sur la majorité des 1 400 exploitations agricoles (58 000 hectares de surface agricole utile) afin d’améliorer la connaissance sur les pratiques et d’affiner les objectifs du projet territorial. Au niveau de la prévention, des actions ont pour but une meilleure gestion de l’azote sur chacune des parcelles, en aidant l’ajustement des doses de fertilisants ou en améliorant la répartition de la pression azotée. Financée à hauteur de 40% par l’Ademe, la création d’unités de méthanisation permet également de traiter le lisier et le fumier excédentaire et de substituer une bonne partie des engrais minéraux par du digestat de méthanisation, plus stable. Pour limiter les fuites de nutriments, les sols doivent également être dans des conditions optimales en favorisant leurs couvertures par la rotation des cultures, L’eau magazine novembre 2013 N°22
l’augmentation des surfaces en herbe et la diminution des cultures de céréales en hiver. Les actions élaborées par la charte de la baie de Saint-Brieuc visent aussi à accroître les interceptions des fuites d’azote en améliorant la fonction dénitrifiante des zones humides effectives et en identifiant les parcelles drainées sur lesquelles le risque de fuites est plus important. « Pour toutes ces démarches, on est sur du cas par cas. Il faut s’adapter aux systèmes en place et proposer d’agir avec l’exploitant sur toutes les marges de manœuvre identifiées », précise Wilfried Messier. Sur l’ensemble de la région bretonne, le rythme de contractualisation individuelle par les agriculteurs reste encore insuffisant et doit s’intensifier pour que soient respectés les objectifs des chartes d’ici 2015. Afin de faciliter ce changement de pratiques et de systèmes, l’agence de l’eau Loire-Bretagne accompagne le montage des projets, finance les animateurs des Sage et des bassins versants, ainsi que la réalisation des actions permettant de réduire et d’intercepter les fuites d’azote. « L’Agence de l’eau soutient également les opérations de ramassage préventif pour essayer de casser le cycle de reproduction des algues dans le rideau, mais ne gère pas le ramassage des algues sur les plages pendant la saison », souligne Sylvie Detoc, directrice de la délégation Armor- Finistère à l’Agence de l’eau Loire-Bretagne. Le ramassage et le traitement des algues vertes Au niveau des actions curatives, leur première vocation est de restaurer le milieu, notamment les plages. Elles ont pour but d’éviter les nuisances visuelles et les problèmes sanitaires. Quand ces algues s’amassent et ne sont pas évacuées, elles dégagent des gaz malodorants, en particulier de l’hydrogène sulfuré (H 2 S), pouvant provoquer des malaises, une irritation des yeux, voire des oedèmes pulmonaires. En cas de quantité importante et d’exposition prolongée, des décès d’animaux (sangliers, cheval) ont également été recensés. Les communes concernées ont ainsi l’obligation de ramasser sous 48 heures l’échouage de ces algues pour éviter l’émission de H 2 S. « Ce ramassage curatif est également important pour protéger la qualité du milieu qui se dégrade rapidement en cas d’accumulation de biomasse », précise Sylvain Ballu, « mais ce curatif pur ne pourra pas complètement empêcher la prolifération ». Très coûteuses, ces opérations sont financées par l’Etat et les communes, mais posent un problème  : le ramassage Ceva des algues enlève également le sable des plages. De nouveaux outils de ramassage plus performants ont été développés depuis trois ans afin d’enlever les algues vertes au niveau du rideau de bas de plage. À ce niveau, les ulves en forte densité sont encore en suspension. Une expérimentation de ramassage en pleine mer est par ailleurs portée par le Parc marin de la mer d’Iroise. Deux techniques de ramassage ont été testées (utilisation d’une pompe à partir d’une barge et utilisation d’un chalutier, puis transfert dans une barge). Se pose cependant la question de l’impact environnemental de ces nouveaux outils de ramassage sur la faune et la flore des sites. Le volet curatif concerne également le traitement des algues collectées dans des unités sécurisées. En 2013, année peu marquée par le phénomène de marée verte, les volumes collectés jusqu’à la fin août 2013 s’élèvent à 28 000 m 3, soit 40% de moins qu’à la même date en 2012 (46 000 m 3). Disséminées en Côte d’Armor et dans le Finistère, cinq stations confinées ont été créées ces dernières années pour assurer ce traitement  : Launay-Lantic, Gueltas, Plonevez- Porzay, Fouesnant et sur la presqu’île de Crozon. Le compost obtenu est ensuite utilisé par les agriculteurs à proximité. Des plateformes ouvertes qui prennent en charge les déchets verts de toutes sortes sont aussi disponibles, pour un coût d’environ 15 euros par tonne, soit trois fois moins que dans les nouvelles usines sécurisées (45 euros par tonne). La méthanisation des algues vertes est également envisagée et étudiée depuis près de deux décennies, mais le faible pouvoir méthanogène des ulves rend cette solution difficilement applicable. D’autres voies se développent par ailleurs, à l’image de l’intégration des algues dans les filières de production de bioplastique. Comme pour la méthanisation, elles ne sont pas encore viables économiquement.C.C. Territoires Les volumes collectés d’algues vertes jusqu’à la fin août 2013 s’élèvent à 28 000 m 3, soit 40% de moins qu’à la même date en 2012. L’eau magazine novembre 2013 N°22 33



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